Comte de Teha à Llorenle, Paris 28 novembre
à l'ennemi, et ils n'ont cessé de déclarer que ceux que l'on prend pour tels sont leurs intimes amis. Lequel d'entre eux réclame nos sacrifices?... Il n'y a point dans la Péninsule de troupes avec qui combattre. Les régiments d'infanterie ont à peine la force d'un bataillon et ceux de cavalerie, d'un escadron. Malgré tout, ne voulant point passer pour mauvais patriotes, nous cédons aux clameurs de la province. Mais nous n'entendons point que les hommes qui, aujourd'hui, demandent à être conduits contre leurs prétendus ennemis, nous abominent plus tard et nous reprochent de les avoir menés à la boucherie'. » Tous signèrent la proclamation : Lapena, en dépit de ses sentiments avérés, et Morla, en faisant profession de convictions fort différentes de celles qu'il allait afficher le lendemain. A Cadix comme partout, dans cette lugubre période de son histoire, l'Espagne n'avait enfanté que des hon/brcs- Glo/)(>, des hommes-ballon...
Il fallait s'y attendre, bien que promené dans la nuit à travers les rucsde la ville, à la lueur des torches etau son des musiques militaires, le factum des généraux mécontenta les agitateurs. Un jeune homme, montant sur les épaules de ses voisins, lut une sorte de déclaration attestant que le peuple voulait la guerre, et l'on applaudit en demandant que la flotte française fût sommée de se rendre. Solano parut au balcon de son hôtel et répondit qu'il serait fait ainsi et qu'il convoquerait de nouveau le conseil de guerre. La populace se porta alors à la maison du consul Le Roy et réclama sa tête: un prêtre menaça M. de Canclaux de son poignard -. Le lendemain matin, 29, après le conseil de guerre et au moment oii Solano et Morla assuraient que les volontés du peuple s'accompliraient, une voix s'éleva:
1. Proclamalion de Solano à V Andalousie (Atf. étr., vol. 674).
2. Journal de Le Roy {Aiï. étr., arch. consulaires, supp., vol. 2u).
INSURRECTION d'aNDALOUSIE. LA JUNTE DE SÉVILLE 81
— Nous ne voulons plus voir les drapeaux français.
— Où sont-ils? demanda le gouverneur.
— Sur les vaisseaux.
— Les amiraux présents ont ordre de faire le nécessaire pour la reddition de l'escadre '.
Sur ce, Tattfoupement se dissipa.
« Je reconnus bien vite, dit Teba, le danger qui menaçait Solano : il avait des ennemis. Je l'en informai sans retard et lui représentai quil pouvait l'éviter en laissant le commandement à Morla et en retournant avec moi à Séville sous le prétexte de se rendre compte de la situation. Il me remercia du conseil, mais refusa de le suivre, disant que ses ennemis l'accuseraient de lâcheté et que les Anglais tenteraient de s'emparer de Cadix à la faveur des troubles et des intelligences qu'ils y avaient ; que si ce malheur arrivait, ils le mettraient à sa charge, jusqu'à linculper peut-être de trahison ; qu'il préférait rester à Cadix et y attendre à ses risques et périls les résultats de laproclamation-. » A ses sollicitations, s'ajoutèrent vainement celles de sa famille.
Il était trois heures du soir, lorsqu'une bande d'insurgés conduite par un ex-moine fanatique se présenta à son hôtel sous le prétexte de lui parler et voulut culbuter la garde. La sentinelle tira en l'air et ferma la porte. Ils coururent au parc d'artillerie et en ramenèrent 6 pièces qu'ils braquèrent contre la maison. Les portes volent en éclats, les tentures et les boiseries sont incendiées, et la populace se rue dans les appartements, le moine en tète. Solano l'apostrophe : « Que viens-tu faire ici?» et il l'abat d'un coup de pistolet. Mais, voyant grossir l'émeute, il s'échappe par une terrasse dans la maison voisine; il y est découvert et traîné dans la rue, « couvert