‹ GrisélidisChapitre 11 sur 29 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE MARQUIS, GRISELIDIS, ^juis BERTRADE, LOYS, GONDEBAUD, LE PRIEUR, Hommes d'Armes.

LE MARQUIS

GrisélidisI

Pardon, Monseigneur et mon maître, Je voulais être forte et vous voyez mes pleurs.

LE MARQUIS

J'y vois, Grisélidis, ta tendresse apparaître ;

Les larmes du matin font plus belles les fleurs.

Mais mon cœur en goûtant ces trop dangereux charmes

S'en pourrait amollir.

Grisélidis, cache moi donc tes larmes ;

Car devant le devoir je ne veux pas faiblir.

Tu m'offres la beauté, je te dois bien la gloire.

Si longtemps loin de vous, mon Dieu, je n'y puis croire.

LE MARQUIS

En attendant, vis dans ces lieux.

Comme l'oiseau qui vole au soleil dans l'espace.

Le ciel est sans soleil quand je n'ai plus vos yeux, C'est eux que chercheront les miens dans l'air qui passe.

LE MARQUIS

Pour rassurer mon cœur redis-moi ton serment.

GRISELIDIS, vers la fenêtre.

Devant le soleil clair qui monte au firmament, Gomme aux mains du prêtre l'hostie, Je vous donne ma foi librement consentie. Que mes gages d'amour vous soient donc confirmés. Sachez que je vous aime autant que vous m'aimez. Votre volonté me fût-elle même Cruelle à mourir, j'accepte mon sort Et j'obéirai puisque je vous aime Jusque dans la mort.

[Fanfare sous les murs.)

LE MARQUIS

Il faut partir

Non pas sans avoir, je l'espère, Embrassé notre enfant.

LE MARQUIS

C'est vrai, chez moi l'époux Allait faire oublier le père.

{Il ouvre la porte de droite.) Bertrade, fais venir Loys auprès de nous

Tout près d'ici, devinant votre envie, J'ai dit qu'on l'amenât.

[Entre Bertrade amenant Loys.)

Monseigneur, le voici, La douceur des baisers qui lui sera ravie, Pour la dernière fois qu'il la connaisse ici.

[Tenant V enfant contre lui.) Toi, dont pour le faix lourd des armes Je quitte le léger berceau ; Enfantelet, doux arbrisseau.

Avant la vie, apprends les larmes.

Près de toi, c'était le bonheur.

Là-bas, c'est la souffrance amère.

Cependant je ^itte ta mère ; Avant la vie, apprends l'honneur.

Qu'un baiser console et caresse Celle qui te donna le jour.

Garde lui ta seule tendresse ; Avant la vie, apprends l'amour.

(// bénit V enfant ; fanfare sous les murs, Gondcbaud paraît avec quelques hommes en armes.)

LE MARQUIS

Grisélidis, adieu; l'heure est passée,

[Longs adieux; il s'arrache aux einbrassemenis des siens et sort suivi de Gondebaud et de ses hommes. Fanfares. Grisélidis remonte jusqu à la fenêtre et, l'enfant près d'elle, suit longtemps des yeux celui qui part.)

GRisÉLlDis, montrait le livre sur le lectrin. Bertrade, reprenons la page -"ommencée.

BEUTRADE, debout au lectrin, lisant.

« Les paroles de Pénélope redoublaient l'attendrissement d'Ulysse. Il pleurait, tenant embrassée sa chère et fidèle épouse. Gomme l'aspect du rivage réjouit le cœur des naufragés, ainsi Pénélope contemplait son époux, sans pouvoir détacher ses bras blancs de la tête du héros. »

(^Au loin dans la campagne la voix des fanfares décroît, puis s^ éteint.)

RIDEAU

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