Mém. de Dalrymple, 20, 21 mai
première considération des commandants anglais, qui désirent seulement que vous leur fassiez connaître de quelle manière vous entendez recevoir l'assistance que les forces anglaises peuvent fournir'. » Communiquée à Solano, elle reçut une réponse aussi digne que péremptoire : « Mon pays a un gouvernement : je n ai d'autre pouvoir que celui qu'il m'a confié, et c'est à lui que vous devez adresser vos propositions. Il ne me convient pas de les entendre. Je ne crois pas avoir donné lieu à ce que vous me les fissiez parvenir, et j'espère que vous ne les renouvellerez pas-. »
En somme, l'incident paraissait insignifiant et l'on était loin de s'attendre à un mouvement général. A la veille même de l'insurrection de Séville, Laforest disait que les lettres des agents consulaires lui prouvaient combien l'esprit public avait fait de progrès et que la correspondance des capitaines généraux, intendants et évoques avec Murât donnait des résultats plus positifs encore. « Chaque courrier venant des provinces détruit une nouvelle fausse à Madrid, et chaque courrier de Madrid détruit une nouvelle fausse dans les provinces. Dans telle ville, des hommes soudoyés vont courant les faubourgs en criant Vice Ferdinand! et à mesure qu'ils s'écoulent, on est étonné d'apercevoir qu'ils n'ont fait aucune impression. Dans telle autre, des bulletins annoncent que le reste du royaume est en armes, sans que personne imite l'exemple supposé. Tout porte à continuer i être sur ses gardes : rien n'est de nature à inspirer de inquiétude... Tout a pris ici le même cours régulier que si la royauté était présente. La seule différence est dans 'S cercles et les galas de cour, dont le grand-duc de
1. Lettre des capitaines de la flotte anglaise fArch. nat., AF'V. 1607).
2. Réponse de Solano aux commandants anglais, 24 mai (Arch. nat.
APiv, 160-î).
Berg s'abstient. Son Altesse travaille seule à des heures réglées avec chacun des ministres : elle est tenue à une vigilance extrême, et malheureusement elle na pu introduire encore un bon système de police à Madrid. On tourmente la nombreuse classe des pensionnaires et des employés par de prétendus projets de réforme. On essaie de blesser l'orgueil national en disant que bientôt il faudra parler et écrire en français. On fait déserter les Gardes espagnoles en prétendant qu'on fabrique des menottes au quartier français pour les enchaîner. On parle d'emprunts forcés ^ »
Illusions à Madrid, illusions à Bayonne et calme apparent de l'Espagne, la situation à ce moment méritait d'être constatée : le réveil sera si terrible ! Porteur de dépêches à Solano qui annonçaient le prochain envoi du corps de Dupont et prescrivaient les mesures à prendre pour assurer sa subsistance pendant la route et sa réception dans la place, le commandant de Blainville, de Tétat-major général, était injurié à Santa-Gruz de Mudela, à Cordoue; les habitants lui jetaient des pierres et tentaient de l'arrêter en prétendant que Cadix était en insurrection et s'était livrée aux Anglais. A Cordoue, un colonel d'infanterie du nom d'Echavarri disait que, s'ils avaient un chef, ils chasseraient les Français delà Péninsule, que Solano était avec eux, etc. En retournant à Madrid, « les rassemblements n'étaient nullement tumultueux et invectivants. On paraissait savoir que le roi serait un frère de l'empereur, et la majeure partie des habitants n'en paraissait pas mécontente. L'assurance du passage d'une armée de 25.000 hommes qu'il avait répandue sur la route avait refroidi un peu les têtes exaltées 2. » De son côté. Le Roy mettait à profit la mission de Blain-
1. Laforest à Champcu/ny, Madrid, 2.'i mai (Aff'. étr., vol. 674, Espagne). ^. Bapporf de lilainville, 26 mai (Arch. nal.. APiv, 1607).
ville pour sonder Solano, ilont la réponse fut typique: u La division Dupont est trop nombreuse, ('est trop s'il s'agit (i auxiliaires ; ce n'est point asspz s'i/ y a d'autres intentions. » Que ne fut-il tenu compte de l'avertissement! Le Roy ajoute : « Si le grand-duc de Berg est assuré des capitaines généraux, les dispositions du pays sont bonnes. Tout tient à celai. » Il tint à toute autre chose, à la volonté du peuple qui. prenant en main ses intérêts, sacritia ceux qui le gênaient et fit choix d'un gouvernement de circonstance.
Stupeur, attente, désarroi, telle était donc la situation des esprits en Andalousie ; et tout relatif qu'il fût, leur calme paraissait l'indice d'une soumission prochaine du plus heureux augure. Mais la nouvelle de la marche de Dupont leva les incertitudes, et pas plus au consulat de Cadix qu'au quartier général de Madrid, on n'eut le temps de se reconnaître; du jour au lendemain ce fut la guerre qu'à tout prix on cherchait à éviter.
Solano reçut le 25, par un courrier extraordinaire d'O'Farrill, l'avis du mouvement du corps de la Gironde -, et comme une traînée de poudre, au même instant toutes les villes depuis Madrid jusqu'à Cadix s'insurgèrent. Séville notamment, dans la soirée du 26, où la sarnison laissa le peuplo ■~'i'mparrr <\i- l'arsenal et s'armer à sa uui>i'. Au dire de Toreno, l'insurrection de Séville aurait été lixée au 26 par le comte de Tilly et ses affidés. On ne sait trop ce que vient faire ici « le jour de l'Ascension » mais :;omme il se trouve être celui où se répandit la nouvelle officielle de l'invasion, le doute n'est point possible ; Andalousie se leva en apprenant le danger qui la menaçait, et sa capitale donna le signal.
Dans la matinée du 28, les habitants se présentèrent