‹ Guerre de la SécessionChapitre 27 sur 38 · L. S.) ABRAHAM LINCOLN · texte numérisé non relu

L. S.) ABRAHAM LINCOLN

# Par le président,

WiUJAii U. Sewahd, secr« d'£tat.

Bataille de Gettysbiirg.

lilnil h jamal in 1. 1 , cobad m service Je S. I. BrilUBifii ci finie n

fwlNr finénl eoiféléié peidut la cwpaf ne de IMÎ m Fendynuiie et laryhW.

Jeudi S"> juin. Nous prîmes conf^i^ do mistress X. et de sa famille à NVinciiesler, où nous avions reçu un si hou acciioil ; puis nous nous mîmes en roule dans Tespoir Ue rejoindre les généraux Lec v.l Longslreet, qui devaient probablement passer le Potomac à Williamsport. C'était 10 heures du matin. A peine avions nous fait quelques milles que nous renconlrâmes des chevaux cl des bœufs provenant d'une razzia que le {généra! Fwell venail do faire en Pensylvanie. I-n temps s'était rafraîchi et annonçait la pluie. Noti<? fîmes 1i milles d'un seul trait, et eûmes bienU)l atteint la division Me Law qui faisait partie du corps d*année de Longsireet. Mon cheval commençant i se ressentir de la faligue^ et celui de mon compagnon de voyage, M. Lawiey, ayant aussi de la peine à aller, nous mimes nos montures dans une prairie, et tandis qu'elles ranimaient leurs forces, nous regardi^ine'^ défiler les deux brigades le long de la route. Elles étaient commuudt e», si je ne me trompe, par Semmer et Barksdale, el étaient composées de Géorgiens, de Mississipiens, et de Garoliniens du snd. Tous ces soldafs marchaient d'un pas ferme; on ne voyait pas de traînards ; c'était tout autre chose que ce que nous avions vu dans la troupe de Johnslon au Mississipt. Ils étaient générah'nient bien équipés, avaient de bonnes chaussures, et des uniformes eonvenaMes. A l'arriére de cha(iue régiment on voyait 3Û à 40 nègres esclaves, et un certain nombre de soldais sans armes, portant des brancards et ayant à leurs chapeaui des plaques rouges indiquant qu*tls étaient de service à l'ambulance. G*est une excellente institution, qui fait que des soldats blessés dans un combat rpçoivcnl des soins que de ceux qui sont chargés de les donner. La havresac du soldat portait encore le^ noms du régiment auquel il avait appartenu d'abord, ainsi Massacbusset, Yermont, New-Yeraqr, etc. Chaque brigade, de S800 hommes environ^ était suivie d'nne vingtaine de fourgons, portant la plupart la marque U. S. La division Me Law

élail formée de 4 brigades. H y avait k>«aucou|) d'entrain el de gailé ehe2 les soldats ; leurs cris, leurs acclamations retentissaient sans cesse.

Nous «mvftmeB à MartiMbourg ven les 6 héiires du soir, ayant fait ce jour-là une traite de milles. MoE cheval ne pouvait plus aller, j'avais été forcé de mettre pied à terre avant d'an iv» !- ♦ ( faire la route à pied. Marlinshourg, et toute cette partie de la \ iiginie, appartiennent au nord pai- les opinions politiques, ce qui n'empêcha pas les femmes de venir acclamer la division Me taw à son passage. Je ne voudrais pas garantir qu'elles a*en feront pas autant demain si elles reçoivent la visite des Yankees.

Trois luilies plus loin que Martinsbourg le pileux état dans lequel se trouvaient nos chevaux, nous obligea à demander Thospilulilé à un habitant de Tendroit qui était unioniste pur sang, et nous le faisait assez voir. Faute de mieux nous mtows nos chevaux à la prairie pendant la nuit, ce qui n'était pas sans danger, car les solil ifs î M-mée confédérée avec toutes leurs honne<5 qualités ne laissent pas d'être de hardis voleurs de L-hevaux ; c'est déi ivô- chez eux eu lialjitiide.

Vendredi ît) juin . Je me levai un peu avant j(uir, el malgré un<; pluie battante, je m'assurai que nos chevaux étaient encore là. Puis les examinant de plus près je vis qu'ils n'étaient guère en meilleur état que la veille.

Lawley, étant indisposé, ne voulut pas se mettre en route par la pluie, Nou« nous décidâmes à rester, au grand déplaisir de uotre liùle. Cepeuduut lorsque nous lui eûmes dit qu'il serait payé avec de l'or, et non avec du papier du sud ou même des greenbacit ('}, il se radoucit tout à coup et nous apporta quelques aliments pour notre déjeuner. Pendant ce temps la division Me Law passa devant la maison. Elle éta^t si bien disciplinée que la moindre infraction était punie des arrêts.

A 2 heures après midi le temps s'étant un peu éclairci , nous nous mimes en route ; malheureusemnit nous nous trouvions dans des circonstances peu propres à favoriser notre dessein. Lawley ne pouvait supporter qu'avec peine le inouvetnent de son cheval, t|ui (Failleurs était lui-même en très mauvais état, ayant en outre perdu uu de ses fers. Quant ii ma moulure^ elle était telle que je ne pus me résoudre à eu faire usage tant elle me paraissait misérable ; je me cmiientat de me cramponner & la queue de ranima), et ce fut ainsi et en m'aidant de mon mieux que je parvins & me sortir du chemin bourbeux que nous avions à parcourir. Nous eAmes l i iitAt dépassé la division Me Law el après une marche de 9 1/â milles uous atteignimeâ la rive du Potomac vers les 5 heures du soir. Le fleuve est largo et profond en cet endroit; pour le traverser je fus obligé d*enfourcher mon cheval» et Lawley et moi nous en fàmes quittes pour un bain de jambes, étant dans Timpcasibilité de les tenir hors de l'eau

Arrivés à VVilliamsport, petite ville du Maryland, située sur la rive opposée, nous eûmes la mortiûcation d'apprendre que les généraux Lee

Billets du banque d«« Eiats-Unls dout le dos e«l i>otoi'é en vtti i.

et Longstreet en élaioit partis à 11 heures anat midi. Nam Bona vtnnes donc forcés de poursuivre notre route jusqu*à Hagerstown, à

une distance de 6 milles. Nous eilmes bientôt la preuve des sentiments qtic professaient les habitants de cet endroit. Toutes les maisons en étaient fermées, el la plupart paraissaient même abandonnées. Quelques individus seulement vinrent voir passer les troupes, mais il était éi^ile de lire sur lenrs physionomies le peu d'agrément qu'ils trouvaient à ce spectacle.

Après avoir traversé la ville nous ne pAmes obtenir aucun renseignement certain sur la direction qu'avaient prise les deux généraux, et nous ne trouvions à nous loger nulle pari, lorsqu'enfin vers les 9 heures dnsoir, harassés de fatigue, nous entrâmes dans hi nkison d*an Hollandais que la vue de Vor seule pût rendre qudque peu traitable, car nous avions beau lui dire que nous étions des voyageurs anglais, cela ne produisait aucun effet sur lui Bien que j'>'nss(> fait 17 milles celte journée^là, el que j'eusse volontiers ôté mes bulles, Je ne le fis pas, car c'était la seule paire que je possédasse et je n'eusse pas été certain de les retrouver & leur place le lendemain.

Samedi juin. Lawley s'est trouvé si mal ce matiu qu il lui a été impossible de remonter k cheval. £n conséquence j'ai disposé de sa monture pour faire une tournée avant le lever du soleil, dans les environs, .rallais à la découverte dés deux généraux. Enfin, après ime course (le H nulles, j'atteignis le général Lnngsfrcct vers les 6 1/2 heures du nialin^ au moment oîi il se disposait ù so niellre en marche. Dés que j'eus décliné mon nom et mes titres, eique j'eus fait connaître les circonstances dans lesquelles je me trouvais, le général et son étatmajor s'empressèrent de m'étre agréables. Le général envoya aussitôt une ambulance à Lawley et vonlul que je fusse son convive pendant tout le temps que durerait la campagne. 11 m'appril (ce que j'ignorais alors) que nous étions en Pens|lvanie, dans une contrée ennemie, le Maryland n'ayant de ce céié qu'une largeur de 10 milles. Il m'avertit qu'il y avait dans les bois des environs des batlcurs de broussailles qui tiraient sur les traînards qui ne se doutaient de rien, et qu'il y aurait du danger à voyager seuls comme nous le faisions.

Le général Longstreet esl originaire de l'Alabama ; sa taille est celle d'un homme trapu ; il est âgé de é3 ans. Avant la guerre il était major d'infanterie et il comniandc actuellement le premier corps d'armée du Sml. II esl en relations intimes et constantes avec le général en chef Lee, qui apprécie beaucoup son jugement. Il passe cUea; les soldats pour le plus vaillant f,nierrier de toute l'armée.

Au sujet de leur eaUée en pays ennemi, le général me dit que bien qu'il fût en droit d'user de représailles, et de ravager le pays par des

incendies, il ne le ferait pas parce que cela démoraliserait le soldat çt que la sévère discipline à laquelle il était fait, pourrait en souffrir beaucuu]). Il est dune bien décidé à respecter la propriété privée.

A 7 heures je retournai^ accempagué d'une ordonnance, à la ferme

où j'avais laissé Lawley, e! npn^s in'étre assurô que tou(es les disposifions Hvaicnt été prises [lour rainbulancp, je rejoignis k pas le grnéiai Longstrecl qui se trouvait dans le voisinage de Cliambcrsburg, ville de la PeosyWanie, à SX milles de dislaiice de Hagerstown. i^allftis de eoiDplignie avec la division Hc Lew, et je reiiKUM] uai que dès leur entrée en I'on?ylvr\[ii«' les soldats rompaient les palissades de clmqiie ciHé lîe la rouif iiliii (le lui donner une larj^eur suffisante pour <fue les lioiiinies cl les fourgons pussent marcher de iront. C'est le seul Uouiiiiage que j*aie vn eommetlre aux propriétés privées par les eonfédérés.

€etle partie de la Pensyhanle e^t dans un état florissant; la culture des terres est on ne pont mieux soignée, cl l;i population comparée à celle Sud est de beaucoup plus dense. Comme le l)élail et les chevaux avaient été enlevés par Ev\clt, les travaux de la campagne se Irenvaient en ce roomeot inlerrompus.

En passant par Greencastlc nous trouvâmes toutes les maisons ainsi que les fenêtres fermées. Les habitants, dans leurs habits de dimanche, étaient sur le seuil de leurs portes, à regarder passer la troupe ; ils n'avaient pas l'air de prendre grand plaisir à cette vue. Pas un seul inUiant n'eut à souffrir en quoi que ee soit de la présence de ces soldats. Des sentinelles placées à l'entrée des principaux édifices, avaient pour consigne de n\v laisser pénétrer aucun homme de la troupe, sous quelque prétexte que ce fAt.

J'entrai ù Gbambersburg vers les G heures du soir. C'est une ville assez grande et importante. Toutes les maisons étaient fermées ; les habitants se trouvaient an fenêtres des étages supérieurs, on bien dans les nies^ regardant d'un nir menaçant et courroucé les troupes confédérées qui marchaient gaiment aux sons de l'hymne national.

Les femmes, en général jolies et élégamment mises, faisaient des remarques piquantes et désagré ables. J'entendis l'une d'elles qui disait : « Voilà Tarmée de Pharaon qui ra traverser la mer rouge ! > D'antres en montrant du doigt la bande déguenilh'-e du co/tpt de Uood, faisaient entendre leurs rires moqueurs. Cette divisiun que commande Hood, réputée pour la vaillaïu e de ses soldats, est composée de Texiens, d'AIabaniiens et d'Arkansiens. il faut le dire, ces gens-là ont l'apparence hi pins misérable, ils ne sont point vêtus eomme les autres trou* pes de Tarmée; quelques-uns portent en guise d'uniforme un lambeau de vieux tapis ; d'antres ont laissé leurs souliers dans la boue et s'en p;i^^e!ii. Tons oni l'air «le vrais gueux, avec les guenilles et la crotte doui lis sont couverts ; mais malgré cela ils sont pleins de bonne humeur et de confiance en leur général Uood. Ils répondaient en riant et plaisanlaift à toutes les railleries des dames de Chambersbourg. L'une d'elles, qui avait jugé à propos d'orner son sein d'une larpe lianderolt^ anv ronleiirs du Nord, se tenait «ur le seuil dosa porte, en manifestant tm souverain mépris pour les rebelles aux pieds nus. Plusieurs compagnies avaient déjà passé sans rien remarquer, lorsqu'enfln- un soldat du Texas s*approcba de la dame, et lui dit: « Prenez garde à vous! les gnllarde du général Hood sont terribles lorsquUl s'agit de monter à

Tassant <în remparts sur l»"?qMeIs flottp le pavillon eiiiiciiii. » A Fouie de ceâ |)iu'oler la dame Jugea ^)rudeul de fuire prompte relraile.

Des feninelles fureol placées à reairée des priacipeux édifiées de la ville, et il fbt défeadii de se montrer dans les mes à Texceplieii des militaires apprlr^s par lo rltnoir de leur office. Quelques liataillons ne firent qno travcrsci la ville pour aller établir leur bivoiiac sur la route de Carlislc. D'autres en sortant prirent à droite et allèrent occuper le terrain prés la barrière de péage de Oettysburg. Je trouvai les généraux Lee et Longstreet dunpés à 3/4 de Heoe de cette ville, le long de la rnufe (\\n y tonduit.

Le gf'iu rai Longsîreet renit à sa table et me présenta aux majors Fairfax et Lalrobe, ainsi qu'au capitaine Rogers, qui composaient le personiiel de son élatHm^or. Je fiis aussi présenté an commissaire en chef, major ]fos< s, dont je devais partager la tente. C'est leplus jovial, le plus amusant, le plus sociable 1 ■ t us l^s lUs d'Israël que j'aie jamais f^n l<» bonheur de reneoutrcr en ma vie. Les autres officiers attachés au ijuarlier général étaient le colonel Sorrell, le lieulenanl-colooel Manning (oOtcier d'ordonnance), le major Walton, le capitaine Gerce et le miQor Clark. Ils étaient iptoéralement d*nn accès facile et disposée à nous être agréables.

î.awley est entre les mains des trois docteurs (killen, IJraksdale et Maury qui sont attachés au quartier général. Ces personnages vivent plus splendidement que les généranx eux-mêmes.

Le m^or Moses me dit qu'il a Tordre de faire visiter les magasins de vive force, et de se poun*oir de tout ce dont Tarnjée a besoin, mais d'une manière régulière et oflirielle, en donnant un re(,u, garantissant la contre-valeur en monnaie confédérée. On doit croire que les propriétaires des magasins se seront empressés de les vider i Tapprocbe de l'armée du Sud. En passant ici il y a 8 jours, Ewell n'aura pas manqué non jilus (Pi^nlever tme bonne partie des dépôts. Malgré tous ces indices iMoses eut encore la bonne < I im f de ib'couvrii une cargaison d'excellents chapeaux de foutre qu'où avait cachés dans une cave et dont il s^empara.

On m'a fait ce matin l'énumération de toutes les troupes qui ont passé le Potomac, ainsi que des pièces d'artillerie qui les accompagnent.

Les munitions de tout f't nre sont considérables, car plus l'armée fera de progrés en i)ays euuemi, et moins il sera facile d'entretenir les cmumunications sur ^es derrières. C'est ce qui fui&aitdire aux ofliciers de l'élat-mijo)^ * * Dans tontes nos batailles nous avons toujours eu pour principe de remplacer nos munitions épuisées par celles que sous captur^nm sur l'ennemi. > Cette nécessité paraissait être devenue pour eux une i < gle habituelle de conduite telle qu'ils n'avaient jamais le moindre souci du leDdeiiiaia.

Depuis la prise de Wiscbester Ewdl n'a cessé de fiiire des progrès en PÛnsylvanie. Il a déjà envoyé une grande quantité de vivres et de bétail, des chevaux, des mules, des fourgons. II se trouve à présent dans les environs de Cerlisle» mettant la contrée à coatribulioa,

et foisanl supporter à la Pensylvanie tout le lanleau de la guerre, far>

deau qui n pos<' si rudement sur h Virginie f|«e cette province se trouve aiaintenanl entièrement niin«'c. Les corps d'armAe de Hill et de Longslreet sont campes autour de Oarli!>le. Les soldats sont dans les meilleures dispositions, pleins de eonfianee dans Pavenir.

Dimanche / '"?f A l'exception dos généraux, il nVst permis à aucun officier ou suldat d'entrer à Cbaiiibershur^; sans un ordre spécial du général Lee, qui ne Taccorde qu'avec peine. Des officiers de haut rang n'ont pas mttae pu en obtenir.

Moaes est en|i4 atyourd'hui en ville vers les 11 heures du malin et a sommé les habitants de lui livrer des rations diverses pour toute l'année, et pour trois jours. Il leur annonce qu'il se les procurwn par la force, si on ne veut pas les lui fournir volontairement.

J'ai clé présenté an g^<^néral Hood ce matin : c'est un homme de haute taille, mince, ayant le rejçard perçant, la lace grave, la baibe blonde. Il est ftgé de 33 ans et passe pour un des meilleort généraux de l'armée.

îl est adoré des troupes du Texas et de TAlabania. Avant la guerre

il commnndnit la brigade du Texas, mais aujourd'hui il e^t k !a lôte d'une division. On accuse ses troupes de sauvagerie, d'iudotîlité; il faut en effet que les chefs usent d'une grande sévérité pour réprimer chci leurs soldats le penchant au pillage.

J'arrivai A Ghanbersburg vers midi et trouvai Lawley dans un réduit de VbM Franklin. Nous eûmes beaucoup de peine à pénétrer (î:ins ]t^s appartements de l'intérir toutes les portes étant fermées à ciel et senleiuenl ouvertes aux pcrs^niin^ de connaissance. Lawlev avait passé une bien triste journée dans son ambulance de lu veille , il ulait épuisé de fatigue. Personne dans ThAtel n*avait l'air de s'inquiéter de lut» et rao^•méme j'éprouvais des dési^préments de tout genre.

J'étais entouré d'une demi -douxaine de virngos qui m'accablaient de leurs grossiers quolibets. J'avais beau lenr fine que j'étais anglais, venu simplement pour voir et non pour combattre, elles s'obstinaient à n'en vouloir rieu croire. Elles voulaient de toute force que je fusse OU un rebelle en un Yankee. Cette dernière expression me fit comprendre que le terme de Yankee est usité chez les Pensjrlvani^s en guise dè reprorhc comme chez les sudistes. I.a vue de l'or que j'offris de changer contre des grecnbacks, lit cependant quelque effet sur mon entourage; peu à peu mes rudes commères devinrent plus traitubles. Biles étaietH ignorantes nu poîni de prendra les Tens peur des

I>és que j'eus procuré à fjavrley une ii aitcment tant soit peu comfortable, je sortis de la ville pourvoir où en éJai» Mnses avec sn fronce. C'est en vain qu'il avait attendu l'arrivée du major et de la corporation qui devaient lui apporter les clefs des principaux magasins de la ville ; il s'était vu obligé d'avoir recoun à la bacbe pour en fiiire l'ouvertura. tadmt en temps les babitanis étaient à flâner dans les raes, d« Tair

îi- plus insouciant, sans faire paraître le moindre signe de mécootenteuieot. Ils avaient laissé à leurs femmes la tAche de résislpr aux cornmitsairct ; «Iles éCaieot tout k fait propres à remplir celte mission. On B*a|iëm?ait dans les rues d'antres soldats que ceux qoi y étaient amenés pour affaire d'ofiice.

