Diogène de Laerte, liv. VI
iK6 i£GRI SOMNIA.
ser sous un oripeau rinsignifiance ou la vulgarité.
Un jour, après avoir entendu discourir P. P., j'écrivis dans mon portefeuille :
« P. P. a trop de ressources dans Tesprit pour ravoir droit. »
Combien, parmi les romans de la fin de ce^ siècle, ne sont que de maigres bouquets de fleurs vraies, grossis avec des fleurs de papier!
Ce qui fait tant d'adversaires à nos vieilles études, c'est l'ignorance de ce qu'on leur doit et la prétention de ne rien devoir qu'à soi-même. Ajoutez-y, chez quelques-uns, le
plaisir de faire une dernière espièglerie d'écolier aux maîtres de leur jeunesse.
Des funérailles d'apparat qu'on a faites à B***, je n'ai rien h dire, sinon qu'au moment de mourir, il s'est trop employé à aller audevant. Homme de bien, d'ailleurs, il joignait au mérite de l'être le faible de vouloir le paraître, et ce que faisait sa main droite il ne défendait pas k sa main gauche de le savoir. S'il payait galamment toutes ses dettes envers son pays, il en retenait l'escompte. Il laissait volontiers parler pour lui ses actions^ mais en les soufflant. Trop friand de cette fumée, qu'on appelle la popularité, tout en aimant mieux la tenir des mains honnêtes, il ne la refusait pas de mains équivoques, et plutôt que de la manquer, il l'eût acceptée en désespéré de mains malfaisantes. La politique de notre temps fait de ces pharisienslà : B*** n'en était qu'un des meilleurs.
Le plus gros des scandales causés par les écrits licencieux de X**% ce n'est pas que de la plume d'un tel écrivain, un des princes du savoir, on ait vu sortir des pages à rendre jaloux le marquis de Sade, c'est qu'en nos temps relâchés, il ne se soit trouvé, pour s'en émouvoir, que deux sortes de lecteurs, les uns affectant de se choquer de ce qu'au fond ils pensent comme lui, les autres ne pouvant s'en indigner sans en être secrètement chatouillés.
Ne nous pressons pas d'admirer les gens nés avec des talents, non plus que les gens nés riches. Car quel mérite ont-ils eu à naître, ceux-ci avec les dons de l'esprit, ceuxlà au milieu de richesses amassées par leurs pères? C'est déjà beaucoup d'en prendre
notre parti, et de ne pas murmurer contre les dispensations de la Providence qui leur a prodigué ce qu'elle a refusé aux autres.
Attendons-les à l'usage qu'ils feront de leur privilège. Si cet usage est bon, s'il révèle^ non pas le hasard du don, mais l'œuvre méritoire de l'emploi, c'est le moment de les admirer. Nous ferons plus pour les privilégiés de l'esprit; si, comme l'auteur d'un discours naturel* , dont parle Pascal, ils ont fait montre, non de leur bien, mais du nôtre, nous les aimerons.
Avec des airs imposants d'observateur, de penseur et d'écrivain, et plus d'un bonheur dans ce triple emploi de son esprit, Tocqueville eût mieux observé, pensé avec plus de justesse, écrit d'un style plus original, s'il n'avait pas cru faire du Montesquieu. Ce n'est pas qu'il ne s'en défende bien haut. Écrivant
i . Pascal, Pensées, art. VII, 26.
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à un ami : (n Je n'ai pas, dit-il, ouvert depuis dix ans unvolume de Montesquieu. J'ai tâché, au contraire, de pratiquer plus particulièrement les auteurs dont la forme est la plus éloignée de la sienne, Voltaire, par exemple * . î>
Voilà, si je sais lire, un démenti qui vaut un aveu, car si, depuis dix ans, il avait cessé de fréquenter Montesquieu, n'est-ce pas la preuve qu'au temps où il en était plein, son esprit en dut recevoir le branle et la forme, -et qu'il lui en restait tout au moins, comme au vase d'Horace, a: le parfum dont il avait été d'abord imprégné ^ » ? Après tout, ce n'est pas un si petit mérite que de s'être pénétré de Montesquieu jusqu'à faire dire à Royer- CoUard : c^ Depuis Montesquieu, il n'a paru rien de pareil à la Démocratie en Amérique.
Mais soit : Tocqueville affirme n'avoir pas voulu imiter Montesquieu; il est de bonne foi ; qu'on lui en donne acte. i>
1. Tocqueyille, Œuvres complèteSy Correspondance. ± Épist, 1, II, 70.
Voici un an à peine que Victor Hugo est mort, et déjà, parmi des éloges dont les uns sont et seront toujours mérités, dont les autres sont dictés par des convenances d'anniversaire ou des complicités politiques, je vois reparaître, sous des plumes en crédit, la plupart des réserves que j'exprimais, il y a cinquante ans, dans le Victor Hugo en i836 *.
Octobre 1886.
Toutes choses considérées, connaissant l'homme depuis un demi-siècle, l'ayant ouï plus d'une fois parler et prêcher, ayant lu ses livres aussi longtemps qu'ils n'ont pas été le même livre avec des titres différents)