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Guerre de la Sécession

Les Etats-Unis d'Amérique, champ de la gigantesque guerre civile dont nous voulons retracer les principaux traits (■), forment une république fêdérative s*étendant sur la plus grande partie du continent habitable de VÂmériquedu Nord. Elle est bornée au Nord par les possessions britanniques, à l'Ouest par l'Océan Pacifique, au Sud par l'Etat et par le Golfe du Mexique, à l'Est par l'Océan Atlantique; elle comprend une étendue de 3,250,000 milles carrés, c'est-à-dîre presque égale à celle de l'Europe entière

Au point de vue de la structure physique, le pays comprend cinq grandes régions :

a] Le bassin de l'Atlantique , tout le long de la côte de cette mer, plaine basse comptant un grand nombre de larges cours d'eau et de baies ;

hj La région des AUeghanis, plateau onduloux d'une cinquaiUaine de lieues de lar^t ur en moyenne, et peu élevé ;

cl L'immense bassin du Mississipi et de ses affluents, y compris les prairies de l'Ouest ;

dj Les chaînes et les plateaux des Montagnes-Rocheuses, contrée aride et presque d( sci le ,

(1) Voir pour les sources de ce travail les indications de notre : « Rapport au DêparlemmU miUtaire mitêêê mw Ut guerre deê State^Unie éFAmérique. t Tmer*.

P iri ;. 18(13. 1 vol. in-R, auxquelles nnns dm ori> ajouun-, onli'autros, les rap|iorls oaiciels des généraux MacCUUan, Halieck, Oraut, Shennan, GiUmore, Barnari et Barry; la eoHMtion de» doeoments oOletels do Sud fniMléa pw t« congrès de lUchmond; 4 années do giif>rrf> par PoUard (du Sud); Afc Pherton. Hi-^toiro de la Hébellion; Chesney, récent campaigns of Virginia and Marylaud. A«(i<^. UistolMéesEUtt-Uni».

(2) Le mille est un peti plus d'itn Uart <to Utile euIsM, de 46Q0 nMm» writ ISlO

mitireft, ou 1760 jrvds.

ej Le bassin du Pacifique, à l'exlrême-ouest du Continent.

j Les bassins du Mississipi et de rAllanlique uni été lus deux ; principaux théâtre?! de la guerre de la sécession. * Il n'e>l |uis inutile do remarquer que ces cinq zones s'étendent ilu Nord au Sud sur tout le territoire de^i Etats-Unis, entre le 25^ et le 49^ degrés de latitude, sans qu'aucune crrande coupure transvcisalf vienne séparer péographiquenient ca pays en N<»r'<l ft *ui Sud. Toutes li's limites dites naturelles, fleuves et chaiues de nioiila,uiies, ttuidraicnt, au contraire, à le diviser en rt'gions de I Kst et de l'Ouest.

La population totale Klats-Unis, d'après le dernier recensement iédt'-ral de IbitjO, était di' trente-un millions et demi d'habitants, dont près de quatre millions d'esclaves noirs, et 4()0 mille Indiens Peaux-llouj^cs. Le recensement de 1860 avait accusé, pendant les dix dernières années, une augmentation de population d'eaviron 8 miliioud d'àmes, dont près d'un million de noirs.

L'émigration européenne fournit la msijeure part de cette rapide augmentation. Mais les nouveaux venus s'assimilent vite à leurs devanciers, et l'immense majorité d* s habitants du Nord et du Sud forme une même race, anglo-saxonne, de même langue, anglaise, et de même religion, protestante.

Il y a, en Pensylvanie et dans riUinois, quelques natifs allemands; des Français dans la Louisiane et sur les frontières du Canada; des Espagnols dans la Floride. Les noirs sont essentiellement fixés dans le Sud ; les Indiens errent dans rOuest. Les diverses églises et sectes, très-nombreuses, sont toutes indépendantes de TEtat.

^ Les Etats-Unis sont entrés dans le rang des nations indé-

^pendantes en i783, par la paix de Versailles. De fait, leur

^indépendance remonte beaucoup plus haut.