Dans la ?oir(^<» je reloumai auprès de Lawley, et trouvai dans sa chambre un oflicier autrichien, en compipj !iniformp de hussards hongrois. Il avait obtenu un congé dont il avait proliié, et ce n'était pas sans peine ni difficulté qifil était parvenu à passer le Polomac pour rcjointli .« l'armée du sud. Comme il manireslait Tintenlion de porter son uiiifoi me à rordinnire je lui fis oI)>erver que cbezies confédérés il était de règle de ne tolérer ancunr- distinction dans le costume, et que lorsque quelqu'un se permettait de l'enfreindre il s'exposait à des railleries qui fimaaaient par être biqonrs désagréables.

Vers les 6 heures du soir j'étais au camp. Le major Moses ne rentra qu'assez tard, et de très mauvais humeur de n'avoir pas mieux réussi (I in^ -1 mission. Il s'était cependant donné une peine infinie, et avait patiemment enduré l'affront des dame<? dp la cit.'. qui ne s'étiient fait tnenn scrupule de lui donner entre beaucoup d autres épithèles, celle de oofenr et de w^UtbI. Mais tout cela lui était bien moins sensible que le désappointement qu'il avait éprouvé et éprouvait encore en voyant Ions « es mapasins vides, soit que les provision? qu'ils renfermaient cusseulété sorties à l'avam o, on qu'elles eii^^f^nt èlé setdement cachées, ce que le général Lee ne permettait pas qn on voj iliàl.

Tout ce dont il avait réussi à s'emparer consistait en mélasses, sucre etwbiskey! Le pauvre Moses en est au désespoir; cependant il lui reste eneorc assez de bonne humeur pour répondre, sans trop se fftcber, aux ta(|iiinf.'ries et aux malins propos de ses rompajmons d'nrm»^ qui se plaisent à lui faire répéter les épithèles des dames de Cliiuiih» rsburg. Il raconte même comme quoi ces citoyennes de l'Union refusaient avec mépris le pq»ier monnaie du Sud, qu'elles appelaient de la vilaine drogue et finissaient par accepter des vieilles pièces de billon tout effacées.

Lundi i^j'iitn. Notls sommes encore à Cluunbersbourg. Lee a doué

l'ordre positif de ne pas user de représailles, ce qui a produit gêné* ralcment un bon effet. Cependant j'en entends qui se plaignctit <le ne pouvoir obtenir vengeance des maux qu'on leur a causés, et il ne faut pas s'étimner de voir surgir de tds sentiments, lorsqu'on sait qu'un grand nombre d*ofliders et de sdMato de Tannée sudiste ont été complètement ruinés par les dévastations des troupes du nord.

A i".liainl)ersl)Our{,' je fus témoin des bons procédés des soMats envers les habitants. J'entendis ua soldat dire à un autre qu'il n'aimait pas à séjourner dans uuc ville où ils étaient ainsi détestés. Pour celui qui avait vu, comme moi, les ravages exercés par les troupes du Nord dans les villes du Sud^ il ne pouvait qu'être surpris d'une tolérance pareille. Pourtant celte partie de la Pensylvanie qui est peuplée de descendants

liolkaidais m parait rien moins que recoonaissante des prœMéa sudistes ; elle n*« nullement l*aîr de se souvenir que les troupes du Nord, pendant les deux prerniôrps anni'es de la guerre, ont fait dix fois plus de mal que celles liu Sud n'eu lont dans les contrées du Nord. Ces iadigènes pensylvanicus dont je parle m'ont paru dépourvus de tout senlimenls patriotique» ; peu leur importe de quel cAlé leur arrive le gain^ pourvu qu*il arrive seulement. Us abusent de Lincoln d'une manière indigoc.

f»'oi ilinairfi dans une arniéo aussi nombreuse que celles-ri il doit y uvuir de mauvais drôles, toujours enclins à la rapine et au pillage, dès qu*il8 peuvent le faire impunément ; les traînards qui suivent de loin rarmèe ne laissent pas de eauser aussi du désordre. It est impossible de tout prévenir; mais rien nVsl négligé pour tout ce qui peut assurer la prolf^riion de la )>ropriéti' privée, et je dois dire, d'après mes propres observations, qu'un a réussi admirablement dans ce dessein. On m'a cité seulement quelques faits rares de soldats qui, rencontrant des gens bien mis, leur ont, sans autre compliment, pris leur chapeau fin pour l'échanger contre un touti'àpé. Lorsqu'il s'agissait de l'échan;:' (I nné pnire de bottes le désagrément pour le perdant devait être plus grand encore. Quant à l'habit superOn il n'y avait pas de risque qu'il fût enlevé.

Le général Longstraet est à Tordînaîre très taciturne, cependant ce soir je suis parvenu à Tintéresser, en mettant la conversation sur le Tcvas où il a séjonrné assez longtemps. II ma parlé de plusieurs personnes (pi'il y avait connues, et m'a paru prendre plaisir à entendre le détail de mes voyages dans cette contrée. Comme je le complimentais sur la manière mcemplaire dont les factionnaires «feulaient leur consigne, sur leurs bienveillantes attentious que les soldats réguliers étaient loin d'avoir, il me dit en riant qu'un factionnaire, en refusant l'entrée du camp, ne pouvait f iirc autrement, si on le demandait, qu'indiquer la voie la plus sûre pour ne pas être exposé à rencontrer un autre fac* tionnaire.

' J*ai vu aujourd'hui le général Pendieton et le général Picket. PouUe-

ton est le général en chef de l'artillerie, c'est un élève de We8t-P<nnl. En temps de paix il remplit le poste épiscopal de Lexington en Virginie. Bien différent du général l'olk il a trouvé le moyen do joindre une profession à l'autre. Quand l'occasion de faire un sermon se présente il ne la néglige point, et c*est pour être prêt à tout événement qu*il porte à Tordinaire un sui^lis sur son uniforme.

Le général Picket commande une des divisions du corps d'année de Longstrcct. Il porte les cheveux longs cl honclés et me parait avoir un caractère sombre ci uiclaDcolitpie. Ce fut lui qui, il y a i à 5 ans, alors qu'il n'était que capitaine dans l'armée des Etats-Unis, flgura dans la difUcnllé qui s'élait élevée entre FAngleterre et l'Amérique du Nord, au sujet de Tlle Si- Jean, lorsque le général Hamey y commandait.

Mardi 30 juin. Ce matin avant de quitter Ghambersboiug le général

LûBgsIreet m$ présenta an ootnmandanl en obef. Le général Lee est an des plus beaux hommes de son âge 4|iie j'aie vos en aaa vie. H a 56 ans, la taille élevée, les épaules larges. Je corps bien proportionné,

loulfl l'apparenrp d'un guerrier ; ses manicres sont on ne p*'i!( pîtis courtoises, el pleines de dignité. C'est le type du parfait gentilliomino. Je ne sache pas d'homme qui ait si peu d'ennemis et qui soit si universellement estimé. 11 n^y a qu*nne vois dans le Sud pour dire que Lee est Tbomme qui approche le plus de la perfection. Il n'a aucune de ces mauvaises habitudes, comme celles de fumer, chfquer, boire, jurer, et ses ennemis les plus déclarés n'ont jamais pu l'accuser d'Aire enclin à un vice quelconque. Il porte à l'ordinaire une sorte de paletot long, usé, et de couleur grise, an chapeau de feutre, à hante forme, et des pantalons bleus replies dans des bottes à la Wellington. Je ne lui ai jamais vu porter d'anftcs ; les trois étoiles qu'on aperçoit au collet de sou habit, soni la seule «listinrtion de son rang militaire. Il monte un superbe cheval pui faitement dressé. Sa mise ordinaire comme sa personne est toujours soignée ; dans les marches les pins ardues je ne lui ai jamais fu un air négligé.

Dans l'ancienne armi'o il passait déjà pour un des meilleurs officiers, et au début Je l;i guerre civile il était lieiitenanl-coionel du 2"^" cavalerie. Il était riche, mais tous ses bieus soûl devenus la proie de l'ennemi. Je crois qu*il ne lui est pas arrivé une seule fois de coucher dans une maison d'habitation depuis qu'il commande en chef l'armée df* Vîrfrirne. I! rf^fusc toutes les invitations qu'on l ui l'ait, de crainte que la jiersonne qui exercerait cette hospitalité ne lùl tut ou tard recherchée pour avoir donné refuge au générai de 1 armée rebelle. Les relations intimes qui existent entre lui et le général Longsireet, sont vraiment touchantes ; on les trouve presque toujours ensemble. Les soldats et officiers de Longstrcel se plaignent de cet C'U:i de choses, parce qu'il ne leur arrive jamais, disent-ils, de faire la momdre expédition détachée comme c'est le cas pour la troupe du général Ewcll.

On ne pourrait faire plus de plaisir à Longstreet qu*en faisant Péloge de Lee. Je ne crois pas qu'il y ait an monde deux généraux comme ceux-là^ aussi peu nnibilieux et aussi peu égoïstes. Ils n'aspirent l'un et l'autre qu a voir la guerre terminée^ pour aller se reposer en pais dans une retraite obscure.

Stonewall Jackson, qui commanda jusqu'à sa mort la troisième division de l'armée, était aussi une de ces natures candides entièrement

dévouées à la patrie.

Le général Lee est attaché à sa religion, sans être pour cela aussi démonstratif que Jackson, qui n'était pas comme lui membre de l'église anglaise. Le seul défont qu'on pdsse lui reprocher, pour autant iiue j*ai pu m'en apercevoir, c'est d'ëtm aimable à l'excès.

Quelques soldats tcxiens ont été envoyés ce matin 4 Chamhenhuig pour déiiuire des barils do whiskey qu'on ne pouvait pas emporter. Leur discipline était iriisp à une rude épreuve, car ce «levait être bien dur pour eux de devoir déli uu e leur v^hiakey bien aimé, dans une ville

où ils entraient pour la première fois. Néanmoins Ut se mdiiisirant

en braves solfînts et firent lenr dovnîr,

Nous fîmes une marche lie 6 nulles sur la route qui conduit àGettys* burg et établîmes uolre camp près d'un village appelé (je crois) Greeowood. Je monlaislevieuxcheràlde Lawley ; lai et rAatrichien avaient lait nsage de l'ambulance du dœleur.

Dans la soirée le ^auéral Longstreet me dit qu'il venait d'apprendre que Hooker élait toaibé en disgrâce, et que Mcade était appelé à le remplacer. Il avait connu ces deux généraux déjà avant la présente guerre, il me dit que Meadc était un homme honorable et respectable, bien qu'A ne soit peut-être pas aussi audacieux que Heolter.

Je m*enlretins assez longuement avec quelques officiers, sur la bataille qui ne pouvait î?lre jilus longtemps difft'i'ée, et Redonnerait dans la contrée où nous riions, cl non diins la direction do llarrishurg comme nous 1 avions supposé d'abord. Ëweii qui venait de mettre York et Garlisie à contribution avait reçu l'ordre de rejoindre Tarmée.

Naturellement tout le monde tel est confiant dans Tavenir. ComoM je faisais la remarque qu'il serait avantageux, dans le cas où la vic toire se <i«'clarerail pour eu\, qu'ils eussent h leur disposition de la cav ilme pour tomber sur l'infanterie (^n d<''sordre, je fus fort surpris lorsqu'on me dit que leur cavalerie n'élail uuUemeul propre à cela. En effet les hommes du colonel Sluart, bien qu'excellents lorsqu'il s'agit de faire une razzia, de capturer des wagons et des magasins, de couper des communications, semblent être inhabiles à exécuter une charge dans une bataille, lorsque les circon^ffinrfs Texigent. Bien différents dr's cavaliers de Tarmée de Bragg ils porleut des sabres dont ils ne tout aucun usage ; leurs carabines et leurs revolvers sont les seules armes qu'ils connaissent. Lorsqu'ils sont à cbeval ils portent leurs sabres entre la jambe gauche et la selle, ce qui leur donne un air asses comique ; cela ne les empi^che pas d'ôtrc bons cavaliers ; Jours rbf vnnx sont généralement de bonne race. L'infanterie et l'artillerie ne paraissent pas faire un bien grand cas de la cavalerie ; il n'est pas rare d'entendre des railleries à son sujet.

le lus forcé de laisser ici mon cheval qui était tout bottenx, et ne pouvait plus servir.

Merrrffli 1-^^ jniUet. Nous n'avons levé notre rrimp ff ne vers midi parce que à peu prt'^s toutes les Iroiipes du corps de HjU devaient précéder notre marche dans la direction de Gellyshurg. Une division d*Bwdl àenài ausa nous rejoindre dans les envir(ms de Greenvvood; fo corps d'armée de Longstreet formait l'arriére-garde.

Pendant cette matinée j'ai fait la connaissance du colonel Wallon qui commandait précédemment l'artillerie de Washington. Il est maintenant chef d'artillerie du corps d'armée de Longstreet ; c'est un gros homme, ci-devant commissaire priseur à la Nouvelle-Orléans ; je crois qu'il retournerait bien volontiers à son marteau d'enchères.

Peu ^rès nous être mis en marche nous passions un défilé de ces montagnes du Sud, à crêtes bleufttres, dont la chahie eat inlenrompno TOMs n. S3

par le Potomac, ;\ ffarpers-Ferry. Le passage que nous avicms devant

nous est ravissant du beauté.

Les troupes avec lesquelles nous cheminâmes d'abord en compagnie apparleiiaieBt à la division Johnon du corps d'EwelL Cett alors que je .vis pour la première fois la fameuse brigade Bra$ dt fer commandée

autrefois par Jackson. Les soldats au premier abord me paraissent peu différer des autres troupiers, setilement \h sont plus fiç:H rpje les autres; il y a peu ou point de jeunes recrues parmi eux. Tous sont Virginiens, à Peieeption je d'an sent r^iiment. Comme ils ont presque Um- JODis foit partie d*vn détachement, opérant seul, ils n*ont pas eu Toecasion de connaître le général Longstreet, si ce n'est de réputation. La jilupnrt venaient me demnnder si le {ïfnéral qu'ils apercevaient sur le iront de la ligne était le gi-uéral LoDgslreet, et sur mon affirmative, ils mettaient le cheval au galop afin de pouvoir aller c(mtempler le plus vite et le plus prés possible celui qui était l'oiqetde leur curiosité bien naturelle. T'était aussi selon moi, un bel hommage rendu i un général par des soldais qui venaient de faire une longue marche.

A deux heures après midi des détonations se firent entendre distinctement, et, bien que leur fr( (|nence augmentât à mesure que nous avancions, cependant il ne parut pas que ce fût bien sérieux. Un espion que noQS avions parmi nous, mettait une grande importance à nous faire savoir que là-bas autour de Geltysburg et dans la ville il y avait joliment de capotes bleues (blue beliies). Il les avait vus trois jours auparavant.

Après la revue que nous venions de faire de la division Johnson, nous en vînmes à la brigade de la noiMe qui fidt partie du eorpa du génénd Hill, mais comme il avait servi précédemment sous Longstreet

ce général ne lui était point inconnu. J'enlendais dire ;\ Tiin des soldats qui venait de voir passer h> 'nôral : Pour sûr nous aUotu avoir de la batogne, car le vietur bonii do(jui' csl revmu.

Vers les 3 heures do l'après midi ou vii arriver quelques blessés à Tarriére-garde, mais bientôt le nombre augmenta d*une manière sensible, les uns marchaient en clochant, les autres étaient portés sur des brancards : fpielqties- tins dans des ambulances étaient presque entièrement dépouillés de leurs vêtements, et laissaient apercevoir d'horribles plaies. La tel spectacle, si révoltant pour des personnes qui u t-u avaient pas l'habitude^ ne laissait pas la moindre impression de crainte ches les antres soldats ; ils n'en allaient pas moins au feu avec une insou* ciance sans ^nrtMUp ; ce n'était ni entrain ni entliousiusme chez eux, mais une complète iiulifTérence. Tel est l'effet produit par deux années de combats presque continuels.

Voici maintenant les Yanhees prisonniers qui arrivent en assez grand nombre. (hiri<|nes-uns d*entr^eux étaient blessés, mais ils paraissaient

être déjà en très bons termes avec leurs vainqueurs, à voir les échanges qu'ils faisaient en tabac, etc. Dans le nombre se trouvait un colonel pensylvauien qui avait la face hornblemeut déOguréc. J'enteutUs l'un

de CCS prisonniers dire en riant à un nuire qui lui adressait une ques* lion: f Nous voiià déjà joliment couditionnés. >

Notts abordftmes ensuite un soldat oonléAéré 'qui emmenait nn Tankee de couleur, du régiment pensylvanien à ce que je suppose, qull virait de faire prisonnier.

Ce pouvait être à heures 3Ù minulcs lorscine nous arrivâmes en vue do Gettysbui^. Nous avions rejoint les généraux Lee et Hill qui avaient pris position sur une de ees hauteurs qui aTOisineot Gettysbui^ et donnent à la contrée environnante une physionomie tonte partienlière. Nous pouvions voir de ]h Tennenii qui se relirait SUr les Cfétes oppo* sées, poursuivi par les cris des conftVfért^s.

La position dans laquelle l'ennemi u été forcé, était cvidetument très iurte. D nous a paru qu'il avait appuyé sa droite à un cimetière siur le sommet d*» crAte élevée qui est à la droite de Geftysburg.

Le général ilill vient d*arriver, il me dit qu'il avait été indisposé toute la journée et en effet je lui trouvai mauvais visage. Il me raconta que ses deux divisions avaient été engagées, qu'il avait repoussé l'ennemi à la dislance de i milles, faisant un grand nombre de prisonniers, prenant du canon et quelques drapeaux. Il i^ouiaitque l'ennemi avait déployé plus d'énergie que de coutume dans sa résistance. Unous flt remarquer un chemin de fer de traverse où il rtvait fait bonne contenance et aussi un champ au centre duquel un homme avait planté le drapeau du régiment. Us s'étaient tous ralliés à ce signe, avaient combattu pendant quelque temps avec une grande résolution, et quand enfin ils avaient été forcés de Caire retraite, le porte-enseigne était resté le dpmier sur la place, et n»' s'était retiré qu'à pas leni«, ?e retournant de temps h antre et menaçant avec son poing les rebelles qui avançaient sur lui. Le général Hill disait qu'il éprouvait un sentiment pénible en voyant un aussi vaillant Yankee s'exposer ainsi à la mort.

Le général Ewell qui est arrivé vers les 3 heures 90 minutes sur la droite de l'ennemi, seulement avec une partie de son corps, a aebevé la déconfiture.

Le général Reynolds, un des meilleurs généraux de l'armée Yankee, a été emporté mort du champ de bataille. Tandis que néus parlions,

un message du général Ewell arrivait à l'adresse du général Hill pour lui demander de diriger une attaque de front sur l'ennemi pendant qu'il en ferait autant sur la droite. Le mouvement eut lieu assez lentement, mais l'ennemi était fortement retranché, et d'ailleurs il était trop tard pour faire une attaque en r^le.

Gettysburg avait été occupée par les troupes d'Bwell ; cette ville était pleine de morts et de hles^és de l'ennemi.

