Napoléon à Murât, 13 mai
INSURRECTION d'aNDALOISIE. — LA JUNTE DE 8ÉV1LLE 67
séquences de la plus (jrandv rictoireK » Il faut bien le dire, Murât était allé plus loin encore : « Le plus fort est fait: Taffaire aura des résultats décisifs, le prince des Âsturies a perdu ce jour-là sa couronne, et son parti, démoralisé, se range du coté du vainqueur. Tout le monde est résigné : on n'attend plus que le nouveau roi que Votre Majesté va donner à TEspagne... Les coups de canon du 2 mai ont assuré le pavillon de la dynastie nouvelle '. »
Le char était lancé, il n'y avait plus à reculer. De la résistance, au surplus, où s'en trouverait-il? Les capitaines généraux accueillaient avec empressement la nomination de Murât à la lieulenance du royaume, et lorsque celuici, par sa circulaire du 3 mai, les invitait u à adhérer au gouvernement, à rivaliser de zèle avec lui pour maintenir la tranquillité publique et empêcher que le contre-coup de l'événement de Madrid ne se fit sentir dans leurs provinces >», tous s'étaient accordés à protester de leur dévouement. Gastaùos, qui commandait la cote de Gibraltar, attribuant à la populace l'insurrection de la capitale et félicitant Murât «de la clémence et de l'humanité » dont il avait fait preuve, ajoutait : « Que Votre Altesse Impériale me procure les fonds nécessaires pour l'entretien de mon aimée, en la faisant jouir de l'avantage de l'avoir pour chef, et je réponds de sa tranquillité, de sou obéissance et de sa disposition à exécuter tous les ordres du gouviïrnemenl-^ ». Bref, on pouvait compter sur lui «comme sur un général français » et la lidélité de ses troupes n était qu'une affaire d'argent.
Sans doute, plus tard, Dupont essaiera de rappeler à à Castaûos sa reconnaissance du nouvel ordre de choses, mais celui-ci s'en tirera en alléguant qu'il « avait promis
l. Laforesl à Champayivi. 4 mai (AIT. étr.. V, 674, Espagne).
l. Murât à Napoléon, 2, 3,4, 8 mai.
}. Castanosà Mural, 16, 19 mai. (Arch. nat., APiv 1608).
obéissance au lieutenant de Charles IV et qu'il ne reconnaissait pas la nouvelle dynastie i. » L'usurpation de Napoléon lui avait permis de changer son l'usil d'épaule, de se dégager d'une situation dangereuse pour ses intérêts personnels : évolution naturelle qui surprit à tort à Madrid, oii l'on se leurrait de son dévouement.
Dès lors, se croyant sûr des capitaines généraux et voyant l'autorité de Murât s'exercer sans conteste, l'empereur jugea le moment venu de mettre la main,sur l'Espagne. ]^'ar?née ? Il faut l'affaiblir assez « pour n'en avoir rien à craindre ^ », faire le vide autour de Madrid, éparpiller les régiments, licencier les milices et s'attacher les troupes étrangères, car « elles se battront suivant le courant d'opinion oii elles seront'^». « Je ne puis envoyer d'argent, le ministre des finances est un sot s'il ne sait pas en trouver^. » La ?narine? « Envoyez -moi le ministre à Bayonne : est-il habile? 11 me faut des vaisseaux, car je veux frapper un grand coup vers la fin delà saison. Le désordre et le pillage ont empêché jusqu'ici de rien faire^. » Lesfina/icrs ? « J'attends avec impatience le mémoire de Laforesl, qui doit me faire connaître la dette publique et les différentes branches de revenu". » A ce moment sa correspondance est fiévreuse, il s'enquiertde tout, les mémoires sur l'Espagne affluent, et certes celui qui écrira la phase diplomatique de la guerre, trouvera matière à surprises et réflexions.
C'est alors qu'il se décide à entreprendre l'expédition de Cadix, dans l'espérance de débloquer la flotte de l'amiral Rosily, de réarmer celle d'Apodaca, et finalementde s'emparer d'un port militaire et commercial de premier ordre. Pour lui en effet, Madrid n'est rien, et la question de la Péninsule roule avant tout sur Cadix et Lisbonne. Déjà la