Dès le XVI"» siècle, les côtes dé TÂmérique du Nord re*

. curent d'Europe d*aventureux colons, peu soumis à Tautorité de leurs gouvernements de l'Àncien-Monde. Les Espagnols y fondèrent, en ISfô, la plus ancienne ville des Etats-Unis, Saint-Augustin, dans la Floride. Les Français se répandirént surtout dans le Canada, et de là descendirent le Mississipi ;

ce sont eux qui, en réalitt'', dt'rniivrirvnt riiitt'ripur do ce vaste rontint'iit. D'autres Fi'Miir.iis cn'i-i'i'nt P(>rf-l»>>yal et la Caroline du Sud. Les Iloiljdid.ii- s"«''t;iblireiil >\\v l'IIiuUon et y fondèrent New-Ani:*terflniii. Les Suédois se tixèrent un pou plus au sud, mais furent bientôt nbsorbés par les prf^rrdents. Les Anglais, qui devaient devenir l'élément dominant, prirent pied autour de la baie actuelle de Boston et sur le James-River. Toutes les possessions anglaises furent d'abord appelées du nom général de Virginie, en l'honneur de la reine Elisabeth, leur premiers protectrice. Jaques autorisa, par des lettres-patentes, la fondation de deux colonies dans ces territoires, une au nord, qui fut bientôt appelée Notivel le- Angleterre, tandis que la partie sud garda plus spô» eialement le nom de Virginie. Cest dans cette dernière zone que débarquèrent les premiers colons anglais, sous la directî<Hi d'un aventarier renommé, le capitaine John Smith. Us f bfttirent, en i6(y7, la ville de Jamestpwn, sur la rivière de ce nom, en aval de Richmond, et s'adonnèrent avec succès à la culture du tabac et du coton. La colonie du Nord fut peuplée par des puritains, moins préoccupés de rechercher la fortmie que la liberté pour leur culte, persécuté en Angleterre. Les premiers puritains y arrivèrent en i6â0, et fondèrent Plymouth-Rock, l'origine du ïlfassachussets actuel.

Ces colonies se développèrent avec des péripéties diverses, provenant soit de leurs dissensions, soit de leurs Juttes ou de leurs alliances avec les tribus indigènes, soit des circonstances politiques des mères-patries. En 1664, les Anglais s'emparèrent de la colonie hollandaise de THudson, qui s'appela dès lors New-York, du nom du frère du roi, plus tard roi lui-même sous le nom de Jaques IL

A peu près en même temps, les Français [iront do grands progrès dans rintérieur et jusqu'à rend:>ouchure du Mississipi. î.oiii-s olablissfiiwnts étaient espacés des grands lacs au golfo du Mt'xiquo; la propriété en lui «lùiiient régulai iséo par des lettres-patentes de Louis XIV en 1712. En l'bonneur du grand roi, laAaslc ct^lomf tVaiiraiso pi'il le nom de Louisiane. De .son cùlé, rLsp.iguc s'tHcndità son aise dans le Sud el vers le Pacifique. Au milieu du XVI"«' siècle, le territoire était

ainsi réparti : L'Angleterre possédait le bassin de l'Atlantique du Canada à la Floi'ide ; la France enceignait cette étroite zone par de» pos.sessiûii^; continentales n'approchant la mer qu'au Canada et à la Nouvcllc-Oi léans, l'Espagne avait tout le Sud et l'Ouest, y compris la Floride, les régions du Rio- Grande, du Colorado, de la Galifurnif actuelle. Au milieu pestaient, plus encore qu'aiyourd'hui, de vastes régions -«inex-^ ploréo^.

Connue on le voit, les Anglais avaient, en somme, la meilleure part, celle des pays ouverts aux débouchés, fertiles et les plus rai^proeliL's de la métropole.

Les agitations et les luttes de l'Europe ne pouvaient manquer il'avoir leur contre-coup au-delà des mers. Les colonies américaines eurent aussi leurs guerres. Pendant la lin du XVll»n« siècle et pendant presque tout le siècle suivant, leur sol fut ensanglanté. Les colons français, quoique abandonnés à eux-mêmes par les tristes gouvernements de la Régence et de Louis XV, s'y défendirent vaillanuoent avec l'aide des Indiens, leurs auxiliaires habituels. Toutefois, la guerre de Sept-Ans, malgré quelques heureux débuts, entr'autres au fort Duquesne, en 1755, marqua leur défoite finale ; en 1750, le général anglais Wolfe s'empara de Québec, et les Anglais

* obtinrent, par le traité de Paris de 1763, tout le Canada, TAcadie, et les territoires le long et à TEst du Mississipi. La Louisiane passa à TEspagne. La France se trouva complètement dépouillée.

Après de tels triomphes, le gouvernement de Londres crut pouvoir opprimer à son gré les colonies. Elles aussi, cependant, pouvaient s'enorgueillir des résultats de la guerre qui venait de se terminer, car elles y avaient contribué pour le moins autant que les troupes royales. Un jeune officier de la Virginie, nommé Washington, a^'ait entr'autres sauvé les débris de l'armée anglaise à l'attaque échouée du fort Duquesne. Aussi les colons refusent nettement (1774) de lais-

j ser s'établir de nouveaux impôts au profit de la métropole sans être représentés au Parlement; on veut les soumettre par la force ; Boston lève le drapeau de la révolte ; la ^merre de l'Indépendance éclate ; Washiiiglon, nommé commandant

en chef des troupes coloniales en 1776, mène la guerre à bonne fm, avec l'aide de vaillanta volontaires français, puis de la France elle-même, qui ne pouvait rencontrer de meilleure occasion de venger ses désastres de la guerre de Sept-

En 1781, la dernière place aux mains des Anglais, Yorkto^, sur le James-River, alors commandée par le célèbre Comwallis, se rend, avec toutes ses troupes, aux forces combinées de Rocbambeau et de Washington. En 1783, la paix, signée à Versailles, sanctionna Tindépendance des colonies.

