SCÈNE IV
Les Mêmes, LE DIABLE
LE PRIEUR Grand Dieu, quel miracle effroyable !
LE MARQUIS
Messire êtes-vous bien le Diable ?
LE DIABLE
Ma parole, le Diable ! et qui ne s'en défend.
Mais un diable très bon enfant.
J'avais fait, comme on dit, le diable sur la terre,
Où longtemps j'avais voyagé.
Pratiquant gaîment l'adultère.
Quand, en me mariant, le Seigneur s'est vengé.
Celle dont, en enfer, il m'a fait la victime,
Est coquette, méchante et de plus — légitime I
Et son unique but est, j'en suis sûr, hélas 1
De consoler en moi l'ombre de Ménélas.
LE PRIEUR
Ce serait pain bénit pour vous.
LE DIABLE
Non, je n'en use 1 — Le jour dans ce triptyque à rêver je m'amuse ; Et la nuit nous passons le temps, ma femme et moi, A tromper les maris.
LE MARQUIS
Non, pas tous, sur ma foi I
LE DIABLE
Si, tous !
LE MARQUIS
Va-t'en, démon !
La chose est incroyable Qu'on me dérange à tout propos.
Passez-vous du Diable, que diable 1 Ou laissez le Diable en repos.
Évoqué dans ces lieux, par vous, ma foi, j'y reste!
(//se carre impudemment sur la table.]
LE PRIEUR
0 mon cher maître, imprudence funeste I
LE DIABLE
Je précise. Marquis, ayant tout entendu : Contre moi le pari par vous sera perdu
Si la marquise oublie en votre absence Soit sa fidélité, soit son obéissance?
LE MARQUIS
Va-t'en ! Va-t'en 1
LE DIABLE
Qu'est-ce que je vous dis, Vous doutez I
LE MARQUIS
Pour que nul ne dise que je doute De. la vertu de ma Grisélidis, Pour gage prends ce sceau.
[De son doigt il arrache son anneau nuptial et le lui donne.)
Devant Dieu qui m'écoute, J'accepte!
LE DIABLE
A la bonne heure.
[S' envolant par la fenêtre.)
Monseigneur, au revoir I