‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 44 sur 48 · I.c iiiiiii>lrt' de Ici guerre, (if'néral de Cissey · texte numérisé non relu

I.c iiiiiii>lrt' de Ici guerre, (if'néral de Cissey

Eii post-scriptum, le général de Cissey avait écrit de sa main les lignes ci-après : « Vous voudrez bien supprimer le dernier paragraphe de votre lettre dans le cas où vous croiriez devoir la publier. »

(Ce paragraphe n'a pas été reproduit dans la copie de la lettre qui a été transcrite ci-dessus.)

Après réception de la lettre précédente, le général Lebrun écrivit au ministre de la guerre le 4 juin, pour l'informer que, protitant de l'autorisation qu'il lui en avait donnée, il se proposait de rendre incessamment publique sa lettre de protestation datée du 10 mai. Le ministre hii répondit par la dépêche ci -après :

Versailles, 7 juin 1872.

Mon cher général.

J'ai reçu la nouvelle lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 4 de ce mois, au sujet du passage du procèsverbal du conseil d'enquête sur la capitulation de Sedan que vous désireriez réfuter par la voie de la presse.

Je vous prie, mon cher général, de vouloir bien ajourner, quant à pir sent, d'uni' manière absolue, toute publication de ce genre. Les inconvénients de ces sortes de débats, au milieu des diflicultés présentes, s'accusent de plus eu plus, et je viens de me trouver, à mon grand regret, dans la nécessité d'iniliger une punition à M. le général Uhrich pour ne pas s'être renfermé dans les limites que je lui avais prescrites. Je compte sur votre excellent esprit pour apprécier exactement cet état di' choses et savoir attendre de

circonstances plus favorables la satisfaction que vous souhaitez.

Recevez, mon cher général, l'assurance de ma haute considération .

Le ministre de la guerre, Général de Cissey.

A la date du 21 juin, le général Lebrun écrivit encore au ministre de la guerre la lettre ci-après :

Monsieur le Ministre,

Dans l'entretien que j'ai eu avec vous, le 3 de ce mois, vous avez bien voulu me donner l'assurance que, dès le lendemain, il me serait donné acte de la protestation que j'ai eu l'honneur de vous faire parvenir le 10 mai dernier pour déclarer entachée d'inexactitude, demandant à en faire la preuve, une assertion contenue dans le rapport du conseil d'enquête sur la capitulation de Sedan, assertion qui m'était personnelle et qui portait atteinte à ma considération et à mon honneur militaire. Je crains bien que la multiplicité des travaux qui absorbent votre temps et occupent votre esprit, vous ait fait perdre de vue la promesse dont j'attends l'etfet. Je vous la rappelle, Monsieur le Ministre, dans la confiance où je suis que vous excuserez mon indiscrétion, en raison des motifs impérieux et si légitimes qui ne me permettent pas de me condamner à un silence indéfini et à subir dans un sentiment de résignation qui deviendrait coupable la situation morale que m'ont faite un conseil d'enquête qui m'a mis en cause et ne m'a point entendu et une publicité regrettable donnée aux actes de

ce conseil, actes que l'opinion publique mal informée n'a pas manqué de considérer comme des jugements.

Je vous ai fait connaîliv, Monsieur le Ministre, que, prenant mes dernières inspirations dans les observations très justes exprimées dans vos lettres des 2 et 10 juin courant, j'ai renoncé à toute idée d'entamer publiquement, pour le moment et |)Our une cause qui m'est toute personnelle, toute discussion qui pourrait être de nature à porter préjudice aux intérêts de l'armée et à |ceux du pays. Il me suffira d'être autorisé à faire connaître par les voies de la publicité que vous avez reçu ma protestation. Je saurai alors attendre patiemment des circonstances plus favorables qui me permettront d'établir, avec évidence, la vérité sur le fait qui est l'objet de mes instances auprès de vous.

Agréez, etc.

Le ministre de la guerre répondit dans les termes suivants :

Versailles, le 2i juin \Sl-2.