Déjà le 5 septembre 1774, les délégués de celles-ci s'étaient réunis en congrès pour délibérer et s'entendre sur les dangers communs. Un second congrès se rassembla Tannée ^vante à Philadelphie, après la bataille de Lexington, et le 4 juillet 1776, ce corps déclara Tindépendance des colonies. Ce jour est resté la date patriotique du pays, et chaque année l'anniversaire en est joyeusement célébré.

Un premier pacte constitutionnel, sous la forme d'articles fédéraux, ftit adopté en 1777, laissant pleine souveraineté anx colonies, alors au nombre de treize. Mais la guerre, qui avait créé plus d'homogénéité, avait aussi fait sentir le besoin d'une plus jirande centralisation dans le gouvernement. Après la paix et après de lontj;s pourparlers, les articles fédéraux furent changés, en 1787, contre une Constitution dans toutes les règles, qui est celle encore en vigueur actuellerneiil, augmentée plus Laid de quelques articles additionnels (').

Par cet acte, les Etat?!-Un!s formaient une république fédérative de treize Etats, ayant à sa tète un président, comme pouvoir exécutif, élu pour quatre ans par rensernble de la nation; un Congrès de deux Chamltres, comme pouvoir législatif, représentant le peuple américain et les Etats ; et un pouvoir judiciaire indépendant des deux autres. Cliaque Etat avait aussi sa Constitution spéciale, également basée sur les mêmes principes républicains.

Les treize Etats qui composaient l'Union étaient alors New-Hampsbire, Massachussets, Rhode-Island, Connecticut,

aO Voir !• telle d» la ConatltuUoii aux pièe» jostifleativM.

New-Vork, New-Jersey, Pensylvanic, Delaware, Maryland, Virginie, Caruliiie-ihi-Nord, Caroline-du-Sud et Géorgie, avec un lerriloire indivis s'élendanl entre les cinq grands lacs, le Mississipi ot l'Ohio.

Par suite de rauguientuLinn de la population et de lu riva- Wté des Etats entr'eux, se joignant h des traditions d'indépendance locale, le nombre des Etuis s'accrut rapidement.

La Nouvelle-Angleterre, province purement nominale, oomptatt quatre Etats; elle augmenta son groupe d'un cinquième, le Vermont, en 1791, formé d'une portion du New- York, et d'un sixième, en 1820, le Maine, détaché du Massachussets. D'autre part, la Virginie forma le Kcntucky en 1792, et le Termessee en 1790. VOhio, admis en 1802, fut formé d'une portion du Territoire indivis du Nord-Ouest. £ii 1803, la ConfédératioQ acheta la Louisiane de la France, à qui elle était retournée en 1800. Napoléon espérait par cette cession aider à la fondation d|un grand Etat, qui finirait par arracher le sceptre des mers à l'Angleterre. D'une portion de ce territoire fut formé, en 1812, TEtat même de la Lotasiane. En 1816 fut admis r/n<ftatta, du territoire du Nord-Ouest, et dont les premiers colons furent des Français venant de rOhio ; en 1817, le Mmisaipi, colonisé aussi par des Français sortis de la Caroline-du-Sud ; en 1818, VRlinois, formé d'une portion du Territoire du Nord-Ouest, et colonisé aussi par des Français et des habitants de la Nouvelle-Angleterre ; en 1819, VAlahama, détaché de la Caroline-dii-Sud et de la Géorgie. La même année, la Floride fut achetée de TEspagne pour rester à l'Etat de Territoire jusqu'en 1845, où elle fut admise comme Etat, En 182 1 , le Missouri entra dans l'Union après de longs débats dont nous dirons quelques mots en parlant des causes de la guerre. Le Texas, déclaré indépendant de la république du Mexique en 1836, entra dans TUnion « comme Etat en 1845. La môme année, VArkansas, colonisé par des Français de la Louisiane. Ces dernières acquisitions, faites sous l'impulsion du Sud, aUc^inentaiont de beaucoup sa prépondérance. A son tour, le Nord i-edouble de zèle et s'acquiert le Midngan eu 1837, lornié d'une portion du Ter-

ritoire Nord-Ouesl, et Vlowa en 1846; le Wiscon^ni en 1848; la Californ>e en 184<S; lo Minnesota en 1849; VOregon en 1859; pulin, lo Kan-^as en 1861 , la Virginir-Orrldrntale ^ formée par la ;^aeirc de sécession, et 1^^ Nevada en

Aujourd'hui, l'Union compte Ktats et Territoires (') formant une population totale évaluée, en iHtki, à 35 nullions d'ànies. Les statisticiens américains prétendent qu'en calculant l'émigration futiirp sur le pied de celle des dix dernières années, la population des ËtaU-Unis, en 18^, sera d'une soixantaine de millions d'ùmes.