I'' montai sur un arbre d'où je pouvais dominer toute la contrée, et me luire une idée générale de la position de Tennemi, bien que les forêts de sapin me dérobassent la vue des soldats sur ees hauteurs.

lî était nuit lorsque le feu cessa de part et d'autre. J'accompagnai à cheval le général Longstreet et son état-major m rjuarlier général qui était fixé à Casblown, petit village à 8 milles de Gettysburg. Les

troupes disséminées le long de lu roule, allaienl se lueUre en marche vers les posiUons qa*ell«8 devaient occuper le leDdemain.

Danf; l'engagement qui avait eu Heu dans cettlc journt'c on avait fait 6000 prisonniers, et pris iO canons. 20000 coniVtli'rés avaionl pris part h l'action. Du cAt^ de l'enncnii les denx corps d'arniée avaient été engagés. Je crois que les prisonaiers appai tienneat au premier et au iU corps. CéUât le prélude de la ffroue bataille qui détail a?oir lien le lendemain. Je remarquai que Im hommes qui étsieiit chargés du soin des dievaux de l'artillerie, creusaient des trous en ptiisc de fossés, en rejetant tonte la terre h l'une des extrémités. C'est là (^*ils se tiennent blottis pendant qu'on tire.

Ce soir i souper le géiéml Longstreet parlait de la fOsitioD de IW Bcmi comme étant da fUu formidàNeê. 0 ne doutdl pas ne profitât de la nuit pour augmenter ses moyens de dérensc.

Les officiers de Tt-tal-major étaient pleins df» confiance dans l'issue de la bataille, et le sentiment générai du 1 armée était un profond mépris pour un euemi qu'ils gTaient hattu si souvent en loi faisanl éprouver des pertes sensibles.

Jeudi 2 juillet. Nous étions tous sur yicd à 3 heures et demie, et avions déjeuné d/'jà avant qu'il fût jour. Lawley voulait absolumont monter à cheval malgré son indisposition. Le capitaine et luui étions indécis eomment noua nous mettrions en route, lorsque le major Clark (de Tétat-major) voulut bien m'accommoder d'un de ses chevanx. Le major Wallon en fit autant pour le hussard autrichien.

Le colonel Sorrell, rAutrichien et moi nous arrivions vers les 5 heures à la même position où nous nous trouvions la veille. Le capitaine Sehreiberl èb Tarmée prussieiuie, et moi, nous nous hftlémes de prendra poste sur un arbre à notre portée.

Les génf^raux Lee, Ilill, Longstreet et ITood i Iinisiimt précisément l'omplacement au-dessous de notrt^ arbre pour tenir un conseil de guerre ; les deux derniers y assistaient avec leurs Itàtons blancs suivant la eoatume américaine. Le général Heth était aussi présent; fl avait été blessé à la téte dans le combat de la veille, et bien qu'on ne lui permît pas de commander une brigade, il avait voulu néanmoins assister comme spectateur.

- A 7 heures je parcoturus une partie de ia plaine avec le général Longstreet et je le vis assigner à la division Lav la position qu*eUe devait garder dam Fengagemenf qui allait avoir lieu. Ûennemi occupait les collines environnantes dont les sommets étaient boisés, et de là au lieu où nous étions il y avait des vallées où le terrain était cultivé. Sa droite s'appuyait sur un cimetière, et sa gauche sur un rocher élevé, autant que je pouvais etk juger de }<rin. V» fiffces de l'cmMmi, qui consistaient vraiaembiaUemtnC dans Taimée du Potonmc, ou du moins en très grande partie, s'étendaient sur un espace qui M me paraissait pas avoir guère plus de 2 milles de longueur.

Les confédérés étaient massés en demi-cercle sur une ligne de 5 à ft nillea d*élsidne. Ewall occupait Taile ganche avec son quartier gè-

néral dans une «'glise dont la coupole clail très ('lev<^c, ù Gellyshurg. HUl était au centre et Longslrect à l'aile droite, i^s hauteurs de terrain que mi flvioM éê notre cdté- étaient couvertes de pins jusqu'au tomnel et se terminaient en pente douce. L'artillerie était placée sur la lisière» en regard de celle de renncmi ; quant aux troupes elles étaient cntiAromonl cachées par les arbres. I/enncmi était enfermé dans ses retranchements tandis que les sudistes n'avaient qu'un terrain uni devant eux. Un silence de mort régpa Jusqu'à 4 heures 4o minutes de raprès-Didi, et personne n'aurait imaginé que de teUes masses d'bommes et vne aussi formidable artillerie auraient commencé rœnvre de destruction à une heure aussi avancée de la journée.

Il n'y avait que deux divisions de I.ongstreel de présentes, celles do Law cl de Hood; celle de l'ickell formait l'arrii^c-garde. Comme toute la matiace avait été employée à disposer les troupes pour Tuttaque, j'avais profité de ce temps pour bire une tournée à cheval à rextrèma droite, avec le colonel Manning et le major Wallon. Nous mangeâmes là une quantité de cerises^ et nos chevaux trouvèrent aussi de leur cété de la nourriture en abondance. Nous nous baignâmes dans un petit courant d'eau, mais ce n'était pas sans crainte de ma part, car je savais que nous étions hors des lignes, et par conséquent exposés aux surprises de la cavalerie.

Vers une heure de l'après-midi j*avais rencontré sur la route un assez grand nombre de prisonniers yankce ; c'tMaient des traînards isolés qui s'étaient laissé surprendre. J'appris d'eux qu'ils faisaient partie du corps de Sickles (3>"o corps à ce que je crois) et qu'ils étaient arri< vés d'fimmetsburg pendant la nuit.

Ce fut i peu prés dans ce moment de la journée que quelques coups de fusil furent échangés de part et d'autre.

Vers les deux heures de l'après-midi fr''n('ral Longslrcet m'avait fait dire ipie, si je voulais voir la bataille tout à mon aise, il me conseillait de remonter sur l'éirbre où je me trouvais la veille. J'avais suivi le conseil et j'étais resté là en observation toute rapWfs-midi en compagnie de Lawley et du capitaine Schreibert. Ainsi que je Fat dit, le plus profond silence régna jusqu'à i heures i6 minirtes« et nous commencions à douter qu'il v e^M le moindre en^gemonl ce jour-là, lorsque tout à coup une violente canonnade se fit entendre à l'aile droite que commandait Longstreet. Immédiatement après, l'aile gauciie comment aussi son ten. L'ennemi riposta avec une égale furie et en quelques instsnts ta canonnade et la fusillade sur toute la ligne devinrent aussi vives que l'on peut se l'imaginer. Une épaisse fumée s'ensuivit, que le peu d'air ne parvenait pas à dissiper. On entendait éclater les obus de tous côtés, et le bruit qu'ils produisaient et la direction qu'ils prenaient étaient différents selon qu'ils venaient de l'ennemi ou de nos batteries, ce qui indiquait une différence dans le mode du système adq»té.

De temps en temps un caisson sautait en Pair; s'il appartenait à reunemi les confédérés se mettaient aussitôt à pousser des cris, ior»-

que les Iroupcs du Sud vont à rallaquc ou qu'elles veulent icruoijfncr le plaisir qu'elles éprouvent elles font eulendie uu cri tout poiliculier. Les aeclanations des Yankee ne différent pas beanconp des ■Mras,' mais pour ce qui est du cri des confédérés leurs ofAciers prétendent que son principal nu'ritc est de produire un effet salutaire et utile sur leurs adversaires. Tel corps sera dislinr::tir' parfois, par l'un de ses régi» menls qui a la réputation d*ètre bon cnutileur.

Dès que le feu eut commencé^ le général Lee alla rejoindre le général Hill qui se troufait wms noire arbre et il resta 1& à peu près tout le temps, lantAt regardant avec sa longoe-vne, tantôt 8*entretenant avec le général Hill et quelquefois adressant la parole au colonel Long de son étaUmijjor. A rordinaire il restait assis tout seul sur un tronc d'arbre.

Je fis la remarque que pendant tout le temps que dura le feu il n'expédia qu'un seul message, et ne reçut qu'un rapport. Il avait sans doute pour système de tout régler et de convenir d'avance avec les commandants des trois corps, puis de laisser à chacun d*eux la faculté de modifier et d'accomplir sa tâche du mieux qu'il lui serait possible.

Au fort de la canonnafîf^ ttno î^ande de musiciens confédi''rés (jui ^tait placée entre rinietiére et notis se mit à jouer des polkas ci dos walses, ce qui produisait un singulier effet avec l'accompagneiucal du siCDement et de Téclat des obus.

A 5 heures 15 minutes, comparativement & ce qui se passait ailleurs, le calme semblait renaître sur notre gauche et dans le cimetière. A notre droite des volées de mousqueterie nous apprenaient que l'infanterie de Long:street avait fait un mouvement en avant, et à en juger par la direction que prenait la fumée on aurait pu croire à un succès ; mais vers les 61/2 heures la colonne cessa d'avancer et elle fit même un mouvement rétrograde. Peu après 7 heures Lee reçut du général Longstreet, par la voie des signaux, ces quelques mots: c Nous agissons bien! •

Un peu avant la nuit le feu se ralentit dans toutes les directions et

cessa bientôt entièrement.

Nous apprîmes alors que Longstreet avait pendant quelqui if irips rompu tous les obstacles, s'emparanl de plusieurs batteries, et chassant ren|ienii de ses positions» niais qo*aussi(6t que la brigade de la Floride, du corps de Ûill, ainsi que d*autres troupes, eurent lâché pied, il se vit forcé d'abandonner quelque peu du terrain qu'il avait gagné, ainsi que les canons pris sur l'ennemi, â rcxccption de trois.

Néanmoins ses troupes allaient bivouaquer cette nuit sur le terrain qu'avait occupé Tennemi daus la matinée.

Tont le monde est vivement peiné en voyant le général Longstreet s'ttqiosw ainsi qu'il le fait et avob si peu de souci de sa personne. Il a conduit aujour^hui un régiment géorgien à l'assaut d'une batterio, le chapeau h la main, et h la tête de la colonne d'attaque. Le général Barksdaie a été tué et Semmes blessé ; mais la plus grande perle est

celle du général HM, Mené au bras dès le commeocMieiit de Tae» tion. Ses Texiens sont au désespoir. Lawley et moi nous nous rendîmes à cheval a\i camp du général en chef qui avait été reporté à un mille en arrière du champ de bataille, où bivouaquait Longstreet avecla majeure partie de son état*inajor.

Le fluger Fairito arriva Ten les 10 heures du aeir, de très mauvaise immeor. Il avait à sa charge 1000 à 1500 Yankee qui avaieul été faits prisonniers dans la journée. Dans le nombre se trouvait un général que l'un de - soMnt^ nrnisait d'avoir été dans un tel état d'ivresse c qu'il avait exposé ses prvtpres gens au feu de ses batteries. > Une telle assertioii ne mérite pas grand crédit venant d'an individu peu soucieux de Teffet que pouvaient produire ses paroles, toujours prêt à prodiguer les serments lorsque cela pouvait servir sa cause. Nous vtmes aussi arriver tout un train de chevaux et de mulcl» envoyés par le générai Sluart et que Ton supposait avoir été capturés par sa cavalerie, qui avait pénétré jusqu'à 6 avilies de Washington.

Vmindi 5juiUa. A 6 heures du matin j'étais i cheval et me rendais avec le colonel Manning sur cette partie du terrain qui avait été si vivement disputée la veille et que rennemi avait fini par reconquérir. Les morts n'avrnfnt 6h' ensevelis qu'en partie, car un grand nombre était encore gisants sur le sol. Il y en avait aussi qui rcspirauni riicore^ mais dont les blessures ne laissaient plus aucun espoir. Au nomhre de ces derniers étaient des Yankee en costume qui semblait être une fausse imitation de celui des souaves. Leurs yeux vitreux^ largement ouverts, firent sur moi^ comme je passais, fat plus pénible im* pression,

Muus rejoignîmes rétat-major des généraux Lee et Longstreet ; ils étaient occupés à reconnaître le terrain et à faire leurs dispositions pour une nouvelle attaque. Gomme nous formions une société asses nombreuse, noos ne pouvions autrement qu'attirer l'attention des pointeurs ennemis, qui nous saluèrent de leurs obus à deux ou trois reprises diiïérentes. Un de ces projectiles mit le feu à un édifice en briques qui était dans nos lignes. Il était rempli de blessés Yankee prindpalenBent, et je crains bien qu'ils n'aient peui4tre tous péris dans les flanunes.

Le cokmel Sorrell a reçu une légère blessure dans le dernier combat, mais il n'en a pas moins fait son devoir le reste de la journiT Le major Wallon a m son cheval tué. Je ne connais pas d autres particu« larités conccruaut les personnes de ma connaissance intime.

Le plan d'attaque de la veUle me paraît avoir "lté leut-àikit simple : une vive canonnade sur toute la ligne pour commencer , puis le mouvement en avant des deux divisions de Longstreet et d'une parUe du corps de Hill. L'enncini ayant été repoussé h queUpie distance, une partie du corps de Longstreet se trouvait ainsi plus lias iniTe. Elle élait plus rapprociiée des hauteurs, où Tennemi s'était retranché d'une for> midable manière.

La distuice entre let cuons des confédérés et la position des Yan-

kee, c'est-à^ire jusqu'aux bois qui couronnaient les crêtes opposées» pouvait »^tro d'un mille au moins \ a* fi^rrnin élail ouvert, légèrement ondulé, laissant libre jeu à i arlilieric. 11 s agissait aujourd'hui de I0 franchir pour Tattaque projetée, ta division Pickett, qui était arrivée (dans la maimée), était appelée A commeneer le feu et à donner l'élan à la colonne entière. Les généraux Ueth et Pettigreu du corps de Hill cîrvaient coopérer an même but. La division Pickei: était réduite à 5000 hommes, deux brigades en ayant «Hé détachées.

A midi toutes les dispositions du général Longslreel étaient prises. Les troupes étaient en ordre de bataille, se reposant à Pembre des arbres ; les batteries étaient prêtes à liûra feu. Le général deseendii alon de cheval pour prendre quelques instants de repos.

Le capitaine Schreïbert et moi nous montâmes à cheval pour aller à la découverte d'une position qui nous permit d'assister au spectacle sans être exposés aux dangers résultaoi du combat qui aiiuit avoir lieu. Après une excursion d'une demi-heure , tans avoir pu trouver de lieu convenable, nous nous déddAmes pour la coupole prés de Gettyshuiy, où EwcU avait établi son quartier-général. Nous étions sur le peint d'entrer en ville lorsque nous fûmes surpris par des détonations, annonçant que la canonnade qui commençait était, si pqs&ible, plus violente que celle de la veille.

Arrivés à la barrière du péage, nous nous trouvâmes au miliea d'un fy/a croisé d'obus venant des deu cétés opposés et passant fréquem* ment au-dessus de nos têtes.

Enfin deux obus à chrapnell éclatèrent tout prés nous, et une balle (le l'un d eux alla trapper l'officier qui nous conduisait. (<ela nous fit changer d'idée à l'égard de la station de la coupole ; toute autre position était préférable à ceDe-là. Un petit garçon de it ans qui était A cheval et cheminait avec nous de compagnie, semblait prendre un plaisir diabolique à voir éclater les obus, et chaque fois que cela arrivait, il poussait des cris de joie. Je ne le revis plus depuis, ni n'ai pu savoir qui il était.

La route qnî conduit à OetijBbufg était couverte de cadavres Yanfcoe, provenant des premiers engagements ; on le reconnaissait A la puanteur qui affectait l'odorat. Nous nous décidions à regagner In collUie

où nous étions la veille; puis, réfléchissant que pour voir le mmbat <\:au< l oiii s ses péripéties et pouvoir ainsi mieux en juger, il tailait se rapprociicr du centre de l'action, je mo déterminai à aller prendre poste auprès du général Longstreet. C'était alors t i/S heures. Après avoir dépassé le quartier oA se trouvaient le général en cbef et son état-major, je poursuivis ma route à travers les bois dans la direction où j'avais laissé Longstreet. .le ne tardai pas à rencontrer des blessés qui revenaient de leur ligne de bataille; qu«d(iues-uns demandaient d'un ton piteux un médecin ou une ambulance. Plus j'avançais et plus le nombre des blessés augmentait. A la fin j'arrivai à un endroit où les blessés étaient en aussi grand nombre que la foule de personnes ^e l'on roDCODtre dans la rue d'Osford à rfaeure de midi. Quelques-

uns marchaient à Taide de béquilles faileà avec deux carabiuei> ; d'autres s'appnyaient sur les bras de leurs camarwles moiiis blessés, et on en voyait aussi sur des brancards ou des ambulances, mais dans tous

Uts cas je puis dire n'avoir vu donner des soins aux blessés que par les personnes désignées pour cela^ portant une plaqoe rouge, indiquant l'ambulance à laquelle elles appartenaient.

Le combat continuait avec la même violence ; les obus emportaient ou faisaient tomber à chaque instant des branches d'arbres , sons les* qnels les blessés se trouvaient, et parfois occasîonnairat parmi eux de grands ravages. Je vis tout (■cla en beaucoup moins de temps que je n'en mets a récrire, et, bien que je fusse surpris à la vue de tant de blessés, je n'en avais pas encore vu assez cependant pour me faire une juste idée de tonte Tétendue dn mal.

Gomme je m'approchais du général longstreet , je vis un de ses régiments qui s'avançait en bon ordre à travers le bois pour aller à l'attaque, fc [»t>n<^ais que le moment était venu de bien voir et je ilis au général u que je n'aurais pas VQUlu pour beaucoup avoir manqué cette occasion. • ^

Loogstreet était placé au haut d'une clôture de. branches entrelacées, sur la lisière du bois ; il gardait un sang'^roid imperturbable. Il me dit en souriant : • Diable! vous ne l'auriez pas voulu, ilites-vous ! Pour moi, je voudrais bien que celte orrnsion ne se fût pas prhentée; nous avom altuqué; nous aïons été repousses, voyez vous-même ! »

Pour la première fois je pouvais embrasser d'un coup d'ceil toull*es^ pace compris entre les deux positions, et je vis les troupes confédérées rentrer dans leur première position d'avant le combat, lentement, d*un air triste, par petites bandes détachées, et sous un fcii violent d'artillerie. Ce n'est pas là où nous étions que le ravage était le plus grand, c'était plutôt à i'arrière-garde, où les obus àJataicnt en très grand nombre.

Le général me £t que la division Pickett avait d'abord réussi à emporter la position de l'ennemi et à s'emparer de ses canons, mais que 20 minutes après elle avait été obligée de rétrograder, entraînée par la retraite de llelh et de l'ettigren sur sa gauche.

Il n'était pas poss>ible de posséder plus de sang-fioid qite le général Longstreet dans les circonstances aussi pénibles où il se trouvait, menacé d'être débordé par l'ennemi qui faisait toutes ses dispositions pour en arriver là. Je pus apprécier alors toute la vérité du terme qu'on avait appliqué au général en l'appelant bulldog (honledogue). En vérité les diilicuHés semblaient l'exaspérer toujours plus.

Lorsque je rejoignis le général, il n'y avait auprès de lui que le colonel Walton, les autres offîders étant en activité de service. Quelques minutes apr^ arrivait le général Latrobc à pied portant sa selle ; son cheval venait d'être tué. Le colonel Sorrell se trouvait dans la même situation, et le capitaine Gorrc avait son cheval blessé à la bouche.

