‹ GringoireChapitre 6 sur 55 · Scène iii -^ Griiigoire · texte numérisé non relu

Scène iii -^ Griiigoire

Oliv., à Simon Fourniez. Oui, et ce drôle de

corps s'arrête souvent sous les fenêtres de votre

maison; particulièrement sous celles de votre

fille.

Nicole. Où est le mal. 5

Simon. Il a de si bonnes chansons ! (// chante.^

" Satan chez nous s'est fait barbier ! Il tient le rasoir..." Rencofitrant le regard d'Olivier-le-Daim et acheva?it entre ses dents. lo

*' dans sa griffe ! "

{A part.) Oh ! le diable ! j'oubliais !

Oliv. Ces chansons, maître Fourniez, il paraît qu'on les écoute ici?

Nicole, avec résolution. Sans doute. 15

Oliv. Prenez garde. Il ne faudrait pas trop vous en vanter.

Roi. Pourquoi cela?

Oliv. C'est que, parmi ces chansons effrontées, qui ne respectent personne, — 20

Roi. Je le vois.

Oliv., continuant. Il y a une certaine "Ballade des pendus," comme on l'appelle, qui doit mériter la corde à celui qui l'a composée.

Nicole, à part avec effroi. La corde ! 25

Roi. Eh quoi ! Nicole, c'est ce brave compagnon dont vous me parliez qui met ainsi en émoi tout le populaire ?

Gringoire Q^ Scène m

Simon, au Roi. Sait-il seulement ce qu'il fait? Gringoire, Sire, est un enfant.

Oliv. Un enfant méchant et dangereux, comme tous ses pareils ! Les rimeurs sont une sorte de fous qu'on n'enferme pas, je ne sais pourquoi, bien 5 que le plus sain d'entre eux soupe du clair de lune, et se conduise avec moins de jugement qu'une bête apprivoisée.

Nicole, ifidignêe. Oh ! {Au Roi.) Est-ce la vérité, Sire? 10

Roi. Pas tout à fait, et messire Olivier-le-Daim est un peu trop fier. Vous semblez, Nicole, vous intéresser vivement à ce rimeur, qui vous a chantée ?

Nicole. Oui, Sire. J'avoue hautement que je l'aime. 15

Roi. Vous l'aimez ?

Nicole. Cordialement. Et si Gringoire n'était fier comme l'empereur des Turcs, il aurait toujours chez nous une place au foyer et un bon repas. Quand je le vis pour la première fois, 20 c'est il y a trois ans, par le rude hiver qu'il fit alors, où pendant deux mois la terre fut toute blanche de neige. Gringoire était assis sous le porche d'une maison de la rue du Cygne ; il avait sur ses genoux deux petits enfants égarés 25 qu'il avait trouvés pleurant après leur mère, et grelottant de froid. Il avait ôté de dessus ses épaules son méchant pourpoint troué pour les envelopper dedans, et, resté à demi nu^il berçait [19]

les petits, en leur disant un cantique de la sainte

Vierge.

Roi, après avoir rêvé. Je veux voir ce Gringoire. Oliv. Ah !

Nicole. Ah ! Sire ! vous avez là une idée de roi. 5

Pauvre garçon ! le voilà déjà qui triomphe de son

étoile ! Oliv. Appeler devant le Roi ce baladin ! Roi. J'ai dit : Je veux.

Oliv., changeant de pensée. Soit ! // s^inclifie de- 10

vant le Roi, et ve donner un ordre aux officiers

placés dans la pièce voisine.

Roi, néglige?nment. Le jeu en vaut un autre. Et

je trouve qu'il n'y a pas de festin excellent, s'il

ne se termine par quelque bonne drôlerie et 15

joyeuseté.

Simon. C'est mon avis. Gringoire nous dira une

de ses farces... bien salées ! Celle de Pathelin,

par exemple... Bée... bée... bée... bée ! Oliv., au Roi. Votre Majesté va être obéie. Grin- 20

goire va venir, et je lui ferai dire quelques rimes.

Seulement, je n'assure pas qu'elles amuseront

Votre Majesté !

Roi. Nous verrons bien ! et pour peu que ses

chansons soient moins méchantes que tu ne le 25

prétends, puisque Gringoire est si affamé, nous

avons là de quoi lui faire fête. ( On sert les mets

sur la table.) Ça ne lui déplaira pas. Simon, allant vers la porte. Le voici. [20]

Gringoire 8«- Scène iv

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