CH. TANERA, ÉDITEUR
UNUniE POUR l'art nUTAIBE, UU SOEMCES ET LIS ARTS
léorganisation des armées belligérantês en présence snr le laat-Potomae. — NonveUe offensm des fédéranx. — Mesures politiques du gonTemement de Washington et intrignes des partit. — Révocation du général Me asHan.
Les efforts faits par'les armées de Me Glellan et de Lee dans les batailles de Souih-Moimtains et d'Antietam avaient trop épuisé les combaltaots d'une et d'autre part pour qu'ils pussent, une fois le Potomac de nouveau entr'eux, recommenoei^'immédiatement des opérations actives. Des deux côtés on se mit en défensive et l'on fit appel à de nouvelles ressources.
L'armée fédérale se trouvait dans de pitoyables conditions au double point'[de*^vue du^ matériel et du personnel. Elle manquciit de tout ce qui était nécessaire & une campagne d'hiver, entr'autres de souliers, de bas, de chemises, de capotës, de couvertes, de cantines, de tentes et d'autre attirail de campement. Ses chevaux de selle et de trait s'étaient diuiiimés dans dos proportions effrayantes, nonseulement sous les coups de renneini et sous ceux de fatigues trop fortes, mais encore par suite d'uiifc maladie épidéiiiique, qui en emporta en quelques jours plusieurs milliers. Les pertes en officiers avaient aussi f'té si jurandes que plusieurs régiments en étaient compiétemenL désorganisés ; quelques-uns étaient commandés par de simples capitaines ; un {^rand nombre étaient réduits h moins de deux cents iiommes ; plusieurs compagnies étaient coniiuandées par des
sous^ffioiers. Le seul corps de Sumner, le plus maltraité^ il est vrai, avait perdu plus de 100 officiers, dont 4 généraux.
Gela étant, on comprend qu*un des premiers soins du général Me Qellan dût être de réorganiser son armée, et c'est à quoi il se voua en effet avec Tactivité qu'il avait déjà dé- • ployée un an auparavant.
Gela ne Tempécha pas de codimencer par parer au plus pressant, c'est-à-dire à la défense de la rive gauche du Potomac. Les corps de Williams (Banks) et Sumner occupèrent les hauteurs de M aryland et HarpersTerry le 20 et le 22 sep* tembre ; des batteries fortifiées furent établies sur ces mêmes hauteurs de Maryland, et sur celles dites do liolivar et de Loiidon. La cavalerie et quelques détachements (rmlauterie furent échelonnés le lonp^ de la rive pour le service de sûreté, et le j^rus de rariiiée maintenu sur la gauche du fleuve entre Willianisport et Harpers-Fern\
De son côté le général Lee était à Martmsburg et environs, avec de fort^ avant-postes près de Shephardstown et vers Tembouchure du ruisseau Opequan dans le Potomac.
La réorganisation de ces armées n'était pas chose facile à ce momentrlà. Les confédérés avaient pour eux l'entrain qui suit une campagne heureuse en somme, l'excitation politique de tout le sud et l'énergie de gens qui combattaient pour la défense de leurs propriétés. Mais le défaut d'organisation, le laisser^aller des gouvernements, le manque de ressources industrielles, et la sévérité de plus en plus ngourause du blocus empêchaient de tirer parti des levées d'hommes aulant que cela eût pu se iSdre. ^
Les fédéraux sous ce rapport étaient dans des conditions meilleures en général. Le nord tout entier continuait à se transfeimer de plus en plus en une vaste fabrique d'engiiis militaires; aftssi de toutes parts afihiait à Washington le matériel, gros et petit, nécessaire aux nouvelles levées et au remplacement des pertes.
On avait été loin de prévoir, quand on avait formé la grande armée du Potoinau après Buli - ilun , qu'il suffirait d'une année de campai/ne pour être obligé d'en créer une seconde tout à nouveau. Le matériel avait été, il faut le dire, horri-
blement gaspillé ; non-seuloinent les abords des champs de bataille, niais les chemins ordinaires éUieut ordinairement jonchés de sucs, de capotes, de chapeaux, d'effets de toute espèce, encore en bon état, et que rinsoiieianle prodigalil<^ américaine laissait pourrir sur place plutôt que (V- n tiit-r parti. Les hyènes humaines, (pie nuns voyons sur nosciiamps de bataille européens, auraient lait plus d'une bonne alfaire aux Etats-Unis.
