CHAPITRE II
À quoi est due la grippe ?-Quel est le microbe qui joue le rôle prépondérant dans l'infection grippale ? Sur quel terrain évolue-t-il ? Quelle est sa virulence propre et la part qui lui revient dans les complications grippales ?
ETIOLOGIE MICROBIENNE DE LA GRIPPE I. Le Bacille de Pfeifier.
Pendant la grande épidémie de 1890, Pfeiffer découvrit le bacille qui porte son nom. Il le cultiva bien à cette époque, mais ne put arriver à l'obtenir à l’état isolé.
En 1892, à la « Société des médecins de la Charité », Pfeiffer annonce qu'il a pu obtenir le bacille grippal en culture pure, en ajoutant de l'hémoglobine au milieu de culture.
Nous n'insisterons pas sur les caractères de culture, mais seulement sur ce fait que le bacille de Pfeiller, très aérobie, ne pousse pas sur les milieux ordinaires. I] faut y ajouter du sang. Encore que les travaux de Jacoby et Frankenthal, de Legroux, ont montré que ce n'était pas le sang qui agissait favorablement, mais une « substance soluble dans l’eau après coagulation des hématies par l'alcool ou la chaleur à 80 degrés ». Cette substance jouerait, d'après W. Kollath, un rôle analogue à celui des vitamines dans le corps humain. C'est ainsi qu'un milieu peu nutritif par lui-même peut être rendu favorable au développement du microbe par l'addition d'extraits de plantes ou de fruits : bananes, oranges, citrons, petits pois, etc. Par exemple, des milieux pauvres seraient rendus
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nutritifs par l'apport de sang, d'extrait globulaire ou d'extraits végétaux. D’après ces notions ont été combinés les meilleurs milieux de culture :
— celui de Levinthal-Lubinsky, de préparation délicate, employé au laboratoire de Pfeiffer;
— @elui d'Agulhon et Legroux, à l'extrait globulaire, employé en France, et dont la préparation est beaucoup plus simple.
Enfin, une notion nouvelle, mentionnée d’abord par Granberger, vient jeter une lumière sur la virulence que semble prendre le bacille de Pfeiffer dans les cas où il est associé à d’autres microbes. Granberger montra, en effet, que le bacille de Pfeiffer forme, autour des colonies de staphylocoques dorés, des colonies beaucoup plus grosses que les colonies normales. On observe alors des formes géantes du bacille. Après Granberger, Neisser renouvela l'expérience avec d’autres bactéries : staphylocoques, bacille diphtérique, gonocoque, bacille du côlon, etc.
Bien mieux, le bacille de Pfeiffer se développerait sur une même culture de bacille de Pfeiffer aux dépens des bacilles de Pfeiffer eux-mêmes. Il se produirait un phénomène curieux, que le Laboratoire de Breslau désigne sous le nom de « cannibalisme ». Certains des bacilles vivants utiliseraient leurs congénères morts, de la même façon qu'ils utilisent les staphylocoques. L'hypothèse méritait d’être signalée.
MorpuoLoGte. — Le bacille de Pfeiffer peut se présenter sous des formes normales ou anormales.
Normalement, on le trouve sous forme de coccobacille, ou sous des formes filamenteuses se rapprochant de celles des spirochètes.
Anormalement, et dans les cultures âgées, il peut présenter des formes d’involution rappelant assez celles des levures.
Les formes coccobacillaires sont très fréquentes. On ne rencontre les formes filamenteuses que dans le liquide céphalorachidien et dans le pus pleural.