LE COMBAT DE NAZARETH
Les dernières lueurs de la liberté s'effaçaient insensiblement sous l'éclat progressif de nos armes. Le prestige de nos conquêtes absorbait l'esprit public et le détournait au dehors. La gloire devint la récompense de la valeur et son plus puissant véhicule. I n arrêté des consuls ordonna l'exécution d'un tableau commémoratif du combat de Nazareth, comme un exemple de courage et un monument de la reconnaissance nationale.
La donnée était magnifique. Le 19 germinal an VII, le général Junot. à la tète de cinq cents hommes, mit en déroute six mille Turcs, leur prit cinq drapeaux, et couvrit de morts le champ de bataille. Un concours fut ouvert à cette occasion; vingt compétiteurs se présentèrent.
Gros fut choisi à l'unanimité» pour traiter, sur une immense surface, l'esquisse dont nous allons donner l'analyse.
Nous sommes sous le ciel pur et transparent de la Syrie ; nos pieds foulent un sol sablonneux, échauffé par l'action des rayons verticaux du soleil.
En face est le village de Cana.
Vers notre gauche et derrière les rares habitations de Loubi, s'élève le Thabor : cette montagne coupe la ligne de l'horizon et interrompt son uniformité. La plaine se couvre d'ennemis dispersés; on se bat corps à corps sur le devant du terrain.
Une couleur riche et lumineuse attire d'abord l'attention sur
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Junot, dont le sang-froid et l'intrépidité viennent d'assurer la victoire. Il occupe, au troisième plan, un tertre, d'où son regard plonge dans l'espace. II monte un cheval blanc, vu de profil, et impatient de continuer sa marche orgueilleuse. Junot a dans la main gauche le pistolet dont il vient de se servir pour se débarrasser d'un Turc; ce cavalier, renversé de sa selle, est reçu dans les bras d'un nègre, et il glisse de sa monture, qui se cabre et cherche à se décharger du cadavre inerte de son maître. Le général vient de sabrer un autre assaillant, retirant avec effroi les rênes de son cheval, afin d'échapper à la supériorité de son adversaire.
Au bas de ce groupe, est un mameluk étendu sans vie, le visage tourné vers le ciel. A coté, se trouve un aide de camp, ayant sous lui le seul cheval normand survivant encore. Cet officier donne des ordres à un détachement, dont le plus grand nombre tiraille sur une masse de cavalerie; les autres opposent leurs baïonnettes au poitrail haletant d'un coursier arabe, ne touchant plus le sol, les genoux pliés et se précipitant sur le fer. I n mameluk est courbé sur la crinière de ce fier animal, et croise, au devant de son turban, ses deux bras armés, l'un d'un damas, l'autre d'une carabine, saisie par le canon comme une massue. On dirait un bélier poussant en avant son front protégé par ses cornes : il se livre avec résignation au sort inévitable qui l'attend. C'est une indication poétique de ce courage oriental, esclave aveugle du dogme de la fatalité.
Viennent ensuite des cavaliers en désordre et tirant, à la manière des anciens Numides, sur un parti de Français placés de ce coté, dès le commencement de l'action.
Un des fuyards a perdu l'équilibre dans cet eutre-choquement. Il cherche, dans son épouvante, à se remettre en selle, à l'aide d'un cavalier nègre qui le soutient, et d'un point d'appui sur le cheval courant à la droite du sien.
L'infanterie, marchant sous le drapeau de la République française, culbute et tue ce qui n'a pas encore quitté le champ de bataille. Un Turc décharge son tromblon; son cheval bondit sous l'éperon et s'abat. Près de lui. le ventre au soleil et le poitrail