J'ai re(;u la nouvelle lettre que vous m'avez écrite pour me présenter vos observations sur le rôle qui vous a été attribué dans la néfaste journée de Sedan par la commission d'enquête sur la capitulation.

Je n'ai, vous le comprenez, ni à discuter ni même à rontrùler l'avis de cette haute commission. Je ne puis non plus vous autoriser à critiquer publiquement son verdict ; ce serait ouvrir la porte à une foule d'abus, et ce serait de plus contraire à tous les princi{)es de la hiérarchie et de la discipline.

Votre travail. i|iii du reste a t'-lé eoniuiuMi(|uê i\ la eonunis-

sion, sera classé avec tous les autres documents relatifs à la capitulation de Sedan et pourra être utilement consulté par ceux qui se chargeront plus tard d'écrire une histoire complète et impartiale des faits de cette triste guerre.

Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Le ministre de la guerre, G-'i de CissEY.

En post-scriptum, le ministre avait écrit de sa main : Je vous autorise à faire savoir que vous m'avez adressé

une protestation, mais aucune lettre de moi ni de vous ne

doit être publiée.

Signé : G^^ de Cissey.

Ce post-scriptum n'était autre chose qu'un aveu du ministre confessant, dans la loyauté de son caractère, que le général Lebrun ne pouvait se payer uniquement de la justice tardive qui pourrait lui être rendue par un écrivain impartial qui écrirait plus tard la Guerre de 1870 (1).

(1) Le général Lebrun a attendu jusqu'en 1884. 11 a pensé qu'à l'occasion de son récit de la bataille de Sedan, il pouvait sans inconvénient publier la correspondance qu'il a échangée avec le ministre de la guerre en 1872. Le ministre actuel, le général Campenon, Uu a (té- 'c!aré verbalement qu'il partageait la même opinion,

LETTRES ÉCHANGÉES SUR LE MÊME SUJET ENTRE LE GÉNÉRAL LERRUN ET LE GÉNÉRAL DUCROT

29 juin 1872.

Mon cher Ducrot,

Je viens faire appel à vos sentiments de loyauté et de vieille et bonne camaraderie pour vous prier de me donner l'explication d'un fait qu'il m'importe d'éclaircir, parce qu'il intéresse la vérité et en même temps mon honneur militaire. Vous allez le comprendre, et vous répondrez à mon attente, je n'en doute pas, j'en suis même persuadé à l'avance.

Le conseil d'enquête sur la capitulation de Sedan a dit, dans son rapport, que le l^"" septembre 1870, de date exécrable, le général de Wimpffen m'avait rencontré suivi d'un drapeau parlementaire allant demander un armistice. Cette assertion du conseil a ainsi consacré comme un fait vrai ce qui en réalité n'était qu'une grave erreur.

Or, je viens de relire votre lettre écrite l'an dernier et quelle n'a pas été ma surprise quand mes yeux y ont rencontré la même phrase qui m'avait échappé, je vous jure, à la première lecture que j'en fis l'an passé. N'est-ce point

dès lors dans votre lettre que le conseil d'enquête a pris texte de l'imputation grave qu'il a mise à ma charge? Car le général de Wimpffen n'a point écrit absolument comme vous; il s'est contenté de dire qu'il m'avait rencontré suivi d'un drapeau parlementaire.

Lorsque après m'avoir envoyé votre lettre, vous êtes venu chez moi et m'avez demandé si j'y avais trouvé la vérité, je ne vous cachai point que j'y avais relevé quelques erreurs, mais que ces erreurs me paraissaient peu importantes ; j'étais convaincu en somme que vous aviez écrit avec toute sincérité. Hélas ! si j'avais connu alors le passage que je vous ai indiqué ci-dessus, je vous eusse éclairé, renseigné, et assurément vous ne m'auriez pas refusé une rectification que rien absolument ne vous obligeait à ne pas me concéder.

