GÉNIE DU CORPS D* ARMÉE
1 compagnie du 2® régiment.
5 compagnies du 3® régiment.
Le 12° corps d'armée, constitué comme il est indiqué dans le tableau ci-dessus présentait un effectif dépassant 41,000 hommes.
Le 19 août, j'adressai aux généraux du 12* corps l'instruction que je reproduis ci-après :
« Le général commandant le 12° corps d'armée,
(1) Dans ces réserves sont comprises la réserve d'artillerie du iï« corps et les batteries de réserve du c corps reslOes uu camp de Chàlons.
appelle l'attention de tous les officiers sur les observations suivantes :
» Dans les divers combats qui se sont succédé depuis l'ouverture de la campagne, on a vu inva- Tiablement l'ennemi nous attaquer, non point au lever du jour, alors qu'il savait que, dans l'armée française, devaient se faire les reconnaissances journalières, mais bien après l'heure de la soupe du matin ou dans l'après-midi. Il en est résulté que nous nous sommes vus attaqués en dehors de nos prévisions ; nous avons été surpris. Pour ne pas nous exposer de nouveau à un pareil mécompte, il convient que les reconnaissances de notre cavalerie, dont un des rôles importants est de nous éclairer au loin, ne se bornent pas uniquement à exécuter chaque jour les reconnaissances qu'elle a réglementairement l'habitude de faire aux premières heures de la journée; il faut qu'elle les renouvelle, sans interruption, pendant toute la durée de la journée. Il faut, en outre, que, dans toute reconnaissance, quelques cavaliers , bien montés et commandés par des officiers intelligents et entreprenants, poussent aussi loin que possible, alors que le gros de la troupe chargée de l'opération, s'arrête à la limite du terrain que cette troupe a reçu l'ordre d'explorer. Si la cavalerie opère de cette façon, le commandement pourra toujours savoir par elle, si l'on
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se trouve à plus ou moins d'une journée de marche de l'ennemi.
» L'infanterie prussienne recherche tout particulièrement les bois, quand elle s'avance sur nous pour attaquer. Avec des tirailleurs clairsemés d'abord, puis devenant de plus en plus serrés, elle se présente à la lisière des bois, ayant gênéralementpeu de monde en arrière de ces tirailleurs. Si nous nous portons alors vers ceux-ci, qu'on ne voit guère, si nous marchons sur eux -avec des lignes déployées, non précédées de tirailleurs, nous nous exposons à perdre beaucoup de monde, parce que ces lignes sont le plus souvent forcées de marcher à découvert. Pendant que nous procédons ainsi, les réserves de l'ennemi gagnant du terrain sur nos ailes, elles tournent le bois que nous attaquons, et, tout à coup, nous nous voyons débordés et contraints de recourir à de nouvelles dispositions pour répondre à des attaques sérieuses qui se dessinent sur nos flancs. Il faut que, dans nos prochaines rencontres avec l'ennemi, nous nous tenions sans cesse en garde contre cette tactique de l'infanterie prussienne, que je signale
» Il est particulièrement recommandé aux généraux de tenir les troupes qui ne sont pas directement engagées à l'abri des coups de l'ennemi, en utilisant pour cela les accidents du terrain qui sont à leur proximité. A défaut de plis de
terrain pouvant les dissimuler, ils feront bien de faire coucher ces troupes pendant les instants où elles devront demeurer inactives.
» L'artillerie prussienne tire avec une grande précision, alors même que la distance qu'il y a entre elle et nous est très grande. Mais, pour obtenir cette précision, elle a besoin de connaître exactement cette distance. Elle l'obtient au moyen de quelques coups d'essai. Quand donc nos officiers commandants verront que la précision du tir ennemi sera près d'atteindre sa limite de grande justesse, ils ne devront pas hésiter à faire exécuter à leur troupe un mouvement, soit en avant, soit en arrière, suivant la configuration du terrain, afin de lui éviter des coups dangereux. Ils obligeront ainsi l'artillerie ennemie à modifier le pointage de ses pièces, ce qui lui demandera un certain temps.
» Un très grand danger pour notre infanterie, c'est la tendance qu'elle a à gaspiller ses munitions. Dans nos derniers combats, on a vu nos soldats n'avoir déjà plus une seule cartouche dans la giberne, alors qu'il y avait à peine une demiheure qu'ils avaient commencé leurs feux. Or, tout le monde sait que lorsque le soldat n'a plus de cartouches, il attend avec impatience qu'on renouvelle ses provisions ; il obéit alors trop souvent à une force instinctive qui le dispose à s'éloigner du lieu où le combat est engagé. Il
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faut que les officiers les prémunissent contre ce danger, en les obligeant à ménager leurs munitions.
» Les Prussiens reprochent, avec raison, à notre infanterie, de tirer beaucoup trop bas, à des distances trop grandes, et aussi de ne pas ajuster. Il est nécessaire qu'à tous les degrés de la hiérarchie, nos officiers s'étudient à garantir leurs soldats d'une pareille faute. Pour cela, ils est indispensable qu'ils leur répètent sans cesse que, de l'aveu même de nos adversaires, leur force serait irrésistible, grâce à la supériorité de notre fusil, s'ils savaient toujours conserver leur sangfroid, contenir leur impatience, tirer sans se presser et bien ajuster.
» L'emploi des batteries de canons à balle ou mitrailleuses, a donné lieu à des observations qui doivent attirer l'attention des officiers d'artillerie commandant les batteries armées avec ces canons. On a remarqué qu'aux petites distances de 800 à 1,000 mètres, la mitrailleuse ne produit point d'effet utile. A ces distances, en effet, ses projectiles ne s'éparpillent pas en nappe sur le front de la troupe que l'on veut frapper. Ils tombent en masse sur un seul point. C'est aux distances plus grandes, de 1,800 jusqu'à 2,200 mètres, que ce canon donne ses coups efficaces.
» Dans les feux de l'infanterie, ceux que l'on fait exécuter à commandement produisent plus
d'effet que les feux à volonté, rexpérience semble l'avoir démontré. Ils présentent un autre avantage, c'est qu'ils obligent le soldat à mieux ménager ses cartouches.
» Messieurs les généraux doivent surveiller avec grand soin le placement des grand'gardes, celui des petits postes avancés et celui des sentinelles. Il est nécessaire que ces sentinelles soient toujours renforcées pendant la nuit. Enfin, les généraux tiendront la main à ce que, pendant la nuit, tout au moins, quand cela ne leur paraîtra être indispensable pendant le jour, les sentinelles des petits postes avancés soient doublées, deux sentinelles étant accolées l'une à l'autre sur le même point. »