CHAPITRE IV LA GRIPPE, MALADIE ANERGISANTE
Chez l’homme sain, pneumo, staphylo, streptocoque, gisent inactifs au fond de toutes les cavités en contact avec l'air extérieur.
Survient une grippe — maladie bénigne, due à un microbe inoffensif — la virulence de ces microbes se réveille soudain; dès lors, ils se multiplient, attaquent, infectent, se propagent, détruisent, et commettent des ravages. Ils se localisent, s’incrustent, provoquent des suppurations, sournoisement persistantes, des maladies chroniques, où bien semblent s'unir pour dévaster en peu de temps l'organisme qui semble devenu leur proie.
Cette hypervirulence soudaine semble contraster avec un état de prostration du grippé — prostration qui se manifeste sous le microscope, même dans les éléments cellulaires incapables de réagir.
Il semble donc que le virus spécifique de la grippe prépare le terrain aux microbes associés. Violle disait : « il laboure un champ dans les sillons duquel vont germer à l'envi les microbes nocifs ». Ce virus rend l’organisme déficient, incapable de lutter contre une infection nouvelle. Il le paralyse, il empêche la surproduction nécessaire d’antitoxines et d’'anti- COTPS.
Mais son action nocive se borne là : simple « virus de sortie », il permet aux microbes associés (dont le pneumo et le strepto sont les plus dangereux) de faire subir leur action destructrice à des régions sans résistance, soumises à leur virulence exacerbée. La grippe est à peine une maladie. Sa plus grande gravité, c’est d’être une maladie anergisante.
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loue ee.
Cette action anergisante de la grippe n’est pas une utopie. Elle est une réalité, mise en évidence, scientifiquement, dès le deuxième ou troisième jour de maladie chez les grippés par les expériences suivantes :
1° La cuti-réaction tuberculinique devient négative chez les sujets ayant eu précédemment une réaction positive. La réaction réapparaît après la guérison de la grippe.
2° Le même phénomène se passe avec le vaccin Lennerien.
Cette notion de maladie anergisante n'est point nouvelle d’ailleurs. Von Pirquet avait déjà dénoncé la rougeole comme maladie anergisante.
De tout cela, il résulte que le virus de la grippe met d’abord les malades en état d'anergie, puis, à la faveur de cet état de moindre résistance, les microbes associés, saprophytes normaux de la cavité bucco-pharyngée et des bronches, deviennent hypervirulents et gravement pathogènes.
Dès lors, rien ne semble plus mystérieux dans l’évolution capricieuse des complications. Nous connaissons maintenant les microbes auxquels elles sont véritablement dues. Et il nous devient bien apparent que lutter contre ces microbes, c’est lutter contre la grippe elle-même, et que seule cette lutte doit nous occuper, plutôt que le traitement symptomatique d’une maladie qui est rarement sérieuse d'emblée, et dont le germe véritablement spécifique est encore inconnu.