Le général Longstreet lit toutes ses dispositions pour résister au mouvement en avant auquel on s'attendait. 11 fit avancer quelques

TOMBU. 24

pièces d'arliUerie et rallier les soldais qui avaient quitté les rangs. J'entends eacùre le général PeUigren (j'ai lieu de croire que c'est lui) venir dire «i général c qvUl lui était impossible de ramener ses gens à la charge, > sur quoi le général lui répondit : c Tiés bien ! n'imr

porte ? Iai«!sez «K^iilciiifnl vos gens où ils sont, l'cnDemi qui vîonl sur nous saura bien les. ramener à sa manière^ en vous en épargnant l'ennui. »

Connue il demandait ù boire quelque chose, je (ui ollVis du rbuui que j'aTaisdans un flacon d'argent, le priant de l'aceepler en souTenir du moment où cela atait lieu. Il sourit et à ma grande satisfacUoa il accepta mon ofllre, après quoi il s*occupa de» ordres i donner à la division Law.

Peu après je rcjuiguis le général Lee (iiii venait d'arriver et s'informait des causes du désastre qu'un avait éprouvé. Si la conduite du général Longstreet avait été admirable, celle du général Lee devait paraître sublime. Il ralliait ses troupes débandées, leur adressait des paroles d'encouragement ; on le voyait parcouraot tout seul la ligne lîe batiille, Ini-^sant à ses oflr*iers d'élal-major le soin d'en faire autaut à l'arrière-garde. Toujours calme et de bonne humeur, il ne donna pas le moindre signe de désappointement, de souci, ou môme du désagrément qu'il éprouvait. li a^ssait à chaque soldat qu*il rencontrait des paroles d'encouragement telles que celles-ci : « Tout finira bien ; nous en parlerons plus tard, mais pour le moment il s'agit de se rallier; nous avons besoin de gens sur qui nous puissions compter, etc. » U exhortait tous les blessés à bander prumptement leurs plaies, et à reprendre le mousquet pour peu qu'ils fosaent en état de le faire. Tons désiruent répondre à son appel, et j'en vis plus d'un dier son chapeau, et applaudir à ses paroles. ' .

Il me disait: c Colonel ! nous avoua eu une mauvaise journée, bi<'n mauvaise, en vérité ; mais nous ne pouvions pas toujours nous attendre à remporter des victoires ■ puis il me conseillait de me mettre en lieu plus sflr que celui où j'élds.

L*insnc6és du jour n'empêchait point le général Lee de porter son attention sur les choses les plus ordinaires de la vie. .\insi, à im officier qui rossait son cheval parce qu'il se montrait ombrageux à l'éclat d'un obus, il disait à haute voix, « ne le frappez pas, ne le fouettez pas; j'ai eu aussi un ciieval pareil au vôtre, et je sais par expérience que les coups ne servent à*rien. •

Ayant aperçu par hasard un homme couché dans un petit fossé, la face tournée contre terre, je cnis remarquer qu'il était encore en vie. 11 se mit en pfTet h pousser des gémissements. Le général Lee avant en vam lait appel à son patriotisme, donna ordre à quelques artilleurs qui te trouvaient là, de le mettre snr pied.

Je vis le général WOcox (il porte à Tordinaire un palelot «ourt et un chapeau de paille usé) qui venait lui donner, en criant assez fort, des détails sur sa brigade. Le général Lee lui prenant la main lui dit amicalement: c N'imjporte, général, tout ce qui est armé l'a été par

ma faute, c'est moi qui ai perdu cette bataille et il faut que vous n*aidi§x àm tint de la àiffieuUé du mieux que vous pourrez! • C*«st ainsi que le géDéral Lee cherchait à redonner du courage à ses troupes abattues, prenant sur lui tout le poids de l'insuocès de la journrc. Il ^tait impossible de le voir ou de rcntendrc, sans Atre saisi d'admiration pour sa personne. Je ne sache pas que personne lui ait jamais manqué si ce n'est peut-ôtre Tbommc du fossé.

La position des confédérés se trouvait alors vraiment critique, et si Tennemi avait su profiter de ses avantages, je ne sais trop ce qui serait arrivé. Le général en chef et ses officiers avaient sans doute le sentiment do leur situation, cepctidnnt on n'entendait pas ce bruit ni on ne remarquait cette confusion qui sont assez ordinaires dans un jour de bataille. Dès que la troupe était ralliée dans le bois, on la conduisait par détachements dans les positions qui lui étaient désignées, et oû elle pouvait en attendant prendre le repos dont elle avait besoin. Nous apprîmes que les généraux Gametl et Armistead avaient été tués et le général Kemper morlellemcnt blessé, que de toute la division Pickett un seul officier était resté sain et sauf. Cette tuerie avait e» Heu sur une étendue de tenaiu d'uoe mille carré, et dans une beure de temps.

■Vers les 6 heures du toîr nous entendîmes de longues acdamations venant des Yankees^ ce qui nous fit croire un moment que c'était le signal de leur mouvement en avant^ mais il ne s*agfissait que de la réception d'nn officier général que nous vîmes parcourir les rangs, suivi d'une trentaine d'hommes h cheval.

Peu après je me reudis à cheval ù l'extrême frout de bataille où se trouvaient postés 4 canons rayés, pour ainsi dire isolés, car il y avait là fort peu d'infanterie. Peutrêtre la présence de ces canonaexpliqnai^ elle la cause de la surprenante inactivité de l'ennemi.

Je fus d'abord accosté par un sergent el une douzaine d'artin^urs qui montraient tous de l'entrain et de la confiance, malgré la situation exposée où il se trouvaient. Le sergent manifestait le plus vif désir de voir avancer les Yankees, pour qu'il pût leur envoyer la charge qu*il tenait en réserve. \h parlaient tous avec admiration de la pointe en avant que la division Pickett avait faite et de la manière dont le cbef lui-même l'avait rnnduite. Lorsqu'ils apercevaient le général Lee, ils disaient : « Nous winmes toujours pleins de confiance dans notre vieux; la besogne d'aujourd'hui ne tel nuira pas. Vonele Robert nota eoi^ duira à Washington encore, et il tiendra ta promette, etc. »

Pendant cette convocation les tirailleurs ennemis commencèrent leurs feux en avançant lentenMmt et bientôt le bruit plus fréquent de la mousqucterie nous avertissait que nous étions l'objet de l'attention de nos adversaires, el qu'il était temps de lever séance. Je tournai aussitôt bride on prenant congé de ces déterminés et joyeux artilleurs.

Vers les 7 beures du soir le général Lee reçut un rapport Tinformant que la division du corps d*£well avait été heureuse à l'aUe gauche et qu'etie avait remporté des avantages marquants. A ce moment le feu cessa complètement sur notre front ; seulement sur notre droite on en^

tondait encore des détonations assez vires de mousquefcrie. Nou§ npprloies plas tard que ces coups Tenaient des Textens de Hood^ qui, ayant enveloppé un parti de cavalerie de rennemi, prenaient plaisir à tuer < les hommes à coups de fusit. On me dit que des 400 cavaUers iSseniement auraient échappé au massacre.

A 7i/2 heures, comme on n'avait pins à craindre d'attaque des Yankees, je regagnai lu Icule de Moses et je trouvai noUe digne coramîtsaire dans la plus triste disposition d*esprit qu'on puisse imaginer, par suite des bruits exagérés qui \ uaient de lui parvenir. Sur ma route j'avais rcncontr»' un praml nonihro de hlessrs Irôs inquiets au sujet du général Long>lroot, (|uo Ton liisail lué. Lorsque je les rassurais à cet égard eu leur disant qu'il était en pleine sauté, ils semblaient oublier leurs propres SQufihinces pour ne songer qu*i Tétat de santé de leur général. Il m*est impossible d'exprimer par des paroles la patience et la fermeté extraordinaires avec lesquelles les confédérés supportaient leurs souffrances.

Il m'arriva de prendre un repas avec les docteurs k 10 heures du soir, le premier depuis 15 heures.

Je rendis mon cheval k son propriétaire, attendu que, soit par mort on par suite de fatigue, rétat*msjor se trouve le plus souvent privé de chevaux.

Samedi i juillet. Je fus éveillé an point du jour par Mnsc? qui se lamentail de ce que la caisse, qui conteuail une assez forte souune, avait été volée pendant notre sommeil. Après bien des recherches on la retrouva dans un bois du voisinage ; la serrure était brisée et l'argent avait été enlevé. Le docteur Barksdale avait été volé exactement de la même manière. (Tt'-tail évidemment l'ouvrage de ces scélérats de déserteurs ou rôdeurs qui ne se trouvant jamais au feu, pillent en attendant les indigènes et viennent plus tard se vanter d'<ivoir été les héros de Getlysburg.

Lawley, rAntrichien et moi nous allâmes vers les 8 benres faire un tour de promenade sur le front de la ligne, et chemin faisant nous rencontrâmes le général Longstreet qui était on ne peut plus gai cl dans un véritable accès de bonne humeur. L'ennemi envoyait un drapeau en signe de Vréve^ faisant annoncer enlr'aulres « que lu général était blessé et fait prisonnier, mais qu'on en aurait grand soin. > Le général fil r^ondre immédiatement qu^il était très reconnaissant, mais que n*étant ni blessé ni prisonnier il n'avait besoin d*ancun soin de leur part, pouvant se satisfaire très l»ien liii-mênie. I,p généra! a vraiment une nature de fer, il seiid)]c qu'il puisse se passer de nourriture »*! f!e sommeil. Quelques-uns des ofiiciers de l'état-major, h peine descendus de dieval, suceombaioil au sommeil qui les gagnait, tant ils étaient exténués de fatigue après trois jours d*exerciee continuel.

Pendant que Lavley allait au quartier général pour afiaires, je restai assis et j'eus un long entretien avec le général Pendleton, chef de l'artîllorie. Il m'indiqua le nombre exact des canons qui avaient été utilisés la veille. Il me dit que l'opinion générale se prononçait en faveur des

canons Napoléon de 12 livres, que cVfnipnt lous les t anons d onionnance ceux qui convenaient le mieux pour un service de cauipagne. il m» disait eneore que presque toute rartiileHe des confédérés avait été prise sur remkemi ou bieo provenait de la fonte des vieux canons de f) livres captures dans la première campagne.

A 10 heures de la inalinée I.awley revint dn fpmrtier f^t'néral avec la nouvelle que Tarnire se ineltrail en Pionvpment dans la soiri'c pour rentrer en Virginie; le manque de muiniions uldigeait d'en venir là. On s'attendait à voir l*ainenii faire une attaque ce jour- là, qui était justement l'anniversaire du i juillet, et on avait calculé quHl y avait < suffisamment de ni imitions pour une journée de combat. train d'or^ donnance avail (It'jâ rommenr t' son mouvement du côté de Cashl^wn, et la lonpue siiile fourgons et chariots remplis des pillages d'Eweii était aussi en route, dès le grand malin, dans la direction de Hagerstown par la route de Fairfield qui y conduit.

La division Johnson avait évacué pendant la nuit la position conquise la veille. Il paraît qu'après avoir réussi à s'emparer du cimetière II s'était maintenu dans Mtte> position jusqu'au moment où il se vit contraint de l'abandonner, nVfantpas appnv*' pnr la division Pender, dont la marche était retardée par la blessure que son chef venait de reecvoir. Toute l'aile gauche avait dès lors été rejetèe fortement en arrière.

Vers une heure la pluie commença à tomber par torrents; nous allâmes nous réfugier dans l'habitation d'un pauvre paysan pensylvanien. La chaumière était pleine de soldats dont pas un seul n*avaitla moindre idée qu'il fût question d'une retraite ; au contraire tous parlaient de Washinjrton cl de Halliniore comme s'ils eussent dû y faire leur entrée.

A 2 heures de l'après-midi nous nous rendions au camp du général Loogstreet qui avait été porté à 3 milles en arriére sur la route de Fairfield.

Le général Longstreel s'entretint assez longtemps avec moi de la bataille. « Il avait commis la bévue, disait-il, de ne pas concentrer suffisamment son armée et d'attaquer avec 15 mille hommes au lieu qu'il en eût fallu le double. Le mouvement en avant avail eu lieu sur trois lignes et les troupes du corps de Hill qui avaient cédé le terrain étaient de jeunes soldats qui allaient au feu pour la première fois. Il pensait que si les ennemis n'avaient pas attaqué à leur tour, c'était dû principalement à la présence de ses canons, et que s'ils avaient attaqué immédiatement après le mouvement rétrograde, il aurait pu en résulter un désastre ; mais il est vrai de dire aussi que ce cas était prévu et que les divisions Hood et Law devaient alors se porter en avant sur la droite. Je crois enfin que le général .Meadc avait raison de ne pas se portfT en avant, ses hommes n'nr! «-nient jamais supporté l'épouvantable feu (kartilleric auquel il se ser umi exposés. »

Pendant ces trois jours on a tait un peu plus de 7000 Vankces prisonniers 3500 ont Mé relâchés sur parole, et le reste fut emmené à RicbrooBd par un détachement de la division Pickett.

La véritable cause de Téchee éprouvé par les confédérés se trouve

duis le souTerain mépris qo'ib aflteUiimt. g^éraleiiieat pour leurs ennemis.

Nous avons vti passer pendant toute la journ«'e des chariots, des chevaux, des mulets, et du bôtail raplurés en Pensylvanie, seul?? avantages solides que Ton eiU retires de toute la campajj^nc ; on admire surtout le butin fait par Ewell. Ce défilé d'objets divers était inlerniinable, nous n'en voyions jamais la fin et il devenait de plus «a plus évidcnt que nous ne pourrions noas mettre en route que tard dans la nuit. Lorsqu'il fomniença à faire obscur nous nous rangeâmes tous auprès d'un grand feu et j'entendis les rapports envov'^ par di(T(^ron(< p«''U(*raux annonçant que l'ennemi se retirait et qu il u'avait fait que cela tout le jour. Le général Law disait qu'il n'avait aperçu que des vedettes de cavalerie. ,

>fuis tout cela ne pouvait changer en aueuue manière les plans du gt'-nrral I,o«^ ; ii lui faltiiit al)solumeni renouveler ses provisions, ses munitions, irayanl pu, conire son linliiliuîe, se les procurer aux dépens de l'ennenii, et comme ses romaïunicaiions avec la Virginie étaient interceptées il se voyait forcé de se rabattre sur Wincbesler et ses environs, et de tirer de là les choses dont il avait besoin.

Le général Vilroy avait eu soin de laisser un fort approvisionnonient dans cette villo^ lorsqu'il dut la quitlnr prt'iiipitamment il y a quelques semaines. L'ami ' ' v trouva aussi un ('norme wagon rempli de dépouilles de la Pcnsylvanie qu'il fallait absolument transporter de l'autre cAié du Potomac.

Peu après 9 heures la pluie commença & tomber par torrents. Lawlej et moi nous gsgnàmes heureusement la cabûie couverte du docteur, et nous pûmes enfin nous mettre en route peu après minuit.

Dimane^ SjuiUei. La nuit a été mauvaise, le tonnerre, les éclaira, des torrents de pluie, une route où Ton marchait ju8qu*aux genoux

dans la boue, puis des chariots qui nuus arrêtaient à chaque instant J'avais pitié des malheureux soldats coodamm's à nous suivre.

Nous n'avancions que très lentement ; nous mimes huit lieures à faire

8 milles.

A 8 heures du matin nouâ Huies balte dans les environs du village de Fairfietd k rentrée d*un passage de montagne. A peipe avions-nous commencé a allumer du feu que Ton vint nous dire que la cavalerie yankee allait nous attaquer. Des balles sifflèrent, en effet, au-dessus

de nos t<*tes, mais nous ne pouvions d^cotivrir d'où 1p= f oups partaient. Peu après nous apprenions que la magailique capture (rEwcll avait été presque entièrement reconquise par les Yankees. Ces nouvelles firent Teff'et de puissants aiguillons sur nos conducteurs de fourgons; ils se mirent dù lors fc presser le pas d'une manière inusitée.

Notre trio médical semblait d'abord bien décidé à ne pas meUre pied à terre, mais pressé par l^faim et aussi par la considération que si l'on était surpris par l'arrivée des Yankees le mauvais rint de la route sur nos derrières donnerait le temps de leur échapper, il se dé-

cîda à veair nous rejoindre. Peu après un parti de caTalerie confédé réc s'avnnç» sur )c front ci, npiv^^ l'rrimnge de quelques eoQpB de sil lrouv;i l<î iHoyen de reiulre iu luutc libre.

Vers ittidi les généraux Lee et Lougslrect arrivèrent et i>'urrôlèrenl non loin de nous. Ewell ne tarda pas non plus & arrifer. Cest la première fois que je le voyais. C'est un vieux soUat comme on en Tott rarempnl ici, à tôle chauve, nez proéminent, au regard sanvngc, ot à face maladive, il a perdu dernièrement une de ses jauiiies, ensorte qu'estropié comme il est, il lui arrive de tond>er quelquefois de cheval. Dés qu'il en est descendu, à l'ordinaire il se met à cheminer à l'aide de béquilles. Il était le bras droit de Stonewall Jackson dans le temps dos faiiienses campagnes de la valli'e. Il était alors grand jureur de profession et se permettait (ce qui n'arrivait h personne) d'en donner des preuves en présence de Jackson. Toutefois depuis son récent mariage (quelque peu romanesque) on assure qu'il s'est rallié à l'église. Lorsque je le vis il était alors tout désappointé 4e la perte qu'il venait de faire et ne voulait pas des consolations du général Lee.

Après avoir rejoint de nouveau le général Longstreet je montai le vieux cheval de Lawley et me disposai, vers les 3 heure*?, h faire le passage de la montagne. A A heures nous arrivions à un endroit où la route se bifurque, conduisant d'un cùlc à Emmelsburg et de l'autre à fiagerstown.

Le major Moscs et moi nous entrâmes dans une ferme OÙ nous trouvâmes plusieurs femmes, deux Yankee Messes et un mort, des suites de l'escarniouelie de la matinée. L u des patients avait une horrible blessure à la léte et l'autre soulTrait d'une contusion au genou ; ce dernier, «{ni était irlandais, me dit qu'il avait servi dans l'année européenne du Bengale pendant la révolte des Indes. Il faisait maintenant partie du régiment de cavalerie du Michigan et me paraissait imbu de tous les préjugés américains au sujet des griefs irlandais et autres choses semblables. Il me disait qu'ils n'avaient pas di; bons officier s et i]\ui l'on croyait généralement dans l'armée que le général Me Ueiiuu allait prendre le commandement des troupék.

Les iiBUimes qui se trouvaient ici étaient d'ardentes abolitionistes. Le migor Fairlaz passant à cheval, s'informa de l'une d'elles sî le corps

mort appartenait au.\ Yankees on aux confédérés? La femme fit un geste avec le pied et répondit: * CjoijcZ'iuus que ëi citait vn rebelle il resterait hngletnps ici ? • Sur quoi Fairfax lui dit : • Est-ce ainsi que s'eiprime une femme à l'égard d'une personne morte qui ne peut plus faire de mal? > A ces paroles le visage de la femme se colora et elle affirma qu'il ne fallait pas prendre ce qu'elle venait de dire nu sérieux.

