Arteche y Moro, loc. cit., II
114 GtEtlRE d'eSPAGNÈ
commis des horreurs dans cette gorge, écrit de son côté le payeur Conscience; j'ai vu le cadavre d'un Français rôti et d'autres coupés en morceaux. La caisse de la voiture du général René est encore à Sainte-Hélène, au sommet de la montagne 1 »
Le 5 juin, 2 escadrons de marche de dragons destinés à la brigade Privé furent attaqués au Puerto del Rey et rétrogradèrent sur Santa Cruz, en ralliant à El Viso un détachement de 60 hommes d'infanterie'-. Chemin faisant, le capitaine Bouzat, qui commandait les escadrons, apprit qu'un convoi de subsistances et les équipages de la division Barbou, sous l'escorte de 3 officiers et 115 hommes de la 4" légion de réserve^, s'étaient engagés dans les défilés par la grande route du Visillo. Il ne put les prévenir à temps : le convoi fut enlevé et l'escorte massacrée. Bouzat espérait pouvoir couchera Santa Cruz; mais les officiers qu'il envoya préparer le logement reçurent une décharge de coups de fusil, et l'un d'eux fut grièvement blessé. Le manque de cartouches rendait sa situation plus pénible encore; il tourna la ville et bivouaqua à mi-chemin de Valdepefias, bourg devant lequel sa petite colonne se présenta le lendemain dans la matinée, au moment où le général IJger-Belair débouchait de Manzanarès avec un régiment de marche de chasseurs à destination de la brigade Du pré.
A l'arrivée d'une bande d'Andalous ayant à sa tête un fameux contrebandier, Valdepefias s'était soulevé et 1.200 paysans armés. en gardaient les abords; les avenues et les rues principales étaient barricadées avec des voitures et des cordes tendues entre les grilles des fenêtres.
i. Le payeur Conscience à son collègue Julien, Baylen, 6 juillet (Arch. Guerre).
2. Rapport du capitaine Bouzat au général Liger-Belair, 5 juin (Arch. Guerre). Voyez le plan général à la fin du volume.
3. Situation du C. de la Gironde au 6 juillet. Aux Observations.
ALARMES A MaDRII) ll5
M. Tascher, adjudant-major du 12" chasseurs, se porta vers les insurgés, qui parurent disposés à entrer en arrangement. Le général demanda l'alcade mayor, D. Francesco Osorio, qui vint, « éperdu, lui dire que sans cesse il avait la hache sur la tête et que son autorité était méconnue. 11 renvoya dans la ville tenter un nouvel effort, employer rinthience du clergé, des femmes... Le curé était absent, bien que ce fût jour de fête... Après trois heures passées en tentatives inutiles, il fallut faire usage de la force. Il entoura la ville de pelotons de cavalerie pour observer et contenir lés insurgés et, tout étant disposé, après être allé de nouveau, prévenir lui-même aussi infructueusement les rebelles, qui déjà sonnaient le tocsin, il ordonna l'attaque. Les révoltés rentrèrent de toutes parts se mettre à l'abri dans leurs barricades . Un escadron de chasseurs traversa au galop la grande rue, sous le fendes fenêtres et sabrant tout sur son passage'. » Mais c'eût été une opération trop lente que de forcer maison par maison, et comme on ne pouvait plus s'enfoncer dans la ville sans perdre beaucoup de monde, Liger-Belair ordonna d'en incendier la moitié. Les insurgés se réfugièrent dans Tau Ire ou tentèrent de gagner la campagne par les issues de derrière où les postes les écharpèrent. « Il avait fait quelques prisonniers, et, avant d'attaquer l'autre partie di- la ville, il les renvoya offrir le pardon à leurs concitoyens s'ils voulaient mettre bas les armes^. » Le capitaine Tascher qui les accompagnait courut des dangers, « mais les habitants honnêtes et les femmes le préservèrent, et bientôt on résolut de se soumettre. Un drapeau blanc fut arboré sur le clocher de la principale église, et le combat cessa^. » Liger-Belair vit environ 100 cadavres dans la plaine et dans les rues, mais il ne put savoir combien d'hommes moururent dans
1. 2, 3. Liijer-Belairà Murât, 1 juin. Bivouac de Valdepeùas (Arch. Guerre).
l'incendie des maisons qu'ils défendaient. De notre côté, il y eut 55 tués ou blessés.
La colonne bivouaqua devant Valdepenas et se retira le lendemain sur Manzanarès, où Dupont avait établi un hôpital. Dans la matinée dudit jour, le général Roize se présentait aux portes de cette ville avec un détachement de 60 convalescents, dont 20 seulement étaient en état de se défendre et n'avaient en tout qu'une soixantaine de cartouches, lorsque le capitaine Chasseriau, porteur de dépêches à Dupont, accourut à sa rencontre. Arrivé la veille à Manzanarès, il y avait couru les plus grands dangers et n'avait dû la vie qu'au maître de poste et au clergé ; le peuple était en pleine insurrection et une grande partie des maladfls de l'hôpital avaient été égorgés. L'alcade et le curé vinrent assurer le général que le désordre avait cessé et le prier avec les plus vives instances d'entrer. Il s'y décida pour se rendre compte des faits, et voici ce qu'il apprit : La révolte avait été suscitée par un individu venu à cheval de Valdepenas, la veille, à onze heures du matin, criant que les Français égorgeaient partout les Espagnols. Les habitants, exaspérés, au nombre de plus de 2.000, s'étaient portés à l'hôpital et en avaient forcé les portes; ils avaient blessé une grande partie des malades et tué une douzaine. Les prêtres étaient parvenus à faire cesser le massacre, et ils avaient donné autant qu'ils avaient pu des secours aux malades en les réfugiant chez eux. Le commandant de la place, dont on était sans nouvelles, avait dû périr dans la catastrophe^ Enfin, l'aprèsmidi, les autorités le prévinrent que dans la nuit, 1.000 insurgés, dont la moitié à cheval, l'attaqueraient. Et Roize se disposait à rétrograder sur Villaharta, lorsque Liger-Belair le rejoignit; ils se replièrent sur Madridejos.