Guerre de 1870-1871
Les premiers mots de ce volume doivent être un remerciement à l’Académie française pour la haute récompense qu’elle a bien voulu me décerner.
En me donnant le prix Berger, le plus important dont elle dispose, l’Académie a entendu encourager un ouvrage de bonne foi, et ne s’est pas arrêtée au reproche, qui m’est si souvent fait, d’attaquer, sans pi lié, les grands acteurs de l’année maudite, qu’ils soient militaires ou civils, pu issants ou disgraciés, morts ou vivants. Elle a pensé que l’intérêt supérieur de la patrie exigeait que l’historien ne dissimulât rien de la vérité, si cruelle qu’elle fût, afin de préserver l’avenir des défaillances, des fautes, des crimes du passé. « L’histoire, dit Lucien, ne tend qu’à un seul but, l’utilité : et c’est de la vérité seule
PARIS
que l’utilité peut naître (1). » Tel a été le sentiment de l’Académie française.
Rien ne pouvait m’être plus précieux que ce témoignage, ainsi apporté, en faveur de mon œuvre, par des hommes d’une si grande valeur littéraire et morale, d'autant mieux que, selon la parole de l’un des plus respectés d’entre eux, « je n’avais fait, pour l’obtenir, le sacrifice ni d’un mot ni d’une opinion ».
C’est pourquoi, ne pouvant remercier, publiquement, chacun de ceux qui ont parlé ou voté pour moi, je leur adresse, ici, de tout cœur, la suprême expression de ma gratitude.
Ma dette acquittée, du moins en partie, il me reste à exposer les raisons qui m’ont décidé à ne pas finir, avec ce volume, le récit du siège de Paris.
Un historien, vraiment digne de ce nom, ne peut jamais savoir, quand il entreprend de raconter un des grands drames des nations, quel développement il donnera à son œuvre. En elfet, tant de documents, apportés au cours de son travail, changent ses premières apprécia-
(1) Lucien, Œuvres choisies; traduction Belin de Ballu; nouvelle édition revue et corrigée par Emile Pessonneaux; Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891 ; p. 441. — « Dans l'histoire militaire, comme en toute autre science, la sincérité la plus absolue est de rigueur. » (Karl Bleibtreu, La Légende de Moltke; Contribution critique à l'histoire de la guerre de 1870 ; traduit de l'allemand, avec l'autorisation de l'auteur, par P. -A. Veling, capitaine au 26 e bataillon de chasseurs; Paris, Charles-Lavauzelle; p. 123.)