L'erreur que je vous signale, mon cher Ducrot, provient, je n'en doute pas, de ce que vos souvenirs se sont appuyés, lorsque vous avez écrit, sur ce qui a pu se dire autour de vous au quartier impérial de Sedan, lorscjuc je venais d'y avoir un entretien en tête-à-tête avec l'Empereur, entretien (jui avait duré quelques minutes et à la suite duquel les ofticiers de la maison de l'Empereur m'avaient vu monter à cheval et portant un pli à la main. Ces ofticiers savaient que, depuis plus d'une heure, l'Empereur désirait un armistice et c'était pour l'obtenir qu'il avait fait hisser un drapeau blanc sur la citadelle. L'un d'eux, de sa propre initiative, se mit à fixer un mouchoir blanc au fer de lance de mon porte-fanion et, lorsque je m'en apeivus, je fis donner l'ordre à celui-ci de ne me suivre qu'à grande distame. J'eusse mieux fait sans doute de faire enlever ce signal (|ui nélait poinl nécessaire en cet inslant même, et (|ui ne

AiNNEXES ET ECLAIRCISSEMENTS

pouvait le devenir que lorsque j'aurais pu voir le général de Wimpffen ; mais j'avais dans l'esprit des préoccupations trop sérieuses pour m'occuper d'un détail de ce genre, et pour que j'y attachasse l'importance qu'on lui a attribuée depuis lors.

Ma conviction donc, je vous le repète, c'est ([ue l'erreur que vous avez commise peut s'expliquer par ce que vous avez ouï dire, et qu'elle n'est point du tout le résultat d'une conviction, faite en vous par ce que vous auriez vu et entendu vous-même, précisant bien la mission réelle que j'allais remplir, au moment oi^ule 1"' septembre, j'ai quitté le quartier impérial de Sedan, après y avoir passé un instant, douze à quinze minutes peut-être.

Le 30 mai dernier j'ai adressé au minisire une lettre de protestation contre l'assertion erronée du conseil d'enquête, et j'ai demandé instamment que l'on me donnât les moyens réguliers de rétabli r la vérité par des témoignages irrécusables.

Cette vérité, la voici; je dois vous la dire :

Lorsque j'ai vu l'Empereur dans son cabinet, il était deux heures trois quarts ou plutôt même trois heures. Déjà, sans doute, vous l'aviez vu précédemment, et je dois croire aussi que déjà vous aviez été conduit à lui représenter qu'il ne vous appartenait pas de demander, en votre nom, l'armistice qu'il désirait obtenir (I). Vous lui aviez

Il Après la guerre, l'Eiii|iereur INapoléon III a écrit dans un document livré à la publicité qu'il avait fuit arborer le drapeau blanc sur la citadelle de Sedan, après avoir vu les conimandanls de corps d'arnico iJucrot, Douai et Lebrun, qui lui avaient déclaré que toute prolongation de lutte avec l'ennemi était devenue impossible. L'Empereur avait vu, en edet, les généraux Ducrot et Douai avant de faire hisser le drapeau blanc, mais il n'avait pas encore vu !(! génér.d Lebrun. Ce-

dit qu'au général en chef seul et tout au plus à son chef d'état-major général, par délégation, appartenait le droit de demander un armistice. J'en trouve la preuve ou l'indice dans ce fait que, lorsque l'Empereur m'invita, comme il me paraît qu'il vous y avait invité vous-même, à rédiger une demande d'armistice, il ne manqua pas de me dire que cette demande ne pouvait être faite en son nom, mais seulement au nom du général en chef. Ce à quoi je répondis que cela ne faisait aucun doute. J'écrivis la demande au nom du général en chef; le général Gresley y était désigné par ses noms et qualité, comme devant être chargé des pleins pouvoirs du général en chef et devant la porter à destination comme parlementaire.

