SCENE V
GRIPHON, FLORETTE.
GRIPHON (mettant ses lunettes.) Ne me cache rien, Florette, crois-tu qu’il l’ait ?
FLORETTE
Bin dame, moé, por dire la varité, j'vous dirai bin que j’cré qu’il l’a pas. Citron aime bin à tapager un p'tit brin, comme ça por rire, vous savez ; mé j'peux
billet- pas dire autrement que c’est un honnête garçon. Na pas la bague.
GRIPHON.
Chut! Ne dit pas cela. Je ne serai nullement sur-
pris si je le vois courir le loup-garou, quelques-uns de ces jours.
FLORETTE
Ah ! Seigneur du bon gueu ! L’loup-garou ?
GRIPHON.
Que fesait-il l’autre jour, quand je le surpris uvec toi ?
FLORETTÉ, Quüoé ? C6 ti à cause de d’ça ?
GRIPHON.,
Que fesait-il ? Tu rougis.
Ah bin, por c’qu’é d’ça, jé pâ honte portant. Il assayait à m’embrasser ; vous en faisez bin autant vous ; vous allez donc courir l’loup-garou ?
GRIPHON.
Ne parle de cela à personne.
FLORETTE
Craignez pas, allez. Quand est-c’que vous m’barais la belle rôbe d’inguenne florie qu’vous m’avez promis ?
GRIPHON,
Prends patience, Florette ; ce que je t’ai promis, tu auras. Viens ici.
FLORETTE
Quoé’s que vous voulez? (Elle s'approche de Griphon.)
GRIPHON.
Tu me sers avec zèle, Florette, et je veux te montrer encore une fois que je suis content de toi. (J4 essaye à la baiser.)
FLORETTE (se défendant.) “Ah bin......!
GRIPHON,
Ne pense pas, Florette, que ce soit ce vice honteux ue l’on nomme amour qui me fasse agir de la sorte. on, Florette, c’est l’amitié d’un père tendre pour son enfant chéri. Ta peau est bien blanche, Florette ; tu as le teint fin, (2 lui passe la main sur le visage.) Allons donc, la mignonne, JA,
nt.
autant
m’bam'avez
mis, tu
he de
Be monji, (JU
FLORETTE (riant.)
Ha ha ha.
Qu’as-tu ?
GRIPHON,
FLORETTE
Vous m’faisez rire.
Va voir si la porte est bien fermée.
FLORETTE
La porte ? Eh ! mon gueu, j’viens de la fermer. crIPHON (metlant deux chaises l’une près de l’autre.) Viens t’asseoir, Florette.
FLORETTE
Quoéc’que vous voulez fére donc ?
GRIPHON.
J'ai quelque chose à te dire.
FILORETTE:.
Oui. J’sé bin, vous avez toujours quoqu’chose comme Ga.
GRIPHON.
Eh! Pauvre imbécile, n'est-ce pas ton bien que je veux ?
FLORETTE
Bin, fâchez-vous pas ; me v’là assis, (Elle éloigne sa chaise et s’assicd.)
GRIPIION,
Bon! (JÙ s’assied, en approchant sa chaise de cewe de Florelte, qui recule la sienne de nouveau.) Je veux t’instruire, Florette, des devoirs d’une fille vertueuse, Je me considère comme ton père, et tu dois te considérer comme ma fille. Le fais-tu ?
FLORETTE
Bin dame, j’sé pas. Mon père et ma mère vivent encore,
GRIPHON,
Ouf! Je le sais bien ; mais vivent-ils avec toi ? Peuvent-ils être témoins du mal que tu peux faire, et
par conséquent peuvent-ils te donner des conseils nécessaires, pour te détourner de la mauvaise voie ? Je suis ton maître, et comme tel je dois agir envers toi comme ton propre père. M’entends-tu ?
FLORETTE
Oui; j'comprends à c’tte heure.
GRIPHON.
