Dupont à Murât, Gordoue, 1 juin (Arcii. Guerre
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après s'ôtre repus de liqueurs, et volent les bijoux et autres objets que j'omets par bienséance pour le sexe féminin. Ils se font envoyer viande, pain, eau-de-vie, orge, bétail et voitures par les localités qu'ils ne traversent pas et menacent de venir si l'on n'obéit point ^. »
Quelques mots d'orographie comparée feront aisément comprendre la structure générale de l'Andalousie. Imaginons trois dalles allongées, parallèles et accolées, représentant des compartiments de l'écorce terrestre. Si, par l'effet de pressions latérales, l'etfort orogénique soulève les dalles extérieures, la dalle intermédiaire s'affaissera en glissant le long des parois séparatrices. Et si l'une des dalles extérieures est soumise à une action plus énergique (déterminant, par conséquent, un relief plus considérable), la "dalle intermédiaire, tout en s'abîmant, s'inlléchira vers l'autre.
Entre Lyon et la Méditerranée, les Alpes et les Cévennes représentent deux dalles extérieures par rapport au bassin du Rhône qui est une dalle intermédiaire effondrée. Comme les Alpes sont autrement massives et surélevées que les Cévennes, le fond du bassin est rejeté au pied de ces dernières; d'oii il résulte que le Rhône sillonne le socle cévenol et marche sur la cassure séparatrice du compartiment exhaussé et du compartiment abîmé. Il n'est personne qui
1. Ant. de Parvas à la.comtesse fl. Isla Feinan.de:, Porcuna, 5 juin.
n'ait été frappé, en se rendant de Lyon à Avignon, du spectacle contrastant qu'offrent à la vue les deux versants du Rhône : à droite les escarpes des Cévennes, à gauche un immense glacis entrecoupé de ressauts échelonnés, et couronnés dans le lointain par les masses neigeusse des Alpes. Si nos savants géographes couraient les montagnes, une carte géologique à la main, les causes qui ont imprimé à la région rhodanienne les traits fondamentaux de son architecture ne leur échapperaient point; mais ils n'ont d'yeux que sur les cartes, et encore ont-ils une façon de les étudier qui n'appartient qu'à eux.
Or, même causes et mêmes effets: le bassin du Guadalqiiivir présente une analogie complète avec celui du Rhône ; les Sierras Nevada et Morena figurent les dalles surélevées des Alpes et des Cévennes, et le bassin du Guadalquivir la dalle effondrée de la vallée du Rhône. D'Andujar àSéville, le fleuve côtoie le pied de la Sierra Morena, absolument comme le Rhône accompagne la lisière des Cévennes.
Mais la comparaison peut être poussée plus loin. Le cours du Rhône étant rejeté au pied des escarpes cévenoles, la route naturelle de Lyon à Avignon et Marseille suit la rive gauche, et c'est aussi ce qui arrive pour la route d'Andujar à Séville et Cadix. Supposons qu'une armée s'organise à Avignon pour couvrir Marseille, et que, de Saint-Rambert à Saint-Vallier, la route soit fortuitement obligée de passer sur la rive droite, on comprendra l'importance des ponts de ces deux villes. La route d'Andujar à Cadix présente cette particularité : après avoir suivi la rive gauche du Guadalquivir jusqu'à Alcolea, elle passe sur la rive opposée pendant environ 12 kilomètres, et à Cordoue, franchit de nouveau le fleuve pour gagner Séville et Cadix, sans plus quitter la rive gauche. L'armée de Castaûos se formant à portée de Séville, les ponts d'Alcolea et deCordoue que Dupontdevaittraverseracquéraient l'importance strate-
giqiie de ceux de Saint-Rarabert et de Saint- Vallier ; enfin Séviile se substituait à Avignon, et Cadix à Marseille. Dans la réalité, le colonel Echavarri commandait à Alcolea V avant-garde de l'armée d'Andalousie, et c'est sous ce titre que la Junte de Gordoue, pénétrée de la nécessité de défendre ce passage, Tavait désignée.
Le corps de Dupont se trouva réuni à El Garpio dans la nuit du 6 au 7 juin. Un bataillon de la 4" légion passa le Guadalquivir à Montoro, avec mission de marcher sur Alcolea par le chemin qui sillonne les hauteurs de la rive droite et de déboucher sur le flanc des Espagnols au moment où il entendrait l'attaque ^ Après une halte d'une heure, la colonne se mit en mouvement et arriva, à l'aurore, devant le « pont sans avoir aperçu aucune vedette. Dès que le jour permit de le découvrir, on vit une quantité considérable de bataillons rangés sur les montagnes de l'autre côté-. »
Construit en marbre noir et comptant vingt arches, le pont d' Alcolea, un des plus beaux de l'Europe, tire son nom d'un groupe de ventas ou auberges situées sur la rive droite. Il se trouve au fond d'une anse très vaste du Guadalquivir, bordée d'un hémicycle de hauteurs qui commandent la plaine où serpente la route. Sur la rive gauche, une série de collines s'étendent comme la corde de l'arc décrit par le fleuve, et la plaine se déroule depuis leur pied jusqu'au pont. Enfin, après l'avoir franchi, la route gravit la côte de la Lancha, que la défense pouvait rallier et sur laquelle il lui était loisible de livrer, en avant de Gordoue, un combat d'arrière-garde.
