‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 45 sur 48 · LES BAVAROIS A BAZEILLES · texte numérisé non relu

LES BAVAROIS A BAZEILLES

A la suite de leur victoire, les Bavarois se sont conduits avec la plus indigne cruauté : des femmes, des enfants ont été fusillés sur place; le village tout entier a été brûlé à l'aide du pétrole. Deux jours après, on tuait encoro au milieu de ces ruines fumantes. Ces infamies, accomplies, on n'en saurait douter, sur l'ordre des chefs allemands, ont provoqué dans toute l'Europe, une profonde indignation. Le Times, le premier, inséra une lettre du duc de Fitz-James pour signaler ces atrocités au mépris public. Après lui, les journaux belges et les feuilles anglaises publièrent des récits émanant principalement d'officiers étrangers et confirmant les premiers détails.

L'horreur fut si grande que le général Von der Than, la guerre terminée, éprouva le besoin de se justifier ; il adressa aux journaux une longue lettre rectificative, tendant à établir qu'il n'y avait eu à Bazeilles que trente-neuf ipersonnes tuées dont huit brûlées. Le général bavarois invo-

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quait le témoignage du maire de Bazeilles ; mais ce fonctionnaire a protesté énergiquement dans une lettre insérée dans VÉcho de Givet, du 5 août 1871.

Le général bavarois affirmait, en outre, que le feu avait été mis par les projectiles et terminait en déclarant qu'il y , avait là un malheur regrettable, rien de plus. Cette allégation est absolument détruite par la pièce que nous allons publier. Quelques jours après la bataille, des Anglais ouvrirent une souscription pour venir en aide aux habitants. L'autorité prussienne adressa aussitôt au commissaire de police la communication officielle suivante :

<^ Sedan, le :29 septembre 1870.

» J'ai appris qu'àlaCroix-d'Or et dans d'autres hôtels, on fait coller l'affiche ci-jointe pour quêter en faveur des pauvres de Bazeilles.

» Je vois dans ce fait un blâme et une fausse interprétation de la sentence exécutée contre ce viWige. Cela ne peut être toléré, surtout de la part d'étrangers qui se permettent de juger la manière d'agir des troupes allemandes et qui en outre font fabriquer encore aujourd'hui des armes et des munitions contre nous.

» Que ces grippe-sous agissent dans leur pays comme ils l'entendent; je crois que c'est de notre intérêt d'arrêter ces messieurs et de les renvoyer chez eux.

» Signé : Richard Goelch. »

Le général Lebrun, désireux de savoir la vérité sur la conduite des Bavarois à Bazeilles et de connaître notamment s'il était exact que le curé de Bazeilles eût été fusillé

par eux, comme on l'a écrit après la guerre, s'est adressé au maire de la commune pour le prier de lui donner des renseignements sur la foi desquels il pût fixer son opinion. Le maire de Bazeilles lui a répondu par la lettre suivante :

« Mon général,

rt En réponse à votre lettre, je vais essayer de vous donner les renseignements que vous me demandez.

» Bazeilles est un gros village considéré comme bourg dans toutes les géographies. Sa population était avant le 1°'' septembre 1870 de 2,048 habitants. Elle est actuellement de

» Il est faux que le curé ait été fusillé et qu'il ait pris les armes ; il assistait seulement à la remise des fusils aux gardes nationaux.

»I1 va eu 37 maisons incendiées parles obus allemands. Il y en avait 423; 363 ont été incendiées à la main avec du pétrole, des allumettes, des bougies placées sous les lits. J'ai des témoignages de ces faits. Le pétrole et tout ce qui a servi, sauf les fusées, a été pris surplace parles Bavarois. Il n'est resté debout que 23 maisons, y compris les châteaux, le tout dans les écarts; car, dans Bazeilles même, rien n'a été épargné. .l'ai vu moi-même des soldats allemands mettre le feu à des masures, qu'ils avaient sans doute oubliées le 3 septembre.

» Quant à la bataille, je crois que les Bavarois se sont étabUs à Bazeilles le 31 août à dix heures et demie jusque vers midi ; ils avaient passé la Meuse sur un pont de bateaux à Aillicourt et sur le pont du chemin de fer simultanément; ils ont été délogés complètement, vers le soir ; j'ai fait le

tour du village de huit heures et demie à neuf heures et nos troupes occupaient complètement liazeilles et établissaient des barricades, d'autres avec les pompiers essayaient de faire la part du feu dans les maisons que les obus allemands avaient incendiées.

» 11 me répugne de relater ici les horreurs commises par les Bavarois, vous les connaissez sans doute.

» Agrâez, mon général, «etc.

Le bourg de Bazeillesa été réédifié grâce à la souscription nationale du Som des chaumières.

Dans son cimetière reposent quatre mille Bavarois confondus pèle-mèle avec nos meilleurs soldats tués en défendant le village.

Au centre du bourg, un monument funéraire a été élevé par souscription à la mémoire des défenseurs de Bazeilles.

Les quatre faces du piédestal portent des inscriptions. Sur la face principale :

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