Malgré les ressources immenses de ce pays, il fallait pourtant un ceiiain temps pour créer oe matériel, puis pour le répartir et le transporter aux emplacements voulus. Mais la môme fièvre qui présidait à sa création semblait aussi s'être emparée des hommes préposés à sa première répartition, cfest^à^re des fonctionnaires de Tadministration supérieure. A peine avaient'*ils ordonné des levées, des renforts et des fournitures, qu'ils auraient voulu voir leurs ordres se Iradniin en opérations éneiigiquea et en victoires.
L'opinion publique du Nord avait un moment espéré que les confédéré seraient plus sévèrement châtiés de l'audace de leur invasion; qu'ils seraient capturés en Maryland, ou jetés an Potomac. Gela n*ayant pu s'effectuer elle demandait par toutes ses voix qu'on agit rapidement, et qu'on rendit 8ur<-le-champ aux sudistes l'agression qu'ils avaient osé commettre. La presse, les clubs, des meetings de gouverneurs d'états, tous plus ou moins encouragés par le gouvernement de l'Union lui-même, demandaient au général Me Clellan de profiter immédiatement de la victoire d'Antictam pmn marcher en avant et pour donner le coup de mort a lu sé( t - -ii ri.
Dès les premiers jours d'octobre, et après une vis i- du prc^idont Lincoln à l'armée, le gouvernement de Washington se iit lui-même l'organe de ces plaintes et de ces requêtes. Le 7 octobre il donna Tordre à Me Clellan de franchir le Potomac et « de livrer bataille à l'ennemi ou de le refouler c au sud, pendant que les routes sont encore bonnes. »
Le général fédéral présenta naturellenient ses objections à eet ordre, et il n'était pas difticiie d'en trouver de fondées, n fH savoir entr'autres qu'il lui manquait encore plus de la moitié des effets d'habillement et d'équipement, des trans-
ports et des remontée qu'il avait requis et qui avaient été reconnus nécessaires. 11 parait que ces elTets avaient en mtf Jeure partie été expédiés de Washington, mais que par suite
d'encombrements du chemin de fer, ils n'étaient pas et ne pouvaient pas être encore parvenus à destination. Le gouvernement néanmoins insista pour l'exéeulion de son ordre; le généial Me (ilellaii insista \)oin (|u'on attendit les (min iIs annoncés, et une nouvelle ptiléinique télégraphique, daii.>^ le genre de celle que noub avuii.s déjà vue, se poursuivit assidûment pendant plusieui s jours entre les deux états-m^jors de Washinî^^on et du quartier-général (*).
Nous reconnaîtrons sans peine que dans celte rontrovei'se le gouvernement a en apparence le beau rôle [ il était l'autorité supérieure, donc il avait le droit décommander; ensuite il avait réellement l'appui de l'immense nuQorité du pays, anxieuse enûn de voir s'avancer la guerre.
Mais nous nous représentons le r^e d'un gouvernement comme supérieur à celui de se laisser guider par la fièvre de masses aveuglées. Un sage gouvernement doit bien plutôt savoir y résister à Toccasion. Qui, dans le cas particulier, pouvait mieux juger des besoins réels et des aptitudes de l'armée que le général qui Tavait lui-même formée, qui la dirigeait depuis une année, qui Tavait commandée déj& dans vingt combats ^t batailles, et à la ^oire de laquelle sa propre gloire était liée si intimement? Qui pouvait mieux connaître les circonstances de rennemi que celui ([ui venait de combattre contre lui'.' I.e général Me Clellan demandait qu'on attendit les renforts annoncés. On aurait dii suivre se» <ivis. Ce n'était pas manquer d'activité que de travailler k l'organisa lion d'une nouvelle armée, sur lu base de l'ancienne. Ce n'était pas non plus arrêter les progrés de la guerre ({ue d'attendre des reifforts dont on avait urgemnient besoin ; c'était éviter au contraire de nouvelles déceptions, de nouveaux retards, que l'événement ne justifia que trop, et qu'on pouvait alors prédire sans être prophète.
