‹ Guerre de 1870: Campagne de la MoselleChapitre 11 sur 29 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Rctoar du général Boyer. — PFéliminaires de la capitulation. — Le général Changarnier au quartier-général prussien. — Derniers conseils de guerre. — Conférences de Frescaty. — Irritation de Tannée et de la population. — La capitulation. — Troubles dans Metz. — Consummatum est...

Le 17 octobre, enfin, revint le général Bôyer sur le retour duquel on rie paraissait plus compter, car le matin même on avait fait passer une revue des cartouches et des vivres de réserve des hommes.

Quel avait été le résultat de l'entrevue de l'envoyé de Bazaine avec Bismark et de Moltke, la tête et le bras de la Prusse? Nous ne le savons que par ouï-dire et devons nous en rapporter au récit de Ylndépendance du 4 novembre, le plus vivant et le plus vi-aisemblable de tous ceux que nous avons lus.

Remontons aux premiers jours d'octobre, alore que l'idée de capitulation n'existait encore qu'à l'état de rumeur sourde.

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« Toutes les intrigues qui précédèrent cette journée, à jamais ténébreuse pour notre histoire, et qui pèsera si lourdement sur nos destinées, avaient été, d'ailleurs, révélées dans certaines communications faites verbalement aux officiers par les généraux de brigade, qui avaient reçu la triste mission de tâter, de préparer Farmée.

« Un jour, dans chaque brigade, il y eut réunion des .corps d'officiers, et voici à peu près en quels termes les généraux mirent Farmée au courant des négociations ourdies par un maréchal qui n'avait pas cru mieux utiliser 1S0,000 hommes vaillants qu'en les séquestrant sous les murs d'une ville en état de se défendre seule.

« Le maréchal autorisait les généraux de division à porter à la connaissance de l'armée les faits — importants — qui s'étaient accomplis depuis trois semaines.

« Les approvisionnements ayant, par une gradation des plus rapides, décru à Metz, au point que Farmée et la ville allaient être affamées, le généralissime avait jugé utilôy nécessaire, d'ouvrir des pourparlers avec les Prussiens.

« Il avait choisi pour fondé de pouvoir et ambassadeur extraordinaire le général Boyer, son aide de

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camp, récemment encore vieux colonel d*état-major ; celui-ci s'était rendu à Versailles, au quartier royal généi*al du souverain de la Prusse.

« Un empressement extrême de la part de Tenue mi avait signalé ce voyage, et il avait été facile d*en tirer une conséquence toute dans Tintérèt des Français, puisqu'il établissait surabondamment le besoin partagé par les Prussiens d'arriver à des arrangements pacifiques et à la fin des hostilités. Pour faciliter, par exemple, au général Boyer Faccomplissement de sa mission, le gouvernement prussien, maître en France, avait été jusqu'à supprimer, interrompre au moins les trains réguliers du chemin de fer, en vue d'accélérer le voyage de l'envoyé du maréchal jusqu'à Château- Thierry. Le long du parcours de Metz à cette ville, on avait, il est vrai, avec quelque complaisance, étalé le fantasmagorique tableau des forces prussiennes, échelonnées par groupes et avec art sur tous les points, et grossies peut-être à la façon dentelaient représentés, aux yeux de l'impératrice Catherine, les villages de carton et les hommes de pâté qui peuplaient les steppes russes.

« A partir de Château-Thierry, une voiture aux armes et à la livrée de Sa Majesté Guillaume, et qui attendait l'important personnage porteur de la paix ou

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de la guerre, l'avait transporté à Vereailles àyec une rapidité vertigineuse, qui impliquait encore un certain désir de rapprocher Theure des apaisements.

« A Versailles, au débotté, Boyer est mis en rapport avec M. de Bismark qui fait à notre envoyé un tableau eifrovable de la situation.

(( Paris est livré à l'anarchie, et se dispute, les armes à là main, un pouvoir que Rocheforl veut usurper et que Trochu défend mal; la France n'est pas plus prospère : certaines villes, livrées aux désordres du socialisme , sont venues implorer des garnisaires prussiens; les élections n'ont pu avoir lieu, les émissaires-préfets du soi-disant gouvernement provisoire ayant rapporté à celle-ci que leç populations sont loin d'être dans les vues nouvelles, que ce sera un échec pour la république, et que môme on n'ira pas voter. Jamais panorama plus sombre ne fut déroulé.

