BALLADE DES PENDUS
Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore 5
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le More
C'est le verger du roi Louis.
Tous ces pauvres gens morfondus, Roulant des pensers qu'on ignore 10
Dans les tourbillons éperdus Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis.
Danser dans les feux de l'aurore, 15
C'est le verger du roi Louis^ [61]
Ces pendus, du diable entendus, Appellent des pendus encore.
Tandis qu'aux cieux, d'azur tendu^ Où semble luire un météore, La rosée en l'air s'évapore.
Un essaim d'oiseaux réjouis Par-dessus leur tête picore.
C'est le verger du roi Louis.