‹ Grossesse et CardiopathiesChapitre 8 sur 63 · Budin, Progrès médical · texte numérisé non relu

Budin, Progrès médical

+ oi

Certes les grossesses surtout répétées ne sont pas sans influence sur les cardiopathies Elles ne sont pas à conseiller comme moyen de guérison à l'exemple du médecin dont parle Costa (1).

« Une jeune femme forte, bien constituée, était atteinte d'une maladie de cœur qui faisait de rapides progrès … Un médecin conseille à cette femme d’avoir un enfant pensant que la grossesse la guérirait.….

«Les troubles s’accentuèrent, l'accouchement survin à sept mois et demi, mais sans accidents, l'enfant vit et La mère se porte mieux. »

Il y a cependant un fait indéniable, c'est qu'il existe chez les cardiopathes une période de tolérance vis-à-vis des grossesses d'une durée variable suivant les malades. Pourquoi une telle variabilité? Parce que, comme nous l’avons dit au début de notre premier chapitre, il faut distinguer parmi les cardiaques celles dont les lésions sont bien compensées et celles où cette compensation n'existe plus.

Il ne faut pas croire « qu’il n’est point nécessaire de rechercher les lésions cardiaques chez les femmes enceintes, que toujours elles se manifestent au cours de la gestation par des symptômes apparents de dyspnée, d’insuflisance cardiaque, qu'en un mot la forme compensée n'existe guère ou tout au moins qu'à titre

d'extrême exception » (Vinay\.

1. Rapport de Costa à l’Académie en 1827 in thèse de Porak, p. 56.

EN SRES

Si l’on n'ausculte pas systématiquement toutes les malades on ne retient que les cardiopathies mal compensées et l’on a de bonnes raisons d’être très pessiiniste, imais on laisse passer les cardiopathies bien compensées, les 6/7 des cardiopathies, dit Fellner, qui peuvent servir de base à de meilleures assurances.

Il existe en effet plusieurs statistiques dans lesquelles leurs auteurs ont pratiqué l'examen du cœur pendant un laps de temps variable chez toutes les femmes enceintes indistinctement. Les chiffres sont tout différents des précédents.

Vinay trouve, sur une série de 3.000 accouchées, 80 cardiaques.

De ces 80 :

72 n'eurent aucun accident sérieux :

6 présentèrent de l’asystolie :

2 de l’œdème pulmonaire.

Il y eut 3 morts sur ces 8 cas d'accidents gravido-cardiaques et sur ces 80 femmes.

Les deux statistiques de Fellner(r) prises à la clinique obstétricale de Vienne sont très suggestives.

La première n’a trait qu'aux cardiopathies qui se sont révélées par des troubles.

Sur 30.163 accouchements survenus dans un laps de neuf ans on remarque 9{ cardiopathies (soit 0,33 0/0) avec 66 0/0 d'accidents.

Dans la seconde statistique, toutes les femmes sont

1. Fellner, Herz. und Schwangerschaft (Monatsthrift 1. Gebre und Gyncæek., 19o1, XIV, p. 350.)

=to0ie—

systématiquement examinées : 900 dans une période de trois mois. On, constate alors 22 cas de lésions cardiaques (soit 2,44 0/0 et seulement 8 o/o d'accidents).

On le voit ces résultats sont bien démonstratifs. A ne considérer que les cardiopathies se révélant chez les parturientes par des troubles fonctionnels. le pronostic de la grossesse chez les cardiaques est très sombre: 66 0/0 d'accidents. Mais on méconnaît 6/7 de cardiopathies réellement existantes et bien compensées sur lesquelles la gestation n'a pas eu de fatale influence et qui abaissent le pourcentage des accidents de 66 à 8 0/0.

Demélin (1) examine à la clinique Tarnier de 1889 à 1895, 5.162 femmes : il trouve 64 cardiaques.

Elles eurent en tout 162 grossesses, sur ces 162 grossesses 62 n'ont subi aucun retentissement de la maladie de cœur et ne l’ont pas elles-mêmes influencée (soit 38,2 0/0).

Parmi les femmes qui présentèrent des troubles gra-

vido-cardiaques : = 9 Il-pares ont eu leur première grossessenormale, 9. 4 AI pares ont eu deux grossesses ant. normales, 8. 1 IV-pares AR 3 grossesses antérieures normales, 6.

1 V-pares 3 V-pares : {4 grossesses antérieures normales, 12.

1 VIl-pares : 6 grossesses antérieures normales 6.

1. Demelin, Contribution à l’étude des cardiopathies dans leurs rapports avec la grossesse et l’accouchement (L'Obstétrique,

15 janvier 1896, p. 41).

D aie

Soit 41 grossesses à ajouter à la série des 62 cas où la gestation et la maladie du cœur n’ont eu aucune influence réciproque, ce qui donne 103 grossesses normales sur-

Il faudrait y ajouter 4 cas où des primipares présentèrent des accidents qui peuvent être imputés plutôt à la toxémie gravidique simple qu'à la cardiopathie, ce qui permet d'arriver au chiffre définitif de 107 grossesses qui, sur 162 survenues chez les cardiaques, n’ont pas été influencées par l'affection du cœur, soit 66 0/0.

À ne considérer que les 64 cardiaques on trouve que :

19 restèrent complètement indemnes ;

4x eurent des accidents;

4 cas restent entre les deux groupes dont deux secondipares, qui, après des accidents à une première grossesse, firent leurs deuxièmes couches dans les meilleures conditions possibles.

M. Demelin insiste très judicieusement sur ces deux ‘observations qui sont un témoignage de très grande valeur en faveur de l'influence de la toxémie gravi dique sur l'apparition de l'insuffisance cardiaque.

Sur les 64 femmes :

2 seulement sont mortes, ce qui donne un peu plus de 30/0 de mortalité.

Cette mince proportion de 19 cardiaques indemnes sur 64 s'explique si l’on considère la nature etla gravité des accidents constatés par Demelin.

Sur 41 femmes atteintes :

28 ont eu surtout de la dyspnée légère, chez ;

Page 1