DÉPART DU CAMP DE CHALONS
Le 21 août, au matin, l'armée quittait le camp, prenant la direction de Reims. L'Empereur, arrivé de Metz depuis peu de jours, se mit en marche avec l'armée.
Les 6^ et 12'' corps partirent dans l'ordre suivant : les trois divisions d'infanterie chacune avec son artillerie; les batteries de réserve du 6" et du 12^ corps ; les bagages. Cet ordre de marche fut le même pendant toute la campagne, même lorsque l'on se rapprocha de l'ennemi, l'artillerie de réserve ne devant partir que lorsque toute l'infanterie était complètement écoulée.
Le 12^ corps devait suivre la voie romaine , dépasser Reims et aller camper à droite et à gauche de la route de Laon. Cette première marche fut très pénible ; les troupes, qui avaient été transportées au camp de Châlons en chemin de fer, n'étaient pas habituées à la marche ; arrêtées, tantôt par la rencontre d'autres troupes qui suivaient une seconde route venant s'embrancher sur la voie romaine, tantôt pour laisser passer la maison et les bagages de l'Empereur, elles faisaient, sans pouvoir prendre de repos, des haltes tantôt fort longues, tantôt très courtes, et montrèrent, dès ce premier jour, une funeste tendance à se débander. On arriva tard au campement ; les réserves d'artillerie par exemple, qui, à cheval à 6 heures du matin, n'avaient
pu quitter le camp de Châlons qu'à 9 heures ne dételèrent pas avant 9 heures du soir.
Si nous entrons dans ces détails, c'est que les inconvénients signalés ici se reproduisirent à chaque étape, et contribuèrent beaucoup, à notre avis, à fatiguer et à démoraliser les troupes.
CAMPEMENT SOUS BEIMS
Le quartier général du 12® corps était ce premier jour au Marais; celui des généraux Labastie et d'Ouvrier à la ferme de Baslieu près de Courcelles où résidaient l'Empereur et le maréchal de Mac-Mahon. Le lendemain, 22 août, on fit séjour; dès cette époque les distributions cessèrent d'être régulières ; le sous-intendant chargé du service de l'artillerie présida aux distributions des vivres que parvint à se procurer à Reims un des officiers de l'état-major du général Labastie. Mais les rations étaient en nombre insuffisant ; les hommes se crurent en droit de faire main basse sur le gibier très nombreux que recelait le pays : ils se répandirent aussi dans les propriétés environnantes pour y couper le bois nécessaire à la cuisine : nouveau prélude à des habitudes plus qu'irrégulières qui se développèrent plus tard avec une effrayante rapidité.
La marche du camp de Chàlons sur Reims n'avait pas indiqué de projet définitivement arrêté ; le 22 au soir, l'armée reçut l'ordre général de se porter en avant en prenant pour but la position de Montmédy.