Voyez la situation
iK'cessité de protéger les ports expliquaient naturellement cette dissémination de l'arnK'e. dont le rôle assez difficile se bornait à celui de garde-cote.
Forte de 11 vaisseaux de guerre et de 40 bâtiments de transport chargés de 7 à 8.000 hommes, la flotte anglaise de l'amiral Purvis croisait devant Cadix et bloquait les 6 navires de Rosily. Enfin sir Hew Dalrimple, gouverneur de Gilbraltar, disposait d'un corps de débarquement sous les ordres du général Spencer et guettait l'occasion d'occuper la place.
La nouvelle de l'insurrection du 2 mai parvient a Séville le 5, et aussitôt une émeute y éclate. Notre agent consulaire cache son drapeau ; on veut faire main basse sur les Français, et une bande précédée d'un tambour, qui tente de pénétrer dans sa maison pour la saccager, n'en est détournée que par les harangues de sa femme'. A Cadix, dans la soirée du lendemain, Lapena fait appeler chez lui le consul général Le Hoy; les généraux y sont réunis en conseil de guerre : « Vous nous voyez assemblés en raison d'une nouvelle apportée par un officier venu en toute hâte de Badajoz. Le* sang a coulé à Madrid, le 2 de ce mois. J'ai envoyé chez M. l'amiral Rosily; il est à son bord. Je vous ai fait prier de passer ici pour qu'il soit instruit de notre résolution unanime de maintenir l'ordre dans cette place -. » En effet, le lendemain les postes sont doublés et les patrouilles multipliées. Les esprits fermentaient, on s'élevait en termes violents contre les Français, en même temps qu'on se prononçait en faveur de Ferdinand, « Combattre cet enthousiasme, c'est l'exalter. Séville s'est levée en masse, et son exemple a été suivi par les principales villes. Le clergé aofl'ert tous ses biens ;
1. L'agent de Sévilleà Le Roy, Séville, 1 mai (Atf. étr., Arch. consulaires).
2. Le lioy à Laforest, Cadix, 10 mai (AU', étr., Arch. consulaires, Cadix, 1807-1810.
INSURRECTION DANDALOISIE. — LA JINTE DE SÉVILLE 71
partout on demande à s'enrégimenter et à s'exercer au maniement des armes. La chose est au point qu'à Séville on a forcé indistinctement les Français et tous les habitants à porter la cocarde rouge surmontée de l'emblème F. VII... La nombreuse garnison de Cadix a contenu jusqu'à ce moment des démonstrations aussi prononcées; mais tout porte à croire qu'un des chefs des événements d'Aranjuez (le comte de Montijo) y a passé déguisé : des correspondances de Madrid et des autres villes de l'Espagne excitent le peuple contre les Française »
Les rapports d'O'Farrill louent la conduite des autorités et constatent que peu à peu les esprits se calmèrent. Le Roy n'est pas moins optimiste. « Grâce à la bonne conduite des autorités, on, se rapproche de la tranquillité voulue parle gouvernement; on a proclamé Ferdinand VII à la joie générale, et à Cadix en particulier, les bons citoyens doivent des actions de grâces au capitaine général Lapeûa, dont la conduite ferme et prudente déjoue les intrigues des agitateurs. Hier, on a lu publiquement dans un café une proclamation en l'attribuant faussement il S. E. le général Solano. Aussitôt un rassemblement ameuta les vociférations contre les Français, des cris d'avides assassins s'ensuivirent. Le gouverneur prit les mesures nécessaires et tout s'apaisa 2. » Cette prétendue proclamation de Solano était favorable aux Français. ; L'esprit public s'améliore chaque jour; l'abattement a paru général en suite du soupçon d'un changement de dynastie : puis les réflexions ont fait renaître un peu de courage^. » Mais peu à peu tout s'assombrit ; c'est le calme précurseur de l'orage, et nul ne le voit venir, pas même Laforest : « L'Espagne attend son sort avec impa-
2. 3. Leroy à Laforest. Cadix, 10. 1{. 17 mai Aff. étr., Arch. consulaires).
tience, non avec tumulte. Les esprits ont passé par une succession rapide de secousses ^.. »
Et en effet, le comte de Tilly tient à Séville des conciliabules secrets ; depuis quelque temps déjà, l'état de guerre a tacitement cessé entre l'Angleterre et l'Espagne, et les navires des deux nations font libre commerce sur la côte de Gibraltar. Les marins espagnols ne sont plus exposés qu'aux railleries des Anglais : « Enlevez ces lions de votre pavillon et mettez-y des poules, puisque vous vous laissez mener par les coqs français -! » Loin de rien faire pour s'y opposer, Lapena complotait avec Castanos et Dalrymple l'attaque de la Hotte française et l'occupation des passages de la Sierra Morena, lorsqu'un contretemps vint dérouter leurs projets ; sur ces entrefaites, Solano étant rentré à Cadix, Lapena quitta le commandement de l'Andalousie. On conçoit la fausseté de leur situation; Solano n'était pas seulement leur chef, « il adhérait aux intérêts de la France 3. » Aussitôt Castanos avertit Dalrymple : « Peu m'importe le malheur qui pourra m'arriver en tentant de sauver mon pays, mais tout est perdu si l'ennemi apprend ce que nous avons concerté^. » Bref, pour l'instant les choses en demeurèrent là.
Néanmoins, sous le couvert sans doute de l'amiral Purvis, les capitaines de la flotte anglaise crurent devoir adresser aux officiers espagnols une lettre collective. « Comme l'odieuse usurpation des Français peut avoir rendu votre situation difficile, aucun doute ne peut s'élever sur les intentions amicales.de la flotte. L'un de nos principaux objets est d'aller au-devant de vos vues de la manière la plus satisfaisante pour vos sentiments et de vous assurer que votre honneur et vos intérêts sont la