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LE COMBAT DE NAZARETH

ensanglanté par une blessure profonde, un chev.il arahe jette à terre son cavalier, dont les traits décomposés attestent la terreur. Pour lui, plus d'espoir; il ne se relèvera plus; il peut entendre les cris d'un compagnon d'infortune écrasé sous le poids de son propre cheval, frappé mortellement, et labourant le terrain de ses pieds crispés par la douleur. Un cheval, privé de son guide, se dirige instinctivement vers la cavalerie en déroute.

Ici, les dragons ont conservé leur ordre; ils font un carnage affreux; ils atteignent de leur épée celui dont l'intrépidité prolonge une défense inutile, et ceux qui embrassent le col de leurs chevaux en s'amoindiïssant, afin d'ofTrir moins de surface à la grêle de plomb qui les pourchasse.

De ce côté, tout cède au vainqueur. Dans la direction de Loubi, la défaite est également évidente; mais, sur le premier plan, la lutte est acharnée. Des combats singuliers résument l'action des masses entre elles.

A l'angle droit de la toile, un dragon à pied dispute un cheval à un Arabe solidement établi sur ses étriers. Le bras de l'indigène est levé, il ne frappera pas : la pointe d'une lame française presse sa poitrine, le fer va la pénétrer. Au-dessous d'eux, un de nos officiers, sous les traits de l'auteur, vient de passer son épée au travers des flancs d'un homme du désert, pesant de tout le poids de son cadavre sur les extrémités inférieures de son heureux antagoniste, qui, lui-même, est sur le point de payer de sa vie un triomphe bien court. Déjà sa chevelure est saisie par une main vengeresse : un instant encore, et cette noble tète sera tranchée. Oui retient le bras prêt à frapper? Ce n'est pas la victime, entravée dans ses mouvements par son sanglant trophée : un coup de carabine est parti d'un groupe voisin : un jeune soldat a su délivrer son chef. Admirez l'expression de cette main palpitante, indiquant le passage de la perplexité à la joie du tireur. 11 craignait, en visant le Maugrabin, d'atteindre celui dont il voulait sauver les jours.

Si le plomb impitoyable brise toute résistance, la loyauté protège l'ennemi trahi par la victoire. L'épée d'un dragon détourne une baïonnette du sein d'un Turc, renversé de son cheval tué

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sous lui; ce Turc rend ses armes avec la conscience de ne pouvoir continuer plus longtemps un combat inégal. L'état suspensif do ces quatre figures, dont l'ensemble est accompagné de la pose immobile du cheval, est d'un grand effet : c'est un repos pour le cœur et l'esprit au milieu de l'agitation générale. Le peintre a grandi le vainqueur de toute l'élévation du caractère du vaincu, qui se met avec confiance sous une égide généreuse. De sa main gauche, le Turc étanche le sang qui s'écoule de sa poitrine lacérée. Sa main droite tend un sabre inutile, et de manière à montrer l'impossibilité de s'en servir contre le cœur français sur lequel il s'appuie, en lui faisant un noble appel. Le geste protecteur du bras gauche du dragon ne laisse aucun doute a cet égard ; il complète la pantomime de l'autre extrémité supérieure écartant le fer.

A quelques pas de cette scène attachante, en remontant vers la gauche de la toile, une lutte opiniâtre indique la vigueur de l'attaque et de la défense. Deux antagonistes s'efforcent de s'arracher mutuellement un étendard. Ils ont commencé le combat secondés par leurs chevaux : ces animaux se sont abattus sans que leurs cavaliers se soient dégagés l'un de l'autre. Ils sont liés par l'insigne en litige. Le brigadier du t mt dragons est debout; il domine le musulman jeté sur le sol et n'ayant pas encore vidé les arçons. Ce dernier s'est accroché convulsivement à l'angle inférieur de l'étoffe ; il s'y suspend avec ses doigts crispés par le désespoir. Son col est gonflé par d'impuissants transports de colère, et développé par le mouvement de la tête renversée en bas, afin d'ajouter un poids de plus à la traction musculaire des bras. Sa gorge découverte se présente au fer étincelant au-dessus d'elle et prêt à la percer. Le courageux porte-étendard attend le coup fatal : ses yeux se ferment par avance, et ne s'ouvriront plus. 11 sent sa défaite imminente et ne veut pas la voir.

Des Français, entourés de cadavres et séparés de leurs camarades, remplissent l'angle gauche de l'esquisse. Un d'entre eux s'est emparé du tromblon d'un Égyptien expiré près de là. Les balles destinées à la troupe de la République sont renvoyées aux rangs qu'elles devaient seconder. Derrière ce fantassin agenouillé,

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