‹ Gros et détailChapitre 33 sur 37 · L ANGOISSE · texte numérisé non relu

L ANGOISSE

Un étranger, pour la première fois chez nous, me vint voir. Nous devisâmes avec agrément sur mille sujets divers. — Dites-moi, maître, vous qui savez tant de choses, pourquoi...

...Pourquoi tous les Français — j'en excepte toutefois quelques rares loustics et quelques quidams à la gaieté factice, —

Pourquoi, dis-je, tous les Français que je vois ont-ils un air de sombre préoccupation, comme si une cruelle angoisse leur étreignait le cœur ? Aussi bien sur la rive gauche, — du Luxembourg, de Montparnasse, de l'Observatoire...

... A la rive droite et jusques à Montmartre, — je ne rencontre que des visages soucieux et l'œil dans le vague. Les dames elles-mêmes n'en sont pas exemptes.

Si, dans vos squares, j'ai vu des visages souriants^de bonnes d'enfant, en revanche, j'y ai vu des mâles figures de militaires qui portaient aussi cette empreinte d'angoisse et de sombre préoccupation générale... Pourquoi? Seraitce la noble inquiétude patriotique pour vos cuirassés dégarnis ? Le malaise provoqué par la stagnation des affaires ? Y aurait-il quelque grave complication à l'horizon diplomatique?...

— Naïf Huron !... Vous ignorez que — dans un mois — c'est la promotion des Palmes Académiques!

Page 1