Quoi qu'il en advienne, il est certain que la population actuelle est loin d'être proportionnée à la grandeur du territnirc, et qu'elle est, en outre, très inégalement répartie. Tandis que certaines contrées, sur TAtlantique entr*autres, aont pins peuplées que l'Europe, d'immenses espaces sont encore déserts, môme dans le voisinage d'importantes villes. Dans les grands centres de population sont accumulées toutes les ressources de l'industrie et de la civilisation les. plus avancées ; à quelques journées de là se trouvent des villages, des férmes, des huttes rappelant la société sous sa forme plus primitive.

L'était des voies de communication, à la fouj la cause et l'effet d'un tel état de choses, dut nécessairement jouer un rôle important dans la guerre des Etats-Unis. Nombreuses dans les contrées peuplées, elles sont rares dans celles peu habitées. Le grand développement des côtes et des eaux inté* rieures navigables, les canaux, les chemins de fer, offrent | de vastes moyens de circulation. Le terrain du Nord et | du Nord-Est des Etats-Unis entr'uutres est couvert de voies j ferrées, et l'on peut dire qu'il y en a autant que de chemins , ordinaires dans maints pays de l'Europe fort avancés en ad- ! ministration.

On pourra s'en convaincre par un coup d'œil jeté sur la carte des chemins de fer américains.

Une dizaine de grandes artères relient l'Atlantique au Mississipî, et tout autant descendent des Lacs vers le Golfe du

(1) VoIj: aux pièces jusU&cativcs rordomuuice spt'clalo sur les Territoires.

Mexique et rAllanlique. D'ici à peu de temps un chemin de fer joindra leMississipi au Parifique h travers les Montagnes- Rocheuses. Depuis plusieurs années on atteint le Missouri sur un point, à Saint-Jnsoph; trois ou quatre rayons, plus an nord, ne sont qu'à queUiues lieues de ce fleuve ; un tronçon s'élanee déjà en enfant perdu au-delà du Missouri, dès Omaha-City.

Les principaux centres des réseaux sont, en général, les grandes villes, New- York, Boston, Philadelphie, Baltimore, Richmond, Cincinnati, Saint-Louis, Louisville, Nashville, Indianapolis, Milvaukee, Chicago, Buffalo, Gleveland, Atlanta, etc. Les principales lacunes se remarquent dans le Sud.

En revanche, au Sud comme au Nord, les routes et chemins vicinaux ordinaires sont pluldt rares qu'abondants et fort mal entretenus, ou plutôt nullement entretenus. L'absence des chemins et leur mauvais état, joints aux cours d'eau qui sillonnent le pays, y rendent les marches de corps de troupes extrêmement pénibles, par les mauvais temps surtout. On n*a point tenu assez compte en Europe de cette double particularité du thé&tre de la guerre américaine. Aucun autre n'oifrit jamais au même degré plus de focilités, grâce à la vapeur et aux grands centres, pour les mouvements sur de vastes distances, mais subordonnés aux accidents, et en môme temps plus de difficultés, vu le désert, pour les marches à proximité de Tennemi et les opérations journalières.

Des eaoïefl de la gnem.

En i&tO, un bâtim''nt do {guerre hollandais vendit vingt nègres aux planteurs tic jciine?ilown. Ce turent les preniiei*s esclaves introduits dans ies colonies. Grâce à la culture du 'COton, leur nombre ne tarda pas à s'accroître.

A l'époque du trait^^ <)e Paris, en 1763, les colonies, sur une population totale de deux millions et demi rl habitants, en comptaient un cinquième, soit un demi-million de noirs, répartis surtout dans le Sud. Les nègres eurent môme un rôle dans la guerre de l'Indépendance ; de part et d'autre on s'efforça de les utiliser, et l'amiral anglais Dunmore déclara libres tous ceux qui prendraient les armes pour la cause de la couronne ; ceux capturés furent émancipés et envoyés en Afrique, dans la colonie de Sierra Leone, ce qui n*empécha pas le gouvernement britannique, si libéral envers les esclaves d'autrui, d'ajourner d*une trentaine d'années encore Témancipatiott des siens propres.