A six heures nn<is nous remettions en route et rejoi^ions le général Longstreet vers les 7 12 heures. La route était couverte fie soldats qui marchaient d'un pas on ne peut plus dégagé, l'humidité et la boue ne paraissaient les affecter en aucune jnanière; ils étaient aussi dispos que si la fortune leur eftt souri. Ils avaient un portrait coloré de

M. Lincoln rprils se pnssainnt de mains en mains en racoonpiglMUlt ds sarcasmes sur la beaiil<' personnelle de l'onrlo Abram.

Lorsque nous finies halte pour passer ia nuit, les tirailleurs se faisaient eneore entendre A Tavant et à rarrière-garde. EweU cenoiamlait eelle-ei et Stuart Tautre. Notre bivouac se trouvant prés d'une grande anlierpe, le général Longslreet avait ordonné qn'on préparé un souper pour lui et son état-major, mais lorsque nous pensions nous mettre h table nous nous aperçâmes que le général Law e! ses officiers avaient pris noire place el qu'ilâ étaient occupé» à achever leur besogne en tonte hâte. Toutefois nous ne tardâmes pas à être servis à notre tour, car raiibergiste pensytvanien était désireux de complaire au général, dans l'espoir rpie par son entremise il sauverait de la ruine tout son mobilier qui avait été déjà condamné à la confiscation par l'impitoyable Muses.

Pendant le souper des femmes entrèrent U diverses fois et à pas pré> cipités, dans le lieu où nous étions, disant: • CHit bonté divine! les voilà qui tuent nos porcs gras. Où est le général? le grand officier? Nos vaches à lait sont parties. ■ A toutes ces expressions le gt^néral répondit en branlant mélancoliquement la tétc: « Oui, mesdames, c'est très fâcheux, très fâcheux sans doute, il s'est passé de semblables dioses en Virginie il y a 2 ans très fâcheux. •

Mous dormîmes tous à ciel découvert, et notre sommeil ne fut pas même troublé par la pluie qui «tombait par torrents.

Je me vois dans rimpossibilité de traverser les lignes ennemies malgré la trAve qu'on nous a ofTerle; je me trouve ainsi dans uu dilemme au sujet de rcvpiraUon de mou congé.

Lufidt 6 juilkt. Plusieurs ebevaux ont été volés cette nuit; peu s*en est fallu (|ue le mien n'eût le môme sort. Il faut absolument être sur

ses gardes si I on veut s'éviter de pareils désagréments.

Nous nous mîmes en route ?i G1/2 heures, mais nous ne pouvions avancer que difficilement, tant lu route était encombrée par les chars de transport. L'ennemi en avait capturé et bnllé quelques-uns la veille.

De toutes les voitures de transport 4|n*Ewell avait capturées sur les Yankees et que ceux-ci avaient reprises dés lors, il n'en restait plus que 38 entre les mains de ces derniers, les entrés ayant de nonvean été capturées par le nit'nic Ewell.

A 8 1/2 heures nous fîmes halte pour une couple d'iieures et les généraux Lee, Longstrcct, Uill et Wilcox tinrent conseil entr'cux.

A midi nous flipes balte de nouveau et nous nous mimes k manger des cerises, seule nourriture que noos primes ce jour-là entre 5 heures du matin el 11 heures du soir.

Je vis le général Hood dans sa voilure; il aviit mauvaise mine; il avait beaucoup soulïert. Les médecins douteni qu il puisse jamais se servir de nouveau de son bras. Je vis aussi le général de malerie Hampton, qui avait reçu un coup de feu à la bancbe et deux coups de sabre à la téle, ce qui ne l'emplcbaît point d*élre d'esoellente hnnev.

lin peu avant d'arriver à Hapfprciown, nous entontllnrips tirf>r à l'avantgarde et Kalarme fui telle qu on crût voir arriver la cavalerie ennemie. On fil retirer les ambulances, mais quelques blessés sautéreul à bas 4e leors eonchM» el sûsissanl leur» fusik, qu'il avaient toujenrt près dVux, se dîiposaient à combaUre.

Ajiri'S une escarmouche assez longue el tout à fait insignifiante, nous allAmos prendre poste sur une coUiin^ f[iii doininail Hagerslown et nous viuies la cavalerie de rennerai chassée à travers la ville el poursuivie par les cris des confédérés.

Un asseï grand nombre de Yankees faits prisonniers passa devant nous ; TuD d'eux foi fomait un cigare était lieutenant de cavalerie ; il portait un coslunip (ïps plus ôlôganls et se*? rhfvenx, par leur arrange* ment, lémoigpnaieut du grand soin qu'il eu prenait. 11 faisait le plus grand contraste avec con escorte, qui n'avait que des lambeaux pour tout véfemeDt, et avec nous-mêmes aussi, qui ne nous étions lavés ni rasés depuis loimffenps.

Vers 7 heures du soir nous traversions à cheval les rues de Hagerslown ; on y voyait des chevaux morts et mt*mc aussi quelques hommes gisants paraissant privés de vie. Après avoir poussé jusqu'à un mille au-delà de la ville, nous (Iines halte cl le général llongstreel envoya quatre cavaliers à la découverte ; ils devaient suivre un sentier bordé de haies, et avaient ordre do faire un rapport eiact do tout ce 4|u'ils auraient vu ou entendu.

lettre éi (haap de bataille ai journal répablirain « Gazelle de CiRcinsati, Bprwm wnispiafart à l'élaNnjor éa fésénl Unk, M. Wkildsw hàL

Washington, 29 juin 1863.

< TmêX'VOttt prêt,

t Venil!f'7, si vous îp pnnv<»z, vous faire remplacer dans votre office, vous équiper au complet, puis monler à cheval, el aller rejoindre l'armée de Hookcr, de manière à arriver asses à temps pour prendre pari au combat. >

Telle est la dépêche que je recevais dimanche soir du directeur en

chef de noire feuille. J'étais tout h fait en état d'exécuter les ordres que l'on me donnait, du moins je pensais pouvoir le faire, dès le lendemain. Mais, hélas! il n'était déjà plus question de rannée de Uooker t

On ne songeait & Washington qu*à déménager. Un petit nombre do ptrllians de la cause dn sud étaient seuls k exalter, par anticipation, 90MB u. * â5

un désai»lre qu'il:» l'ugartluieul coiaaic ceriaia, tandis que généralement on ne savait comment interpréter un acte sans prêccdenL, qui excitait d*attfant plus Tindignation que Ton coimaissBÎt la cause de tout le mal. Pour tout lecteur qui avait pu prendre comtaîssaDce des derniers numéros de la Gazette (de (iinciuuuti), faisant connaUi*e sur qui retombait la responsabilité de Tinvasion, il ne pouvait plus y avoir de doute. C'était llalleck {*) qui était la cause unique. — Maintenant, de savoir comment cette cause a été produite, comment fut amenée la querelle au sujet de la possession de Harpers Ferry, comment il s'ensami la démission volontaire de Ilooker, comment enfin, peu après, Ualleck mit en plein jour toute rinconsrrjuonce de sn conduite, en lais?nnt rru successeur <lo ïïftnli'i- la faculté de f;iiro n voloiUt'nu sujot di* rc nn'me point de conlesUitiKn ; tout cela, dis-je, vdus sera connu par les feuilles publiques beaucoup plus l6t que je ne puis le faire par correspondance.

Pour le moment Washington semblait avoir perdu son air blasé, la ville avait tout à fait repris sou agitation d'autrefois. I.cs deux ou trois mendjros dti congrès qui s'y li onvait-nt par hasard avaient bien dn la pcino il ( ucluM toute l'indignaiiuti qu'ils ressentaient ; la population, de sou cùté, faisait mille conjectures sur l'étrange affaire qui venait d'avoir lieu ; des histoires plus fausses les unes que les autres étaient colportées partout ; on allait même jusqu*à dire que Hooker avait été destitué à cause de l'état d'ivresse dans lequel il s'était trouvé pendant quinze jours C). Enfin, d'autres bruits tout nussi éirnnges ne contribuaient pas peu à obscurcir la vérité, toujours davaulage.

Jamais rien de pareil ne s'était encore vu dans les annules militaires modernes. Un général, par de brillantes marches forcées, trouve le moyen de faire fuce à son ennemi ; puis au moment où une crise, pcut-L'tio décisive, allait avoir lieu, lorsqu'on devait s'attendre d'heure en iiouro ;\ uno do ci-s {grandes batailles qui pouvait fixer les destinées de toute um-. nation, voilà qu'on remplace ce général ! On ne pouvait, k dire vrai, lui imputer aucune faute quelconque ; mais le sort voulut qu'un ministre de la guerre, présomptueux bien quMl fîît éloigné de 60 milles du champ toigours mouvant des opérations inilitain s, dilTéràl en seul point do ropiuion du général, qui marchait à la léte de ses troupes. Ct'hii-ci p\ 'mina de nouveau le cas avec tonte l'attention possible, et fut toujours plus convaincu que ses vues étaient justes. 11 insista en conséquence pour que Ton s*y conformât, offrant, en cas contraire, sa démission, ne voulant pas prendre sur lui la respoftsabilité d'une mesure quHl savait être fausse. Il fut ainsi remplacé ; cinq heures plus lard :^on remplaçant se chargeait de lui donner raison.

Ce remplaçant, toutefois, était nn bon ^^énéral, peut-être meilleur que Uooker lui-môme ; on pouvait donc espérer qu'on uc perdrait pas

(1) n va sans du c <[ut> n u is laissons au c >n-.'sp.)ii(iimt l^asponsabilité do >t>n assertion, au sujei de laijueile nous nous en rélërons àce que nm» avons dit précédemment. (L'atttettr.}

(S) Goloiiiiiie réchauIFéo des journées de Glianoellonville. (L*m»iUurJ

nit rliangc ; il l'inif s»;ulemenl ù rrf^rellnr qu'une lolle mufntinn cùl rti lieu dan'î fr > i on^^lnncps artn<'I|rs. Sans pnM'isf'nipnt rcg-ii'llcr la perle de lloakcîr, un jtensait qn'on aurait dû avoir plus d'igard pour le mlimoAl iHiUonul, qni se trouvait atsn vifemeiil Messé du procédé.

Nonyeau sujet d^alarme. Sluarl avait passé le Potomac à t5 niillei de WasbingtoOt capturé ùn traia de niarchandises à ou 13 milles de Jà, dispersé de pelils di'tacheinenls h un ou deux milles de la route, enlre llallimoro cl VVasIiingfon. Oti jugeait que la route serait intorr^pli^e pondant la nuit, et iju'ain.si la capitale ne tarderait pas à ôlre entièrenical isolée. iNous avions donc besoin de liàler le pas, sinon il pourrait bien arriver que nous ne puissions rejoindre Tannée de Hookcr.

Co qui arrivait n'était pas seulement un croc en jambes pour nous; i! I l luit ;iM«si pour bien d'autres. - Samuel >Vilkison. le brillant écri- Viiiri si connu do la Trihvrre, de New-York^ et T. -11. Painicr, corvcspoudanl en chef pour Washinglon du journal Vinijnirei y de Miiladelphie, vrai mirade d^éneigie dans cette s|)bère d'action, devaient aussi rejoindre Tarmée. — Coffin, du Journal de Boston, connu dans toute la Noovelle^Angleterrc comme Carleton^ m'avait aussi donné, par le télégraphe, un rcndoîî-vnnç \ l'armée.

î-iindi malin Washington rrspiniit plus lil)rrmpnt ; on venait d'apprendre que lejs trains venant de Baltimore avaient pu passer.' Stuarl avait>il donc manqué son coup? Nous anticipions simplement sur le temps.

Nous fîmes & la hàle quelques emplettes pour subvenir à notre entretien pendant le trajet, et à H heures nous nous mettions en route,

La plus {rrande vigilnnn- /tait cxerci'e dans les petits blokhatis, snr les digues, sur tous les points i^xpnsAs le \*m<^ de l;i route ([ue nous avions à parcourir; des forces mtndjteiisob étaient prèles à repousser toute attaque. Dans nos wagons, nous ne tarissions pas sur le compte de Sluarl et de son coup mancjné. Nous nuiis înfui nnons aussi de l'état des comniniiirations fin ( Até de New- York, et c'est ainsi faisant qttc nous arrivions à rfallimorf». No'is a|q>renions en même temps ({tio M. Prescott Smith, le directeur de la ligne de Baltimore à l'Ohio, avait informé Je pubUe de Baltimore des événements de la nuit dans les termes suivants: v Messieurs, disait-il, je suis bien fftcbé de ce qui arrive ; j'aimerais vous tirer d'embarras, et je vous enverrais volontiers un train e\frn, si je le pntivnis, maïs les rebelles ont intercepté la route du côly de 1 rederick, celte nuit, et uous ue savons quand nous pourront retourner de vos cr>tés. »

Comme on voit, Stuart avait réussi ; nous nous trouvions en arrière d'un train» et étions ainsi coupés de Tarmée.

Il no nous restait autre chose à faire qu'à aller attendre à Wasbing- (on le (1> nouement des affairefi, ce que nous flmes> fort peu satisluila de uotre début.

Frederiek, manli soir 90 juin.

Washington reuinililait à une ville assit^géc, conamc après le désastre de BuU-Ran. Le défllé des troupes oe cessait dorant ]a nuit ; les ordonnances faisaicat résonner leurs sabres sur le pavé des mes ; le

mouvement continnel des trains de wagnns ^lait assourdissant. On voyait les cnnimis^ tires tout occii|>és de leurs appiovi-ionnomcnts ; le dcpurteiuciil du nuariier-inaître général ressemblait à une iniche ; partout mouvement précipité. Le département de la guerre était naturellement en proie k Tagitation la plus violente ; il y srvait I& des gens qui ne cessaient de demander ce que le président pensait des événements. Vous les auriez enl^n-lus dire: «Les trains arrivent bien h présent de Baltimore, mais combien de temps cela durera-t-il ? La cavalerie de Stuart, qui a pénétré tout près de Taocienne place Blair, à Silvcr- Springs, ne ponrra-t-elle pas couper la voie dans le' moment qui lui oonviendra? — Qui pourra Tempécher, disaient les banquiers effrayés, de passer an-delà des places fortes du Maryland et de faire une subite apparition à Washington pour remplir les coffres de ]c\\r armée avec les richesses que nous tenons en réserve dans nos soulei iauis? »

Puis au milieu de tout cela nous étions appelés à un autre spectacle, qui, en faisant le plus singulier contraste avec oe qui se passait, devait flétrir à jamais les noms des personnes que cela concemaiL, Célaît précisément ce moment où l'on ilemandaîl à grands cris des renforts de troupes pour l'armée affaiblie par les perles éprouvées, où l'on faisait un appel énergique à tous les volontaires, sans distinction, pour concourir à la défense du pays contre les envabisseurs dn Sud, où tout citoyen, en un mot, quelle que fiU sa position, ne devait pas hésiter à prendre le mousquet pour la défense commune, c'est ce momentrlà qu'avait choisi un dt larbement de l'armée dont le temps de service était expiré, pour rentrer dans ses foyers. C'était un régiment de la Nouvelle -Anglelerre fort de 900 hommes, qui s'était engagé à servir pendant 9 mois, et était arrivé au t^e de son engagement. Que Ton se représente cette troupe, mise comme pour un jour de parade, en coroplrte tenue, remarquable par le luxe des uniformes et le brillant des armes, chez les officiers et les soldats^ un tambour-major se redressant de toute sa hauteur, un corps de musique assourdissant, enfin une troupe emportant tous les signes d'une guerre gloriense (autour de la capitale), enseignes déployées, tembour battant, et mardiant du même pas auquel elle était habituée depuis tant de mois d'exercices journaliers. C'était àinsi, dis-je encore, au moment où la cavalerie de .Stuari se montrait, pour ainsi dire, aux portes de la capitale, qu'on allait livrer prochainement une bataille qui devait décider si la guerre serait portée au Nord ou au Sud, que ces gens^ équipés comme nous venons de l'indiquer, se disposaient à regagner paisiblement leurs demeures ! On les avait sappliés de retarder leur 'départ de i5 jonrs.

d'une huitaine, de trois jours seulemeiit ; mtii pour eux tout élaii dit,

le terme de l;i convention t'triTit expiré ils ne pouvaient que rentrer dans leurs foyers ! Si seuleuienl Stuarl pouvait s'aniparer du train qui les emmène ! !

Nous profitons de la Toie pendent qu'elle est encore libre el nous allons &, Baltimore. H. Prescott Smith nous avait donné rassnrance que la ronle était ouverte jusqu'à Frederick ; qu'i la vérité personne ne pouvait dire où Stiinrt se trouvait mnintenantj mais qu'à tout événement il nous cxpéciieiail dans ra^urs-niidi.

0u reste tout annonçait que notre armée allait faire une pointe sur reanemi. On savait que tes rebelles s'étaient eoneentrés à York en Pensylvanie. Notre armée avait déjà quitté Frederiek, sur les derrières de Tenncmi, s'êtendant en éventait aGn de profiler de toutes les routes, et balayant lorit sur son passage, en attendant une rencontre. On était certain que .Mcaile saisirait la première occasion de livrer bataille. On le connaissait pour un brave oflicier, capable, et on ne doutait pas que les soldats ne le suivissent aussi volontiers qu'ils suivaient Hooker; on supposait même que plusieurs lui donnaient la préférence sur celuici. Du reste nous avions besoin d'hommes portant mousquet. On jugeait que l'armée de Lee était aussi nombreuse que la nMi'c.

Baltimore venait d'avoir ?n )i;iiiiqiie. Lundi soir un parti de cavalerie rebelle s'étant aventuré à queli|ues milles de la ville , des personnes eifrayées étalait rentrées précipitamment en disant que de nombreui escadrons allaient faire une charge dans les rues. Ôn avait sonné la cloche d'alarme. Les citoyens les plus honorables avaient pris les armes ; tous les lieux de passage avaient rW- nt cujh'": pnr de nombreuses ti oupes improvisées, cl à peine avait il fallu une heure pour réunir des milliers d'hommes armés prêts à défendre les approches de la cité. C'était un beau specisde annonçant une nouvelle vie pour Baltimore. Crftce k Dieu, cette cité de Test était au moins disposée et prèle, dm tous les cas, à se défendre elle-même.

Stuarl ne ^Kirut pas. S'il était venu il aurait été repoussé.

Le général Tjler (dans le temps colonel du 7rae Ohio) avait été instamment sollicité de prendre le commandetuont de la défense de Baltimore. Le déploieuieut de la milice uibainc qui venait d'avoir lieu était en grande partie son oenvre.

Eh bien ! ces défenses où sont-elles diinc? s'écriait W... en s^adressant i un petit garçon et en jetant en même temps des petits cailloux qu'il prenait dans un baril, à un porc qui passait dans la rue où nous étions à flâner ; pui*: ]o petit garçon de dire aussitôt de l'air le plus propre à faire impression : « rê$sez de jeter cela, monsieur^ vous dé- Iruisez leë défenses de Baltimore. > Et en efl*et il disait vrai. Une seule rangée de tonneaux à goudron et de caisses à sucre, remplis à moitié de gravier el placés à travers la rue ; puis de distance en distance une ou deux poutres disposées en forme de chevaux de frise, et placées dans le fiîvut de la rangée, voih'i ce qni constituait ce qu'on appelait les dé' fenses. Je crois que certain journal olUciel leur donnait aussi le nom

(le liarricades. Mais hors de la ville on avait <'x»Ti»lé «les uuvragt s en lerre, au moyen desquels on aurait pu opposer la plus vive résistance, et si la eavaleric cAt pénétré dans la ville elle aurait pu être arrêtée dans SCS charges.