£n quelques semaines on pouvait avoir, non-seulemonl
(1) Pour le déuil de oette curieuse mais instructive controvene» vdr noirt ^KUmoBiCampagtmde VirgùtltetMatykmdmiSn,
teul le matériel et les effets désirables, mais encore les hommes des nouvelles levées par la conscription. En plaçant ces
hommes dans les cadres des anciens régiments, au lieu de faire des réj^iments nouveaux, on se procurait un bon personnel au bout de qiielinics jours de service seulement, tout en réalisant de notables économies. Ainsi l'on aurait eu une armée à la fois aguerrie et rajeunie, avec ses unités au grand complet. Sous un chef comme McClellan, (jui, cette fois sans doute, aurait été secondé au lieu d étre entravé par la haute administration, cette année, après un ou deux mois seulement de service de campagne, eût été capaiile des plus grandes choses , et aurait vu se briser contre elle toute la vaJUaace des troupes peu di??ciplinées de Lee et de Jackson.
En résumé celui des deux Itelligt'raiils qui aurait disposé, à ce momentrlà, d'une armée de GO à 70 mille hommes seulement, maïs régulière, bien maniable, aurait infailliblement baitu son adversaife ; et la meilleure stratégie, à notre avis, consistait à se procurer le plus vite et le premier une telle armée. Le nord, sous ce rapport, avait tout l'avantage. Par ses immenses ressources en argent, en personnel, en matériel, en moyens de transports; par Texcitation politique que les derniers événements y avait produite ; par Texistenoe de grands centres de population et d'industrie, à proximité du front, le nord pouvait se créer une meilleure et plus forte armée que le sud et en i)caucoup moins de temps.
Mais pi-mr cela il aurait lailu d'abord quo la nation même sAt ce qu'était réellement une armée, connût lu diirércnce entre une ormée aple an combat, apte à la manœuvre et à la marche, et tles bandes de braves gens bien habillés, bien armés, trè» dévoués, intelligents, mais mal exercés, mal disciplinés et encombrés (runpcdimenlas de toutes sortes. Ni le gouvernement ni le pays ne le savaient alors, ne voulaient le savoir; ils ne le surent que plus tard, et après de douloiifeuses expériences. Nous ne leur en faisons pas un crime. Oii Tauraient-ils appris, car ce n'est pas dans les livres que les peuples sMnstruisent?
Même en Europe, où Ton peut savoir pourtant ce qu'est la grande guerre, ce qu'est une armée, il ne manque pas de
geiiB, même parmi les militâires, qui oroieni à la puttsanoe des cohues dites nationales^ plus qu'à celle des troupes manoeuvrières et disciplinées. L'Amérique, qui depuis les guerres de Tind^ndance^ n'avait pas eu l'oocasion d'apprécier les mérites d^armées régulières, qui alors n'eut pas même lieu d'en penser grand bien, et qui, depuis lors, n'a eu afTaii c qu ù des ennemis lointains et placés dans des conditions exceptionntîlles, rAniôricpio, disons-nous, n'avait pas encore senti le I)esoin d'élever ses forces militan ■> i 1- iir maximum par rorjzanisation. Se pr(^sente-t-il un 1)psoui pressant, on va au plus sifnj l" ; ou sonne ralarnie, on augmente les eflectifs précipitumiuciit et sans règle posée d'avance ; de nouvelles levées, si les choses ne vont pas, s'efforcent de rallier les précédentes, et, sans arriver jamais h additionner exactement les forces disponibles, elles contribuent au moins à maintenir à peu près dans le même état les premiers corps mobilisés, et à abuser le public sur VaetkfiU déployée par ses chefs politiques et militaires.