Lors de la proclamation de l'Indépendance, les délégués américains ne laissèrent pas dans l'ombre ce cdté important de leurs aibires. Leur premier projet de rédaction mettait au rang des grie& élevés contre la métropole, celui d'encourager en Amérique le commerce scandaleux de l'esclavage. Mais ce paragraphe fUt retranché à la demande des délégués du Sud, ot les travailleurs noirs étaient jugés indispensables jusqu'à ce que les blancs fùssent en plus grand nombre et mieux installés. Devant les dangers de l'oppression étrangère, qui réclamaient l'union étroite de tous les colons, les délégués du Nord cédèrent.

Les débats furent irpris lors de In révi!=!ion des articles fédéraux et de lVlnbf)ration de la consliluliori de 1787. Une ordonnance spceialc de 1787, avant racceplation de la eonstitution, déclara l'esclav<ige interdit à jamais dans le nouveau Territoire indivis du Nord-Ouest (*). Les délégués du Sud se plaignirent de cette clause et menacèrent déjà alors de séparation et de guerre civile, si on ne leur dormait pas une compensation suffisante. Apri^-s de vifs débats , trois clauses rassurantes leur furent concédées dans la constitution nouvelle.

L'une d'elles statuait que les esclaves compteraient, dans la répartition des taxes et des députés à élire, pour les trois cinquièmes d'un blanc à ajouter au compte de leurs propriétaires, expédient sophistique par lequel, pour contenter tout le monde, les noirs étaient déclarés & la fois des personnes et des choses.

Par la seconde clause, la traite des nègres pourrait être abolie par le Congrès, mais pas avant Tan 1808, et jusque là elle pourrait être frappée d*une taxe qui n'excéderait pas dix dollars par penanne.

Par la troisième, les esclaves fugitifs devaient être rendus à leurs maîtres.

Dans aucune de ces clauses le mot de noirs, ou d'esclaves, ou d'esclavage n'était prononcé. Les rédacteurs en auraient éprouvé un embarras honteux (^) et n'entendaient pas intro* duire l'esclavage dans le domaine fédéral, encore bien moins le garantir.

Les patriotes qui travaillèrent le plus à fonder la République étaient d'avis unanime que Tesclavage était une chose fâcheuse, un mal local qui devait peu à peu disparaître, mais graduellement, de manière à éviter la ruine et la spoliation des propriétaires. On a sur ce point les opinions bien accentuées de Wasbinj^ton, il<' Franklin, de Jelïerson et de beaucoup d'autres hommes éminents de cette époque.

L'esclavage alla bien en dirninuanl et disparut coiiipiétement dans les Ktats du Nord en une vingtaine d'années. Là,

(1) Voir oetM ortnnnwict aMix ptèoM JusttfleaUves.

(2» Voir ifl texte de ces dispositions, articles 4 et 4 de la ConsUlution, eus pièces JttsUficaUves,

son dth'oloppoinenl venait se heurter contn.» des conditions climatèriques p'ni favorables, jointes à la <x>ncurrencr* de l'émigralion fMirnpi'oriDP et 5 des convictir)i)> religieuses plus solides que dans le Sud. Mais i^^i re tut le contraire. Le gain attaché à Teniploi, à l'élève, au commerce des esclaves était si gr ind qii*il domina toute autre considération et pervertit tovUes les idées d ' justice et d'huninnilé. Le mal local, au lieu de se restreindre, alla en grandissant et devint si général, qu'il apparut finalement comme un bien. L'esclavage, suivant de près la prospérité croissante du coton, fut érigé en principe politique et économique, en dogme religieux, qui devait servir de base à toutcf bonne organisation sociale aous de telles latitudes. U pénétra bientôt, en effet, la législation, la société tout entière, et il était arrivé, vers le milieu de notre siècle, & être Tunique mais le plus sûr moyen de fortune.

Ainsi la divergence entre le Sud et le Nord se creusa de plus en plus. Marquée en 1776 par un &ible fossé, lesdiscifesions amicales sur la rédaction de la déclaration dMndépendance, elle avait pris, quatre-vingt-dix années plus tard, les proportions d'un abîme, qui ne pouvait être comblé que par un violent effort. Cet effort fut la sanglante guerre de la sécession.

Du reste, ce ne furent ni la patience, ni l;i longanimité, ni même une certaine lùcheté qui nian<}U('reut au Nord; ! 1 «1lut que les hôiimies du Sud s'en jouassent pendant plu- d un denu siècle poui- l'amener à un dei?ré d'énergie et d'union tel qu'il pût eutm assurer le resipect des décisions de la majorité.