Dans l'après-niidi on rpie la cavalerie de Stnart avail f iii un

lonp eircuit m pn-'-^niil sur di'irirre^ el \e flnnr île nolie ;iriii»'f pour rejoindre l'année di! l.ec dans la l'cnsjlvanie du Sud. UulliuMirc 86 Iroufait ainsi sauvé. IA>ntrcprisc de Sliiarl, mal conçue, n'avait produit que de mauvais résultats. Ses chevaux se trouvaient hors de service par suite de inarches forcées et cela à la veille d'une graml»' bataille, où i! vcrrnil (îaiis riiiipiis<i!)ililé dr ]'nil('';^r,.f iclinite de l'année, si cIIl* dijvuil uviiir M'mi, i-i i nfui, apn"> touUprav;iit-il papné? Quelques chevaux, la capture «l'un train d'armée qu'il lui avait fidlu détruire, une interruption pendant 18 heures des communications par chemins de Am- entre la capitale et Tarmée, puis une alarme de nuit à Washington et à Baltimore.

On disait que noli e année allnif se concentrer h. \Vestmin?fer ; c'était évidemment dans le but de marcher sur York. Pour atteindre ce dernier point nous devions prendre le chemin de fer du Mai^land occidental ; mais la compagnie dans sa terreur Tavait abandonné, et tout le fond de roulement se trouvait à Pfailaddpbie. 1) ne nous restait ainsi d'autre prtrti à in-ciitli i' '[tif rnlni di» j;aprn<"r :m plus ttM Frederick par la voie ferrée, puis de là suivre à cheval les traces de l'armée.

Comme notre société montait dans le train on venait de recevoir une dépêche qui nous apprenait que Hooker était pleinement vengé de Nalleck. Il avait été remplacé pour «voir insisté sur la retraite des troupes cantonnées à Harpei s-Ferry, qu'on pouvait mieux utiliser dans l'armée active. Or c'est préris'fficnt rc que son sMcce<'«*'nr vennil de faire. Que tout honneur eu revienne à Meade, qui a eu le courage de prendre sur lui 1 1 responsaljilitc de son acte.

^on8 assistâmes à un curieux spectacle pendant le trajet que nous avions à faire, il n'y avait pas plus de 18 heures que rcnnemi avait f tit line incursion sur celle roule, et comme le publie en général ipunr.iil l éiat arlnel (Il's choses il s'a f tendait plus o»i moins à une niuivelle atlaque, c'est pourquoi nous rencoulrions une multitude de chariots chargés de personnes de tout âge et de tout smce qui avaient préféré courir les risques plutAt que de s^exposer & pei'dre un train.

U. Smith avail en l'obligeance de nous procurer un wagon spécial ; mais la presse de la foule était telle que nous donnâmes iilir • accès aux feiTinie*; et aux enfants qui étaient bien décidés à braver les dangers qu'ils ^iijipd^aienl devoir èlre innaiuents.

Fredericli est devenue un séjour de démons. On a commis une bieo grande bévue. La ville fourmille de traînards et les boutiques de liqueurs sont en pleine vogue. Je vois là au-dessous de ma fenêtre quelques vingtaines de soldats ivres, qui se livrent h des orgies les plus hideiiscs. l!s se répandent Muns la ville pour voler des chevaux ou s'introduire dans les maisons jturticulicres, pour y faire quelque souslrac-

tion, remplissant fairde letirs blasphèmes ou de leurs huriemeaU à la

manièr e des ivrognes. II smibli' (jii'uii ail réuni ici loul ce qu'il y avait de plus mauvais -dans la grande urniée, s^s lâches, ses voleurs, ses vagabondas, be^ faniarous, ses rubuls, eu uu uiui tous ces gens adunni^s au wkiskey qui nusllont toulos leors jovissances à être Jibrwirde toute contratale.

Uanière^rde d^une grande armée.

Aux deux Tavernes, juillet 1.

Notre petite société se sépara; mes compngnans pensaient qu'ils feraient mieux de retourner & Baltimore et do s*; rendre de là à Westminster par les trains du gouvernement rjuc I on potirrait prendre. Je n'étais pas de cet avis et préférais m'en tenir à mon preiiiit r plan, qui était de suivre les traces de l'année. J'eus lieu de me féliciter d'avoir pris cette décwion.

Il me suffit d*une heure, après mon déjeuner, pour me procurer un cheval et faire mes dispositions de voyage.

Les monlagoes du Sud, devenues historiques (îi'|tnis la flétrissure que leur avait laissée une premiéri' ir.vasion des rebelles, se dessinaient sur nuire gauche à travers les bruuilhu ds du malin ; devant nous s'éteudait une route sinueuse, allant aboutir, en sHofléchissaai, à une contrée dont le terrain accidenté annonçait par sa culture soigiée qu'elle était habitée par des fermiers pensylvaniens. L'armée avait remonté la vallée du Mnnocacy, en passant par les charmanls petîls villages marylandais lie Walkêrsvillc, W'oodburg et Middli'luii'g, où, dans des temps plus tranquilles, iiip van ^ViQkle aurait pu sommeiller ù son aise. La direetimi que Tannée avait ^ise ^ait trop au nord pour être celle de Westminster, et un courrier qui venait de I& avec des dépêches niuis informa que le quartier général avait été porté à Taneytown, plus au nord et à l'ouest. Evidemment les plans avaient été chanp;és ; le ( hoix du quartier général en élail la preuve. Il était à supposer ((ue notre marche daus la direction nord-ouest était basée sur celle de l'armée ennemie. Les probabilités d'une prochaine bataille devenaient presque une certitude et ce fut aussi ce qui nous fit accélérer notre voyage le plus possible.

A partir de Frederick ou ne voyait que des traînards sur la route. J'avais toujours entendu parler jusqu'ici du f;énéral Patrik comme remplissant convenablement sa charge de grand prévôt de l'armée du Potomac ; mais s'il permet maintenant que des choses sendblables à celles dont nous avons été témoins aujourd'hui, se passent à l'arriéregarde, il faut absolument lui nommer un successeur.

Prenez un indigne vagabond qui n'a de patriotisme qu'à raison des 13 dollars qne vous lui donnez par mois, qui quitte les rangs par lâcheté pour ne jpas se trouver présent ù la bataille, qui est paresseux

an point de ne vouloir marcfier qu'à cheval, ce q«i Penfi^age à Yoler le premier qu'il trouve à sa pnrti'e, qni a lo penchant an pillî^o et saisit la première occasion d'entrer dans une ferme où il rcpanil la terreur, obligeant de pauvres femmes toutes tremblantes à lui apporter ce qu'il y a de neillear •« logis; associei à vu tel Tagabond des centnaes d'autres de la iiiteie trempe» laissez les s'enifrer à voluntt^, etdoaae^ leur la clef des champs pour qu'ils fassent ce que bon leur semble, alors si vous imagine/ un peu le mal qu'un tel di'^sordre peut produire, vous pourrez vous faire quelque idée de ce qui se passait à notre arriére» garde, sur noire propre lerriloire.

Ces misérables ne sont pourtant qu'une exception & la règle générale, c*est le rebol d'une armée qui ne compte pas moins de cent mille combatlmls.

Quant à Tarmée proprement dite, elle a causé fort peu de dommage

anv propriétés sur «on passag-e. Lts sol<lr\t«5 ont ahattn quelques branches de cerisiers pour en cueillir le fniil, voilà je crois à quoi se borne le dommage. Je ne sache pas que jamais uucuue coutice traversée par de nombreuses troupes ait si peu sonOim*

Les maisons de campagne que nous apercevions depuis la roule étaient généralement pleines de ces rôdeurs en uniforme, ivres ; ils allaient et venaient autour des écuries, volant rlievaux quand l'occasion de faire le coup se pn'sentait, et forçant ainsi les propriétaires ù être sans cesse sur leurs gardes. Un voyait dans l'angle des clôtures des groupes couchés sur Therbe, et dans un tel état d'ivresse qu'ils ne ^ pouvaient plus faire un seul pas.

Au fur et à mesure que nous approchions de l'armée une nouvelle phase du mal se produisait. Quelques patrouilles semblaient avoir été envoyées à la recherche des traînards et quelques-unes avaient commencé leur tournée en buvant ouU'e mesure.

En passant près d'un de ces angles de dAture nous voyions troi% de,ces compagnons ivres qui avaient une vive altercation avec un de ces patromllards aussi ivre qu'eux, portant à sa boutonnière une rose, coquettement disposée, et tenant à la main un revolver char^a> et armé. « Ces drAle-î lâ, nous disait-il en les montrant, sont saoAIs, ih pourraienl bien me tirer dessus, etc. > En etfel l'un li cnlr eux. uvail dirigé le canon de son fusil armé sur la rose rouge fixée à sa poitrine.

Quelques pas plus loin c'était une autre baode couchée sous des arbres. Un de cm peOnmiUards qui essayait de les ûtire partir avait tout justement assci bu pour être indiscrètement brare et babillard. € Vous n'êtes que de lâches traînards, des misérables» leur criait il d'une VOIX rauque. « V ous mentez, scélérat, • lui répondail-ou avec la langue embarrassée, et comme nos chevaux étaient au galop tout ce que nous pûmes voir encore ce Ait deux de ces traînards se précipitant sur la patrouille qui se tenait prôte i\ les recevoir avec la hayonnette au bout du canon. Il est probable qu'à cette vue ils jugèrent prudent de s'arriHer.

Comme nous descendions prés d'une habitation qui était sur les bords

de la route, pour donner h mangf^r h no« chevaux, non*; pass^jnp*! devant une prairie où se trouvait une bancic do ces trruEiards. Après dîner, à ootre grande surprise» nous apprhnes qu un malheureux regard que novs avions lancé sur eux, joiol à qm répaase très vive que nona avians faite à «ne qoetUon impertinente, avait lufll pour nous attirer des désagréments. Ces misérables, qui avaient bu juste assez pour mal interprfl^T r*» quo Ton disait, et à qui il restait assez d'intelligence encore pour tirer vengeance de ce (jue nous les avions appelés traînards, avnieul tenu couseil pendant que nous prenions notre repas, et décidé que aous étions des espions rebelles, après quoi ils nous avaient eandamnés & avoir nos chevaux conCsqués ! Par bonheur que mon compagnon de voyage courut à l'écurie aussitôt après dîner et arriva précisément au moment on nos drôles s'apprêtaient à faire sortir les chevaux pour les emmener, ils dirent alors hautement que, comme nous étions des espions, ils nous avaient condamnés à la perte de nos dievoui, et qu'en conséquence ils leur appartenaient. Mais lorsqu'ils virent que mon compagnon se disposait à leur disputer le butin et à en venir aux voies de fuit^ ils làclièrent la bride qu'ils avaient à la main, et les chevaux furent ainsi sauvés.

Comme nous traversâmes au galop Taneytown, nous n'eûmes pas le temps d'en apprécier les beautés. G*est un petit hameau du Maryland^ dans une agréable situation ; son nom lui a été donné en l'honneur du ciief de Injustice des Etats-Unis, qui avait une villa dans le voisinage; de même que lui, ce hameau paraît ktre sur le déclin. — Les trains de l'armée remplissaient les rues ; un groupe de quartier-maîtres et de couuaissaires était en grande agitation à l'une des exlrcniilés de la place. A traven les coUines environnantes, et tout le long de la route, aussi loin que la vue pouvait s*élendre, on voyait reluire les bayon* nettes ; on entendait distinctement le pas mesuré des colonnes de nos second et troisième corps. Ils venaient de se mettre en marche dans la direction du nord; c'était déjà une heure asses avancée de Taprès midi. On devait s'ulleudre à quelque événement.

Un demiroûlle plus loin, vers Test, nous voyions piaffer de vigoureux coursiers ; nous avions devant nous un vaste camp, fait à la bâte, où Voa aurait pu loger qudques centaines de cavaliers, ^'oùs entrons sans cérémonie et nous sommes au quartier-général de l'armée du Potomac.

Au premier instant, tout semblait être dans un parfait rf'pos; mais nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que la lran*iiiil ité n'était qu apparente, lous les bagages sont empaquetés, les clievaux sellés et prêts à s'élancer au pcemî» signal. Les ingénieurs déroulent leurs cartes -, les courriers apportent leurs dépêches ; les conseillers intimes sont en consultation avec le général en chef.

Dans une simple petite tente-ahri, comme les autres, la plume en main, assis sur un escal>eau et penché sur une carte géographique, tel on voit le nouveau commandant-général de l'armée du Potonmc. De taille élancée, d'un extérieur a&se^ avenant, sans être bel homme* les traite dn visage peu proDoncét^ la bariie et la moustache grises,

TQHB 11. 26

le front ][ii<:(' ( t - levé Inen que fuyant, (juelque peu de cheveux frisés aux icmpes, laissant entrevoir une calvitie prochaÏDe, 45 à 50 ans d*âge; & to«t prendre, un homme qui nous bit Peffet d'être adonné fortement à Tétudc plutôt que d*avoir des goûts mOitaires, tel m*a^ parut le général Meade dans sa tente.

Quelques jours apn^j TnlTaire de Chancellrn"; ville, j'entondais le président s'exprimer ainsi au sujet de Meade : «t Je vous dis que j'ai très bonne opinion de ce rusé compagnon. » On pouvait voir aujourd'hui le résolut de cette benne opioien. Il y a tout lieu d*espérer que les pn^ chains événements en seront la justification.

Voici lin cavalier qui arrive au galop cl qui se hâte de mettre pied à terre : ce n'est pas un visage inconnu, c'est L.-L. Oounse, le correspondant du Tims de I^ew-York avec Tarmée du i'otoaiac. Après nous Atre sainte fbrt à la bâte, il sons dit qu'il revoiait d'une éxcursiea faite dans un petit TÎUage de la Pensylvanie, où se trouTsit un bureau de poste, éloigné de 10 ou 15 milles, qu'un engagement avait lieu dans ce moment prè^î <]o Tieth-shurg, entre le premier corps et une force ennemie inconnue dont on ne pouvait préciser le nonsbre ; que le majorgénéral Ueynold avait été tué et que d'autres mauvaises nouvelles cireulaient.

Se mettre en selle et prendre an grand galop la route de Gettysburg tôt pour nous l'affaire d'on instant. Crounse, qui connaît les lieux,

nous <^rri de guide. Nous venons précéder le quartier-général, qui ne lardera pas à suivre. Nous nous liiltons d'écrire, sous le porche de l'auberge, quelques dépèches qui doivent être portées au télégraphe de Frederick par un messager, puis nous prenons aussitôt la route de GetQrriknrg, en nous (rayant un passage au milieu de la masse des troupes en marche. Nous avons déjà faii "21 milles aujourd'hui par des routes de traverse, nous en avons encore quinze à faire, et le soleil a déjà disparu derrière les hautes collines boisées à l'occident.

C'est une rude tâche que celle d'avoir à se frayer un cheuun à ira* vers des masses d'infiuiterie et tout un train d*armée ; aassi nous avaur f ons Imitement* Pour le momékit, nous voyons des aides et des ordonnances qui reviennent avec quelque quartier-maître ou un chirurgien, ou bien un commissaire h la recherche d'un ma-^risin ou d'un dépAi. Crounse semble connaître loul le monde ; il tleinaudo à chacun des nouvelles. Lin d'eux lui répond par ces mots : c Tout marche à souhait; sons les avons repoussés à 5 ou 6 milles aunlélà. » Un antre lui dit: € Ab I monsieur, nous avons été coupés, il a fallu reculer. > Un troisième reprend : o En voyant Reynold tu soldats se sont précipités comme des tigres sur l'ennemi et ont loul balayé devant eux. » (iNotez un peu celte expression : se précipiter comme dès tigres, qui se retrouve plus souvent dans les journaux qu'elle n*est vraie sur lé clunp de bataille). — t Gettysburg est incendié par les rebelles. § — « Les aflyrcs allaient mal quand nous avons* quitté, mais Hancock est arrivé avant la déroule complète, cl il est i croire qu'il aura réussi à les -rptrihlir. • ~ ■ Ces damnés d'Allemands du 11» corps se sont encore débandés et

se sont enfuis comm^ dos moutons, (h !a môme manière qu'ils l'ont fait à Chancellorsville ; nous pouvons compter aujourd'hui sur un pnreil désastre. > — c Nous teuions encore fermes à Gelty&burg et tout nous pfonettait boo soeeès. > — c La dÎTision Wailswortii a été taillée en piècei; pas on seul régiment n'est resté entier, la moitié des ofûciera a péri. » — c Nons avons été refoulés, pêle-n)èle, dans Gettysbaig, les , affaires vont mal, c'est moi qui vous le dis. *

Telle est In substance des informations que nous recevons en interrogeant les arrivants un peu de tous les côtés. C'est ainsi que sont répndues des nowéttti dêrecia du champ de bataille, par des débiteavs de fauiît rapporta, qoi sont à ÎO ou 80 milles du lieu de l'actiov t et pois de dire que ces prétendues nouvelles certaines, qui sont autant de mensonges, sont propagées aussitôt dans toute la contrée par la voie ^ télégraphique ! Aussi longtemps que le public, dans sa fébrile impatience^ voudra à toute force avoir des nouvelles avant qu'elles eilstent, il ne doit s'attendre qu'A de la conftision et à de Tabsurdîté.

Plus nous aTaocions et plus nous éprouvions de difftenllé à nous faire jour à travers les colonnes en mouvement. Enfin, pour sortir de là, nous nous déri(l;\mes à prendre une route détournée sur notre droite. Par bonlieur nous étions pourvus de cartes géographiques qui nous apprirent que, à quelques milles de Taneytown, en prenant à droite, nous arriverions sur la grande route de péage, eonduisanl de Baltimore à Gettysburg. Un fermier allemand nous assura aussi qu^en SDÎvant notre nouveau chemin, il nous mènerait h quelques milles audelà sur la roule désirée. Comme elle devait être moins obstruée que celle que nous quittions, nous n'hésitâmes pas à nous diriger de ce côté.

A travers les hauteurs que nous avions à notre gauche, nous pouvions voir les diariots couverts de toile blanche, paraissant et disparaîssant h travers sinuosités de la forêt et les masses d'uniformes biens se mouvant en avant. Sur une étendue de quelques milles, dans toutes les directions, on apercevait, à travers le feuillage, les signes du mouvement général qui s'opérait. Les ombres de la nuit seniblaient jouter i la grandeur de la seène. On aurait dit rarmée de Xercds marchant sur Get^urg avec tonte la splendeur des armes modernes. Devant nous et sur notr<* dmîto, nous voyions de grandes f'M-tnes bien cultivées, couvertes de nombreux troupeaux et de riches moissons, avec les granges munies de croisées prêtes à les recevoir.

Apércevant-nne habitation hollandaise de belle apparence, ayant dans ses d^poidanees une grange de vaste proportion, nous nous y arrètftmes pour souper. L3 femme du propriétaire était allée voir passer les soldats sur kl roule, el quant à lui il était, disait-il, disposé à nous bien traiter. De grands cerisiers avaient leurs branches chargées de fruits qu'on aurait pu cueillir depuis la porte d'entrée ; le potager renfermait des légumes de tout genre. On voyait autour de la grange un bétail dans l'état le plus prospère ; de superbes cbèvauz au poil luisant remplissaient les écuries ; des oies grasses nous saluaient aussi à leur manière, mais ne se laissant pas approcher de trop près.

