LA GRIPPE A TRAVERS L’HISTOIRE
Bien que l’on ne puisse pas se baser avec assurance sur les faits rapportés par les auteurs anciens, nous devons relater certaines épidémies qui sévirent, au v° siècle avant Jésus- Christ, et qui nous sont relatées par Hippocrate. Les symptômes décrits sont assez caractéristiques pour que déjà on puisse mettre sur ces maladies contagieuses l'étiquette de « grippe ».
Plus tard, au moyen âge, Matteo Villani et Donienico Buoninsegni signalent « l’influenza di fredo ».
Au début du xvi° siècle la même maladie sévit à Londres. Notre ambassadeur, Jean du Bellay, disait d'elle : « qu'elle était la plus’aisée du monde pour mourir: ».
En 1580, la grippe fait à Rome plus de 900 victimes.
Depuis, les épidémies de ce mal angoissant, que les médecins ne savaient combattre, n’ont cessé de se succéder jusqu'à nos jours .
: Au xvr° siècle, elle sévit d’abord à Prague, dans un camp français (90 soldats sont emportés par jour). Puis, à Londres, en 4658, où elle fut décrite par Willis. En’ France, en Allemagre, en Angleterre enfin, dans le courant de l’année 1675.
PT 6 Mes
Au xviu° siècle, une épidémie partie d'Allemagne parcourut diverses contrées du monde. Elle fit de nombreuses victimes en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne. Elle s’étendit même à l'Amérique du Nord : c’est Perkins qui la décrivit en 1731. Et refaisant, semble-t-il, le trajet inverse, elle reparaît, en 1733, dans divers pays d'Europe, notamment en Hollande où elle fut étudiée par Van Swieten et en même temps en France. À Paris, Jussieu la prit pour sujet de thèse inaugurale et le peuple dénomma cette maladie la « folette ».
Dix ans plus tard, en Italie, nouvelle épidémie « d'influenza », c’est le nom qu'on lui donne. Elle s’achemine dans le courant de la même année vers la France, où, pour la première fois, on l’appelle « grippe ».
Elle reparaît en 1775 sous un aspect bénin; mais, cinq ans plus tard, elle éclate brusquement et se montre particulièrement meurtrière et envahissante. Partie de Chine, elle gagne en effet l'Europe par deux voies : l'Inde et la Russie. Partout, elle commet des dégâts considérables.
À Paris, la maladie fut si générale « que, dit Geoffroy, le spectacle de l'Opéra manqua un Jour; les plaidoiries cessèrent au Châtelet et la musique de Notre-Dame fut interrompue pendant trois Jours ».
Signalons encore deux invasions grippales au-xix° siècle en 4837 et 1889, et nous en arrivons à la terrible épidémie de 1918-1919.
I paraît maintenant établi qu'elle eut pour point de départ la Chine et le Japon. De là, elle se propagea de l’est à l’ouest, vers l’Europe, soit par mer, par les différents ports méditerranéens, soit par terre, par la Russie et l'Allemagne.
L'Espagne, la France, la Belgique, la Suisse, eurent à en souffrir tour à tour.
Les Etats-Unis mêmes ne furent pas épargnés. Elle s’y manifesta dès avril 1918.
Presque partout elle évolua par poussées successives. D'abord peu grave au printemps, elle devint d’une effroyable virulence en automne.
AL Le
Dans tous les pays la mortalité fut grandement accrue; mais cette épidémie ou, pour mieux dire, cette pandémie fut particulièrement sévère en Orient : aux Indes anglaises, au Japon, en Chine.
L'historique seul de la question nous montre suffisamment que la grippe n’est pas une maladie bénigne. Elle est grave. Grave par sa vitesse de propagation, grave par la malignité de ses symptômes et surtout de ses complications.
De plus, cette malignité s'accroît à mesure que l'épidémie augmente et se renouvelle : il se produit, pourrions-nous dire, un espèce de « repiquage » humain qui augmente la virulence des microbes et de leurs toxines.
On comprend dès lors que la grippe ait été l’objet d’études très poussées, qui n’ont pas toujours contribué à nous éclairer sur son étiologie.