R Le général Boyer est sans doute une âme limpide et accessible aux reflets : toujours est-il qu'il tt^aduisit par le menu H avec une fidélité des plus candides la version qu'on lui donnait»

« Pmdant qu'on glAçait ainôi notre envoyé, le Roi était informé de sa vigile, et à peiee le pramicr froid avait-il été jeté pav le miniâire pinossion,

que le général Boyer était reçu en audience royale.

« Que dis-je, en audience? La salle où il fut reçu était pleine; il y avait là grand conseil de guerre l Le Roi présidait ce conseil, ayant le prince royal à sa droite ; tout autour, les connétables de l'empire germanique, le général de Moltke en tête.

« — Parlez, général.

« Timidement, celui-ci, interrogé, expose que Tarmée est bien malade...

« M. de Moltke coupe court à la discussion , et prend la parole pour décider, avec une netteté d'acier, à la prassienne, que l'affaire est militaire et qu'on ne peut guère lanterner : l'armée de Metz procurera à la Prusse une seconde édition de Sedan ; elle se rendra purement et simplement prisonnière de guerre.

« M. de Bismark a vu tout de suite que Boyer n'a pas la capitulation gaie, et que l'intervention de de Moltke n'est pas précisément de ces sucreries qiii prennent les mouches ; il intervient. Lui, au contraire, estime que l'affaire est politique.

« Il serait disposé à accepter qu'une convention permît à l'armée de Metz de se retirer là où bon lui semblera, mais en Francôy à la condition de protéger l'indépendance et le calme des voles et des délibérations du suffrage universel.

« Là-dessus, on reparle de la France paralytique, de Paris qui n*a pas d*oreilles, étant trop affamé, de la défense nationale courant la prétentaine — en ballon, — du drapeau rouge, du besoin de sauver la tranquillité publique...

« Or, comme nul gouvernement n'est plus apte à calmer cette anarchie que celui qui Ta suscitée, on recourra au gouvernement de fait, Tempire, représenté par la régence de Fimpéralrice, sous la sauvegarde, la... tutelle d'un maréchal... suffisamment indiqué.

« Que si, par impossible — un Bonaparte devant plus tenir au trône qu'à l'honneur — l'impératrice refuse, l'on recourra au suffrage universel, et comment le suffrage universel fonctionnerait-il mieux qu'à l'ombre des baïonnettes? Toi est le rôle de l'armée du Rhin. On contera l'affaire — en douceur — au soldat ; on lui fera comprendre qu'il se couvrira de gloire en tirant, au besoin, sur ses concitoyens. »

C'est en endormant ainsi Bazaine que la Prusse nous fit manger notre dernier cheval.

Le lendemain 18, un conseil de guerre fut, en effet, rassemblé (1), pour entendre la narration du

(i) Voir à r Appendice le récit du conseil de guerre tenu le iO octobre au grand quartier général.

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général Boyer; le général Ghangarnier y assistait. L'envoyé du maréchal rendit compte au conseil des conditions qui étaient exigées pour que l'armée sous Metz pût sortir avec armes et matériel. « Ces conditions, dit le Rapport sommaire, subordonnaient à une questùni politique les avantages qui seraient accordés à l'armée du Rhin.

« Il exposa la situation intérieure de la France telle qu'elle lui avait été dépeinte; l'impossibilité de traiter avec le gouvernement de la défense nationale sans la convocation préalable d'une assemblée constituante, qui seule pouvait garantir le traité à intei^venir, convocation ajournée par ce gouvernement de fait que la Prusse n'avait pas reconnu, le pouvoir émanant de la constitution de 1870, votée en mai par le peuple français, représentant encore le gouverne* ment de droit.

« Il fut décidé, àlamajoritédeseptvoixcontredeux, que le général Boyer retournerait à Versailles et, de là, se rendrait en Angleterre, dans l'espoir que l'intervention de l'impératrice-régente auprès du roi de Finisse obtiendrait des conditions plus favorables pour l'armée de Metz.

« ir fut résolu à l'unanimité que : le maréchal commandant en chef ne naîtrait accepter aucune Me-

galion pour signer les bases d*un traité impliquant des questions étrangères à Taimée, celle-<i devant rester en dehm*s de toute négociation politique » (l).

