Napoléon à Champagny, 9-23 mars
attendre de nouvelles instructions', c'est qu'il se re'serve d'attester qu'il n'est pour rien dans les affaires d'Espagne; car .son arnicc Hait à 40 lieues de la capitale au moment où la Révolution aêclaté'^. Dans la crainted'ètre deviné, — et telle est son habitude — il court au-devant du reproche (ju'il va mériter. « Les mauvais esprits de Saint-Pétersbourg diront que j'ai dirigé tout cela^ » et les mauvais esprits ne se tromperont point. A jour dit, le 18 arrive le coup d'État d'Aranjuez, et à jour dit, le 23, Murât fait à Madrid une entrée théâtrale...
La preuve est faite; la marche de Murât sur Madrid a précipité les événements et provoqué un coup d'État. Nous redoutions d'émettre un tel jugement, lorsqu'un document de premier ordre est venu le confirmer. « Toutes les têtes sont dans la plus grande fermentation. On ne doute plus de rien, on a réussi à renverser le prince de la Paix, à le traîner dans la boue ; ah ! qui pourrait encore leur résister? Les esprits sont indisposés contre les troupes françaises; on veut être chez soi, etc. On est inquiet sur le but de leur présence. D'abord, leur approche de Madrid a motivé, accéléré et occasionné l'insurrection; maintenant les Espagnols voient avec peine que leur arrivée cache d'autres desseins^. »
1. Ordres de Bert/ner, 9 mars (Arch. Guerre). l. 3. Xapoléon à Caulaincourt, 31 mars.
t. Dépéclie de Henri/, c/iargé d'affaires de Prusse. 4 ami (Aff. étr. Espagne, vol. 674).
La révolution d'x\ranjuez comprend deux journées : l'émeute du 13 mars fit fuir le prince de l<i Pnix et celle du 19 visa Charles IV qui, craignant pour sa vie et celle de la reine, se hâta d'abdiquer. Le grand événement si impatiemment attendu était arrivé; Ferdinand VII succédait à son père et son premier soin était de protester de son dévouement à la France, d'ordonner les mesures nécessaires pour que l'armée française fiit bien accueillie et reçût tous les secours dont elle avait besoin; bref, l'esprit public se montrait aussi favorable au nouveau gouvernement qu'il avait été hostile à l'ancien, et dans son allégresse, l'Espagne allait jusqu'à oublier les charges qui l'écrasaient et se sentir redevable à l'empereur de l'appui tacite qu'elle croyait en avoir reçu! Dès lors il semble que tout ombrage disparaissant avec les vieux souverains et leur indigne ministre, FaHaire d'Espagne soit enterrée; mais c'est ici précisément qu'en est le nœud et que les cartes s'embrouillent. Non seulement Murât se refuse à reconnaître Ferdinand, mais jugeant sa situation particulièrement délicate, car enfin, « s'il est venu pour traiter avec le roi Charles, avec un prince des Asluries et avec un prince de la Paix, il ne trouve ni Charles, ni prince des Asturies, ni prince de la Paix^ », devinant que l'avènement d'un souverain proclamé et reconnu est de nature à bouleverser les combinaisons du maître, Mnrat prend sur lui « de faire protester le vieux roi contre les événements d'Aranjuez et de lui faire abdiquer le trône en faveur de Sa Majesté Impériale pour en disposer comme elle voudra-. » L'acte de protestation paraît au moment où Ferdinand entre à Madrid, au son des cloches et aux détonations de l'artillerie, tandis que Murât
1. Dépêche de Henry, chargé d'affaires de l'russc, 4 avril (AtL élr., Espagne, vol. 674).