Telle est la notion qu'avait, en automne 1888, le gouvernement des Etats^Jnis sur sa tâche militaire en général. Il était en progrès sur 1801, où il avait pensé qu'en ordonnant seulement la guerre, il verrait se dissiper l'ennemi. Il était en progrès sur le printemps 1888, ob, disant un pas de plus, il avait créé une grande armée, mais en croyant qu'il siifflaait de cela pour avoir la victoire. 11 avait pourtant dOi comprendre qu'une grande armée peut n'être pas suffisante et qu'elle doit être sans cesse repoumje ; il lui restait ;\ apprendre qu'en fait d'armée une honnr vaut mieux qu'une f^randr, dans les limites de certains chiffres, d'une centaine de mille hommes suivant nous; puis ([u'vne armée, avec des dépôts pour l'alimenter, et des réserves pour la seconder, vaut mieux (iuefftM/.r, (rots ou quatre armées de circonstance, sans dépôts ni réserves organisés, qui se courent les unes après les autres tant bien que mai. Ët enfin , ce que des Américains surtout auraient dû savoir, que ce dernier mode est de beaucoup le plus coûteux.
Toutes ces choses, Me Clellan les connaissait mieox que personne. Il n'osa pas toutefois heurter b sentiment publie
an point 4e demander formellement au gouvernement d'attendre Tarrivée daa nouvelles levées, oe qui aurait pu retarder la reprise de Toffensive jusqu'en décembre, et alors, par le mauvais état des routes, jusqu'au printemps. Il se borna au strict nécessaire, h réclamer le matërid et les effets indispensables à une campagne d'hiver, la rentrée des convalescents et Tarrivée des premières remontes. Après cela il vouliiit ac ineltrc en route soit par la Shenandoah, soit siu' une ligne plus rapprochée de Washington.
En atleiiUaut, il survint un petit incident de guerre qui, quoique ne prouvant rien, fut vivement e.xi'loité par les adversaires du généivd Me Clollan. Pendant que les fédéraux gardaient paisiljlenient leurs positions défensives sur la rive gauche du Potomac, en faisant de temps en temps une pointe de Taulre côté ou sur leurs ailes, les confédérés agissaient de même. Geux-ci organisèrent un de ces raids sur une grande échelle et qui fut couronné d'un plein succès.
ÏjB général de cavalerie Stuart, avec un corps d'environ deux mille cavaliers et una batterie d'artillerie à cheval, déboucha, le 10 octobre au matin, par le gué de Mac Goys- Creck sur les positions de la droite des fédéraux; il surprit plusieurs avant-postes, entr'autres celui du Signal-Station, sur la montagne entre Hancock et Hagerstown, en refoula d'autres, et fourragea si rapidement de droite et de gauche, pour donner le change, qu'on perdit bientét sa piste. On le croyait le long du Potomac, tandis qu'il s'était avancé, par Mercersburg, jusqu'en Pensylvanie et qu'il opérait une raziia dans toutes les règles à Chambersburg, où il y avait quelques magasins et un hôpital militaire.
Le général Me Clellan, averti le 10 dans la matinée, prit aussitôt les meilleures mesures pour couper toute retraite au liardi partisan conlcdcré. La cavalerie du jîénéral Avcrill, qui était sur le Haut-Potomac, vers Greeii-Springs, dut se rapprocher du centre et suivre les traces de Stuart. Le reste de la cavalerie sous le général Pleasanton fut dirigé sur Mechanicstown ; il devait aussi suivre reiuieini ou lui couper la retraite, suivant les circonstances, et spécialement veiller jiMûL gués en aval de l'armée^ Tous les généraux édieionnés
entre Hancock et Harper»-Feny reçurent l'ordre de redoubler de vigihmce aux divers passages du fleuve. La division Cioz, sous le général Grook, qui était en rouie pour ia Virgi» nie-Occidentale par chemin de fer, fût arrêtée par le télégraphe à Hancock; les hommes durent rester en wagons, prêts |i être transportés sur le point nécessaire. Le général Bumside dut placer aussi deux brigades en chemin de fer à la croisée du Monocacy, prêtes à se transporter par vapeur sur le point qui serait indiqué. Le général Stoneman eut à veiller à la gauche, aux environs des bouches du Monacacy et plus bas.
