‹ Groupe sanguin et intervention chirurgicaleChapitre 2 sur 11 · MONSIEUR LE PROFESSEUR ROUSLACROIX · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROFESSEUR ROUSLACROIX

MoxsiEUR P. MOIROUD

Prolesseur Agrégé

Mons!Eur R. POINSO

Prolesseur Agrégé

Au moment de soutenir cette thèse, nous tenons à assurer de notre profonde reconnaissance M. le Professeur FIOLLE, M. le Docteur V. AUBERT, M. le Docteur R. de VERNEJOUL, M. le Docteur MOIROUD, M. le Docteur E.

GAMEL qui nous ont, avec tant de bienveillance, ouvert leurs services.

Nous tenons aussi à eXbrimer toute notre resbpectueuse gratitude à M. le Professeur OLMER, toujours si bienveïllant envers nous, et à remercier M. le Docteur RANQUE de ses précieux conseils.

Que tous ceux qui nous ont aidé dans ce traval, parhicuhèrement M" MOLINOD, par laccueil qu'elle nous a fait dans son laboratoire, trouvent ici l'expression de nos plus vifs remercienentis.

Généralités - But de ce travail

Dans la multitude de problèmes que pose la pratique de la translusion sanguine, celui de la compatibilité est capital, et, au milieu de tant de faits qui échappent à nos possibilités d'investigation et de compréhension, il nous présente une donnée accessible à notre connaissance, vérifiable par l'expérience.

Il parait superflu de dire que la compatibilité sanguine commande toute la question de la transfusion, car c'est depuis que Landsteiner a découvert que les propriétés iso-agglutinantes normales ne sont pas identiques chez tous les individus et que, à ce point de vue, ceux-ci sont répartis en groupes (les quatre groupes sanguins des schémas de Jansky et de Moss, actuellement classiques) que la transfusion sanguine a cessé d'être une intervention hasardeuse pour devenir un moven de thérapeutique courant.

L'importance pratique de la compatibilité sanguine, considérée du point de vue de la transfusion, ne saurait échapper à personne, puisqu'on connaît la gravité redoutable des accidents d’incompatibilité et aussi qu'ils sont, parmi les accidents de la transfusion, les seuls qu'on puisse prévoir et donc éviter sûrement, si tant est qu'on puisse avoir une certitude absolue dans un tel ordre de connaissance.

Il n'y à pas à rappeler, ici, qu'à cet égard tout revient à démontrer la non-agglutination de deux sangs mis en présence et que c'est à l'observation rigoureuse de cette « concordance » de sangs qu'est liée la sécurité d’une transfusion.

Nous savons, grâce à la connaissance des groupes, qu'il ne doit pas se produire d’agglutination entre certaines hématies et certains sérums appartenant à des groupes déterminés.

Cette précision théorique que nous avons des groupes correspond à une réalité d'ordre expérimental renfermant la

donnée du problème de la compatibilité actuellement acces sible à nos connaissances. H semble bien que ce problème dépasse le cadre de la notion des groupes sanguins, Mais, c'est uniquement sous son aspect de phénomène d’agglutina tion ou de non-agglutination que nous envisageons ici la compatibilité ; c'est pour raisonner sur des données précises. pour obtenir plus de rigueur, plus de clarté dans nos investigations, que nous limitons, ici, le problème de la compatibilité, à cette manilestation visible de lagglutination, par laquelle une de ces données apparaît dans le cadre des groupes saneuins. C’est la raison qui nous a fait préférer, dans le titre de ce travail, les termes de « groupe sanguin » au mot de « com patibilité ».

Ce travail nous a été inspiré par la lecture d’un article de M. R. Fontaine relatant des faits qui nos ont frappé et qui nous ont attiré vers des recherches correspondant à nos pro pres préoccupations quant à la sécurité des translusions. En effet, en 1933, l'épreuve directe nous montrait que le sang d'un malade était parfaitement compatible avec le sang de deux donneurs éventuels ; une première transiusion était faite, sans incident, avec l’un des donneurs, mais, quelques jours après, une deuxième transiusion, pratiquée avec l’autre donneur, sans qu'aucune nouvelle épreuve de compatibilité ait été faite, amenait, dès les premiers centimètres cubes de sang, de tels signes d'intolérance que la transfusion fut immé diatement interrompue ; une forte hémoglobinurie se pro: duisit néanmoins.

Les deux donneurs, plusieurs fois groupés ultérieurement. appartenaient au groupe Il. Le malade mourut par la suite sans qu'on ait groupé son sang.

Ces faits dont nous fûmes témoin nous laissèrent entre voir tout un inconnu de conséquences redoutables en matière de translusion et, peut-être, des possibilités d'action de Îacteurs encore ignorés, mais assez puissants pour altérer le groupe.

Les observations rapportées par M. KR. Fontaine orientèrent nos recherches. Parlant d'une expérience de quinze ans de pratique de la transfusion en chirurgie, l'auteur relate trois accidents : deux chocs très graves et un accident mor. tel.

Dans le premier cas, une première translusion (après épreuve directe de Jeanbrau) est bien supportée avant l’opération.

Une deuxième transfusion post-opératoire, faite avec le même donneur, quatre jours après la première, manque entraîner la mort. On constate alors que le sang de la malade agglutine instantanément les globules du donneur.

