Il ne devait être conclu que le 1 i janvier
cution l'obligeait à prendre des mesures préservatrices de ses propres intérêts.
A bord de /'Océan ^
Lo)\l Collingu'ood aux Minisires de la Junte suprême de Séville.
« Ayant reçu de la Junte suprême de Séville une demande de passeports pour des bâtiments destinés à conduire au port de Rochefort les troupes françaises qui ont capitulé à Baylen, je dois signifier à Vos Excellences les ordres que j'ai reçus a ce sujet des ministres de Sa Majesté. La valeur et l'énergie dont l'armée espagnole a donné des preuves, les grands talents militaires du général qui la commandait, l'intrépidité et la loyauté avec lesquelles cette victoire a été remportée, ont excité dans l'âme de Sa Majesté les sentiments.de la plus grande admiration.
(( Je dois déclarer à Vos Excellences qu'une capitulation imposée aux ennemis de Sa Majesté et à laquelle elle n'a eu aucune part, ne peut l'obliger à en exécuter aucune clause, ainsi que l'enseignent les lois internationales. Et en efï'et, bien que Sa Majesté le Roi ait déclaré suspendues les hostilités sur les territoires espagnols non sujets à la France, bien qu'elle ait fait connaître sa résolution de les soutenir et qu'actuellement elle porte secours aux provinces qui ont pris les armes contre la France, elle n'a conclu aucun traité avec aucune partie de l'Espagne, et nulle proposition ne lui a été faite pour qu'à un titre quelconque elle renonce à ses droits de belligérant indépendant.
1. Celte lettre, dont nous donnons la traduction de l'espagnol, ne porte point de date : elle est tirée de l'histoire du général Arteche, aux Pièces justificatives, et nous paraît postérieure au G août.
« Mais à supposer qu'un traité unît l'Espagne à l'Angleterre et qu'ainsi elle fût un allié reconnu, comme puissance belligérante contre la France Sa Majesté conserverait cependant le droit de s'opposer à la conduite en France d'un ennemi qui, à un titre quelconque, y reprendrait les armes et travaillerait hostilement contre Sa Majesté ou contre ses alliés.
« Les Espagnols étant convenus de conduire l'armée française à Rochefort, l'exécution d'un semblable traité apporterait une restriction aux droits de Sa Majesté, comme puissance belligérante et indépendante.
(( Pour toutes ces raisons, il est de mon devoir de protester contre le droit que l'Espagne se suppose de considérer Sa Majesté comme tenue par la convention de suspendre les hostilités contre un ennemi rapatrié de la sorte.
« Mais, nonobstant son droit légitime de s'opposer à l'exécution du traité, Sa Majesté n'y mettra point obstacle, à la condition que les clauses suivantes relatives à la sécurité de ses domaines soient observées :
« 1° L'armée française qui a capitulé à Baylon sera embarquée par fractions qui ne dépasseront pas 4.000 hommes et sur bateaux marchands, désarmés et manœuvres par des Espagnols ; elle sera conduite à un port de France non bloqué par les escadres anglaises ;
« 2" Gomme le port de Rochefort est étroitement bloqué par les escadres de Sa Majesté, en vertu du précédent article, les Français ne pourront y être débarqués; on permettra de le faire en quelque port entre Brest et Rochefort ;
« 3° Afin d'empêcher que les bâtiments de transport ne soient retenus par le gouvernement français et employés hostilement contre les domaines de Sa Majesté, il est stipilé que la deuxième fraction de 4.000 hommes ne mettra
à la voile qu'au retour des transports qui auront convoyé la première, et ainsi de suite ;
« 4" Il sera entendu que les prisonniers ne pourront être transportés en France sur des bâtiments de guerre : l'Angleterre ne saurait y consentir, vu la conduite antérieure de la France.
« En tant que l'honneur et les véritables intérêts de l'Espagne puissent se concilier avec la sécurité permanente et les intérêts de l'empire britannique, foi r/iornicjir de remettre à Fo.s' Excellences des passeport s pour les itaeires marchands et désarmés qu'il s\i(/ il d'employer a}( transport de 4.000 hommes de troupes françaises dans les ports de France si/aés entre Roche fort et Brest... »
Dans l'ignorance des conditions qu'imposerait l'Angleterre, et dans l'expectative peut-être d'un refus formel, la Junte avait élaboré une série d'articles additionnels à l'acte de la capitulation.
« Article premier. — On a sollicité du roi d'Angleterre et de l'Amirauté anglaise des passeports pour la sûreté du passage des troupes françaises,
« Art. 2. — L'embarquement s'elîectuera sur des vaisseaux de la ilotte espagnole ou sur tous autres bâtiments de transport qui seront nécessaires pour conduire la totalité des troupes françaises, au moins par division, en commençant par celle du général Dupont.