Mais Stiiart avait prévu cola ; il se fiardn de revenir par le même elieniin, et s'était prépart'' ix éviter le danger par une vaste course. De Clhambersburg il fit des diversions dans plusieurs direetions, puis, le Id, il se dirigea rapidement sur Gettysburg et P^mmetsburg, emmenant un fort butin de chevaux, de chars et d'effets militaires trouvés dans les magasins fédéraux, et après avoir détruit ce qu'il n'avait pu enlever, ainsi que les ateliers et la gare du chemin de fer. Il atteignit» dans la soirée, le chemin de fer Baltimore^hio, vers Fréderick, en détruisit les rails en plusieurs pointe et coupa tous les fils télégraphiques. Le lendemain, Stoart continua sa course au sud sur HyatiBtown, Bamesvilie et Poolesville. Il avait ainsi tourné tout autour de Tannée de Me Qellan, et il arriva, dans TaprèsHnaidi du 12 et sans avoir rencontré de résistance, au bord du Potomac au gué de t*enibouchure du Monocacy. Mais là il fût arrêté par des troupes fédérales de Stoneman, fiiisant bonne garde, en même temps qu'attaqué par Tavant-garde de Pleasanton. Après une petite escarmouche, Stuart se porta plus à gauche en redescendant le fleuve, et, trois milles plus bas^ il atteignit en sécurité légué (le Whites-Ford. Ce poitit aussi avait dû être occupé par ordre de Stoneman. Malheureusement, par un excès de zèle et par suite d'un malentendu, deux régiments d'infanterie qui devaient s'y trouver n'y étaient plus depuis (pielques heures. Stuart franchit aussitôt le fleuve, et, comme il était en train de terminer son passage, le général Pleasanton lui lança encore quelques boulets, qui ne firent pas grand mal.
Stiiart ne pefdH dm ce raid que cinq hommes. Il avait fcit, en moins de trois jours, une course d'environ 460 milles.
IMeasaiiton à sa poursuite avait 6té moins heureux, mais non moins actif; il avait crevé bon nombre de chevaux pour ne pas perdre une minute. Six régiments avaient fuit 55 milles pai j'tiu*, et le reste de la cavalerie disponible avait couru Hari^ désemparer pendant âi heures, taisant un trajet de 78 milles.
Ce brillant exploit, remar<[uable par son andace autant quo par sa bonne fortune, eut encore la chance d'arriver au moment le plus favorable pour être célébré par la renommée. La situation pc^itique du nord et les relations tendues entre ie gouvBrnement de Washington et le général Me Glellan, lui donnèrent pins de retentiaeement qu'il n'en méritait. Le fûid oonfi^ré fut ékffé aux nues par iaprene républicaine, moins poor glorifier Stuarl que pour décrier Me CSellan. Le Président môme de l'Union 8*en roôla, et à une requête de son général en chef pour renimrcer sa cavalerie épuisée, il riposta le 85 octobre en lui demandant cau^quement c ce que ses chevaux pouvaient bien avoir Isdt depuis la bahUlle d'Antietam qui leur ait causé tant de Iktigue? i A cela le général Me detlan n'était pas embarrassé de répliquer et 11 ne s'en fit pas faute.
Ces regrettables débats avaient, il faut bien le reconnaître, une cause plus profonde rpie Imir objet apparent. Elle était dans le mode et dans le but même de la guerre. A cet égard? là on n'était plus d'accord.
Nous avons déjà pii l'occasidii de dire que le ^'énéral Me Clellan, sans être en aucinie façon jiarlisan de l'esclavîipe, se ratUiehait jilutot au parti qui voulait se débarrasser de cette plaie sans en ouvrir une antre, c'est-?i-dire au parti qui voulait méthodiquement avancer l'émancipation, progressivement et sans aecoiiases* On peut affirmer sans crainte qu'à Torigine de la guerre ce parti formait l'immense -majorité du pays. Quelques actes isolés d'abolitionnisme avaient été fort mal vus par le grand public, et le président Lincoln avait même dû, on s'en souvient, sévir contre le général Fre* mont à cause de ses proclamations révolutionnaires. Le gé-
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néral Ile Glellati avait fait respecter strictement lea propriétée privées de la Virginie; même aux plus ardents séceasionnistes toutes les flbumitures pour les troupes étaient payées oomptant» et il n'était pas question de leur soustraire leurs
esokves. On avait espéré qu'avec cette extrême modération à l'égard des populations, jointe à de Ténergie dans les opérations liiiliiaires, on arriverait à rallier les gens aveuglés et à reconstituer bientôt l'Union. Les déceptions de la campagne de la péninsule «lonnerent à la guerre, de la part des fédéraux, une autre tournure, un caractère beaucoup plus rude; et le sentiment de colère qui animait le noid se m;niifesta entr'autres dans les ordres du jour menaçants du générai Pope, dont nous avons parlé au chapitre 11. On vivrait désormais sur Tennemiy et l'on ne prendrait plus la peine d'user de ménagements envers les habitants, dont il était difficile souvent de dire s'ils étaient belligérants ou pas.
