‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 39 sur 48 · PASSAGE DE LA MEUSE A MOUZON · texte numérisé non relu

PASSAGE DE LA MEUSE A MOUZON

Le lendemain 29, les 12^ et 6^ corps quittent la Besace pour se rendre à Mouzon par Youcq. Ils traversent la Meuse à Mouzon sans voir l'ennemi et couronnent heureusement les hauteurs situées sur la rive droite de cette rivière. Les divisions s'établissent sur les crêtes entre les routes de Mouzon à Stenay et de Mouzon à Carignan d'une part, et de l'autre, entre celles de Mouzon à Carignan et de Mouzon à Sedan par Douzy. Dans l'après-midi, on aperçut de ces hauteurs un violent engagement dans la direction de Stenay. Les batteries de réserve campèrent dans la vallée entre la route de Sedan et la Meuse. Dans la soirée, les voitures de réquisition et tous les bagages qui ne sont pas d'une stricte utilité, reçoivent l'ordre de se diriger sur Mézières.

Les batteries de l'artillerie de marine du 12^ corps qui avaient rejoint depuis deux ou trois jours, furent attachées à la réserve du corps, le général commandant la division d'infanterie de marine ayant demandé à garder sous ses ordres les trois batteries du 10*^ régiment (lieutenant-colonel Noury) , qui marchaient avec lui depuis lé camp de Châlons.

COMBAT DE BEAUMONT-MOUZOiS (30 AOUt).

Le 30 août, vers onze heures du matin, l'Empereur et sa maison traversent Mouzon se dirigeant sur Carignan. Vers la même heure, on entend le canon dans la direction de Beaumont. Sur l'ordre du maréchal comman-

dant en chef arrivé à Mouzon (1), la V^ division du 12° corps (général Grancliamp) est détachée pour aller souteuir le 5^ corps qui, depuis trois jours, en présence de l'ennemi, était vivement engagé. Cette division, au lieu d'emmener son artillerie (lieutenant-colonel de Rollepot) campée sur les hauteurs assez loin de Mouzon, emprunte à la réserve d'artillerie du 6^ corps, les 5^, 6® et l"' batteries du lO'^ régiment (lieutenant-colonel Chappe, commandant Guéneau de Mussy). Ces batteries traversèrent la Meuse et ouvrirent le feu contre les colonnes prussiennes qui commençaient à paraître sur le plateau près duquel débouche la route de Beaumont à Mouzon, repoussant vivement le S^ corps. La 5*^ batterie (capitaine Pélissier) envoyée sur la droite de la division, peut-être trop en avant de l'infanterie, ralentit d'abord la marche de l'ennemi ; mais une batterie prussienne vint la prendre d'entilade et eut bientôt tué un grand nombre de chevaux eu brisant plusieurs voitures ; l'ennemi profitant de ce désordre, envahit la batterie, et le capitaine, non soutenu par l'infanterie, se vit, malgré tous ses efforts, obligé de se retirer en abandonnant ses pièces. Ces dernières tirèrent à mitraille jusqu'au dernier moment et durent faire beaucoup de mal à l'ennemi. Les autres batteries, quoique engagées de moins près, eurent aussi beaucoup à souffrir, et sous les ordres du commandant de Mussy, protégèrent eflicacement le passage de la Meuse par le S*-' corps. Nous devons citer, dans ces batteries; le capitaine Boyer (lO"" batterie), tué; le lieutenant Carrelet de Loisy (iO* batterie), qui eut la cuisse fracassée; le lieutenant Manessior

(1) Sur l'orilro du général Lebrun, el non sur celui du maréthal.

Général Lebjrln

(6® batterie), blessé grièvement à la poitrine ; enfin, un grand nombre de sous-officiers et canonniers mis hors de combat.

Pendant ce temps, les batteries divisionnaires et celles non employées des réserves prenaient position sur les hauteurs dont nous avons déjà parlé, en arrière de Mouzon, à droite et à gauche de la route de Carignan.

La 2^ division du 14*' corps (général Lacretelle) était chargée de garder la gauche de la position. Les batteries qui lui étaient attachées (colonel Colcomb et commandant Jannisson) devaient battre le terrain avoisinant la route de Stenay. Elles refoulèrent les partis ennemis qui se montraient sur la rive droite de la Meuse. On adjoignit en outre, à la 2'^ division, deux batteries de 12 empruntées à la réserve du 12° corps (3*= et 4^ du 8" régiment, commandant Perret). L'une de ces batteries descendit à mi-côte pour remplacer une batterie de canons à balles du 6^ corps (10® du 8", capitaine Bornèque) qui tirait inutilement contre une batterie prussienne placée dans un bois sur la rive gauche de la Meuse. La batterie de 12 ne put faire taire le feu de la batterie prussienne. Les 7*^ et 9'= batteries du 10^ régiment attachées à l'infanterie de marine (lieutenantcolonel Noury, commandant de Coatpont) prirent position, l'une derrière le canal parallèle à la Meuse, l'autre un peu en arrière, et contrebattirent avec énergie le feu de l'ennemi. Le capitaine commandant la 7'^ batterie, M. Buisson, fut grièvement blessé au genou par un éclat d'obus.

Nous ne devons pas non plus passer sous silence le rôle joué par la i^^ batterie du 19'^ régiment d'artillerie à cheval (commandant Beaupoil de Saint -Aulaire; capitaine Decreuse) qui repassa sur la rive gauche de la Meuse^ avec

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la cavalerie du 12® corps pour se porter au feu ; elle s'engagea vigoureusement soit contre les tirailleurs, soit contre les batteries de l'ennemi et ne se retira que fort tard sur la rive droite. Elle eut 2 hommes tués et quelques blessés.

Les autres batteries firent un feu assez vif vers le soir pour protéger la retraite du S'' corps et défendre les abords du pont de Mouzon.

RETRAITE DE l'aRMÉE SUR SEDAN

Lorsque le feu eut cessé, le général Labastic se rendit avec le général commandant le 12" corps auprès du maréchal de Mac-Mahon pour prendre ses instructions. 11 reçut l'ordre de réunir immédiatement toutes les batteries de réserve, et de les diriger sur Carignan et de là sur Sedan. Cet ordre, entendu avec surprise par ceux qui croyaient la position de Mouzon tenable, fut porté à celles des batteries qui n'avaient pas encore été rassemblées par M. le général d'Ouvrier et exécuté sur l'heure. Les batteries de réserve s'acheminèrent sur la route de Sedan par Carignan, tandis que les divisions du 12° corps prenaient la route qui passe par Amblimont et Mairy.

Le 31 août, dans la première moitié de la journée, une partie des batteries, principalement celles appartenant aux deux réserves, traversèrent la ville de Sedan et allèrent camper à mi-côte des hauteurs qui s'élèvent à droite de la route de Mézières, entre la ville et le village de Floing.

Les autres batteries furent plus ou moins engagées avec les batteries allemandes qui poursuivaient de leurs projectiles les queues de nos colonnes. Celles attachées aux divisions d'infanterie prirent position, à plusieurs reprises,

ANNEXES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 2o7

pour contrebattre l'ennemi qui, de la rive gauche de la Meuse, coupait à chaque instant nos convois entre Douzy et Bazeilles. Dans un de ces engagements, le commandant Duport reçut une blessure qui nécessita l'amputation du bras.

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