Mais avant qu'il pût y avoir exécution, il fallait que je visse le général de "SYimpfîen, que le général de WiniplTen consentît à mettre sa signature au bas de la demande que je devais lui porter toute rédigée, afin d'éviter toute perte de temps ; il fallait, enfin, qu'accédant aux désirs de l'Empereur, il acceptât le général Gresley comme parlementaire. L'exécution, en un mot, demeurait subordonnée à ce que le général de Wimplfen déciderait après m'avoir vu . Ma mission se bornait à ce que j'indique ici, c'est-à-dire à aller soumettre à la signature du général de Wimpflen une demande d'armistice rédigée en son nom, et si le général donnait sa signature, c'était à lui qu'il appartiendrait de donner ses instructions au général Gresley, qui n'en devait recevoir aucune de moi-même.

lui-ci n'est enlrô dans le cabinet de rEmporenr que lorsque le drapeau dont il s'agit était arboré depuis plus d'une heure. Le général Lebrun a inlornié ï^a Majesté de lu petite erreur qu'elle avait commise.

\Nole de l'itiiU'tir.]

Vous le voyez, mon cher Ducrot, il y a loin de là au rôle personnel qui m'a été indûment attribué et qui peut se résumer en deux mots : c'est que j'aurais, de ma propre autorité, par condescendance pour une volonté supérieure à celle du général en chef, déposé celui-ci pour aller demander un armistice dans le camp ennemi. Oh ! cela, l'Empereur n'a pas songé à l'exiger de moi !

Ce n'est pas aujourd'hui pour moi le moment d'en appeler à la publicité pour me relever de l'imputation grave que le conseil d'enquête a fait peser sur moi, dans le cas où le ministre ne me donnerait pas les moyens de satisfaction que j'attends de lui, après qu'il aura entendu les témoignages que j'ai demandé à produire devant lui. J'attendrai de circonstances plus favorables l'instant où, sans risques de préjudice aux intérêts de l'armée et de notre malheureux pays, je pourrai rétablir la vérité, dans toute son évidence, à propos de l'incident de la bataille de Sedan sur lequel l'opinion a été induite en erreur. Mais en attendant, mon cher Ducrot, je compte assez sur votre loyauté et sur la rectitude de vos intentions, pour me persuader que, rappelant vos souvenirs, vous me direz fraachemerit les circonstances qui vous ont induit eu erreur, et vous ont, contrairement à votre volonté, fait l'instrument dont le conseil d'enquête s'est servi pour me frapper injustement sans m'avoir même invité à m'expliquer.

Recevez, etc.

Général Lebrun.

A la lettre qui précède, le général Ducrot répondit que ce qu'il avait écrit dans son livre était ce qu'il regardait comme vrai, au moment où ce livre était sorti de sa plume.

Le général Lebrun insista près de lui en lui adressant la lettre ci-après :

^3 juin 1872.

Vous m'avez répondu bien vite, mon cher Ducrot. Pourquoi me vois-je dans l'impossibilité de vous dire que vous m'avez donné la satisfaction que j'attendais de vous?

Vous me dites aujourd'hui que ce que vous pensiez est ce que vous regardiez comme vrai au moment où vous avez écrit votre livre. Vous me dites, sans hésitation : Je ne vois rien qui ne soit d'une parfaite exactitude. Puis, vous citez les lio-nes de votre livre relatives à l'incident qui m'intéresse.

« Pendant que le colonel Rabut vous parlait, rappelez-

i> vous, le général Lebrun sortit de chez l'Empereur et fit » connaître qu'il se rendait chez Vennemi en parlementaire. » D'où il résulterait, mon cher Ducrot, ce qu'il m'est impossible de reconnaître, que je vous aurais dit (ou que j'aurais dit devant vous) que j'allais rcmphr une mission tout autre que celle dont je m'étais chargé en (juittant lEmpereur.

