SCENE IV
BOUCAU, CITRON.
BOUCAU. à
Ox! Citron! Te voilà à propos. Je suis maître ici, et je veuxte le prouver. ([E ouvre une armoire et apporte une carafe et des verres.) Il nous faut faire une fête. (11 met la carafe sur la table et verse à boire.) Prends ton verre, Citron. (Ils s’asseyent.)
CITRON
Que veut dire ceci ? Tu n’as pas peur qu’on te surprenne ?
Bois, bois ; ne crains pas.
CITRON, Mais je n’OS6,.6000.
| BOUCAU.
Monsieur Citron, point de cérémonies, s’il vous plait. Vous êtes chez moi. Je me flatte que vous ne vous gênerez pas chez votre ami Boucau. Voici à la santé du seigneur Citron. (J{ boit.) Que fais-tu donc ?
CITRON
Tu es donc seul ? A la bonne heure. (17 prend son
verre et est près de boire.) BOUCAU,
Arrête, arrête. Je ne veux pas te laisser boire seul. Ce ne serait pas poli. (Il se verse un autre verre.) Trinquons. (Ils trinquent et boivent.)
CITRON
Comme tu me parais gai !
BOUCAU.
Eh ! jai bien raison de l’être.
CITRON
Je ne le suis pas tant, moi,
BOUCAU.
Qu’as-tu donc ? Les diables bleus te font-ils la cour ? Bois, et tu vas les voir décamper. Le vin est un re-
Dm re arvus
mède efficace. Nos plus graves philosophes, quoiqu’ils en disent, ne peuvent s'empêcher d’y avoir recours, quand ils ont été sifflés. Allons ! (1 verse à boire.) Prends.
CITRON
Diable ! Tu y vas à grands pas. (ls boivent.) BOUCAU.
Eh bien ! Conte-moi maintenant ce qui t'inquiète. CITRON.
Ne m'en parle pas ; je ne me connais pas de colère.
, BOUCAU.
À qui en veux-tu donc ? Serait-ce à moi ?
CITRON
Dieu m’en garde, cher Boucau ! Mon maître. ..... BOUCAU.
Ah ! Me voilà au fait.
CITRON
Tu le connais ?
BOUCAU.
J’en ai entendu parler. Ce vieil hypocrite, ce vieux superstitieux, ce vieux luxurieux qui croit qu’une fille peut encore s’amuser à lui? Le bon homme Griphon ?
Juste.
Eh bien ? Que t’a-t-il fait ?
CITRON
Je vais te le dire en deux mots. Le bon homme ne s’est-il pas mis en tête ce matin que je lui avais volé une bague d’un haut prix ? La voici. (11 jette la bague sur la table.)
Ù BOUCAU.
Il ne s’était donc pas trompé ?
CITRON
Ecoute. Après avoir été une bonne heure à m’accabler d’invectives, ne s’est-il pas mis à m’appliquer
(pas bien doucement, comme tu peux croire) sa grosse canne sur le dos, sur les bras, sur les épaules et partout.
BOUCAU.
Oh! la brute! Tu ne voulais pas avouer que tu avais la bague, sans doute ?
CITRON
Ecoute. Je ne l’avais pas la bague.
BOUCAU.
Tu ne l'avais pas ? Et comment se trouve-t-elle en
ta possession maintenant ?
Par hasard jai pris l’étui dans lequel il met ses lunettes et qui se trouvait sous ma main, et en frappant un coup sur la table, en jurant de me venger, la bague est sortie. |
Ah !
BOUCAU:
CITRON
Il ne se souvient pas de l’avoir mise là, et veut absolument que je l’aie.
BOUCAU.
Il a raison. Ne l’as-tu pas ?
CITRON
Je l’ai à présent.
BOUCAU.
Ecoute-donc, ne va pas la lui rendre.
CITRON
Tu n’as pas besoin de me le recommander, Je veux an la bague, et de plus je veux tirer vengeance du
n homme,
BOUCAU:
Comment vas-tu t’y prendre ?
C’est dont je suis en peine. Je te connais plus ingénieux que moi, Boucau. Si tu pouvais me servir dans cette occasion, tu verrais que ton ami Citron n’est pas un ingrat,
BOUCAU:
En quoi veux-tu que je te serve ?
CITRON
Trouve dans ton cerveau bouillant d’imagination quelque moyen de tourmenter le bon homme, sans que je paraisse y avoir aucune part.
BOUCAU.
Un moyen?......(Il se frotte le front et songe.) Un moyen?.... Un moyen?.... Arrête un peu.
Un moyen, hein ? Le voici.... Non....Pourtant.... Oui. En voici un. (1 verse à boire.)
CITRON
Est-ce celui-là ?
BOUCAU.
Bois. (Ils boivent.) Tiens, voici comme j’arrange cela. Le bon homme aime les aventures galantes ? N'est-ce pas ?
CITRON. L
Oh! Oui, le vieux penard.
BOuCAU (mellani du papier, de l’encre et des plumes devant Citron.)
Ecris.
Eh ! quoi ?
CITRON
BOUCAU.
Ecris ce que je vais te dicter.
CITRON
Eh bien ?
BOUCAU.
Monsieur, ..,
CITRON (écrivant.)
Monsieur, BOUCAU, Une jeune personne...
CITRON (de même.) personne. ...
BOUCAU:
qui n’est pas dépourvue d’attraits..,,
ans que
on ge. ) n peu.
nt. ..e
arrange lantes ?
; CITRON (de même.) d’attraits. . languit dans vos chaînes...
CITRON (de même.) vos chaînes...
BOUCAU:
depuis l’instant. .
CITRON (de même.)
instant...
BOUCAU:.
qu’elle vous a vu.
CITRON (de même.) vu.
BOUCAU.
Si vous êtes sensible...
CITRON (de même.)
sensible. ...
BOUCAU.
à sa passion, . « »
CITRON (de même.)
passion, . + « BOUCAU.
vous vous rendrez....
CITRON (de même.)
rendrez....
BOUCAU.
aussitôt après la réception de ce billet,
CITRON (de même.)
billet....
BOUCAU.
au No. 8, rue Gignac.
CITRON (de même.)
rue Gignac.
BOUCAU.
Emilie Dupuis.
CITRON (de méme.) Dupuis.
Boucau, Post-scriptum.
CITRON (de même.) tum, BOUCAU.
Profitez du moment. .., CITRON (de même.) momenteees BOUCAU.
qu’un oncle m’a laissée seule,
CITRON (de même.) Jaissée. ... seule.
Mets les lettres initiales, tu sais. Plie cela en billetdoux.
eiTRON (pliant le pupier.)
Je ne vois pas encore quel usage tu ‘peux faire de cette lettre.
BOUCAU.
Adresse-la à Monsieur Grifhon, ton maître, crinôs (dyatit adressé la léitre.) La voici.
BOUCAU.
Il faut la cacheter. (cachetant la lettre.) N'est-il pas vrai que ton maître est ‘Wn vieillard ‘qui ‘ne voit ‘quasi pas clair ? " CITRON,
Aussi porte-t-il des lunettes,
aq
BOUCAU.
Pas toujours. Est-il crédule ?
CITRON
Ce défaut, il le possède au plus haut dégré. 11 n’y a que pour cette bague que son incrédulité est extrême. BOUCAU.
Suis-moi. (Ils sortent.)