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Mural à Napoléon, 4 avril

REVIREMENT DE lViPIMON. LE « DOS DE MAYO » 39

y pénètre de son eôlé à la tète de sa magnifique cavalerie.

On conçoit ranxiétt" du pays ;i la nouvelle du conflit survenu entre le jière el le lil>. d'autant qu'il accusa justement le grand-duc de Berg de l'avoir fait naître. De jour en jour, les relations se refroidirent et la situation se ten<lit: dans l'ignorance des desseins de Napoléon, mais les pressentant plus nettement que la partie éclairée de la nation, nos agents suivaient pas à pas le mouvement de l'opinion, et leur correspondance témoignait dune inquiétude croissante. L'arrivée de l'empereur en Espagne était officiellement annoncée et ses bagages personnels étant •rrivés à Madrid, on exposait en public jusqu'à ses

[tes ; on assurait que Murât allait se porter à sa rencontre. « On compte les jours et les heures, écrit Beauharnais, pour deviner le moment du départ de Son Altesse Impériale, pour connaître le parti que Sa Maje-tè prendra dans une circonstance aussi extraordinaire. Le peuple attend son salut de l'empereur, mais il désire le prince

- Asturies. .le crois qu'à cette condition il souffrira tous

- sacriitces (ju on voudra lui imposer... La nation parait calme, mais elle observe avec attention tout ce qui se passe autour d'elle..., elle est électrique, il ne faudrait qu'une étincelle pour produire quelque événement '. >' En somme, tidie est la substance des dernières dépèches le cet ambassadeur que M. de La Forest vint remplacer dans les premiers jours d'avril. « Intrigant de coulisse », !! a dit Napoléon, et qui pourtant vit plus clair que

n successeur et ne lit que remplir son devoir en Hgnalant à Champagny les dangers d'une situation aussi profondément troublée.

L'indépendance des officiers du grand t'tat-major en-

lyésen mission dans les provinces les rendait peut-être

1. Beaukai'iiais à L/hu,,ihi'jii;j. 3. 7 avril (Atf. étr., vol. 674. Esi

ignej.

meilleurs juges encore, et parmi tant de rapports insérés dans la correspondance diplomatique, nul peut-être ne révèle autant d'esprit d'observation que celui du commandant Baiilet.

« J'ai remarqué, sur toute la route que j'ai parcourue de Madrid à Badajoz, le caractère fier et irascible des Espagnols. Tous prennent intérêt aux événements qui se sont passés et s'inquiètent sur ceux qui se préparent. La chute du prince de la Paix a produit un contentement général. Charles IV ne laisse point de regrets, la reine est méprisée; ils ont de l'enthousiasme pour Ferdinand VII.

« L'arrivée des troupes françaises n'a d'abord été que favorablement considérée ; leurs conjectures roulaient sur une expédition d'Afrique, le siège de Gibraltar..., et ils croyaient que l'empereur, en prenant passage pour ses troupes par leur capitale, avait en vue de les seconder pour le changement de choses survenu. Mais ces idées qui les flattaient se perdent, et des craintes les remplacent. L'établissement en Espagne d'une aussi grande armée, le défaut de démonstrations d'amitié entre les militaires des deux nations, la conduite réservée de S. A. le grand-duc envers Ferdinand, sont de puissants motifs d'agitation. Ils trouvent l'apparence d'intentions ennemies et la possibilité de projets de domination. Cette pensée les indispose vivement; ils témoignent une forte résolution de résister ; ils disent qu'ils savent bien que toutes les puissances que la France a combattues ont été réduites, mais qu'elles n'avaient compté que sur leurs troupes, tandis que la nation espagnole se lèverait tout entière ; que le désespoir d'un peuple serait terrible; que l'empereur avait à la vérité des moyens immenses, mais qu'ils ne serviraient qu'à les détruire et non à les soumettre.