Est-ce supposable, je vous le demande? N'est-il pas. au

contraire, plus logiquement admissil)le que vous ne m'avez pas bien compris, ou que je me serai mal fait comprendre, dans les quelques paroles ([ue j'ai pu vous adresser à l'instant où vous m'avez vu quittant le quartier impérial? Je vous l'ai dit, je vous le répète ici : j'avais en cet instant une lettre à la main. (J'ai remis cette lettre au général de Wimptt'en.) Cette lettre était une demande d'armistice écrite au nom du général de AVinqMl'en. J'étais chargé de la portera celui-ci, qui, s'il reconnaissait la nécessité d'une demande d'armistice, devait la signer et la faire parvenir à destination par le général Gresley, si. dailKnns, le gêné-

rai approuvait la désignation du général Gresley comme officier parlementaire. Voilà le t'ait vrai, bien ditïerent, vous en conviendrez, de celui qui est aflirmé par votre livre et qui a été contirmé par le conseil -d'enquête, sans que ce conseil m'ait interrogé à ce sujet et contrairement aux témoignages que j'ai invoqués près du ministre de la guerre, entre autres ceux du général Gresley et du commandant de Léglise, qui sont très explicites et confirment mes déclarations.

Vous êtes d'accord avec le colonel Rabut, me dites-vous; mais, mon Dieu! j'ai pu relever d'autres erreurs que celle dont je m'occupe ici dans ce que le colonel Rabut et le commandant Corbin ont écrit, et je suis sûr que l'un et l'autre ont écrit ce qu'ils ont pensé être la vérité.

Ce que vous avez cru de ma mission, dites-vous encore, vous a paru naturel et vous donnez les motifs de cette appréciation. Non, mon cher ami, cela ne peut faire que ce qui vous a paru naturel fût aussi le vrai. Vous le savez bien, il y a longtemps qu'il est admis que le vrai quelquefois peut n'être pas vraisemblable ; il serait plus exact de dire que le vraisemblable ou ce qui paraît naturel peut n'être pas le vrai.

De ceci, ne puis-je conclure que des apparences, des indices ont pu vous induire en erreur, et qu'en fait, au lieu de dire que j'allais trouver le général de WimprCcn pour lui porter une demande d'armistice désirée par l'Empereur (demande qui devait recevoir sa signature s'il l'approuvait, et être portée ensuite par le général Gresley à l'état-major prussien), vous avez, par confusion ou induction facile à expliquer, écrit ([ue j'allais personnellement demander l'ar-

290 ANNEXES ET ÉCLAiUClSSEMENTS

mistice, avec ce sous-entendu que j'avais ainsi passé pardessus le général en chef?...

La nuance essentielle que je tenais à vous faire apprécier, vous n'y attachez pas d'importance, me paraîtrait-il, si j'en jujjfc par les observations qui terminent votre lettre.

Laissez-moi vous dire, mon cher Ducrot, que vous eu jugeriez sans doute très différemment si, un seul instant, vous supposiez que vous êtes dans la situation ([ue m'a faite injustement le conseil d'enquête. De moi, qu'on dise tout le mal possible, j'y consentirais volontiers, pourvu qu'on ne m'accuse pas d'avoir manqué à mes devoirs militaires et par là manqué à l'honneur.

Ce que vous m'écrivez me confirme de plus en plus dans cette ^opinion, qu'il n'est pas possible que je renonce à faire la lumière sur l'incident militaire dont il s'agit. J'espérais que, mieux éclairé par mes renseignements, vous m'y auriez aidé; il n'en a rien été. Vous n'avez pas voulu supposer que vous aviez pu être induit en erreur sur la mission vraie que j'ai remplie le 1" septembre 1870, quand je venais de voir l'Empereur, après que vous l'aviez vu vous-même. Je n'en resterai pas moins votre tout affectionné, très convaincu que je suis qu'un peu plus tard vous vous rendrez à l'évidence.

Recevez, etc.

Général Lebrun.

A la lettre qu'on vient de lire, le général Ducrot répondit dans les termes ci-après :

Versailles, 24 juin 1872.