N'nti^ étions à savoir si noii? forions bion on non fî»» laisser iri r<*pobti nos chevaux plus longtemps, mais nous avjoiiî, à craindre que l'abondante chère de notre hôte ne nous uienàl plus loin que nous n'aurions tonlo. Après une heure de balte nous remontions à cheval pour poorsuiTTe notre ronie. L'obscurité était ^ande an miliett des bois, mais nous nous trouvions maintenant sur une route carroasaUe qui servait do communication aux lornlifo-? voisines: puis lahino nussi, perçant les nuages, nous envoyait (emps en temps sa douce liniittVfv contrée jouissait d uu repos complet. Les fermiers hollandais semblaient s'étrè couchés i la tombée de la nuit, car leurs chiens de garde seuls se Ihisaiettt entendre lorsque nous passions près des habitations. 11 noua arriva une ou deux fois de faire lever ces fenniers pour obtenir d^ renseignements sur la roule. A la fin nons aperçûmes des feux de bivouac A travei i> les arbres ; liienl(M nous entendions le bourdonnement cte la voix des soldats; puis en longeant un des côtés de la route, nous passâmes dotant une maison où toutes les lumières étaient éleinles; les gens étaient Ions sur le seuil de la porte à écouler les soldats, c Oui, nous dirent-il, Tarmée est droit ici en bas ; si vous voulez passer la nnit ici, ^dressez-vous à la maisou d'écoio, le squire Durboran

est un galant huinme. »

L'expression < droit ici en bas • désignait le village postal des deux Tavernes, où les soldats se trouvaient en masse ; les femmes étalent dans les rues, parlant, questionnant, en proie h la plus grande terreur. Une partie du quartier {]fénéral avait été ici aujourd'hui, mais les officiers avaient rejoint l'armée. Tout rrla n'annonçait pas le désastre dont ou avait parlé. Nous étions éloignes seulement de 4 1/4 û 4 1/2 milles de iji ligne de bataille. Ewell (général sudiste) était revenu de Yoric et l'engagement d'aujourd'hui avait eu lieu avec ses troupes. A. P. Bill avait aussi rejoint par la voie de Chambersburf ou de Ilagerstown. On savait que Longstrecl était en marclic et on pouvait être certain qu'il se trouverait demain sur le cliamp de bataille. La réserve n'était pas encore arrivée. Bref, toutes les forces du général Lee avaient été rapidement concentrées à Gett)sburg et tout portait à croire que la jour> née suivante serait décisive pour l'invasion. ' On convenait que rengagement qui avait eu lieu aujourd'hui ne nous avait pas été lavorabte.

€ F^e sqtiire Durboran est un galant homme » nous avail-on dit. Aussi nous le fîmes sortir de son lit, où il avait déjà pn«;<îé ^ ou 3 heures, et nous lui demandâmes s'il consentirait à nous héberger nous et nos chevaux jusqu'au lendemain? c Je le ferai avec plaisir, messieurs, » lut sa réponse. Noos n*échangeftmes pas un seul mot de plus. Les chevaux ont été mis dans une des grandes écuries que l'on bâtit ordinairement cotnme d<^pendance de la grange, et, quant h nous, nous sommes logés et traités splendidement. Si la situation est telle que nous aimons à l'espérer, notre armée doit alluqucr deoiam au point du jour. En tout eaa nmis nous mettrons i i heures m roula dans la direction où elle se trouvera.

L'écktc du mercredi i^rJuiUH,

Sur le froBt du champ de iiataille pris Gellythuiy, S juilIeL

Neot étioBs ea seUe ee mattn m peu anmt le jour. L'importance du combat qui allait a?oir lieu avait Mt réduire Tarmée aux seuls corn* battants dignes de ce nom. Toutes les pei'sonnes k la suite, les sur-

nuiTKVaires en avaient écartés; on les voyait sur toutes les roules.

Mon compagnon et moi nous avions beauconp de peine à nous faire jour à travers cette multitude bigarrée pour aUeindre les premières lignet où nous serions mieux placés pour assister au début de la balaille, lonque tout à coup j'entendis prononcer mon nom par un habitant (V}M\9 petite maison nù /«faienl entassés des blessés. J'eus hieni<M reconnu le colone^Sto]*hei)son, le bihiiolliécaire du rongrès. Il avait abaadomié ses occnpaiioas de la capitale et pendant toute la chaude journée piécédonle il n'avait cessé d*étre au fort du combat, remplis» saot Tolfice d*aide d'élatp^n^or du général Heredilh. Le congrès devrait faire un exemple de ce déserteur officiel !

Le reB-de-chatisséc de la maison était plein de blessés de l'ancienne brigade de fer, de la division Wadsworth ; le général se Irouvail à réiage. Il avait été atteint légèrement à la tète d'un frt^ment d'obus ; am dieval avait été tué sous lui et» dans la chute qu*il avait laîtê, il •*élait trouvé soûs son cheval et 11 avait éprouvé de fortes conlusiona «xtérieuremoit et intérieurement, en sorte qu'il se voyait condamné à rester quelques mois dans l'inaction. Il vanlail h^nucoup la bravoure de <;es soldais et avait les larmes aux ^eux eu racoslant les pertes énormes qu'ils avaient iaites. ,

' A un demi-millo plus loin, on passant i travers une laule do soldats qui paraissaient légèrement blessés, et devait des fermes qui avaient

été coâverties en hôpitaux, nous tournâmes à droite en suivant une prairie qui allait aboutir au penchant d'une colline isolée, et nous arrivions prés d'un feu de bivouac qui couvait «ous la cendre. Nous vojtous étendu sur le sol, entouré de sou élat-inajor, le général Wads- «ortb (dernier candidat répuUtcain au poste de gouverneur de New» York) «pâ commandait hier la division d*avant-po«te. Lui aussi trouve des panries énergiques lorsqu'il raconte les péripéties de la journée, les proues<^es de ses soldats, puis enfin réchec éprouvé par la 8upé~ rionic du nombre des adversaires.

Tout autour de uous sont les batteries ; les troupes occupent les positions qui leur sont assignées ; de nouvelles lignes se forment ou Mon on donne de rextension aux anciennes. Deux ou trois ofliciers généraux arrivaient au galop avec; tout le cortège de l'état- major et les ordonnances. Au premier rang npparaU la stature grêle et un peu voûtée du commandant en chef. Il n'est pas acclamé, car on le connaît à p^ine. Il a fait ses preuves couime général commandant un corps d'armée, mais il lui reste encore à acquérir ses titres de oonmandsnt en chef de l*armée du Ptolomac» k ses côtés est Honmrd, 4 la Irw

calme, honnèto el martiale. Une tunique toute usée lui couvre les épaules, viens débrii qui rappelle les glorieaz eoaibftis eù 11 •'tUostra BMinlflt fois. On prend cl*«itres dispotitioiis ponr Tordre de bataille. On adopte peur le centre odke qu'Howard avait pritM U nuit précédente; il en <^st de mAm«» pour la défense des flnnos Ce qui devient de plus en plus certain c'est que nous devons nous tenir mit la défensive.

Lapatition,

Vn peu plus loin que là où nnns éfinn^ nnn<^ jm îrnes à g^auche et nous commençâmes à gravir la pente d une autre colline. A nii-chemin nous attachâmes nos chevaux de manière à ce qu'ils^ussent à couvert par les irbres, puis nous nous trouvàmee bientôt en milteu de batteries en position et de nombieases pierres tnmuleifet. Nom nous arrMene un instant pour eontempler le monument d'un héros de Fair-Oals et nous enlpndnns avec un sru5is<îf menl de frayeur siffler au-dessus de nos ti^tps la halle d'un fusil Minif Le coup était bien dirigé et provenait sans doute de quelque boa tireur. Mous poursuivîmes notre marche el arrîflmet bienlM à la porte d^enlrée dn dMetière, vers la petite loge dn portier.

Nous avions devant nous snr un terrain en pente la vue d'un verger plnnté de vieux arbres tonfîns; au-delà de la vallé*' une chaîne de collines moins élevées que celle où nous étions ; sut ]r revers de celle chaîne nous voyions, à demi caché derrière un massif d'arbres, un grand bllimait construit de briques, surmonté d'une coupole élevée : c'était on séminaire de théologie. Bntre ce point et nous s'élevaient dans les airs au-dessas des toits une demi-douzaine de flèches que l'on distinp^unit à trr\ver<^ dc<; touiïes d'arbies; c'est à cela qu'on pouvait reconnaître les rues de Geltysburg.

La ville était déserte ; un silence de mort régnait dans tous les quar* tiers ; aucun son de doelie, aucune voix d'enfant ne se faisait entendre ; pas le moindre bruit d*«ne industrie quelconque. Senlsment de temps à autre on voyait sortir de quelque fenêtre à l'étage supérieur un nuage de fumée qui s'évanouissait en spirale ; une faible détonation s'en suivait, puis on entendait aussi parfois le sifnement d'une balle Minié. Les maisons paraissent recéler quelques habitants.

Nous sommes sur la colline du cimetière qui domine entièrement la position occupée par Feimemi, et terme le centre de notre ligne de ba* taille ; elle est aussi pour cette raison la phis exposée à la concentration des feux de l'ennemi. A notre droite un peu en arrière est campé le général Wadsworth siîr h\ rnllino (jue nous vf^nnns de quitter. Plus en arrière encore on aperçoit une suite de hauteurs décrivant un fer à cheval à partir du cimetière. Les unes sont couvertes de bois de banto fiitaie et de broussailles, les autres sont parées d'aboodanlas moissons; les rsycns dn soleil matinal domenl nn Boavenn lelet «nt

épis dorés qui en font toute la richesse. Sur tontet cflb AniMMai on

a établi des balteries destin/e? h faire d'autres moissons que celles des céréales. Sur notre gauche nos positions ne sont point aussi visibles; elles sont bien, il est vrai, disposées au»âi en fer à cheval, venant 8*appayer tur lui renpâii en punes près le cimetière, mais elles m sont pas assex protégées anx eitrémilés; les batteries a*y trottvent dans des positions peu favorables ; c*est là le cAlé faible de notre ligne de bataille. Un offlcier de l'état-innjof du général Howard mo faisait remarquer ces positions et je ne pus m empêcher de lui léiiinifjucr mes craintes que ce serait précisément de ce côlé-la que Ton devait s attendre à être attaqué par Temiemi.

Le général Howard arait établi soaqnartier géaéral sur cette colKm du cimetière qui était la position la plus exposée. Il venait d*y rentrer et, en attendant Paitaque dont nous <^tions menacés, il eut la bonté de nous donner quelques détails sur l'engagement de la veille, auquel il avai^pris part lui-même.

La bataUlê de mertreU (f juillet).

Le général Howard commença en ces termes : c J'ai entendu le récit de quatre généraux qni oiéritait le plus de confiance et celui d'officiers soballemes qui ont tons pris part an combat de mmredi. Je sais pea propre à décrire des batailles qui me sont étrangères ; mais dans le cas présentée f^rn! mon ]tossil>ïp pmir Afnhlir (pielque liaison entre les divers événements fiiu signalèrent la journée dont nous avons à nous occuper, i Le terrain sur lequel Taction s'est passée est en possession de Temiemi, je ne le connais que par les deacriplions que d*«itrei m'en ont dorâéea et peur autant aussi qne i*ai pu en jnger à la dlstanee de In sommilé dn cimetière où je me trouvais.

Non s marchions dans !a direction de York, lorsque nous fi>mes informés ipui les rebelles concentraient leurs forces beaucoup plus au Bud^ ce qui nous obligea à changer de route. Le premier corps d'armée, sons b commandement éa mayor général RejaMldB, était ft rnwi^ garde; venait ensolle le omiAme ipii ne songeait qu'A eflteer U bonté de la défaite easnyée à Chancellersville, et n^atlendait que roccasion pour cola.

Samedi dernier les uns et les antrts ( triionl à Hoonesboro, à 12 ou i5-mUies nord-ouest de Frederick ; mardi à la tombée de la nuit le jM'emier corps était campé sar le Marsb-Greeb, Anneassez grandto distance de GettydHiig.Leoniièniftcerpaétait A lOouiSmiUeiplaaenanriAre. Chacon d'eux agissait séparément, car on ne pensait ju «mir d'engagement avec Tennemi avant un on deux jours.

Mercredi de bonne heure le premier corps défilait dans la plaine, en tournant la colline du cimeti&re, et entrait à Gettysburg en colonnes ienAes. Dei vedeftiea qne BM timiUean imst apergnee dnm bt vilie

•D forent aussitAt chass^of; prAcipitamment.' Lear foite se fit dans le plus grand désordre. Cela enflamma le courage de nos tronp(>s sans avoir, pour ainsi dire, fait nupfiraTanl la moindre reronnaissnnre du pays, le général Reynold marciia ruurageusement en avant sans s'inquiéter ilet miles. Mallietirettse précipitation, dont le héroe qui la «onffietiait ne défait pas tarder à pfttir !

Il était 10 1/2 heures ; le feu des tirailleurs ennemis retentissait sur tont le front de la colonne, mais nos gens n'y fajsnipn? pris plu*? attention que s'il si; ft^t ftgi de secouer les gouttes de rosée tombées sar leurs habits, et avançaient toujours.

Cependant le général Reynold, en feoefaot, nne iieinre anparmfanl par la cavalerie de Bolsfd, la nennile qne les ennemis étaient dans le voisinage th" TiPtij-sbourg, pn avait promptement donné connaissance an général Howard, en lui demandant, par mesure de prudence, de faire venir le oniième corps le plus vite qu il lui serait possible. Or le onxiéme corps venait d'arriver à Emmetsburg, mais trouvant le Ir&ia en partance déjà occupé par les tronpes do premier corps, il s'était mis en marche en prenant une route de traverse qui ahouiissait è celle de Taneytown un peu au-dessns. Il se trouvait encore stir rette m^roe route à It milles de Gelh-slnirp- lorsque le messager de Hr'\Ti(i!d l'atteignit. Ces braves troupes, toutes pleines du souvenir de leur disgrâce de ChancellorsTiUe, à Toule des nouvelles, s'empressèrent de doaliler le pas, et peu de temps après nne de leurs brigades d*avanl-ganle défilait d^ dans les rues de Get^sbnrf , sa dirigeant vers le lien du combat.

Le coips du générai lievnold est compose de trois divisions, relie de Wadsvrortb, de Doubieday et de Robinson. La division Wadswortii <quî esBsiste dans les dans brigades Hersditli et Ontler, en grande partie de tronpes de fonest) est en (éte^ Gniler sur la droite, et Heradith à la gauche. Lorsque cette division arriva an séminaire de théologie, au-dessus de la ville, on n'eut plus de doute sur l'approche de l'ennemi. On plaça aussitôt une batterie pour le recoBoalire, et l'on se porta en avant graduellciucnl.

Tottl annonçait nn engagement très pnebaln qui pourrait bien iHn de quelque importance. Le général Bqrnold s'avança à ebeval peur eboûir une position convenable à une ligne de bataille. Hélas 1 Plieure fatale avait sonné pour ce vaillant officier, dont cliarun appréciait les qualités el i\\n nurail pu rendre encore de si ^rrands services h sa patrie! A peine avail-ii fait quelques pas en avaul qu'il tombe percé de la ikalle d'un tindHenr, On l'emporte dans un étet désespéré et In fénérsl ■DonIMay prend le commandement à sa plaee. . L'enoemi éteil d^à en vue. On n'avait pas le temps d'attendre les ordres du nonvean rnnimîtndant {\u corps. Aussitôt Culler à droite el Meredith à gauche font faire un mouvement de conversion à leurs troupes pour entrer le plus rapidement possible en ligne de baïailie. Cétaientdes troupes celles-là 1 On n'y aurait pas trouvé un seul (ratnard, ni un seul réfrattaîre, des vétérsns éprouvés dans vingt batailles, qnst-

ques-iin« ni(''m»"; sN'taifnl Iiauvi's h fliilippi, à Laurel-HiH, h Carrîcks- Ford, à Cheat -Mouulaiu, dans loules les campagnes de la Virginie occidentale ; ils avaient été les compagnons de Shields à Winchester et de Lander à Romney et Bioomery-Gap, aTstient fait la campagne de la vallée de la Shenandoah, et suivi tous les mouvements de l'armée du Potomaç, asâislaiil à tous les combats, semant partout le hon grain, en alteîîdant la riche iiiuisson que la vie loire devait nous apporter

Lu vieille brigade de fer de Merediili cluit composée du lU*^ i cgimeot lodiana^ du ti» Micbîgan» du 76" Wisconsin^ tous vétérans el pouvant aller de pair avec les braves Newjrorkais sous le commandeniMit de Wadsworlh.

Cil lier élant pn trie commença l'nllaque. Mercditli en fil autant quelques minutes plus tard. Apr<'s un violent contbat i'etiuoiui est repoussé; on fait trois cents prisonniers ; k généval Archer est du nombre. C'était un beau début, mais on ne devait pas s*en étonner, car le premier corps était bien résolu à rester maître de la position.

T->ul*>roi«i rien ne nous garantissait que la suite ré|ioiu!rail à ce commc'ticiMiicnt. 1.0 bruit du canon, qui avait produit l'eiret du tucsin sur le onzième corps, avait aussi servi d'avertissement à Ewell qui venait de quitter York pour i < j uidre Lee, à marches forcées. Les deui divisions qu*il amenait faisaient partie du corps de llill et étaient numériquement plus fortes que les trois du corps de ReynoUl apn'-s la n^duclion (ju'olles avai» nt subie. Nous n'avions pas un nombre suflisatil de batteries ; sur lu gauche de Meredith qui avait surtout besoin de protection, il ne se trouvait pas un seul canon. On ne voyait aux alentours i|u*uDe batterie d*ar1iUerie à cheval appartenant à la cavalerie de Bndford. Wadsworth, coupant les traits, voulut la dispeser comme batterie ordinaire, mais le ctpitaine refusa de faire le service et dut ùUii roniplacé par un sergent, après avoir C-u) mis aux arrêts.

L'ennemi ayanl clé repoussé, le premier corps Ht avancer ses lignes pour occuper la position abandonnée par les rebelles. A une vive escarmeuehe succéda bientét un engagement général sur tonte la ligne. Net gens ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils avaient devant eux des forces supérieures. Leur ligne longue et mince vacillait et pliait de temps en temps, sans pour cela céder le terrain. A l'aile gauche, où le feu paraissait être le plus violent, ou était à découvert par manque d'artillerie ; la division Wadsworlh qui était la plus étendue éprouvait de grandes perles.

Vers une heure le roijor général Howard prit le commandem^l supérieur, an moment où son corps (le onzième^ arrivait en toute hMe. <;}iarles Schunt était ainsi appelé à commander le onzième, lamJi.s rpie Duubleday restait à la tète du premier corps comme reuiplaç-aut lieynsM temporairement.

L'aviat-garde du onsième fut aossitAt mise en position à la droite du premier corps. Elle n'eut pas beaucoup de besogne pour commencer, mais cela devait avâir lieu pins tard. Quant au preniifi corps qui, après avMT perdu son général et malgré la supériorité numei ique de rennemi TOME u. ' 27

et le manque d'artillerie où on rr\vr>it laissa, nVn rivait pas moins soutenu le combat depuis dix tieiires du lualiu jusqu'à doux heures de l'après-midi, il se sentil un nouveau courage à la vue des renforts qui lai arrivaîe&t. Tous ero|ai«it i me vûtoire prochaine.