Dans le second cas, une malade supporte bien trois transfusions faites avec des donneurs universels. Une quatrième transiusion faite avec un quatrième donneur universel, après l'intervention, amène la mort. (Thromboses à l’autopsie).

Le sérum prélevé sur le cadavre agglutine les globules du dernier donneur universel, qui est bien du groupe IV. L'épreuve de Jeanbrau à été omise pour la quatrième transfusion.

Enfin, dans le troisième cas rapporté (service du Professeur Leriche, à Lyon, en 1933) ; une transfusion post-opératoire, pratiquée avec un donneur universel contrôlé, donne un état de choc très grave : l'épreuve directe faite après coup, montre une agglutination massive.

Les trois interventions sont des gastrectomies.

De ces observations, pour les deux premières du moins, car la troisième ne comporte pas de transiusion avant l’intervention, 1l faut retenir, au point de vue pratique, que la compatibilité peut être modifiée par l'opération et, secondairement (mais ceci n'entre pas dans le plan de ce travail) que les donneurs universels ne mettent pas à labri de certains accidents de la transfusion.

Cette constatation d’une modification possible de la compatibilité faite par M. Fontaine, qui note aussi qu'Eden à signalé des changements de groune sous l'influence de l’anesthésie et de l'acte opératoire, nous a engagé à rechercher, systématiquement, si l'intervention chirurgicale agissait sur le groupe sanguin, en faisant, pour chaque opéré, une première détermination de son groupe sanguin avant lintervention et une seconde détermination post-opératoire,

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Recherches Personnelles Observations

Technique employée — Nomenclature Méthode de détermination des groupes

Sérums —— Facteurs température et temps

Il paraît inutile de dire que, pour observer expérimentalement un phénomène, il faut d’abord réaliser les conditions dans lesquelles 1l peut se produire et qu'il faut ensuite que ces conditions se répètent, identiques, pendant toute la suite des observations. On ne peut comparer que ce qui est smblable ; c'est cet élément de similitude qui est la base nécessaire à l'expérimentation ; c’est lui qu'il faut mettre en évidence ; c'est sa répétition rigoureuse qui fait l'unité et la valeur d’un travail d'observation. Mais ce facteur essentiel est difficilement réalisable quand il S'agit de faits biologiques et, plus spécialement, de l’ordre de faits particuliers dont nous nous OCCUpPOons ICI.

En eflet, sur quoi portent nos expériences ? D'une part, sur des éléments « immuables », si l'on ose dire, et qui sont proprement les moyens techniques : les sérums et la méthode de détermination, les facteurs température et temps. Mais d'autre part, et en opposition avec cette catégorie d'éléments toujours sensiblement constants, nous avons le sang de lopéré, inséparable d’un ensemble d'éléments d’une diversité pratiquement inlinie : âge (bien que nous n'avons pratiqué aucune recherche chez les enfants), sexe, race, et surtout, lindividualité clinique de chaque état pathologique, la singularité de chaque intervention, accompagnée ou non de la particularité de chaque anesthésie, à tel point qu'en dernière analyse il ne subsiste de permanent et de véritablement comparable que le traumatisme de l’acte chirurgical.

Ces données étant bien posées, nous allons décrire rapidement la méthode de nos recherches et les moyens techniques que nous avons employés.

Notons, auparavant, que nous avons adopté la nomenclature de Moss, telle qu'elle est en usage, actuellement, en France.

L'importance de la détermination des groupes étant capitale, nous avons tâché de la pratiquer aussi parfaitement que possible, nous méfiant de toute cause d'erreur. Nous avons mis tous nos soins à réaliser une technique impeccable, sachant trop que la moindre erreur de technique fausse un résultat. Nous nous sommes constamment entouré de toutes les garanties nécessaires, rejetant toute détermination n'ayant pas un caractère de netteté absolue. Maïs aussi, nous ayons voulu faire des expériences pratiques, partageant l'opinion de Le Rasle qui estime que « le groupement sanguin, dans la pratique, doit pouvoir être fait sur lames, à l'œil nu » ; c'est pourquoi, Sans ignorer ni méconnaître la valeur de certaines réactions beaucoup plus compliquées, nous avons choisi la réaction de Beth-Vincent avec son complément indispensable, ladionction de sérum de groupe IV.

La simplicité même de cette réaction est une garantie de sa justesse, car c'est multiplier les causes d'erreur que de compliquer les expériences. D'ailleurs, les auteurs les plus sérieux, et aussi les auteurs les plus enclins à dénoncer des erreurs de technique, admettent sa valeur. Dans sa thèse, si instructive à cet égard, André Paris relate qu'on ne peut reprocher à la réaction de Beth-Vincent aucune erreur formelle (sur plus de 10.000 examens) et qu'en aucun point les autres méthodes ne lui ont fait déceler une agglutination qui n'ait été constatée macroscopiquement par la technique de Beth-Vincent. De plus, les autres méthodes prêtent aux mêmes critiques et sont sujettes à des erreurs analogues.

Tous nos groupements sanguins sont donc établis au moyen de la réaction de Beth-Vincent pratiquée comme il suit : une goutte de sérum Il, une goutte de sérum IE, une goutte de sérum IV sont déposées, sous leurs chiffres respectils (sérums jamais dilués, puisqu'il s'agit de la réaction de Beth-Vincent), sur un carton (bristol blanc) et sur une lame de verre fixée au carton. La pulpe du doigt du malade est

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