CHAPITRE I ORIGINES ET CARACTÈRE DE LA GUERRE
I. Fond de la question. Bibliographie. — II. Causes et nécessités de la guerre. — III. Invasion de lEspagne. — IV. Revirement de Topinion. Le Dos de Mai/o. — V. lUn-ions de Napoléon. — VI. La guerre, simplement politique pour la Fi uioi\ .-t nationale et religieuse pour l'Espagne.
rtes, celui qui consulte et rapproche les historiens
ngers et français est fort embarrassé de conclure à
l'innocence ou à la culpabilité du 2:énéral Dupont. Preuves
péremptoires et responsabilités nettement établies, il n"t'n
découvre nulle part. Tout lui échappe ; il sent planer un
l mystère et se prend à douter d<> rindépendauce. si ce n"fst
'■même de la légalité d'une procédure qui dura quatre
années, après avoir été abandonnée et reprise, et qui
^ demeura absolument secrète. C'est une obsession : Tempe-
reur laissa-t-il toute liberté au conseil d'enquête.' des
complaisances vinrent-elles au-devant de ses désirs? les
responsabilités n'épargnèrent -elles personne? La question
est grave, elle est à reprendre, il faut remonter aux -(Uirces.
2 GUERKE D ESPAGNE
A la longue, une bienheureuse évolution aidant, le public s'est lassé des commentaires, et s'il refuse à l'historien le droit dont il a parfois abusé de parler ex cathedra et de faire des archives un instrument à son usage exclusif, s'il entend qu'on lui soumette les références, n'est-il point dans le cas de légitime défense?
En dehors de la Correspondance générale éparse dans les cartons des ministères et des Archives nationales, et de la Procédure conservée au Dépôt de la Guerre, les sources sont peu nombreuses. Dupont a beaucoup écrit, bien qu'on ne connaisse guère de lui que sa Lettre an comte Daiigier. Outre un Poème en dix ou douze chants sur l'Art de la guerre, il a ébauché une Relation de ses services dont les brouillons gisent pôle-méle avec des Réponses à l'abhê de Montgaillard et au général Fog. A cette nomenclature, ajoutons les Rapports ou Mémoires justificatifs de Marescot^ les Observations de Vedel qui rééditent les interrogatoires de 1808 à 1812, le Journal du général Privé et les lambeaux de la Relation du lieutenant du génie Thiébaiilt; pour le côté français, la série est à peu près close. Il est vrai que dans sa Guerra de la Independancia le général Artechc y Moro invoque fréquemment le témoignage du capitaine Baste, des marins de la Garde. Nous sommes loin de nier l'existence d'un ouvrage qui doit être particulièrement intéressant, puisque Baste reçut de Dupont des missions fort importantes ; mais Arteche n'en donne point le titre et jusqu'à présent il nous a été impossible de le découvrir, fût-ce à la Bibliothèque nationale.
L'Espagne est plus pauvre encore. Pourtant, si l'on rassemble deci, delà, les documents qui concernent les événements de Séville et de Cadix, l'organisation et les mouvements de l'armée d'Andalousie, les ordres et proclamations de la Junte de Séville, la correspondance des généraux et les lettres privées, on parvient à constituer un
dossier fort important. Une sagit point ici des Cevallos, Escoïquiz, Azan/a, Llorente pseudo : Xellerto), etc., « qui ont inondé l'Europe de mémoires ou notices, les uns mus par le désir de la célébrité, d'autres par le besoin de se justifier et de sauver leur nom d'un éternel opprobre, ic plus grand nombre par l'espérance du lucre ^ ». Le jugement est sévère; mais enfin, puisque des Espagnols l'iix-mèmes l'ont prononcé, il n'y a aucune raison pour les Cl )iit redire.
Le classement opéré, on a rassemblé un millier de ].iéces d'archives qui, toutes, apportent un lambeau de \ iTité, un aperçu ou détail à retenir ; la situation des linmmes et des choses à Madrid et à Se ville est si diaméiicilement opposée que rien de ce qui peut l'éclairer n'en saurait, être écarté sous peine de se jeter dans le champ de l'induction et des hypothèses.
Deux documents de premier ordre manquent aux Archives ue la Guerre : le Registre des ordres de Dupont et le Journal de son chef d'état-major. Or ce dernier ayant déclaré au Conseil d'enquête de 1812 qu'au port de Santa Maria « le marquis de Las Cuevas, colonel du régiment de milice d'Ecija, s'empara de son portemanteau qui conterait son linge etson argent, le jeta dans la voiture du général en chef et la fit conduire chez lui », nous supposâmes d'abord que ces généraux avaient pu les conserver. Mais en feuilletant le seul volume paru de la Historia de la guerrade Espa/ia rédigé par la section militaire de Madrid, nous avons relevé, sous la rubrique Pièces remarquai/les iiiterceptées à Vennemi en 1808, les documents en question; ils se trouvent ainsi aux Archives de Madrid.