A la fuveui" du f:oniproniis (le< trois clau.ses de la constittition de 1787 dont nous venons de pai l.*r, mises en regard de rinterdirtinn future de l'esclavage dans le Territoire t'édéral indivis, il s'écoula quelques années d'un calme relatif. La lutte entre les teinlanees si opposées du Nord et du Sud à cet égard resta essentiellement dans le domaine philosophique et religieux. Les sociétés. philantrophiques et les Eglises do^w- York, de Philadelphie, de Boston, prêchaient l'égalité humaine Il celles de Charieston, de Hichmond, qui ripostaient par des sermons sur Tesprit d'envie et sur l'oppression politique.

Souverains chez eux, dari.s les limites de la Constitution fédérale qui reconnaissait indirectement la propriété esclavagiste, les jeunes Etats du Nouveau-Monde avaient devant eux un champ assez vaste ouvert à leur activité sans arriver nécessairement en contact et en conflit sur les choses de Tesclavage. 11 en avait été ordinairement ainsi sous le gouvernement britannique; il en fut ainsi pendant les premières années de l'Indépendance, et le niéna^'c fédéral aurait pu se continuer sur ce pied, si l'esclavage avait diminué comme on l'avait espéré en 1787, ou seulement s'il était resté stationnaire. Le grand développement qu'il prit, au contraire, força les £tats qui en jouissaient le plus à empiéter sur les droits et sur les convictions de leurs concitoyens d'autres Etats qui n*en voulaient pas, et ainsi la question tut tbrcément appelée de son domaine local sur le domaine fédéral.

Trois ordres de faits entr'autres conduisirent & ce résultat, Tabolttion de la traite, Textradition des fugitifs c astreints au travail 3 éventualités prévues, on le sait, par la Constitution (art. i et 4), et la création de nouveaux Etats et Territoires, chose réglée par l'ordonnance sur le Territoire indivis (der« nier article).

Les vingt années de répit que la Constitution laissait à la traite, fUrent activement employées par les spéculateurs. En 1807, il fut constaté que pendant les dix années antérieures, environ deux cent mille esclaves avaient été importés d'Àflri* que. Pour être impartial, il fout dire ({ue la plupart des négriers étaient des gens du Nord, de New-York particulièrement, n fout dire aussi que ce fut pendant cette époque, où le noir était souvent fort demandé, que les Etats du Nord se débarrassèrent de leurs esclaves, et que si bon nombre de ceux-ci furent graduellement émancipés, d'autres furent simplement vendus au Sud.

Vers 1805 et 1806, la traite avait pris, par ses vastes proportions et par divers incidents trop eominunîi ù cet infâme métier, un caractère odieux.

La réprobation publique amena le Congrès à profiter de son droit d'interdiction dès le 1" janvier 18()8. Mais quelle sanction pénale et quels moyens de contrôle seraient attachés à

cette défenael Où fixeraiion la limite entre la traite coupable et le simple voyage d'un maître avec quelques esclave? Que ferait-on des négriers et des nègres saisis en contrebande? Un avant-projet, très rationnel, statuait la mort contre les premiers et rémancipation })Our les seconds; il se prémunissait aussi contre les fraudes sous le couvert du cabotage. Les députés du Sud s'élevèrent contre ces disiiositions. On les empêcherait, disaient-ils, de voyager sur leurs côtes avec leur propriété reconnue par la Constitution, tandis que les ^ gens du Nord pouvaient aller oi'i ils voulaient avec leurs domesliqnos blancs, qui étaient tout au>si esclaves en fait que les nègres; en condamnant h mort les néi^riers, on cherchait à rendre odieux les propriétaires; en émancipant los noirs saisis, on appelait à l'insubordination les noirs dùmenls esclaves. On ne tolérerait jamais dans 1»> Sud une loi aussi injuste; on s'y opposerait i>ar les armes, on se séparerait ijlutôt!

La loi fut changée. L'emprisonnement et l'amende remplacèrent la peine de mort; le caboUige des noirs fut autorisé sur les rivières et sur les baies, et, concession capitale au Sud, les nègres introduits frauduleusement devenaient la pro* priété dfis £tats, qui pouvaient les faire vendre ; cette der-» niëre clause sauvait ainsi et sanctionnait même le principe de l'esclavage, en en conférant les droits à l'Etat.

Ge compromis ne satisfit personne; néanmoins il fiit adopté parce que l'opinion publique demandait des mesures contre la traite, et que d^ailleurs bon nombre de planteurs du Sud, ceux de la Virginie entr*autres, sufQsamment pourvus de nègres, verraient leur propriété hausser de prix. Dès ce moment, en eifet, rélève prit un grand accroissement, et la traite intérieure remplaça l'extérieure. Les propriétaires du Maryland, de la Virginie, des Garolines, élevèrent des noirs pour les Etats moins peuplés; Baltimore, Washington, Richmond, Gbarleston, devinrent d'importants marchés d'escla^ ves, des places de finres, où éleveurs, planteurs, agioteurs, accouraient de tous côtés. La ville de V^ashington, sur le Potomac, siège des autorités fédérales, devint, pendant les sessions du Ck>ngrès surtout, le plus important de ces marchés ; le bruit des chaînes et des enchères se mêlait aux cl»-

meurs mêmes des discussions des Chambres. H était donc impossible , par ce fait seulement , que l'esclavage restât comme lors do la fondation de la République, nu siiii|ile mal local, sur l ^iuel on devait tonner les yeux, et où la Conlédération ji'tMit rien à voir.