Une compagnie du bataillon léger de Gampo-Mayor, avec 2 pièces de canon, occupait le redan qui servait de tête de pont ; les 2 bataillons de grenadiers d'Andalousie et le reste de Gampo-Mayor étaient rangés sur la rive droite;
1,2. Rapport de Legendre, Gordoue, 7 juin (Arch. Guerre);
derrière eux, sur les hauteurs, 15 à 18.000 volontaires non exercés s'échelonnaient avec 6 bouches à feu. Le colonel de Valdecafias, ayant sous ses ordres un demi-bataillon de Reding n° 2, un escadron du régiment de la Reine et des bataillons de paysans, s'établit sur les éminences de la rive gauche, pour prendre en flanc l'attaque du pont et obliger nos forces à se diviser.
Il ne faut point s'étonner si le général Arteche s'étend outre mesure sur l'affaire : la terrible et légendaire journée de Cordoue allait commencer. Mais il en fait à tort un combat méthodique, passant de l'engagement de l'avant-garde et de l'artillerie à la lutte finale par l'entrée en ligne de la réserve, alors qu'on ne trouve, dans les rapports de Dupont et de son chef d'état-major, qu'un exemple d'attaque brusquée, unique science, à cette époque, d'un trop grand nombre de nos généraux. On se passait volontiers alors des reconnaissances préliminaires : l'ennemi en vue, on marchait droit à lui et prenait le taureau par les cornes. Nous avons hâte de le dire, une telle méthode était trop dangereuse pour s'être généralisée, bien qu'il faille mettre à sa charge nombre de nos défaites dans la Péninsule, comme Rusaco et Fuentes de Onoro. Dans le cas présent, le Guadalquivir n'étant point guéable, il n'y avait de réussite possible que dans l'enlèvement de vive force du pont. Pannetier déploya sa brigade en face de la position, et Chabert en deuxième ligne se tint prêt à la soutenir, La cavalerie de Frésia et les marins de la garde furent laissés en réserve. Une violente canonnade commença de part et d'autre. A cette heure matinale, la fumée envahit la vallée au point d'obliger Dupont à faire cesser le feu pour s'assurer si le pont était coupé ou miné. S'étant avancé de sa personne, une balle l'atteignit au ventre, mais ne l'empêcha point de rester à cheval et de donner ses ordres. On sonna alors la charge, et la brigade Pannetier, em-
portant l'ouvrage, passa le fleuve et s'empara d'Alcolea. Campo Mayor et les grenadiers d'Andalousie se défendirent bravement et se retirèrent sur la Lancha, tandis qu'en dépit de tous les efforts d'Echavarri pour les arrêter les paysans s'enfuirent vers Cordoue.
Pendant ce temps, le corps de Valdecafias avait paru sur le flanc gauche de l'attaque. Mais Frésia, soutenu par les marins de la garde, marcha à lui et le culbuta, puis, passant le pont au galop vint prendre la tête de la colonne pour poursuivre l'ennemi. Arteche rapporte qu'ayant rallié les grenadiers d'Andalousie et Campo Mayor sur la Lancha avec les pièces de canon qui lui restaient, Echavarri appela à lui les chefs de corps et tint un conseil de guerre. Le lieutenant-colonel Giron, qui devait à la fm de la guerre, comme général de division, acquérir tant de notoriété, émit l'avis « qu'étant donné le peu de vieilles troupes à opposer et l'inutilité de l'aide que pouvaient apporter les paysans, le meilleur parti était de s'enfermer dans Cordoue et de le défendre, afin de permettre à Castafios de rassembler son armée et de venir à leur secours. » L'avis fut adopté et la retraite se fit en bon ordre ; mais en arrivant, « il fallut user de menaces pour se faire ouvrir les portes. On entra enfin par celle de Madrid et, laissant une compagnie de grenadiers à sa garde, on passa sur la rive gauche du Guadalquivir. Echavarri avait désespéré de pouvoir défendre la ville ^ » Ainsi s'exprime Arteche, et il faut singulièrement en rabattre, car le même jour ledit Echavarri arrivait de sa personne à Ecija, d'oii il rendait compte de l'affaire à la Junte de Séville en accusant la débandade des paysans 2. Le fougueux patriote avait fait 68 kilomètres et couru autrement vite encore que les fuyards. Mais revenons à Dupont.