(( Art. 3. — Le débarquement s'elîectuera sur les côtes du Languedoc ou sur celles de Provence, ou bien au port de Lorient, suivant que le voyage sera jugé plus commode et plus court.
(( Art. 5. — Dans le cas oii Von n'ohlicndrait pas de V Angleterre les passepjorts demandés.^ an traitera des nioyens les jdas convenables pour le passage par terre.
« Art. 6. — Chaque division française sera cantonnée
dans un myon do huit à dix lieues, en attendant que son embarquement puisse se faire.
Srville. G août.
Si^né : X. Castaàos.
Ces clauses nouvelles parvinrent le lendemain à Dupont, qui devina le but des lenteurs et tergiversations de la Junte et s'en plaignit d'autant plus justement que déjà, le 3, Castanos lui « avait fait connaître que rembarquement i< des troupes ne pourait avoir lieu par la difficulté de « rassembler un nombre suffisant de bdti/nents de transi< portK » Il écrivit à Morla coup sur coup, les 7 et 8, et sa réponse du KD est tellement impudente et brutale qu'on n'en saurait rien retrancher.
Morla à Dupont''.
Cadix, !0 août.
« Monsieur le général Dupont,
<( Je n'ai jamais eu ni mauvaise foi, ni dissimulation. Ce que je vous ai écrit le 8 a été dicté, étant donné mon caractère, par la plus grande sincérité, et je suis peiné que votre réponse d'hier m'oblige à répéter ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, et qui certainement se vérifiera.
(( Xi la capitulation, m. T approbation de la Junte, n'iun ordre pressant de notre cher Souverain ne sauraient rendre possiblece qui ne l'est point; ihi existe ni bâtiments, ni ressources pour s'en procurer. Quelle preuve plus péremptoire que de retenir ici dispendieusement les
4. Sommaire de la pièce n° 218 portée dans le procès-verbal de linventaire des papiers trouvés à T<mlon chez le général Dupont, le 27 oct. 180S. Arch. nat. AF'v 1613, 14* dossier.
2. Nous rappelons que Morla était alors gouverneur de Cadix et capitaine général de lAndalousie.
prisonniers de votre corps, faute des moyens nécessaires pour les rapatrier?
« Lorsque le général Castaûos promit d'obtenir des Anglais des passeports pour le passage de votre armée, il ne s'obligea qu'à les demander instamment, et c'est ce qu'il a fait. Comment avez-vous pu croire que l'Angleterre la laisserait passer, certaine qu'elle lui ferait la guerre sur un autre point ou peut-être sur le môme?
" Jf su/>i j)i'rsna(lr <j)it' ni h' général Castanos ni vous, iiarvz (ru la C(ijiitul(ili(ui criculable : Castanos a voulu sortir (FcinlKinax^ et rous, obtenir des conditions qui, liien quirrèalisahles^ honorassent votre reddition. Chacun de vous a obtenu ce quil désirait., et maintenant la nécessité itnj)Os<' ses lois.
« Notre caractère national nous défend d'user de représailles avec les Français, Vous m'obligez à vous dire des vérités qui ne peuvent que vous être amères. De quel droit exigez-vous l'exécution de la capitulation d'une armée qui a envahi l'Espagne sous le voile de l'alliance et de l'amitié, qui a emprisonné notre roi et la famille royale, qui a dévasté ses palais, assassiné et pillé ses sujets? Si vous ne voulez vous attirer davantage encore la juste indignation de la population, que je m'efforce de contenir, cessez d'aussi intolérables réclamations, et cherchez par votre conduite et votre résignation à atténuer la douloureuse impression des horreurs que vous avez commises à Cordoue. Soyez assuré qu'en vous donnant cet avertissement, je n'ai en vue que votre propre bien; le vulgaire ne pense qu'à rendre le mal pour le mal, et je ne puis m'empêcher de vous rendre responsable des funestes résultats qu'entraînerait votre répugnance avons soumettre à la nécessité.
« Les ordres que j'ai donnés à D. Juan Creagh Lascy, et qui vous ont été communiqués, sont ceux de la Junte
VIOLATION DE LA CAPITULATION 2i7
iiprènio. et ils sont indispensables dans les circonstances prcsi'iitc- : tout retard dans leur accomplissement alarmerait le peuple et attirerait dos malheurs. Déjà ledit Lascy m'a rendu compte d'un fait qui me donne les plus vives inquiétudes. Quel aiguillon, pour la populace, de savoir qu'un seul soldat était porteur de 2.180 livres tournois!