« Le fanatisme religieux a sur toute cette population un empire absolu : les prêtres, surtout les moines, sont

les incitateurs de ces frénétiques dispositions... On ne peut douter de l'existence des moyens moraux de soulever les Espai^nols ; quelques têtes ardentes mettraient aisément tout en combustion. Peut-être serait-il salutaire que la terreur vînt promptcment retenir les esprits et enchaîner les b/as: la persuasion gagnerait peu et difficilement. ' ))

Ainsi pensait-on en Eslramadure; là, comme partout ailleurs, les tètes s'échautTaient. Il n"était plus, le temps où les Espagnols sollicitaient des garnisons françaises ! L'agent secret Ch. R... écrit de Barcelom^ : " Suivant les antifrançais, la révolution qui s'est faite à Aranjuez a été contre les vues du gouvernement français. Son dt'-sir était que le roi d'Espagne suivit i exemple du roi de Portugal, pour que son absence autorisât à déclarer le trône vacant et le mît à la disposition de l'empereur-. " A Cadix, on vocitV'rait dans les cafi's et on y lisait les diatribes les plus incendiaires contre les Erançais ; des gens y débitaient que le peuple de Madrid s'était emparé de l'artillerie française ! et c'est ainsi que les malveillants semaient l'inquiétude et ladéliance'. A Santander. un officier d'artillerie allait jusqu'à dire ,qu'il fallait renouvel(!r les vêpres siciliennes, Et les Fraui^ais étaient menacés du poignard à chaque nouvelle qu'il v avait intérêt à faire circuler^. Déjà avant l'insurrection du 2 mai, 34 hommes du corps de Moncey avaient été assassinés à coups de hache ou de stylet \

Evidemment, Ferdinand n'avait d'autres ressources que de se porter au-devant de Napoléon et de solliciter la

1. Rapport de Uaillet, ,ù,h- <le auop du 'jén^ral lluji,,. Madrid, 14 (Arch. Guerre.

2. C//. R. ù'.M. A'..., Barcelone. 2 avril Aff. étr.. vol. 674. Ksi. .

3. Lettre de Le /.V/.v, consul de Cadir. S avril (Arrh. nat.. AI

4. Lettre du consul de Santander. 11 avril Arrh. nat.. AF'^", r.:, .'j. Archives de lu yuerre. Gorr. Espagne. IbUS.

reconnaissance du fait accompli, c'est-à-dire l'abdication de son père et son renoncement à la couronne en sa faveur. « Le grand machiniste du guet-à-pens de Bayonne », Savary e'tait venu l'y convier : il rencontrerait Sa Majesté à Vitoria, à Burgos même peut-être ! Or l'empereur n'avait point quitté Paris encore, et le naïf Ferdinand, auquel son précepteur, le chanoine Escoïquiz avait négligé de rappeler certaines maximes de Plutarque, ne trouvant personne sur sa route et ne sachant à quoi se résoudre, s'arrêta quelques jours à Vitoria. Tout le monde était dans le secret autour de Murât et savait que Savary. était venu escorter son prisonnier. « Le jeune prince doit être arrivé à Burgos pour continuer sa route. Une fois à Vitoria., on peut assurer qu'il est en France... Cette nation est tellement agitée qu'elle ne pense plus au poids des dépenses de la troupe. En politique, la reine peut être très utile dans les circonstances présentes. C'est la tête de Méduse qu'on présente et qui etfraye. Le prince de la Paix est mort civilement. C'est un homme jugé et perdue n

En vain le célèbre Urquijo accourut à Vitoria représenter aux conseillers du roi le danger de pousser le voyage jusqu'à Bayonne : ils semblaient frappés d'aveuglement ou de folie et craindre pour eux-mêmes les représailles du parti déchu, s'il plaisait à l'empereur de le rappeler au pouvoir : bref, mieux valait tenter l'aventure. « Tout a été inutile, absolument tout. Peut-être le peuple déchirera-t-il le voile qui couvre les yeux de ces gens-là. On sera témoin de mille malheurs. Je plains l'Espagne et retourne pleurer dans mon coin'-. »

L'empereur arrive à Bayonne le 14, et Ferdinand le 20. Dans la soirée, Savary, a l'impudence de se présenter à son hôtel pour lui signifier l'intention irrévocable de

1. Beauharnais à Champagny, 13 avril (Aff. étr., vol. 674, Espagne).

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