L'autre tait ({ui transporta nécessaii-eiuent l'esclavage et ses coiilVits dan» le l'or IV'drial lui la revendication des esclaves enfuis d'un Etat rlans un .-mire, bast-e sui- la clause de l'art. 4 de la Constitution, concernant les gens « astrenUs au travail. »

Maintes j?ens dn Noid s'a|)})lii|uèreut de leur mieuxàyèner les réclamulions des propruHaircs dCsi lax es ; an lieu d'aider à la réinté^u'atioii des (h linquanlit, ils taisaient souvent tous leurs eiïorts pour proléj^er leur fuite. Il résîiUat de cet état de chosf s de fréquentes difficult' s se di iiouant devant les tribunaux des Etats ou de la Confédération ; ces juj^ements, envenimés par les discussions d'une presse peu intelligente et souvent {jjrossière, passionnaient et élargissfiient le débat sur la question toujours irritante de l'esclavage.

Les choses allèrent plus loin . Le Sud se plaignit vivement de rinsuffisance des dispositions légales en faveurde sa propriété portée à s'échapper, et, en 1850,il obtint du Congrès, par une adroite manoeuvre des partis coalisés, une loi draconienne sur la revendication desesclaves. Cette loi cyniquement inhumaine était en outre d*une application très arbitraire. Tantôt elle fit mener en esclavage des blancs incapables de prouver immédiatement leur état civil, tantôt elle laissa échapper des fugitifs réels et môme des criminels. Souvent, il Cautlerecon* naître, elle fut intentionnellement violée dans plusieurs Etats du Nord, qui y opposèrent des bills de liberté personnelle et la partialité de leurs fonctionnaires. On ne contestait pas ouvertement son autorité, mais Texécution en fut paralysée' et les clauses éludées cent fois. La matière même du litige s*y prétait à merveille, et, pour Tordinaire, Vesclave réclamé parvenait h prouver qu'il était la victime d'un rpiiproquo, ou à s*échappci plus loin. Aussi, en vue de garantir ou d'affaiblir l'exécution de U loi d'extradition, les partis qui se dessinaient sur la que^ion de l'esclavage furent naturellement

eonduits à un rôle plus important dans les diverses élections fédérales et d'Etats.

L'autre ordre de fàîts tendant à généraliser les débats à propos d'esclaves, fut la création de nouveaux Territoires» et leur admission comme Etats dans la Confédération, événements qui constituent à eux seuls presque toute Thistoire du pays.

L'esclavage serait-il garanti ou pas dans ces nouveaux

Etats?

Le Nord disait fi«'iiéralonient qu'on ne devait pas étendre celte honteuse instiluti«jn, et il s'apjHiyait de l'exemple des fondateurs de la Républuine qui l'avaient interdite pour l'avenir dans le seul Territoire d'alors. Le Sud soutenait la thèse contraire, en s'appuyanl anssi de l'autorité des fondateurs de la République, (jui avaient ^laranti dans la Constitution ménie l'égalité de droits et la propriété, y compris celle des esclave.^.

Chaque foi> qu'il s'agit de recruter un membre nouveau de l'Union, une double lutte s'établit ordinairement; d'abord dans le Territoire ou Etat lui-inèine, surtout lorsqu'il était placé à proximité des deux camps, pour savoir si sa constitution exclurait ou non l'esclavage; puis dans la Confédération pour taire admettre ou repousser le nouvel Etat, suivant qu'il était avec ou sans esclaves.

L'admission du Kentucky et du Tenessee, comme Etats à esclaves, ne provoqua pas de grandes discussions ; elle fut contrebalancée par celle de rOl)io et du '^'ermont, admis à peu près en même temps. Mais celle de la Louisiane, formée d'une petite portion du vaste territoire acquis de la France en 1809, souleva plus de difficultés. Le précédent pouvait être en efiet dangereux, car du reste des anciennes possessions françaises, on aurait pu faire une dizaine d'Etats, dont les meil» leures parties étaient à ce moment plus à portée de la colonisation esclavagiste que de l'autre. La Louisiane ne fut admise qu'en 1812, et comme compensation on refbsa des demandes répétées d'introduire l'esclavage dans le territoire de rindiana, cela en vertu de l'ordonnance spéciale de 1787.

