‹ Gringoire (volume 2)Chapitre 32 sur 41 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Vous VOUS trompez. Savoir que tant d'êtres sanglotent, pîoiei"ît sons le fardenu, succombent, et me sentir vaillante, forte, et n'y pouvoir rien, voilà ce qui fait souvent que je me hais moimême. Voilà pourquoi je voudrais être homme, tenir une épée, pt ceux qui sont vouée à un malheur injuste, les racheter de mon sang!

GRINGOIRE, exalté.

Donc, vous avez un cœur! Eh bien, voulez-vous savoir? Il y a sur la terre, même dans les plus riches pays, des milliers d'êtres qui sont nés misérables et qui mourront misérables.

LOYSE

Hélas I

Il y a des serfs attachés à la glèbe qui doivent à leur seigneur tout le travail de leurs bras, et qui voient la faim, la fièvre, moissonner à côté d'eux leurs petits hâves et grelottants. Il y a de pauvres filles abandonnées, qui serrent sur leur poitrine amaigrie l'enfant dont les cris leur demandent un lait, tari, hélas! Il y a des tisserands glacés et blêmes qui, sans le savoir, lissent leur linceul! Eh bien, ce qui fait le poêle, le voici : touies ces douleurs des autres, il les souffre; tous ces pleurs inconnus, foutes ces plaintes si faibles, tous ces sanglots qu'on ne pouvait pas entendre passent dans sa voix, se mêlent à son chant, et une fois que ce chant ailé, palpitant, s'est échappé de son cœur, il n'y a ni glaive ni supplice qui puisse l'arrêter-, il voltige au loin, sans relâche, à jamais, dans l'air et sur les bouches des hommes. Il entre dans le château, dans le palais, il éclate au milieu du festin joyeux, et il dit aux princes de la terre : — Écoutez!

Rois, qui serez jvgés à votre tour.

Songez à ceux qui n'ont ni sou ni maille; Ayez pitié du peuple tout amour.

Bon pour fouiller le soL bon pour la tail^

Et la charrue, et bon pour la bataille.

Les hMlheureux sont damnés, — c'est ainsi!

Et leur fardeau n'est jamais adouci.

Les moins meurtris n'ont pas le nécessaire.

Le froid, la pluie et le soleil aussi.

Aux pauvres gens tout est peine et misère.

LOYSE, douloureusement.

Ah! mon Dieu!

Écoulez encore!

Le pauvre hère en son triste séjour Est tout pareil à ses bêtes qu'on fouaille. Vendange-t-il, a-t-il chauffé le four Pour un festin ou pour une épousaille.

Le seigneur vient, toujours plus endurci. Sur son vassal, d'épouvante saisi.

Il met sa main comme un aigle sa serre. Et lui prend tout en disant : « Me voici! »

LOYSE, qui tombe ù genoux en sanglotant.

Ah!

GRINGOIRE, avec une joie folle.

Vous pleurez!

LOYSE, aveo élan.

Aux pauvres gens tout est peine et misère I

0 Dieu!

LOYSE , allant à Gringoire et le regardant avec une curiosité ému*.

Et celui qui parle ainsi d'une voix si fière, si éloquente, tendrennent indignée, est le protégé du Roi I Pourquoi donc pensiez-vous que je ne pourrais pas l'aimer?

GlllNGOlRE, amèremenu

Pourquoi ?

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