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LA COMTESSE DE LAH1MOISIÈHE

toile, dont le Tond vigoureux et nu favorise l'éclat des carnations. Le cadre s'arrête à peu près au tiers supérieur de la cuisse, et assez bas cependant pour ne pas nuire à l'expression du mouvement général.

On peut considérer ce beau travail comme complet dans toutes ses parties; il n'est déjà plus en la possession de la famille; il appartient à notre musée.

Nous aimons moins le portrait de la comtesse de Lariboisière.

La comtesse de Lariboisière se repose sur un canapé garni de velours vert. Un coussin de même couleur est sous ses pieds. Devant elle, est un riche guéridon, orné d'une corbeille, où se trouvent réunies les fleurs de la saison.

Le goût de cette époque de l'Empire règne dans ce petit salon, garanti contre l'action des chauds rayons du soleil. Cette pièce est au rez-de-chaussée. Une porte, ouverte au fond, donne sur un parc. Les rideaux sont à demi fermés : une tenture est placée audessus du perron.

M" r de Lariboisière a pour vêtement une robe de cachemire rose , terminée en bas par une large bande blanche, avec les palmes indiquant une origine indienne; un châle, d'un ton gris violet, est à côté d'elle. Ses pieds sont chaussés dans un soulier de satin blanc. La coiffure est simple : quelques perles font ressortir le ton luisant de ses cheveux. Un collier, de perles égalemeut, entoure son col ; sa douWe rangée a perdu sa symétrie, par le mouvement des doigts de la main droite, jouant avec cette parure. Le coude de ce même côté s'appuie sur le coussin dressé vers l'extrémité du siège allongé. Le bras gauche se laisse aller mollement le long du corps assoupli dans sa pose. Des gants blancs sont dans la main gauche, dont la face dorsale effleure le bord antérieur du canapé.

La robe est sans plis vers le corsage, selon la mode du temps; de petits bouffants séparent la poitrine des bras entièrement nus.

La ligure s'enlève en clair, sur un champ obscur. Les chairs sont d'un ton lumineux et animé. Le dessin manque un peu de correction dans certaines parties; il est facile. En général, la

forme a beaucoup do relief. On reconnaît le maître, en examinant comment le visage et les mains sont traités.

Le premier aspect ne séduit pas ; cet effet tient aux ajustements, dont la maigreur fait un contraste désavantageux avec la saillie que le peintre a su donner à l'ensemble. La mode a toujours eu le privilège d'imposer ses caprices les plus bizarres aux peintres de portraits. Combien d'œuvres d'art, d'un mérite incontestable , ont subi les conséquences de cette variabilité dans notre manière de nous vêtir! Un grand nombre de tableaux, représentant des scènes contemporaines, ne nous paraissent plus supportables quelques années après leur exécution.

Gros n'a pas résisté constamment à l'entraînement général. Ses portraits de femme, surtout, se ressentent de cette faiblesse; nous employons à dessein cette expression. L'artiste doit s'affranchir de pareilles entraves, en modifiant à sa guise tout ajustement qui n'est pas d'uniforme obligé; ou bien trouver, dans l'agencement des accessoires, de quoi neutraliser les pitoyables inventions de nos tailleurs et de nos couturières.

Gros a été plus heureux dans le portrait de la comtesse Turpin de Crissé, 1819.

M"' Turpin de Crissé est assise sur un fauteuil, dont le dossier est en partie couvert par un manteau rouge, garni de fourrures. Elle porte une robe blanche, d'une façon simple, et sans manches. La main gauche joue avec un lorgnon ; la droite tient négligemment le bout arrondi du bras de ce siège en acajou.

Cette pose, saisie sur la nature, a de la grâce et un laisser-aller de bon ton, annonçant une haute position dans le monde. Les traits du visage sont fins et animés par une expression naïve et spirituelle en môme temps. Les yeux ont la vivacité d'un esprit actif: la bouche offre le caractère ingénu de la candeur et de la bienveillance.

Les mains sont dessinées avec soin. Le raccourci de la main gauche est rendu d'une manière heureuse. La science dont l'auteur a fait preuve en la modelfint, n'ùte rien à la souplesse des contours.