Le 19 octobre, une communication sans ^signature est distribuée dans tous les régiments. Peu de jours après, le quartier général la désavouait, mais Feffet voulu était produit. Voici cette pièce, émanée du maréchal, qui reprochait tant aux journaux de se faire Técho de nouvelles controuvées :

Messieurs les colonels préviendront leurs officiers que :

« 1® L'anarchie la plus complète règne k Paris ;

« 2° Rouen et le Havre ont demandé des garnisons prussiennes pour maintenir Tordre ;

« 3^ L'armée de la Loire a été battue, près d'Orléans;

« 4** La Prusse ne veut traiter qu'avec la dynastie déchue ; la régence serait représentée par le maréchal Bazaine ;

(i) \\ y a, ce nous semble, dans la simple participation de Timpëratrice à ces négociations, une ingérence politique flaghinte dans les affaires militaires : par 4e fait de renvoi du général Boyer à Chislehurst, le maréchal sépare les intérêts de Tarmée de Ittetz de ceux du gouvernement de fait du pays, et le traité qu'il signera, en ce qui concerne l'arméC) sera signé par délégation de la régence.

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« 8® Le général Boyer serait parti pour demander à l'impératrice son acquiescement;

« 6® L'armée ne touchera pas de vivres, demain et après-demain. On lui donnera du vin et de la viande. On engage les troupes à ne pas crier; dans trois jours elles quitteront Metz, avec le consentement prussien, pour aller rétablir l'ordre en France ;

« 7** On demande aux chefs de corps de faire de nombreuses propositions pour la médaille et la croix;

« 8° Les officiers toucheront aujourd'hui la solde de novembre!...

« Metz, 19 octobre. »

Le môme jour, le maréchal chargeait M. de Valcourt de porter à la délégation de Tours des explications verbales sur l'état de son armée et sa situation critique.

Voici quelle était la dépêche envoyée en six expéditions aux membres de la défense nationale de Paris et de Tours.

« A plusieurs reprises, j'ai envoyé des hommes de bonne volonté pour donner dos nouvelles de l'armée et de Metz. Depuis, notre situation n'a fait qu'empirer et je n'ai jamais reçu la moindre communication ni de Paris, ni de Tours. Il est cependant urgent de

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savoir ce qui se passe dans Tintérieur du pays et dans la capitale, car, sous peu, la famine me forcera de prendre un parti dans Fintérêt de la France et de celle armée. »

La détresse devenait grande, à la vérité. Le temps était horrible, il pleuvait jour et nuit, et les camps n'étaient plus que de vastes amas de boue où nos hommes tremblaient la fièvre, mangeant leur pain de son et de la viande sans sel qu'ils avaient à peine le courage de faire cuire et mâchaient du bout des dents.

Les chevaux qui n'étaient point voués à l'abattoir mouraient près des piquets où les retenaient des entraves bien inutiles, hélas! car ils ne songeaient guère à courir. En vain ces nobles animaux rongeaient l'écorce des arbres et les branches garnies de feuilles qui traînaient dans la boue des camps, leurs forces s'en allaient diminuant chaque jour. Ils se rongeaient mutuellement la queue et la crinière, pour tromper leur faim inassouvie. On les voyait, efflanqués et pelés pencher leur tète morne et leurs yeux éteints, puis soudain, après un léger frémissement, s'affaisser dans la crotte, essayer de se relever, retomber, puis, finalement, mourir en raidissant leurs pauvres jambes décharnées. Plus d'un troupier pleurait en voyant l'agonie de son cheval favori, et, de fait, c'était un

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spectade naTiant, qui se répétait partout et à chaque instant. Il est vrai que les chevaux des chefs étaient brillanls d*enibonpoint. .

Enfin, après quelques jours d*une fiévreuse attente, op reçut, le S4, du prince Frédéric-Charles, la nouvelle positive que les négociations politiques étaient rompues, et, le lendemain, avis officiel en fut donné à rarmée.

L'impératrice avait refusé de se prêter à la combinaison proposée et fort habilement, en femme, retiré son épingle du jeu.