« J'espère que cette réponse sera la dernière sur ces objets, demeurant sur tout autre dans le désir de vous t4re agréable. »
Les ordres donnés à Lascy concernaient l'établissement du corps de la Gironde à Lebrija et Las Cabezas*, et le 12, Dupont fit paraître un ordre « annonçant aux troupes qu'elles allaient être cantonnées en attendant leur embarquement-». En même temps, il prévint 1" u^'uéral Privé, qui commandait àLasCabezas la deaxièm ■ colonne, qu'il se rendait avec son état-major et tous les autres généraux au port Santa-Maria. A sa lettre était joint l'état des cantonnements et un ordre pour l'armée, par lequel il le chargeait de veiller au bien-être de la troupe et de traiter pour cet objet avec les autorités locales. Les chefs de corps et de cantonnements devaient correspondre avec lui et lui adresser leurs rapports à Lebrija, que le général en chef élit pour son quartier général. Plus quétonné d'une semblable disposition. Privé écrivit à Dupont pour lui observer « que, n'ayant aucune connaissance delà capitulation, il était beaucoup plus convenable que l'officier général qui avait négocié ce traité fût désigné pour remplir la mission dont il le chargeait, et qu'il le priait de vouloir bien Ten dispenser.
« Le 13, un commissaire espagnol passa la revue des troupesde la 2' colonne, et les prévint qu'elles partiraient
1, 2. Procès-vevhal d'incentaire. Pièces n" 229, 230. Nous croyons que Morla avait choisi pour chef d"état-aiijorc8 colonel D. Juan CreaghLascy, <Iu réfriment de Zara^oza.
le lendemain pour aller occuper les cantonnements qui leur étaient désignés.
« Le générai Privé partit de Las Cabezas le 14 pour se rendre à Lebrija avec lel*"' provisoire de dragons. A son arrivée, on lui remit une lettre de M. le général Dupont, datée encore du 12, qui renfermait deux traités faits avec le général Castaùos, savoir : la capitulation de l'armée signée le 23 juillet à Andujar, et un acte additionnel signé le 6 août à Séville. On lui donna un logement dans une auberge. Les officiers du 1" provisoire de dragons furent placés tous ensemble dans une chapelle, et les hommes dans une très grande prison. Installé dans son logement, il s'empressa de prendre connaissance des deux traités qui lui étaient adressés. Il vit que la capitulation, qu'il ne connaissait point encore, était peu honorable pour l'armée française, et que le f mi té fait en demie?' lieu à Séville, était un acte illusoire, rédigé en termes vagues, qui donnait à connaître assez clairement qiie la Junte suprême, sans respect pour la foi des traités, ne voulait pas tenir la capitulation.
« Le lendemain 15, la Junte de Lebrija vint lui communiquer, de la part de Morla, que toute communication entre les officiers et les soldats français était défendue. L'alcade lui apprit que tous les généraux et autres officiers qui se rendaient au port Santa-Maria avaient été assaillis et maltraités par le peuple, à leur arrivée dans cette ville ; que leurs équipages avaient été totalement pillés; qu'il ne leur restait plus rien, mais que cependant aucun d'eux n'avait été tué.
(( ... Le 23, la Junte de Lebrija se transporta à la prison pour y faire des perquisitions. Les sacs des dragons, les porte-manteaux des officiers furent fouillés avec l'attention la plus scrupuleuse. On y trouva seulement du linge et des eifets d'habillement à leur usage, et
quelques sommes modiques provenant de la solde payée par la caisse de l'armée française; ces sommes, toutes modiques quelles étaient, furent enlevées à ceux à qui elles appartenaient. La Junte vint chez le général Privé, le même jour, à Fimproviste. Il se récria contre une inconvenance pareille. L'alcade lui fit voir l'ordre qu'il en avait reçu de M. le général Morla. On fit l'inventaire de ses effets, et cette Junte lui enleva 4.500 francs, son fusil de chasse et une paire de pistolets... Le 4 septembre, un nouvel ordre de Morla prescrivit à la Junte de Lebrija de faire enlever les chevaux de MM. les officiers qui avaient le droit d'en conserver, d'après la capitulation. Cette Junte fit prendre chez- le général 2 chevaux, 6 juments, son fourgon et tous ses équipages.
« ... Le général Privé apprit le 1" octobre que tous les généraux français étaient partis de Cadix et arrivés même en France. Cette nouvelle lui fit voir clairement qu'il était la dupe de son zèle et de son dévouement, et qu'ayant trop fortement manifesté son opinion contre la capitulation, on lui avait donné l'ordre de rester en Espagne, seul de tous les généraux, dans la crainte que, s'il retournait en France avec les autres, il ne nuisit par ses discours à ceux qui avaient voulu cette capitulation •... »
Nous n'avons point voulu interrompre le journal de Privé ; la Relation de ThiéhauU nous ramènera au pillage du port Santa-Maria et aux discussions qui s'ensuivirent entre Dupont, Vedel et Morla. « Nous restâmes dix jours à Lebrija, et nous en partîmes le 12 août au soir afin de passer à Xérès de nuit, parce que les habitants avaient promis que, si nous y passions le jour, ils nous fusilleraient des croisées de leurs maisons. Nous y arrivâmes