Peu de personnes savent que le général Foy mourut avant même d'avoir ébauché la relation de Baylen, et que
Historia de la ijuerra de Espana. Préface, Xll.
la bonne moitié de V Histoire de la guerre de la Péninsule est l'œuvre de sa femme ou d'une personne de sa confiance dont le nom nous est inconnu. Les derniers volumes, en effet, sont loin d'avoir l'envolée et l'ampleur des autres, et l'on sent aisément que la main qui les a composés n'est plus la môme. Jusqu'aux /ac-.s7'w«ï7«? des brouillons du général ont disparu. Lamarque atteste le fait dans ses Souvenirs; il ajoute qu'ayant songé à poursuivre la tâche de son ami, la comtesse refusa sa collaboration. Soit dit en passant, un malheur ne va jamais seul; à Saint-Sever, une dévote héritière jeta au feu la correspondance privée de ce dernier, à l'instigation déjeunes abbés qu'elîarouchèrent ses allures voltairiennes !
S'il en est ainsi, si le bon public est réduit à accepter l'histoire de la main de gens intéressés à la fausser ou qui ne veulent la voir et la montrer que sous le jour qui leur plaît, que ne fait-il grise mine, et que ne montret-il les dents ! Ramenés au respect qu'ils lui doivent, au moins réserveraient-ils leurs audaces pour des questions de moindre gravité dont il n'aurait point à souffrir. L'histoire ne s'accommode ni du lit de Busiris, ni du soulier de Théramène.
Il a fallu parfois se livrer à un travail de paléographie pour déchiffrer certains documents espagnols écrits en patois ou surchargés d'arabesques et d'abréviations fantaisistes, toutes feuilles volantes sur lesquelles le chercheur jette un regard distrait et qui pourtant méritent son attention. Que de traits importants ou curieux échappent ainsi, dont on regrette de n'avoir pris note et qu'on n'ose rapporter dans la crainte d'une inlidélité de la mémoire ! A tout prendre, quel problème plus complexe et plus redoutable ! et combien de fois cotte étude a-t-elle été remaniée, sans parvenir à réaliser rcuscmble entrevu et poursuivi?
Napoléon ne sut pas plus être vaincu à Baylen que Caslanos et avec lui l'Espagne ne surent être victorieux : et bien que les débats du Conseil d'enquête aient été tenus secrets, thuriféraires et sycophantes épousèrent ses rancunes et chargèrent Dupont des hontes de la défaite, jusqu'à parler de trahison. De trahison? Dupont dut s'en défendre. Or, on doit à la vérité de le reconnaître, nul n'a voulu voir dans la funeste issue de l'expédition d'Andalousie le résultat des ordres, des tergiversations, des mesures parcimonieuses enfin du haut commandement; nul n'a compris que les enquêtes de i8u8, 1809 et 1812 n'osèrent viser le généralissime: Savary? — Non, Napoléon qui dirigeait tout de Bayonne, qui, « ayant le conseil dans sa tête et dans sa main l'autorité ' », assumait par là toutes les responsabilités.
Lequel de nos historiens a jamais signalé la conduite des Caulaincourt, Lechi, et maints autres, dont Joseph disait qu'ils faisaient plus de mal à l'Espagne que l'armée française? «Si Votre Majesté faisait écrire au général Caulaincourt qu'elle est informée du pillage froidement organisé dans les églises et les maisons de Cuenca, elle ferait beaucoup de bien. Le brocantage des vases sacrés, fait à Madrid, a fait beaucoup de mal ici. Toutes les personnes sensées de l'armée disent qu'il vaudrait mieux qu'il y eût essuyé un échec que d'avoir tenu cette conduite- »... « Il faudra que je merésolveà faire des exemples (le quelques officiers. Ce langage répugne à mon caractère et à ma position, mais la vérité me l'arrachée »
On a reproché à Dupont le pillage, certains même disent le me de Gordoue, l'enlèvement des vases sacrés et la dilapidation des caisses publiques. Or ces généraux ont-ils été poursuivis? Caulaincourt put écrire impuné-
1. Histoi'ia de la f/iierra conlra Siipoleun Bonaparte. 1. '<'.