CSe fut alors qu'après réunion d*un conseil de guerre, le maréchal Bazaine pria le général Ghangarnier a de se rendre auprès du prince Frédéric-Charles, pour tâcher d'obtenir, non une capitulation, mais un armistice avec ravitaillement, ou la faculté pour l'armée de se retirer en Afrique. »

Le prince reçut le vieux général avec courtoisie, mais l'arrêta au premier mot ; il n'avait pas qualité pour traiter. Le prince avait, de son côté, des instructions formelles ; l'armée devait se rendre, ainsi que la place, sans conditions, à merci. Le général Changar^ nier rapporta cette désolante réponse à trois heures-

Cependant au conseil qui venait d'avoir lieu, les commandants des corps d'armée s'étaient plaints des

privations imposées à leurs soldats, s'élevant contre Tantagonisme existant entre la place et Tannée. Le général Goffinières, commandant supérieur de la place, répondit en substance qu'il entendait, au contraire, séparer plus que jamais les intérêts de la place et de Tarmée, et qu'il remplissait son devoir en réservant pour la défense le peu de vivres qui lui restaient ; enfin, qu'il ne céderait que sur un ordre écrit du maréchal.

Le même jour, la dépêche suivante lui était adressée : « Mon cher général, vous avez pris part, ce matin, au conseil des commandants de corps d'armée et des chefs supérieui*s de service, que les circonstances m'ont fait réunir. Vous savez déjà qu'il a été reconnu unanimement que la place de Metz et l'armée étaient inséparables dans leurs intérêts comme dans lair sort. Malgré vos observations sur mes décisions antérieures qui séparaient les vivres de l'armée de ceux de la place, malgré vos réclamations sur les devoirs qui incombent à nos fonctions, le conseil, n'ayant égard qu'à la situation grave dans laquelle nous sommeis placés, s'est prononcé énergiquement pour la mise en commun des vivres encore existants, tant dans la place que dans l'armée. Cette opinion me paraissant juste. et fondée, surtout en présence des souf-

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francesr et des privations qu'endure le soldat, je suis dans l'obligation de vous ordonner de mettre à la disposition de l'intendant général de l'armée, pour le service des troupes campées autour de Metz, les denrées qu'il vous demandera. Ce haut fonctionnaire a mission de s'assurer des quantités existantes dans les corps d'armée et dans la place, et d'en faire ensuite une répartition équitable entre tous, de manière que toutes les troupes, qu'elles appartiennent à la place ou à l'armée, soient également pourvues. Vous voudrez bien assurer la stricte exécution des prescriptions de cette dépêche, dont vous m'accuserez réception. »

« Le sort de l'armée était facile à prévoir, dît le général Coffinières, dans sa Capitulation de Metz y mais jusqu'ici le sort de la place avait été réservé ; l'ordre du maréchal liait le sort de la place k celui de l'armée ; que devais-je faire? Me soumettre aux décisions du conseil et obéir aux ordres du général en chef, en lui laissant la responsabilité, ou me mettre en état de révolte?

« Je réfléchis mûrement, comme doit le faire tout homme qui ne se résout à un acte extra-légal que lorsqu'il est certain d'obtenir un résultat positif, honnôtc et' d'une importance réelle.

« Cet examen me donna la conviction profonde qne je n'avais aucun moyen matériel et pratique de faire une opposition efficace; que les ressources de la place n'allaient point au delà du 30 octobre, époque probable de la conclusion de la convention ; qu'il était absolument impossible de soutenir un siège sans vivres et avec un encombrement de 20,000 malades ; que je ne pouvais, en aucune manière, ni empêcher l'ennemi de profiter de ses avantages en demandant la place et l'armée, ni empêcher le matériel de subir cette dure nécessité ; enfin, que toute tentative ou protestation faite en ce momeni n'aurait d'autre résultat que d'aggraver le sort de la ville et des habitants. Je consultai le conseil de défense de la place, qui émit un avis unanime dans ce sens, et je pris la résolution d'obéir aux ordres du maréchal. »

Puisque le général Coffinières admet que là discipline a des limites, que l'on peut discuter l'ordre d'un chef et, dans un cas de force majeure, se révolter contre lui, que ne l'a-t-il fait vers le milieu de septembre, alors que son refus d'obéir pouvait sauver la place et peut-être la France, ou tout au moins diminuer l'horreur de son désastre?

