La situation des Papes a Rome
Un autre aspect d'après lequel la lutte des guelfes et des gibelins ne laisse pas de paraître de dimensions restreintes, c'est, si l'on peut dire, son côté exclusivement romain. Tant qu'il y eut un empereur conquérant, la partie se joua toujours sur un double terrain : une première fois, dans une querelle grande du pape et de l'Italie contre les Allemands, une seconde fois, dans des luttes petites et indéliniment renouvelées du pape contre ses propres sujets. La situation du Souverain Pontife dans Rome est, en effet, délicate et difficile; il doit y faire front à des ennemis multiples.
Tel que le réclame Innocent III, l'État pontifical peut être divisé en quatre provinces : 1° Campanie et Maritime; z^ Patrimoine de Saint-Pierre en Tuscie; 30 Duché de Spolète; 40 Marche d'Ancône.
lo La Campanie et la Maritime formaient le Patrimoine de Saint-Pierre proprement dit. Ces deux régions parallèles étaient séparées l'une de l'autre par les Monts Albains; à l'ouest de ces Monts, en bordure de la mer, la Maritime; à l'est et jusqu'à l'Apennin, la Campanie.
2° Le Patrimoine de Saint- Pierre en Tuscie était le pays situé entre la mer — -une ligne qui de Montalto irait à Givita di Castello, en adjugeant au Saint-Siège, outre ces deux localités extrêmes, Toscanella, les bords du lac de Bolsène, Aquapendente et tout le territoire pérugin, enfin le cours du Tibre en y ajoutant encore, sur la rive gauche de ce fleuve, Todi, Narni et Amelia.
3° Le duché de Spolète s'étendait sur Rieti, Terni, Spolète, Foligno, Nocera, et avait pour annexes les comtés de Gubbio et d'Assise.
4° La Marche d'Ancône comprenait les diocèses de Pesaro, Fano, Fossombrone, Gagli, Sinigaglia, Jesi, Ancône, Umana, Osimo, Camerino, Fermo et Ascoli^.
Sauf la Marche, donnée d'abord en fief à la famille d'Esté, chaque province était sous les ordres d'un recteur, pris dans le personnel de la curie, investi de fonctions judiciaires, militaires et politiques considérables, mais dans la dépendance étroite du pape.
Innocent III et ses successeurs s'efforcèrent de maintenir au moins cette superficie de l'État pontifical, superficie restreinte à leurs yeux; car ils eussent voulu y englober la Romagne et la Toscane proprement dite, et en repousser les limites jusqu'au Pô, véritable frontière naturelle.
Si petit que parût leur Patrimoine, ils le possédaient mal. Ces territoires se trouvent sans cesse envahis par l'Empire; ne venaient-ils pas couper en deux la Péninsule d'une mer à l'autre; ne mettaient-ils pas une solution de continuité entre l'Empire et la Sicile? Peu importait que le pape accordât même la réunion des deux royaumes, s'ils demeuraient ainsi séparés. L'État pontifical, c'était donc la revanche indirecte du Saint-Siège, c'était la barrière dressée par devant les ambitions teutonnes; pour employer une comparaison empruntée à des événements rapprochés, c'était comme ce Fachoda français venant couper la grande ligne anglaise du Gap au Caire ; obstacle petit, ridicule, exaspérant, d'autant plus exaspérant que plus petit; d'ailleurs, obstacle moral immense, car pour le franchir, il fallait faire la guerre à la papauté, cette grande autorité morale du monde chrétien. Après l'Italie du Nord qui barrait une première fois la route à l'envahisseur, il y avait l'État pontifical, qui prétendait la lui