Je vais donc te parler comme un père. (1! approche sa chaise de celle de Florette qui recule la sienne.) FLORETTE.
J’vous entendrai bin d’écite.
GRIPHON.
Ecoute. Comme la vertu est aimable, Florette ! Que de douceurs, que de délices elle procure à celui qui l’aime et la pratique! Quel bonheur goûte une conscience pure ! M’entends-tu ?
FLORETTE
Bin ;.... j'comprends in p’tit brin. Vous parlez comme not’ curé, quand i prêche.
GRIPHON.
Je veux dire que celui qui évite le mal, qui ne pêche pas........ tu comprends ?
FLORETTE
Oui.
GRIPHON, est heureux, c’est-à-dire, qu’il n’a pas de remords, qu’il est toujours content.
FLORETTE
J’sé pas c’que c’é, moé, des remords.
Vilaine tête! Tu dois pourtant en être rongée. Quand tu as commis quelque faute, ne sens-tu pas ge chose au-dedans de toi-même qui te tourmente ?
u voudrais donc dire que tu ne fais jamais de mal ?
FLORETTE
Bin dame. .....
Is née? Je ers toi
roche nne.)
rette !
celui > une
arlez
pêche
ords,
gée.
pas nte ?
al ?
Vois donc combien il est nécessaire que je t’instruise ; tous les jours je te vois commettre mille fautes.
FLORETTE
Mon gueu !
GRIPHON.
Approche ta chaise.
FLORETTE
Ah bin ! j’sé bin quoësc’que vous voulez fére. GRIPHON.
Là. Voilà déjà une faute très-grave.
FLORETTE
GRIPHON.
Oui, un crime : la désobéissance à son maître. Et puis tu auras l’elfronterie de me dire que tout ce que tu fais est bien.
FLORETTE
Mé .....
GRIPHON.
Eh ! ne dois-tu pas obéir à ton père ?
FLORETTE
J’sé bin.
GRIPHON,
Ne suis-je pas le tien ?
FLORETTE
Vous l’disez.
GRIPHON.,
Ne viens-je pas de te le démontrer ?
FLORETTE
Bin! (Elle s'assied près de Griphon.) GRIPHON,
Bon! Voilà une fille obéissante. Sache, Florette, « le principal, le premier devoir d’une servante est ’obéir à son maître, comme celui d’une fille l’obêissance à son père. Je viens donc, je l'espère, de. te
corriger d’un grand défaut. Jiaintenant tu devras D
m’obéir jusque dans les moindres choses. Il est encore plusieurs fautes que tu peux commettre, sans le savoir. Je te les ferai connaître une autre fois Montre-moi donc tes yeux ?
FLORETTE
Pourquoé ?
GRIPHON.
Ne dois-tu pas m’obéir ?
FLORETTE
Bin, t’nais. (Elle regarde Griphon fixement.) GRIPHON.
Oh! Comme te voilà malade ! Pourquoi ne le dis-tu donc pas ?
Moé ?
FLORETTE
GRIPHON,.
Eh ! Sans doute. (11 lui prend le pouls.) Tu as le pouls extraordinairement agité.
FLORETTE, J’sus pas malade en toute.
Ne dis pas cela, Flurette ; tu souffres beancoup. (Il essaye à la baiser.) FLORETTE (se défendant.) J'veux pas, j'veux pas.
GRIPHON.
Voilà encore une désobéissance, Florette. (On entend frapper à la porte.) Va voir ce que c’est. FLORETTE (revenant avec une lettre.) T’nais, c’est ane lettre.
GRIPHON.
Donne. (14 prend la lettre et lit tout bas.) FLoneTTe (tandis que Griphon lil.) C’est un beau jeune homme qui me l’a donnée. Il a dés belles grosses joues rouges comme dés pommes de calville.
ncore avoir.
e-moi
GRIPHON.
Va continuer ton ordinaire, Florette.
FLORETTE
Vous avez pus besoin d’moëé ? Obliez pas ma robe toujou. (Ælle sort.)