‹ Guerre d'EspagneChapitre 29 sur 207 · Jlihl. nat., OC · texte numérisé non relu

Jlihl. nat., OC

LA GUERRE EST POUR l'eSPAGNE NATIONALE ET RELIGIEUSE 59

LEspagnol fut aussi ^rand par la noblesse de sa cause que rabaissé parla folie religieuse et ses hideuses colères. Il y eut là plus qu'un signe de faiblesse, plus qu'une marque (le défiance de soi-même, une tache ineffaçable : pensée si vraie, qu'il n'est historien qui ait consenti à montrer combien il fut odieux d'associer le crucifix au poignard de l'assassin, de se livrer sur des adversaires expirants aux plus ignobles outrages, de massacrer les malades et les blessés jusque dans les ambulances. A la vérité, le soldat français ne se piquait point de piété, et l'on pouvait même le taxer de mécréant; mais il était avant tout homme d'honneur, et le lâche qui, dans sa frénésie sanguinaire, le frappait par derrière, s'abaissait au niveau du fauve.

Ici pourrait se terminer le préambule d'une étude qui doit se consacrer exclusivement au drame de Baylon. Nous espérons avoir signalé les causes de nos désastres, dont certaines paraîtront inconnues. En matière historique, les idées courantes, entre toutes sujettes à caution, viennent trop souvent de l'exiguïté du cadre dans lequel on contraint les événements à se dérouler. Un cadre trop étroit ne comporte que des aperçus, que des vues d'ensemble, d'où se dégage fatalement l'idée courante et superficielle. Mais il est une autre source d'erreurs qui provient de l'habitude où l'on est de se confiner dans le domaine des Arcliives françaises, car à quoi servirait d'élargir le tableau si l'on n'y jetait d'autres couleurs? On entendra ici concurrt mment les Français, les Espagnols, voire même les Anglais ; et l'on sera surpris de constater qu'il n'existe entre eux aucune divergence, que chacun apporte une part de vérité plus ou moins grande, suivant le rôle qu'il a été appelé à jouer dans l'un ou l'autre camp.

11 semble que le sentiment des historiens qui tentent de justifier Napoléon soit le suivant : « Ses intentions étaient bonnes, et l'Espagne était descendue si bas qu'il

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était de son intérêt do la relever. Pour le reste, elle avait mérité son sort. » Non, l'Espagne eiit accepté une guerre loyale, elle ne pouvait souscrire à sa confiscation. Lorsque, faisant litière de la morale et du droit des gens, le génie accule un peuple à l'atroce alternative de regorgement ou de l'asservissement politique, peut-on douter qu'il ne tente le ciel et ne soit sur le chemin de l'abîme? En 1811, un député des Gortès s'écria: « Que la désolation des campagnes, que l'épuisement de nos ressources nous réduisent à la misère ; pauvres et misérables, nous partagerons notre pain avec le dernier de nos soldats. Pauvres, et misérables, à la fin nous serons libres! Après quatre années de détresse, l'Espagne offre au tyran la terrifiante image d'un peuple qui préfère la mort à la servitude ; au ministre des finances, l'affreux spectacle d'une situation sans remède ; au patriote, elle offre l'espérance ! » Cri sublime que dut entendre le Dieu de justice et de pitié, car l'Espagne fut sauvée. Tout Espagnol demeura convaincu que Napoléon était athée ou, pour le moins, hérétique ', que ses généraux et ses armées n'avaient d'autre culte que celui de Baal, que l'incendie, le pillage, l'assassinat et le viol étaient passés dans leurs mœurs 2. a Notre genre de guerre est nouveau pour la tactique victorieuse de l'empereur : c'est la guerre de rues, cest la (juerre de nation, c'est la guerre de relir/ion, c'est enfin la guerre de braves avant d'être soldats. N'oubliez jamais que le Fraitrais est un animal iruléfuiissable ; il prêche la vertu, et ne l'observe point; l'humanité, et il no la connaît point; il désire la paix et cherche la guerre; il détruit d'une main ce qu'il édifie de l'autre. Alerte, Espagnols ! n'attendez d'eux ni humanité ni amitié ; méfiez

1. Caria ciel Hotenlote dirigida à Napoléon [Diario de Santiago, 10 juillet 1808; — Arch. Nat, AF'V, 1610).

2. Relrato politico del Ernpei'ador, par D. Melchior Andaria (Arch. nat.. idem).

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