Avteche y Moro, VII
meiirtros, viols, sacrilèges, no sont que pures inventions. Nous sommes clans la période de fermentation des esprits, où bientôt la résistance va s'organiser, où chaque province, opérant pour son propre compte, va procéder à une mobilisation générale. Sans doute, ce n'est plus la paix — de jour en jour les apparences s'en évanouissent, — mais ce n'est point encore la guerre; ces manifestes devancent les événements et, pour soulever les populations, chargent l'armée française de crimes imaginaires. Des actes de représailles ! Laissons aux provocateurs les responsabilités de la guerre religieuse qu'ils ont prôchéc et dénoncée : l'arme était si terrible! « L'Espagnol est cruel, il aime à se venger, le sang lui fait plaisir, il a l'habitude de manier son couteau, et un coup adroitement porté lui fait honneur auprès de ses concitoyens. N'ai-je pas vu exposer au pied de l'autel, à la vénération des fidèles, les restes d'un assassin de grand chemin, qui avait été écartelé, mais dont l'âme avait été sauvée par les messes de dévots ! Et c'est à des hommes imbus de ces préjugés qu'on assure qu'avec un coup de sifflet on ferait lever la nation entière et que tout ce qui existe de Français en Espagne serait en un clin d'oeil exterminé M... »
On aurait tort de voir dans les proclamations des juntes de vaines paroles, des banalités de tribuns ; ce sont des dignitaires, archevêques, généraux, anciens ministres et hommes de la cour, qui parlent sous l'impulsion des nécessités les plus impérieuses: s'ils accolent la religion au roi et à la patrie, ils savent parfaitement ce qu'ils en attendent.
Le débordement fut général, les journaux s'inondèrent de pamphlets délirants, anonymes pour la plupart, et qui circulèrent dans toutes les mains. On lit dans VAntipoli-
1. HenryMU roi de Prusse, 4 avril (A£f. étr., Espagne, 1808, vol. 674).
LA GUERRE EST POUR l'eSPAGNE NATIONALE ET RELIGIEUSE 57
tica francesa: « Pas de dissensions ! Nos vœux sont unanimes : Vitrent la foi en Jésus-Christ et son défenseur Ferdinand F//, tel est le cri des Espagnols. S'affirmer Espagnol et se dire catholique, apostolique et romain et vassal de Ferdinand. Pour la gloire du Seigneur, l'honneur de Marie, le triomphe de la religion outragée, l'innocence abattue, la piéfé et la vertu méprisées, ayons confiance en notre valeur, en l'honneur de l'Espagne, en Dieu que nous adorons, en la douce Marie notre patronne que nous invoquons ^ » Mais quel souffle plus endiablé que celui dont s'anime V Adresse à Napoléon, publiée à Valence, le juin! " Le voile qui cachait ta perfidie est déchiré : elle est démasquée, ton ambition! Tu séduis pour faire la guerre, tu fais la guerre pour piller, tu pilles pour régner, et tu règnes pour détruire. Tes paroles ne sont que mensonges et tes traités que trahisons : tu es ce roi des ténèbres qu'entourent des nuées de sauterelles: c'est toi que l'Apocalypse a désigné : tu Rappelles Apollf/on, c està-dire le Destructeur... Tu chasses les prêtres de leurs demeures ; tu profanes et renverses les temples; tu voles les vases sacrés et frappes de ton épéeles dons delà piété; tu détruis les images des saints et, profitant des ténèbres de la nuit, tu enlèves les trésors des sanctuaires. Voilà ce que l'Espagne sait. Ecoute ce qu'elle espère :
< Elle espère rompre les lacs dont tu l'as enserrée ; elle espère n'être jamais gouvernée par un homme qui, comme toi, ait à rougir de sa naissance; elle espère que tu finiras comme les Sardanapales qui, du haut de leurs trônes, daignaient sourire lorsque la bassesse et l'impiété, prosternées à leurs pieds, proclament leur toute-puissance. Ces espérances, l'Espagne les fonde sur la protection de l'Etre suprême. La divine Majesté ne te permettra jamais