Le ton des chairs est riche et chaud. La transparence des om-

bres, la franchise de la lumière, donnent beaucoup de relief à cet ensemble harmonieux; il se détache sur un fond vaporeux et uni.

Cette toile est d'une petite dimension. Elle s'arrôtc à peu de distance du coude et du bras gauche, placés dans un plan presque parallèle à la surface du tableau, ainsi que l'avant-bras.

Gros a mis beaucoup de talent dans cette peinture. Il l'a faite avec plaisir pour un artiste, dont les productions étaient depuis longtemps distinguées par le public, parmi celles de nos meilleurs paysagistes et peintres de genre.

Gros fut nommé chevalier de l'ordre de Saint-Michel en 1819. Guérin reçut également cette distinction, que Girodet et Gérard avaient obtenue en 1816. Un huissier des ordres du roi remit à Gros les insignes de cette décoration, le 15 janvier 1820.

Malgré des tentatives souvent répétées, Gros ne pouvait vaincre la rigidité des principes de David et en obtenir la moindre concession, au sujet de son retour en France. L'élève enthousiaste désira du moins fixer à jamais, dans notre pays, les tableaux des Sabines et des Thermopyles. Il prit sur ce point une honorable initiative auprès du gouvernement. David, reconnaissant de tous les soins de Gros et respectant des convictions consciencieuses, s'efforçait de tromper son ami sur les maux de l'exil, sans repousser des propositions flatteuses. Voici comment David conciliait la position de l'homme politique et du chef d'école.

« Bruxelles, ce « novembre 1819.

« Mon cher monsieur Gros,

« Nous ne nous entendrons jamais, mon bon ami, tant que vous vous persuaderez qu'on ne peut être heureux qu'en France; moi, je suis bien fondé à penser le contraire. Depuis mon retour de Rome, en 1781, je n'ai jamais cessé d'y être persécuté, tourmenté dans

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nies travaux par tous les moyens les plus odieux ; et, si le ciel ne m'avait pas favorisé d'une certaine force de tête, j'aurais pu y succomber. Vous en avez été témoin souvent; votre amitié pour moi m'en a souvent prévenu; vous m'avez môme reproché d'être apathique, de ne pas y attacher assez d'importance : je les laissais faire ; je leur répondais par un ouvrage; c'était, à la vérité, jeter de l'huile sur le feu; lorsqu'une révolution terrible est venue leur donner de la force, et Dieu sait comme ils en ont profité. Vous m'aimez, mon bon ami, vous ne voulez que mon bonheur et ma tranquillité; eh bien, soyez content, vos vœux sont remplis; laissez-moi jouir en paix du repos que j'éprouve en ce pays et qui m'a été inconnu jusqu'à présent. Vous connaissez bien, actuellement, ma situation; parlons donc, à présent, de mes intérêts, chose qu'il faut diviser et qui n'a aucun rapport avec la première.

« Je n'ai jamais refusé de céder mes tableaux ; je ne les ai refusés qu'à l'étranger, pensant bien qu'à ma mort le gouvernement ne pousserait pas plus loin sa haine. Ils rappelleront peut-être un jour les persécutions sans nombre qu'ils ont attirées sur leur auteur; mais, mon ami, était-ce là le moyen, si on avait sincèrement le désir d'en faire l'acquisition? C'est vous, vous seul qui m'en avez parlé; je ne devais regarder cela que comme un élan de votre amitié; les personnes attachées au gouvernement, sous le rapport des arts, m'en ont-elles jamais entretenu? Je méritais, je crois, après les services que je leur ai rendus, une petite déférence de leur part ; ils n'en ont rien fait; je dois donc attendre qu'ils s'expliquent plus ouvertement.

« Il ne me reste plus qu'à vous assurer de mes éternels témoignages d'amitié; ma femme, comme vous le savez, les partage.

« Adieu, mon brave élève; je vous invite au courage, vous en avez besoin dans ce moment-ci : l'intrigue vous environne.

« Votre ami, « David. »

Oros s'empara de ce demi-consentement pour continuer activement sa négociation. Elle eut. un plein succès. Deux mois ne s'étaient pas encore écoulés, et il apprenait avec joie la conclusion

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