Si, vers le ^5 septembre, un mois plus tôt, alors que les travaux de défense étaient plus que suffisants,

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et qu'il était évident que le maréchal Bazaine, immobilisant son armée autour de la place, allait en préci-» piter la reddition, si le général Coffinières se fût énergiquement refusé à perdre, de gaieté de cœur, la place dont la garde lui était confiée*

Il fut convenu, à l'unanimité, dans le conseil de guerre du â6, nûn sans la plus vive dovleur, dit le Rapport sommaire, que M. le général de division Jarras serait envoyé au quartier général du prince Frédéric-Charles, comme délégué par le conseil et muni de ses pleins pouvoirs, pour arrêter et signer une convention militaire par laquelle l'armée française, vaincue par la famine, se constituerait prison-* nière de guerre.

Il était environ six heures du soir loi*sque le général Jarras partit pour le château de Frescaty, où devait avoir lieu sa conférence avec le généi-al StiehlCi chef d'état-major de l'armée prussienne. Le général français était accompagné de deux officiers de l'étatmajor général, chargés de rédiger les articles du protocole à mesure qu'ils auraient été arrêtés entre les deux plénipotentiaires. « Les Prussiens, lit-on dans le Journal éCun officier de l'année du Bhi»^ ayant déclaré qu'ils n'entendaient pas séparer le sort dç la place de celui â% Tarméç, pt Iç ijpnseil de

guerre ayant accepté cette prétention, le général Jari*as avait mission de traiter pour Tun et pour Tautre. Aussi le premier article établissait-il que les troupes du maréchal Bazaine étaient prisonnières de guerre ; le second, que Metz, avec tout ce que contenait la forteresse, devait être remis entre les mains de nos ennemis. Toute la convention était là, le reste n'était qu'affaire de détail, et, si Ton ne s'était pas laissé acculer à la dernière distribution de pain, si Ton avait voulu agir avec énergie, on pouvait, avec le second article, obtenir pour le premier des conditions meilleures. ))

Toute la discussion roula entre les plénipotentiaires sur la question secondaire de savoir si les officiers garderaient ou non leur épée et s'ils emmèneraient leurs bagages. Après un échange de télégi^ammes entre Versailles et Metz, ces dernières clauses furent accordées; mince compensation, dans une si douloureuse extrémité et pour des officiers qui firent toujours — nous en avons été témoin — plus que leur devoir.

Le 27, à six heures du soir, le général Jarras, muni des pleins pouvoirs du maréchal, partit pour Frescaty avec deux officiers d'état-major et signa avec le général Stiehle la capitulation de Metz dont nous donnons la reproduction dans notre appendice.

Par cette convention, Metz la pucelle allait perdre sa virginité, une armée de 150,000 hommes était prisonnière de guerre !

Dans son ordre général à Farmée du Rhin, le maréchal Bazaine invoqua, pour sa défense anticipée, les exemples de Masséna, de Kléber et de Gouvion- Saint-Cyr. Mais, comme le fait judicieusement observer un officier supérieur d'artillerie, dans le jugement qu'il porte sur cette honteuse capitulation, il n'y avait à cette heure aucun exemple, dans aucun temps, dans aucun pays, d'une armée aussi nombreuse se laissant ainsi enfermer, affamer, sans avoir été battue, sans avoir tenté un pffort sérieux pour rompre l'investissement. Le maréchal Bazaine est cent fois plus coupable que Dupont, à Baylen; ce dernier fut simplement faible et Bazaine est un traître, et les généraux qui, pour cet acte infâme, lui ont donné l'appui de leur nom, sont ses complices (1).

Est-ce que Masséna n'obtint point de partir avec armes et bagages et de recommencer les hostilités, une fois arrivé à la frontière française?

Kléber partit de Mayence avec ses armes et plusieurs canons, sous la seule promesse de ne point

(1) Canrobert, Lebœuf, Ladmirault, Frossard, Soleille, Goffinières, Lebran, Jarras et Changarnier.

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servir contre la Prusse pendant une année. Gouvion- Saint-Cyr, qui ne rendit Dresde qu'après une résistance désespérée, avait obtenu d'être reconduit en France avec ses troupes, et si cet article de la capitulation ne fut pas exécuté, ce fut parce que les alliés ne remplirent pas rengagement pris vis-à-vis de ce général.