Mon cher ami, j'ai une confiance trop absolue dans votre parfaita loyauté, pour ne pas être absolument convaincu de

la scrupuleuse exactitude des renseignements contenus dans vos deux dernières lettres. — Mais, je vous le répète, lorsque j'ai écrit le récit de cette funeste journée du i^" septembre pour me défendre contre les odieuses accusations formulées contre moi par ce misérable de Wimpffen, je croyais et j'étais fondé à le croire, qu'au moment oii je vous ai rencontré sortant de chez l'Empereur, vous vous rendiez chez l'ennemi en parlementaire. — Je dis que j'étais fondé à le croire, parce que vous étiez suivi d'un cavalier porteur d'un drapeau parlementaire et que des quelques mots échangés entre nous j'ai conclu que vous alliez remphr la mission que l'Empereur avait voulu confier au général Faure quelques instants auparavant. Il y a eu erreur de ma part^ j'en conviens volontiers ; mais cette erreur a été partagée par l'état-major qui m'entourait, par des centaines; que dis-jc, par des centaines..., par des milliers de personnes qui vous ont vu passer et qui, de tous côtés, ont entendu répéter sur votre passage : « Le général Lebrun va en parlementaire pour faire cesser le feu. »

Que voulez-vous que je fasse? Que je modifie ma phrase de la manière suivante : « Le général Lebrun sortit de chez l'Empereur et fit connaître qu'il se rendait vers le général en chef pour l'inviter, de la part de Sa Majesté, à faire cesser le feu et à provoquer une demande d'armistice. »

Je suis tout disposé à le faire, si cela peut vous donner satisfaction ; mais je ne pense pas que cela modifie beaucoup, aux yeux du public, le rôle parfaitement honorable, d'ailleurs, que vous avez joué dans cette affaire.

Vous parlez d'erreurs commises par le conseil d'enquête; parbleu!., il n'en manque pas, je Je sais mieux que personne.

202 ANNEXES ET ÉCLAinClSSEMENTS

(Les paragraphes qui suivent dans la lettre du général Ducrot, n'ayant aueun rapport avec l'objet de cette lettre, il parait inutile de les reproduire.)

Je vous serre cordialement la main, mon cher Lebrun, et vous envoie mes meilleures amitiés.

Votre bien affectionné.

Général Ducrot.

Enfin le général Lebrun, voulant absolument faire la lumière sur l'incident traité dans les lettres reproduites ci-dessus, réclama près des ofliciers qui avaient été près de lui pendant la bataille de Sedan le témoignage de leurs souvenirs relatifs à cet incident.

Voici ce que ces officiers lui ont déclaré :

Déclaration du général Gresley, chef d'état-major général du ti^ corps d'armée.

Au moment où, après votre sortie du cabinet de l'Empereur, nous allions remonter à cheval , votre premier mot a été : Allons tout de suite chercher le général de Wimpffen. Vous aviez une lettre à la main, vous ne me l'avez pas donnée, et j'ai su de vous que probablement j'allais être envoyé en parlementaire pour demander un armistice. Vous ne m'avez donné aucune instruction. Si vous m'aviez dit : Vous devez porter directement la demande d'armistice (jue vous teniez à la main, à l'élat-major prussien, je vous aurais fait remarquer que, prenant, comme nous l'avons fait pour sortir de Sedan, la porte de lialan, nous prenions la direction opposée, car je savais (jue l'élat-major prussien était à l'opposé, et que nous aurions dû ou (|uo j'aurais dû prendre

pour sortir de la place la porte de 3Iézières. Nous avons trouvé le général de Wimpfîen assez vite, comme nous venions de sortir de Sedan. Il n'y a pas eu de discussion entre lui et vous. Vous ne lui avez dit que quelques mots en lui remettant le pli que vous aviez à la main. Le général de Wimpffen s'est dirigé vers Sedan, et nous sonnnes demeurés dans Balan y faisant prolonger la lutte.

Déclaration du capitaine Tugnot de Lanoije, attaché à l' état-major du 12^ corps d'armée.

Paris, 14 mai 1872.

Mon général,

Vous m'avez demandé de rappeler mes souvenirs sur ce que j'ai vu de la journée de Sedan. Je puis vous garantir l'exactitude des faits que je rapporterai, ainsi que celle de leur succession . Il n'en est malheureusement pas de même pour les heures auxquelles ils se sont passés, je ne pourrai ici que parler approximativement.