•L'Indiana fut admis en 1816, mais sans esclavage. L'entrée

du Mississipi en 1817 et de TAlabama en 1819, comme Etats à esclaves, provoqua aussi de l'opposition, mais qui n'était qu'un fisdble prélude à ce qui allait se passer à propos du Missouri.

Ce territoire organisé en 181S, d*ùne portion de l'ancienne Louisiane, demanda son admission comme Etat en 1817. n sV trouvait quelques esclaves déjà à son entrée dans les Etats-Unis en 1803. L'introduire comme Etat à esclaves en 1817, était raviver les craintes soulevées par l'admission de la Louisiane, avec ceci de plus que le Missouri devenait le plus septentrional des Etats à esclaves et entrait même, par ses limites, dans une portion du Territoire fédéral indivis, ofk Pesclavage était à jamais proscrit par Tordonnance de 1787. Si, malgré cela, on admettait le Missouri avec l'esclavage, il n'y avait aucune raison d'interdire cette institution aux futurs Etats formés du reste des anciennes possessions françai* SCS, et qui sont aujourd'hui le Kansas, le Miniiesota, UOrégon, le Nevada, les Territoires de Colorado, Nebraska, Dakota, Washington. Les opposants tki Noi tl raisonnaient juste d'ailleurs en disant qne si, on 1787. on avait prévu l'acquisition de ce teriaiii, le Congrès y aurail interdit resclavage aussi bien que dans le Territoir*^ du Nonî-Oupst. Le Suil so récria fortement contre les atlenilcs (ju'on prétendait porter à son droit de propriété et de libre étalilissemenl. Il menaça de nouveaii de guerre civile, disant (pi'on allumait un incendie que des torrents de sang ne sufiiraient pas à éteindre. Malgré cela, l'admission du Missouri comine Ktat à esclaves fut rejetée par l(>s Chandjres, à une faible majorité, dans les deux sessions de 1818 et 1819. Le bill fut de nouveau présenté aux deux Chambres réunies et tourné et retourné sous toutes les formes. Enfm, en 1820, une solution put intervenir à trois voix de majorité, connue sous le nom de Compromis du Miasouri. Le Missouri était admis comme Etat h esclaves, mais l'esclavage était déclai-é àjamais interdit dans la portion de ranrienne Louisiane située^ au nord d'une ligne passant par le 36» 30' de latitude nord. Deux autres mesures aidèrent à faire passer cet acte, & savoir l'organisation du Territoire de l'Arkansas^ formé du Sud du Missouri, en laissant de côté la question de

îeacilmge, et Vadmisdon de lUMnois el du Maine comme ISta&sUbres.

iàaei la victoire était, au fond, pour le Sud» et cela dooblenem, car il pensait bien ne pas s'arrêter là, et jouir des avantages du compromis, aans en subir les restrictions.

Une autre annexion de territoire était déjà en train. Depuis plusieurs années on faisait la guerre aux Indiens (ihorokce, delaFlondo, qui accueillaient trop hospitalièrement les esclaves fugitifs de la Géorgie et de l.i uline-du-Sud. Les Indiens et Ips nè«^es se défendirent vaillamment, et l'Espagne, dé * ut- de possessions aussi onéreuses, trotiva plu.s avantageux de iea vendre aux Etats-Unis que de les détendre contre eux.

Le marché fut conclu en 1810, pour cinq niMlions de dollars, et ce terrain, en attendant de pouvoir doter l'Union d'un membre esclavagiste de plus, servit à étendre le champ d'acti» vité des planteurs et des éleveurs. Toutefois il coûta encore à la Confédératîoii une Iong:uo et cruelle guerre contre les intrépides indigènes Séminoles.

En attendant, Téquilibre de l'Union menaçait d'être bientôt détruit en faveur du parti du Sud. Des vingt^trois Etats dont eBe se composait alors, onze étaient à eaclaves et douze libres, mais Taction des premiers dépassait celle de ceux-ci en intensité et en unité. En défendant la cause de l'esclavage, il défendait en même temps les droits des Etats contre la œntralisatîon, et, par-lk, il se recrutait des adhérents dans le camp opposé. Il avait l'air aussi de défendre la Constitution contre des projets subversife et, quand ses alliés du Nord s'ébranlaient, la seule menace de quitter rUnif»n les ramenait à ses pieds et lui redonnait l'appoint d'une majorité.

L'application du compromis du Mif?souri réveilla i attention des populations du Noni, un mumcnt distraites par les discussions de tiirifs, d'une part, et par l'insuri ection des colonies espagnoles de l'autre. C'est de ce moment que date l'agitation aboUtionnisto proprement dite. Les rapports avec le Mexique allaient lui fournir de £rais aliments et amener de nouveaux fnit^ dans le débat.

Ija jeune République du Mexique avait refùsé, au lende*

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