ÉPILOGUE
L'artillerie de Tarmée a été considérablement augmentée, et le canon français a été tellement perfectionné qu'aujourd'hui il peut rivaliser avec celui qui est réputé comme le plus parfait chez les puissances étrangères. On peut en dire autant du fusil que nos fantassins ont à présent entre les mains.
On a beaucoup travaillé et on continue de travailler beaucoup dans l'armée française ; on s'y est étudié particulièrement à la pratique des exercices de la tactique nouvelle qui est imposée par les armes perfectionnées. Sur ces diiîérents points, les résultats obtenus sont incontestablement des plus satisfaisants.
Après des études longtemps poursuivies avec un zèle inépuisable par nos officiers d'état-major, l'administration de la guerre a arrêté un nouveau mode de mobilisation qui, dans ses parties essentielles, est absolument le même que celui qui a si parfaitement réussi à la Prusse, en 1866, dans la guerre contre l'Autriche, et, en 1870, dans celle qu'elle a faite contre la France. Dans ces dernières années, la plupart des commandants de corps d'armée ont demandé instamment que ce mode de mobilisation fût mis à l'essai, d'une manière complète, dans un ou plusieurs corps d'armée, parce qu'ils estimaient, avec raison, que ce ne serait qu'après cet essai qu'on pourrait savoir an juste si, dans tous ses rouages, ce non-
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veau iiKH'cUiisiiie, si coiiipliqué vl si ilélicai, que l'on appelle la mobilisation de l'armée, fonctionnerait régulièrement, le jour où l'on serait surpris par une déelaratiou de ^uen-e. .lusqu'ici, ces commandants de corps d'armée n'ont pu obtenir c(u'on leur donnât satisfaction à cet égard. Il m'est difficile d'imaginer les molifs sérieux qui se sont o})posés à ce que l'on fît droit à leurs demandes. Un essai de mobilisation com])lète serait pourtant bien nécessaire; assurément il serait tout aussi utile que ces grandes manœuvres d'aulonine qu'on fait exécuter, cbaque année, par un certain nombre de corps d'armée, et cela, avec des effectifs ([ui ne sont point les (effectifs de guerre.
Ce n'est ni pour les bouimes d'État ni pour les hommes politiques de ce temps-ci que j'ai écrit, mais bien seulement pour mes jeunes camarades de l'armée, pour ceux surtout d'entre eux qui })résident en ce moment ou ([ui présideront plus tard à la réforme de nos institutions militaires. Que ceux-ci, s'ils ne dédaig-nent pas de me lire, réfléchissent sur les fautes dont je parle dans le cours tle mon travail. Alors, peutêtre, se ticndroiiL-ils eu garde contrt» le dang-er <{u'il y aurait [»our eux de les renouveler dans l'avenir. Si ma voix pouvait arriver jusqu'à eux. je Iciu" répéterais ici c(> (pie je disais, (mi 1S()7, à l'Empereur Napoléon ill, c'est (ju'une grande nation
foinme la notice ne peut vivre toujours en paix avec les puissances qui l'avoisinent qu'à la condition d'avoir toujours son armée fortement constituée. Pour qu'il en puisse être ainsi, efforcez-vous, leurdirais-je, d'obtenir du Parlement d'aujourd'hui tout ce qu'en 1867, 1868 et 1869, le Corps législatif s'est obstiné aveuglément à refuser aux ministres de la guerre de l'Empire. Ne vous lassez pas de (lire sans cesse à nos législateurs que c'est pour avoir voulu économiser annuellement au pays quelques millions que la France a perdu dix ou douze milliards, deux de ses plus belles pnjvinces, et, plus que cela, la place considérable et glorieuse qu'elle occupait dans le monde.
Je leur dirais encore: Vous avez aujourd'hui des soldats disciplinés, obéissants, mais qui sont tous fort jeunes; tous les moyens que l'on a employés jusqu'ici pour les encadrer, avec ce qu'on appelle de vieux sous-officiers, parce qu'ils auraient de dix à douze ou quinze ans de service, ont été insuffisants ; on n'a pu parvenir à retenir sous les drapeaux, par voie de rengagement, qu'un nombre insuffisant de sous-offîciers. Or, vous le savez bien, ce n'est pas avec de très jeunes soldats et des sousofficiers n'ayant que deux à trois ans de grade qu'on fait des armées ; et, avec les éléments que nos officiers ont à leur disposition, il leur est absolument impossible de former des comi)îigiiies, des escadrons el des brdfories ([ui sitient préparés couve-
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nablement pour la g-uerre, quel que puisse être le zèle qu'ils mettent à former leurs soldats. Cherchez dono quelque nouveau moyen qui puisse décider nos sous-officiers à'^se rengager pour servir dix ou douze ans. Quand les pouvoirs publics vous auront donné ce moyen, vous pourrez ne demander à nos soldats que trois années de service dans l'armée active. Mais tant que vous n'aurez pas de vieux sous-officiers, vous n'aurez, comme je l'ai dit précédemment, qu'un immense troupeau ; vous n'aurez pas d'armée.
Je leur dirais: Prenez-y garde, si vous consentez à ce que, dans le gouvernement, les intérêts politiques passent avant ceux de l'armée dont vous êtes les gardiens; si vous permettez que nos régiments d'infanterie, qui ne comptent aujourd'hui que des cadres de sous-officiers jeunes, inexpérimentés, sans grande autorité sur le soldat, n'aient pas, aussi bien à l'intérieur de la France que sur nos frontières, des effectifs assez élevés pour que leurs officiers puissent s'exercer à la pratique de la tactique nouvelle; si vous n'obtenez pas que los régiments de cavalerie soient toujours en temps de paix comme ils devraient l'être au lendemain d'une déclaration de guerre, ne contenant que des cavaliers et des chevaux faits, vous assumerez sur vous une responsabilité terrible, celle de laisser la France à la merci de ceux qui l'ont vaincue <Mi 1870, et alors son nom disparaîtra peut-