Ce sentiment, assez naturel dans de telles circonslaBoes, fiit encore renforcé par des âûts d'un autre ordre, mais qui s'y rattadiaient» Le parti abolitionniate^ qui guettait toutes les occasions d'avancer la réalisation de son progiamme, n'était pas trop mécontent au fond des défaites des fSdénwx. Il espérait <ttt'aux grands maux on opposerait finalement le grand remède, l'abolition, et, en attendant, il avait dans cette voie obtenu du président Uncoln , comme simples mesures de guerre, divers actes tendant à l'émancipation, et entr'autres un des plus décisifs.
Le 22 septembre une proclamation piVMikntielle (*) annonf;a que le gouvernement avait l'intention de demander au congrès un subside en faveur des Etats loyaux qui voudraient proce^der à Tabolition inniK^diate ou graduelle de ' l'esclavage ; mais ({ue les Etats qui seraient encore en rébellion au janvier 1863 n'auraient aucun droit à cette indemnité, et qu'à dater de ce moment tous leurs esclaves seraient proclamés libres à perpétuité. Ceux qui se réfogioraient dans les lignes fodérales ou sur les navires fodéraux devaient y être bien accu^lUs.
> <ljl V«Jr WS MMttM.
Le génénl Me GMian avtit dû porter œtle prooianurtion à ia connaissance de son armée, et il l'avait fini par on ordre du jour (n« 163, da 7 octobre) où quelques 4)arole8 modérées pouvaient indiquer qu'il n'entendait ni adopter le mode de
guerre de son prédécesseur Pope ni exciter les noirs à la
fuite. Comme mesures de guerre, il avait en efTet moins de confiance dans de tels moyens de seconder les ojiérations que dans une bonno adiuiniatration et une l)onne direction de l'armée eUe-mème, et l'on ne saurait lui iauc un cnme de son opmion.
Comme mesure politique, il croyait ( elle résolution une erreur; quoiqu il eu pensât, il eut peut-être tort, à notre avis, de laisser entrevoir sa pensée dans une phrase où, en défendant toute discussion à cet égard parmi les troupes , il ilioataitque c le remède aux erreurs politiques, s'il y en a f de commises, doit se trouver seulement dans l'action des c comices électoraux du peuple. »
U n'en faiiaii pas tant pour que la presse ttltra-répal[»iicaine en trouvât roecasioii de se déchaîner de nouveau contre b . Uénéral Mo Qellan. EUe ne s'en fit pas faute; ette réclama à granda cris sa révocation et aon remi»lacemeat par l'idule du parti , par le général Fk^mont, le seul qui e<ki, suivant elle, compris jusqu'ici le vrai caractère de la présente guerre I D'aittoes journaux, tenant de près au gouvernement fédéral et à des gouvememeirts d'états, sans aller aussi loin, rsdoabiaient de plaintes sur les lenteurs de l'armée du Potonae. En .revanche les tsuilles démocratiques soutenaient vive- > ment le général Me Clellan et l'engageaient à délivrer le président de la « eli([ue aboUtionniste » qui roppnuiait.
Ces clameurs annonçaient qu'un nouvel orage politique ne tarderait pas à fondre sur les opérations en cours.
Le 21 octobre, h l'occasion d'une aigre < > rri spoudance avec le gouvernement sur le choix de la meilleure ligne d'opérations, et sur la réserve h laisser à Harpers-Ferry, le général Me Cfellan fut avisé par le général Halleck de suivre, sans plus de délai, pendant que la saison était encore bonne, à l'ordre d'offensive qui lui avait été donné précédemment, il s'appliqua aussitôt à l'exécution de cet ordre. 11 avait flna-
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tement reçu les renforts et ravttaiUements les plus importants dont Q avait besoin.
Le 25 octobre le mouvement commença.