Il fallait au maréchal plus que de Timpudence pour oser rappeler des exemples qui sont sa condamnation, et, sans aller plus loin, Topinion même de nos ennemis, entre autres celle du général Zastrow, est que le commandant en chef de Tarmée de Metz pouvait, s'il l'eût voulu, sauver son armée.

Au reste, il était dit que, dans cette capiturlation, les règles les plus élémentaires de l'honneur seraient violées. Les drapeaux, ce palladium des régiments, furent assimilés au matériel proprement dit; ils furent subrepticement enlevés au)^ soldats, pour être conduits à l'arsenal, où, suivant une circulaire menteuse, ils devaient être brûlés, mais ils furent livrés aux Prussiens.

« Du reste, dit négligemment Bazaine pour s'excuser, les trophées militaires n'ont de valeur morale que quand ils sont pris sur le champ de bataille : ils n'en ont aucune quand ils sont déposés dajis un arsenal. »

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Impossible de prendre son parti avec plus de désinvolture. Tel ne fut pourtant point Tavis de plusieui*s chefs de corps et des soldats qu'ils commandaient. Ceux-ci déchirèrent ces emblèmes de l'honneur militaire et s'en partagèrent pieusement les morceaux, après avoir brûlé les hampes.

Rien de lugubre comme les. derniers jours de Metz ; la population si française, si patriotique^ était exaspérée du fatal dénoûment que quelques-uns redoutaient depuis longtemps. Une tentative d'émeute eut lieu le 27 octobre au soir, mais il était trop tard, et ceux que révoltait le plus l'infâme marché qui mettait aux mains de l'ennemi un des boulevards de la France, furent les premiers à apaiser TefiFervescence populaire qui ne pouvait qu'amener inutilement les plus graves complications et autoriser les Prussiens à commettre des excès.

Bon nombre d'officiers ne pouvaient supporter non plus ridée d'une semblable capitulation. L'un d'eux se brûla la cei'velle; des officiers généraux tentèrent de réunir quelques milliers d'hommes pour se frayer de vive force un passage, mais on manqua d'entente et le projet tomba dans l'eau.

Le général de Cissey avait offert de prendre le commandement de cette poignée de braves, mais, au

DE hh MOSELLE. il!

è paoment décisif, <?p w k trouva plus, ce qui n'étonna h- personne,

î:i lie lendemain 28, les officiers remplirent la dou-

loureuse mission d'aller remellre aux mains des Prussiens, vaiQCus et désarmés, des hommes qu'ils avaient si souvent conduits h l'ennemi. Ce fut navrant : les soldats fondaient en larmes et se jetaient dans les bras de leurs officiers qui avaient peine eux-mêmes k retenir leurs sanglots. Ces hommes énergiques habituée à contempler la mort à tout instant, étaient accablés par li bonle et h douleur, et nous entendîmes plus d'une sourde imprécation contre ceux dont la trahison imprimait à leur honneur militaire une tâche ineffaçable.

Ce jour même, les forts et tous les travaux de défense furent livrés aux Prussiens qui les occupèrent immédiatement et se hâtèrent d'éventer les mines, dans la crainte de quelque révolte patriotique.

Il n'en fut rien ; nos ennemis, après avoir occupé les portes de la ville, entrèrent paisiblement dans Metz, musique en tête. Ils n'y trouvèrent que l'accueil glacial d'une population décidée, quoiqu'il dut arriver, à rester française et k faire payer cher aux Allemands la flétrissure imprimée à la cité vierge, contre laquelle étaient venus se briser les efforts de l'armée de Charles-Quint.

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Poar Bazaine, il prit philosophiquement son parti de sa mcsaventare; tel maître, tel yalet; lliomme de de Metz fat digne de Fhomme de Sedan; après avoir en le soin de se faire payer ses appointements de maréchal de France et bit ses adieux k quelques familiers, il monta dans sa berline et s*en fut k Frescaty, au quartier général prussien, puis de là dîner dans un château voisin.

Les femmes d'Ars Tinsultèrent au passage et lui jetèrent des immondices, mais qu*avait-il à craindre? u*est-il point de ceux dont Rivarol a pu dire : « Ils font tâche dans la boue. »

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