C'est au point du jour, vers quatre heures et demie, que les premiers coups de fusil furent entendus.

(Les paragraphes qui suivent racontent les divers incidents de la bataille, il paraît inutile de les reproduire.)

A deux heures et demie, je vous rencontrai dans Sedauj revenant de chez l'Empereur en compagnie du général Gresley et de votre porte-fanion qui marchait assez loin derrière vous, tenant une lance à laquelle était attaché un

;20i ANNEXES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

drap blanc ; lo général Grcslcy mo dit que la lettre qu'il tenait était une demande d'armistice (1).

Le général Gresley me dit qu'il était chargé de la désagréable mission d'aller la présenter au général ennemi.

Déclaration de M. le capilaine Croissandeaii, aide de camp du général Lebrun pendant la bataille de Sedan.

Mon général,

Vous m'avez demandé d'interroger mes souvenirs, et de vous en adresser le résumé. (Puis suit son récit dans lequel il raconte que le drapeau blanc a été arboré sur la citadelle do Sedan, trois quarts d'heure avant que le général Lebrun fut entré dans Sedan, puis, il ajoute : )

« Combien est misérable le mensongedu sieur de Wimpfîen alléguant que vous étiez désespéré de le rencontrer, quand au contraire vous alliez à sa rencontre soumettre à sa signature une lettre demandant la cessation des hostilités ou l'armistice, mais non la capitulation. »

|1) Le signataire de la lettre commet une ciTeur, quanti il dit que le général Gresley tenait à la main la demande d'armistice; c'était le général Lebrun qui la tenait à la main, et qui la remit au général de WimpfTen.

Déclaration du capitaine Martin, attaché au général Lebrun pendant la bataille de Sedan.

Mon général,

Quand vous êtes entré dans Sedan, il devait être deux heures ou deux heures et demie. Je vous accompagnais et avec nous était le général Gresley ; je crois bien que vos autres officiers ont été séparés de vous, quand vous avez fait lever le pont-levis de la porte de Sedan, pour empêcher les fuyards d'y entrer.

Pendant le peu de temps que vous avez (''té à la souspréfecture, je suis entré dans une maison pour y prendre un morceau de pain et boire, parce que je n'avais encore rien pris de la journée.

Pendant que j'étais là, j'ai appris qu'il y avait trois quarts d'heure qu'on avait planté un drapeau blanc sur la citadelle. Quand nous sommes sortis de Sedan, je vous ai perdu de vue, et ne vous ai retrouvé que vers cinq heures, quand on se battait encore là où vous étiez. C'est par ces messieurs de l'état-major que j'ai appris qu'après avoir vu l'Empereur, vous aviez été charge' de porter au général de WimpfTen une demande d'armistice qu'il devait envoyer lui-même, et que c'était le général Gresley que le général de WimpfTen devait envoyer en parlementaire. Je ne vous avais pas encore retrouvé, quand tout à fait à la fin vous avez eu votre second cheval tué . Ces messieurs m'ont raconté le soir que, quand le général de Wimpffen vous avait demandé si on ne pouvait pas encore faire quel({ue chose avec ce qu'il y avait de monde là où vous étiez, vous vous

296 ANNEXES ET ÉCLAIRniSSEMENTS

êtes porté on avant, et il m'a été dit qu(^ vous aviez juré que le général de Wimpffen ne serait plus lâché par vous, que vous le conduiriez aus'^i loin qu'il faudrait pour en avoir plus qu'il ne voudrait. Ils m'ont raconté qu'il s'était arrêté, et qu'il avait déclaré ([ue, puisqu'il n'y avait plus rien à faire, il fallait sonner la retraite, et faire rentrer tout le monde dans Sedan.

Je sais bien que le général de Wimptîen a raconté bien des choses à sa façon, hélas!...

Je suis avec respect, etc., etc.

Sigjié: E. Martin.

Bourbonne-les-Bains, le 17 mai 187:2.

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