L'armée confédérée orcupait alors la vallée inférieure de la Shenandoah et leë déboudics des Montagnes-Bleues vers la région du Bas-Potomac ; elle était divisée en deux armées, celle de Longstreet, à droite, Cf»inprfnnnt les cinq cori)ï> de Hoo'l, Me Laws, Andei*son, Ranison et I 'k kr'tt, avec la cavalerie Stuart ; l'autre armée, sous Jackson, tenait la gauche, et romprcnait les trois corps des généraux Hill D., Hili A. et Eadey, précédemment Ewell.
Le gros de l'armée t^érale, soit cinq corps, les 1**, 2^, 5»*, 6^ et 9«e, devait se diriger d'abord sur Warrenton, en longeant le versant oriental des Montagnes-Bleues ; puis de là sur Ricbmond, soit directement, soit par la gaiidie, suivant les circonstances.
Si l'un des cols qu'on laisserait à droite se trouvait inoccupé on y tenterait des pointes'dans la Sbenandoah sur les derrières de Tamiée conMérée, ou bien l'on tâcherait de percer son front entre Culpepper-Ck>urt-Hoase et LitUe-Washingtofn. Gette Mgae d'opérations avait en même temps l'a^ vantage de couvrir directement la capitale de l'Union ; eile parait à l'un des grands soucis de son gouvernement, qui retenait pour cela devant Washington le corps de Sigel. Le Potomac, plus en amont, resterait gardé par le 42™« corps, Slocuni, à Harpers-Ferry et environs, et par le corps du général Morell, de 4 brigades, SUT le Haut-Potomac, avec quartier-général à Hagerslown.
Les cinq corps du i?rns de l'armée d'opérations s'ébranlèrent le 25 au soir, et franchu'ent le fleuve en deux colonnes, celle de droite, 2'"« et 5"^ corps, sur les ponts de Harpers- Ferry ; ceUe de gauche, à Berlin, sur un pont de pontons. Le passage, contrarié par de grandes pluies qui amenèrent une subite crue des eaux, ne fut complètement terminé que le 2 novembre ; mais les tètes de colonne et surtout la cavalerie de Pleaeanton n'avaient pas attendu tout ce temps pour se porter en avant. Elles s'étaient avancées, dès le S8 et le 30 octobre, jusqu'aux environs de Snickers-Gap et Ashbys-
Gap, qai furent occupés solidement par Vinfiinterie deux jours après et presque sans résistance. A Upperville, commencèrent quelques escarmouches un peu plus vives; la marche n'en continua pas moins régulièrement sur Warrentott.
Lee avait ordonné à son armée un mouvement correspondant à celui de Me Clellan ; mais trompé par les troupes fédérales laissées sur le Haut-Potomac , il ne fit retirer d'abord que sa droite, Lmigstreet, laissant Jackson à la garde de la Shenandoah. Longstreet, tout en contestant le terrain à l'avant-garde des fédéraux, devait prendre position entre le Rappahannock et le Rapidan. C'était contre ses ai'rière-gardes que Piesanton avait eu à lutter, lesquelles n'empêchèrent pas oelui-ci d'aiTiver sur le Rappahannock et de lancer ses éclaireurs au-delà, dès le 7 novembre, en même temps que le gros de Tannée fédérale arrivait dans les environs de War* rentoii*
Dans la même nuit du 7 au 8, le général Mo Clellan, au moment où il venait d'expédier, de son quartier-général de Reetortown, les ordres de marche du 8 et du 9, en vue de masser l'armée sur le Haut-Rappahannock, reçut l'avis qu'il était révoqué de ses fbnctions. Un employé du département de la guerre, général Buckingham, lui remit un pli eooteliant le:^ deux pièces suivantes :
f OUARTIER-GÉNÉBAL DE L'ARMÉE.
c Washington, D. C, 5 norembre 1862.
€ Général, à la réceptinn de l'ordre ci-joint du président, vous remettrez imméiliatenient votre commandement au major général Burnside, et vous vous retirerez à Trenton, New- Jersey, faisant rapport par télégraphe,. pour ordres ultérieurs, dès votre arrivée à cette ville.
« Très respectueusement votre obéissant serviteur,
( (Signé) H. IlALLECK, « général en chef. »
c Au maytr ginèeal Mac deUan, eammandani, etc,, etc*