Nais hélas ! nous retombions toujours dans la même faute, avait conceoCré ses forées que sons ne pensions pas mftme à le faire* N'en accusons personne; le respect que nous devons à la tombe d*un bmvn offrcier ne peut donner lieu à aueune critique, si même une eri»

tique )>eut être fondée.

Ver<; les 9 1/2 heures de !'apr»'?-mîdi, du lieu où nous étions (sur la colline du cimetière) on apercevait une longue ligne grise descendant des hauteurs et s'approchant de la ville par le chemin de fer du nordest. Il y avait 1& peu de bruit, maïs beaucoup d'empressement ; les k wagons étaient en petii nombre, mais toutes les munitions nécessaires s\ trouvaient et les drapeaux que Ton voyait flotter n'étaient pas les nôtres. La route dont nous venons de parler est celle de York, les hommes qui sont dans le train son ceux de Sloiiewall JacKson, dont la conduite est couliue ù l'un de ses plus digues lieutenaols. Ce serpent gris que Ton vient de voir évoluer à travers les collines décidera de la journée.

La division Jackson fait partie du corps de Uill actuellement engagé dans le combat ; elle a été avisée des pertes de ravanl-nudi et elle ■fignore rien de ce qui se passe. A la deseentp dn train elle se porte aussitôt dans les bois qui avoisinent le sommet de la colline ; les soi» dats font bientôt entendre leur cri accoutumé et les voilà qui commenesot i charger sur Tennemi.

A notre droite ta résistance est faible. Le onzième corps, à la vue de ses anciens adversaires, se garde bien de fbir comme il l'avait bit précédemment, alors que Stonewall Jackson les dispersait comme s'ils eussent été des pyprmécs combattant des géants. Il résiste pendant quelque temps, mais les rebelles ont l'avantage de la position et du nombre; il faut leur céder le terrain. Le onzième fait retraite à pas lents sans confusion jusqu'à la ville. Mais dés son arrivée ici un mauvais géoie semble s'être emparé de lui. Pour préserver leurs troupes des terribles efiets de l*arlillerie qui les prenait d'enfllade dans les rues, les officiers firent rompre les rangs par pelotons, et marcher d'une rue à l'autre en diagonale. Malheureusement les soldats allemands étaient inhabiles à cette manœuvre, et peut-être aussi qu'ils furent saisis de panique, comme dans une précédente occasion, par les cris que poussaient les Jacksontens ; quoiqu'il en soit, la confusion se glissa parmi eui, ib se débandèrent et se mirent à fuir à travers champs. On eut bien de la peine à les rallier sur une des hauteurs du côté du sud. Dans Tinter- | valle de 20 minutes 1200 tombèrent enfr*- les mains de )'t>nnemi. l'n de leurs généraux du nom de Schenipeilennig, vieil otlicier qui avait été au service de la Hussie, dans la guerre de Crimée, se voyant coupé par rennemi, trouve le moyen de se soustraire à son attaque, se tiôi

caché pendant quelque temps dans la ville et fiait par échapper au

daogor.

Mais pendant qiiP notm aile droite était ainsi maltraitée, que se passait-il à uulie gauciie où commandaient Robinson, Doubleday et le ' faîUfUit Wadswortb, avec des Croupes de Touestf La situation ii*élait guère meilleure.

^ Vers les 3 1 jt heures les troupes du corps de HtU agissant de coq*

cort avec celles d'EwcIl se pr6cipit(}rent sur notre aile gauche. Au dire des vieux soldats aguerris qui en faisaient partie jamais ils n'avaient TU des feux aussi terribles, ni assisté à pareil spectacle. Dans la seule brigade Cutter, et en vingt minutes, il ne se trouva pas un seul ofiltder de Tétat-major qui n'eM son cheval tué sous lui, quelques-uns même deux on trois. An bout de 30 minutes il ne restait au général et à son étal-niajor qu'un seul cheval, et encore ponr comble d'ironie il avait perdu sa queue î Le général Cutler eut trois chevaux tués sous lui.

Le premier corps se vit dans l'impossibilité de résister plus longtemps. Ses lignes peu profondes commencèrent & vaciller, puis bientôt ft se rompre sous la pression des terribles volées de mitraille qui partaient des hanteui's Iioisées où roiinonii avait posté ses batteries. ï^es officiers, braves jusqu à l'imprudence, cherchaient à retenir leurs soldats. Un d'eux dont le nom mérite d'être conservé, le capitaine Richardson du 7<o« Wiseonsin, saisit le drapeau d*un régiment pcnsylvanien en retraite, et fit tous ses efforts pour rallier autour les fuyards. Ce fût en vain; des troupes depuis longtemps habituées au feu des batailles auraient pu seMl'>s se reformer sous la i)ression d'une pareille tempête. Mais le capitaine, resté seul et sur le i)oint d'être ju-is par les rebelles, s'empara du drapeau d'un autre régiment, et bien qu'il s'exposât plus encore par là aux coups de Tennemi il parvint à tout sauver.

La droite du corps de HiU cédait le terrain. L'impétueuse attaque d'Ewell avait jeté le désordre dans les lignes et, le cnrps de Ilill ai^t par la violence de soikfeu, nos troupes furent forcées à la retraite.

Wadsworth résista avec ses braves et continua le carnnrre pendant quelques minutes encore. Douhleday fit avancer trois régiments de renfort. Le colonel Biddle à la tète de son régiment peusyivanien se comporta ▼aillamment. Le eolonel Stepbenson, qui n'avait cessé pendant toute la journée de servir d'aide de camp au général Neredilfa, avait remplacé un colonel blessé, et faisait tout ses eiTorls pour rallier son monde. Hercdith lui-même, qui souffrait beaucoup encore de la blessure qu'il avait reçue h Anlietam^ fut frappé de nouveau à la téte d'un éclat d'obus. 11 eu fut quille pour une légère meurtrissure, mais au même instant le cbeval vigoureui et de forte taille qu'il montait tombait mortellement blessé, rentrainait sous lui et le couvrait de meurtrissures, en se débattant dans les angoisses de ragonie.

On ne peut pas résister au destin. Ewell, avec ses vieilles troupes dont la renommée est historique, lit ppfirluT lu balance en sa faveur. De braves pens durent céder le pas à d aussi braves, mais plus forts en nombre. IjQ onzième corps, en ballant en relraile^ laissait à découvert

le flanc du premier corps, el lorsque, h son lour, la droite du premier corps dut se replier, elle entraînait en les découvrant les lignes du général Wadsworlh. \)é^k les rebelles enivrés de leur victoire se pré- • cipiuieat sur le front et les flancs des brigades qui se dévemienl peur le salut de l'année. Deux fois oelles-d les avaient repontsés ; cUm ne pouvaient faire davantage; dles durent eéder le terrain comme les au* très, mnis on doit 4iiv «pie chacnn en se retirant ne le fit ^'à pas leuts, en (iraillanl luujuius.

Cependant le sort de l'année éiaii drjà ti.vé. iSous passions par une de ces grandes crises qui sont bien rares dans la vie, et c'était au major général Howard, à ce brave héros chrétien, à en faire l'épreuve.

Les deux corps d'armée qui étaient sous son commandement avaient éUî repoussés ; quelques brigades revenaient en bon ordre, mnis la phipart à la débandade. Il suffisait d'iinp charge de ravalrrio vt li'une cauonnade bien dirigée ptnidaut uiiiiutes pour anéantir le tiers de nos forées et laisser le général Meade tout à fait à découvert dn cOlé du nord. Il fallait donc sauver, sans tarder un seul instant, tout ce ipii pouvait élre sauvé.

Le général Howard était l'homme à surmonter !a crisn <î(int on était menacé. La colline du cimetière devint le centre de opérations, Les troupes, ramenées sur le» derrières de l'armée, furent aussitôt reformées, sans crainte d*élre inquiétées. Des batteries furent à llnstanl dressées sur le sommet, et dés que les rebelles se trouvèrent engagés dans les rues de la -ville, v.nc volée de mitraille les arrêta tout court. C'est ainsi que finit la halaille et que le corps d'année fut sauvé.

La dernière attaque désespérée s»ir toute la ligne n'avait pas duré plus de 40 minutes. Une seule brigade, celle dile colonne de fer, qui était entrée en action forte de I8S0 hommes, ne comptait plus à la fin que 700 combattants. Un petit nombre d'entr*eux avaient été fait prisonsiers; qnelqties-uns étaient parvenus à trouver un asile cbez des particuliers ; plus de mille avaient été oti tués ou blessés. L';nitre brigade, qui était forte de 1500 lioiumt^s, eut it) oflicicrs cl 549 sous-ofliciers et soldats tués et blessés ; 6 ofûciers el 524 sous-ofDciers et soldats furent introuvables et leur sort inconnu. Qui pourra dire qu'ils ne soient pas tous descendus dans la vallée de l'ombre de la mort dans celle aprèsmidi si désastreuse ! Agatb.

Issue douteuse du jeudi. Victoire du lendemain.

4 juillet 1863.

Deax jours de eombats, comme les Etals du Nord n'en virent jamais

de pareils, et la victoire au bout ! Victoire pour une armée qui semblait sous Tempire d'une faule destinée, et salut pour le pays en danger !

Ce serait fulie à un homme, qui, peu d'heures après avoir a«si&lé au spectacle d'une bataille, voudrait & loi seul essayer d'en décrire tous

lei délnls. Je dois i m 1 orner uniquement aux pHncipaux UmiU que je

votis adrcpsiî à riiiriniuili par lu voie la «-xiH'ditivp. H no m'a pas él«^ possible (le reciicillii" tontes les parlienlariti-s (jne j'aurais désirées, concernant nos réginieuls lie 1 Uhio. lies hrigado;;, régimenU et balte» ries pris individuellement, je ne puis au fond rien en dire. Mais lent ce qu*OB homme, d^à familier avec de telles scèoes, pouvait voir, en passant, sur le champ de bataille, avant et après» je Tai vu ; pour le reste, j'ai dû m\'n rapporter an r<!^cit de personnes sur la véracité des* quelles j'ai cru pouvoir compter.

te ehamp i$ halaiUe.

relui ((Ml vnndra «c faim une idée exacte des positions que nous occupions dans les grandes batatlieâ de jeudi et vendredi (second et troisième jour) à Ccttysburg, n'a qu'à se représenter une (i*;nre sur le terrain de la forme d*un A, qui serait coupée en deux parties égales par une ligne abaissée du sommet sur la base. Les trois lignes qui vont se réunissant au sommet de la lettre, sont les trois roules le long desquelles notre armée se portait en avant ; fntif l'espace qui se trouve entr'elles est le champ de bataille. Gellyî>l)tii g est le point de réunion des trois lignes. Celle du milieu, du nord au sud, est la route qui conduit à Taneytovra ; celle à main droite, dans la direction sud>est, est la route de péage» qui aboutit à Baltimore ; celle à main gauche est la route de Celtyshiirp à Emmetsburj;^.

A peu prës à la jonrlîon de ces lipH*^*: , à gauche de la roule de lialtimore, se trouve la clef de toute la position, la colline du cimetière. Cette hauteur, qui forme le front extr^e de nos colonnes» est située au sud de Gettysburg ; elle domine non-seulement celte ville, mais encore la vallée à droite et ù gauche, ainsi que tout Te^ce par lequd les rebelles s'avanrèrent (le mercredi) pour attaquer notre centre, et même une partie des bois, d'où les ligues ennemies débouchaient sur leur centre de bataille.

Etant sur la eoUine et faisant face au nord, dans la direction de la ville, TOUS vofes (sur votre droite) une autre colline que traverse la route de Baltimore ; elle est presque aussi élevée que celle du cimetière et elle est de même couronnée de batteries qui enfilent le front du centre. Plus loin, sur la droite et en arrière, la contrée ollVo à la vue une série de peli(e:> hauteurs délat hées, sur le sommet desquelles on pourrait facilement placer du canon. G*est là que se trouve la petite vallée du Rock-Creek que la route de Baltimore traverse à deux milles de distance de cette ville. L'ennemi pourrait profiler babilementde ce diemin couvert | n les bois et les haiitf'urs pour tourner notre aile droite et arriver der rière nos lignes du centre.

Sur notre gauche les collines, qui sont moins élevées, oUrenl peu de

positions pour des baiicries et sont d'ailleurs donoioées par les bailleurs qu'occupe l>nnemi.

Le terrain entre deux est accidenté, en partie inontueux, çà et là cultivé et quelque peu boiié ; il est aceeitilile au passage de l'infante* rie, de la cavalerie et méine de i'artUIme.

Notre ligne de bëtaHk»

!,(• lecteur peut mainlrnant se repn'seiUcr noln^ lifirno tic bataille sur la ijyuie A, coupée en deux comme nous i'uvons dit. Près de la partie du terrain la plus élevée est le cimetière ; on a établi des baiieries sur le point culrainaut. L*iiifaaterie est rangée en ligne de bataille sur la déclivité du terrain, dans les vergers. Elle s'étend au-delà de la rotilo de Taneytoxs-n H jm(\nh celle d'Ernmetshurg, puis de là le long d'une cliHiiri' en [licnes sur le ci\u'- intrrieiir de îa route pendant un demi-mille ii peu pré». Elle i» 'écarte alors uo peu de la route, laissant pleine liberté à nos tirailleurs jusqu'à un mille et demi plus loin eu arriére, en s'éloignent tot^ours plus de la roule d*Emmetsburg pour se rapprocher de celle de Taneytown. Ce sont là les lignes du centre et de la [.'.tih Im».

Beprenanl notrf position du cimetière à parti i- de là, notre droite s'étend à traveri> la route de Baltimore et le long de cette suite de hau> leurs dont nous venons de parler , en suivant une direction à peu près parallèle à celle de la roule, à la distance de prés d*un demi-mille de celle-ci et allant jusqu'à deux milles dans cette direction. En tenant cnn)[it(' le toutes les sinuosités, la ligne de bataille pouvait avoir une longueur de cinq milles.

les lignes des rebelles et leur ordre de bataiile*

Toute la contrée qui fait face à cette remarquable configuratiOB de

terrain en fer à cheval qui est la nôtre, se trouve entre k» mains de rennemi. On verra qu(î leurs lignes doivent être plus longues que les nôtres, et que, pour se transporter d'un point à un autre, ils sont obligés à de longs détouns, tandis que nos troupes peuvent se mouvoir avec la plus grande focUité dans tous les sens en prenant les roules les plus courtes.

Prenez le croissant de la nouvelle lune, allonges-en un peu les pointes, tournez la face intérieure du c»'»té de nos positions et vous aurez une idée de la direction générale que les rebelles avaient dii donner à leur ligne de bataille. Comme au combat de mercredi les vieilles trou • pes de iaekson, sous le coounaodeoiait d'Ewell , formaient Taile gau-

che opposéo à notre aile droito ; A. P. Hill avec son corps d'armée était au centre, cl I.ongstreet, qui arrivait le jeiuU matin de bonne heure, occupait Taiie droite.

Nùire crdrê de bataille.

Voici quelles étaient les dispositions prises par le général Meade à la première heure du joor de jeudi, poar U formation de notre ordre de bataille. Le m^or-général Howard, à la tête do li« corps, était au

centre, occupant la colline du cimetière et le terrain en pente regardant \f nord. A sa droite se trouvait le premier corps, posté sur la colline adjacente à la croisée de la route de péage. Le major-général Slocum occupait l'extrême droite avec le 12c corps.

Reprenant notre point de départ dés le cimetière, le général Howard avait à sa gauche le major-général Hancock avec le second corps ; puis venait, en suivant, le S*^ rnrps sous le commandement du major-général Sickles, et enfin le û'- corps, sous le major-général Sykes, lequel, placé d'abord en partie à Tarrière-garde du :3c corps, Huit par former l'extrême gauche de Tannée* Le 6« corps, major- général Sedgwick, prit position près la barrière de péage de TaneyloiQi^ en arri^ des lignes formant le seul corps de réserve de toute l'armée.

I Notre concentration à Getiysburg,

Nos troupes ne fùrent jamais concentrées aussi promptement que celles des rebdles» et si ce n*e6t été la longue hésitation qu'ils mirent h noiis attaquer, nous aurions pu souffrir d'un tel état de choses. Ainsi le corps d'armée de Sedgwick ne put être réuni que tard dans la soirée du jeudi , ayant été envoyé en reconnaissance au-delà de Westminster pour épier les mouvements de rennemi qui était à York. De même le i2> corps n'était arrivé le mercredi qu'au coucher du sdeil, quelques heures après notre désastre. Le second et le 3« corps n'avaient rejoint que dans la nuit, et le 5'' seulement le jeudi vers les dix heures du malin. Dans l'engagement de jeudi, le 5« corps constitua à lui seul la réserve de l'armée.

Jeudi jutqu*à 4 heuree.

Le niAlin du jeudi se passa en escarmouches asseï vives entre tes tirailleurs des deui armées, mais rien ne laissait supposer qu'on en vint à un engageaient général. Comme je me trouvais sur la colline du

cimetière qui était sans clont<» tin lion fort exposé, mais aussi très convenable à un spechleur, je |toiiv;iis ^oir la longiif ligne de nos liraiN leurs s'ctendant autour du centre et de i'aile gauche, avançant iosensibleoienty se coucbant à plat venlre sur le sol dans les prairies et les champs de blé, et faisant feu sur renncini dans celte position. Avee une longue vue on pouvait très bien distinguer chaque soldat de la ligne cnncmip, oror de sa ronvfrlure liée avec tine courroie autour des épaules ; ces gens-lii n'étaient pas si sots que d'aller se dépouiller de leurs rêtenieots pour combattre. I^arfois il arrivait qu'ils se débarras* •aient de leurs oovvertures et se précipitaient sur nos tinrillemrs, en poussant leurs cris et en foisaat le coup de feu. Ufte fois ou doux dans l'intorvalle de demi-heure, comme les obscr\ais, ils lirenl leur assaut avec Tine telle impétuosité qu'ils forcèrent nos tirailleurs h reculer, et que nos ui tiileurâ jugèrent à propos de leur lancer quelques obus. Peut-être est-ce là où leurs officiers en foulaient yenir.

Environ midi je me rradis à cheval au quartier-général qu'on avait établi dans une maison à un étage, peinte en blanc, sur la gauche et en arrière du cimetière, précisiément au pied de la hauteur où notre 0 gauche rejoignait le centre. ne pouvait voir, de cet endroit, aucune partie de la ligne de bataille ; mais sans doute qu'on Tavait choisi à cause de la sûreté qu'il offrait et aussi pour sa proximité du cimetière, qui n*«i était éloigné que de trois minutes. Après tout, ce choix était assez mauvais, rar. par son voisinage du cimetière, il était très eiposé aux coups de 1 ennemi, comme la suite le prouvn.

Le général Meade venait d'achever .ses dispositions. Les rapports sur Tescarmouche du matin arrivaient ; on prenait note du résultat des reconnaissances. Le ros^or-général Pleasanton, dans tout son attirail guerrier, passait et repassait sans cesse ; il s'agissait de satisfaire aux besoins de la cavalerie. Le général Williams et le major Darstow, qui faisaient le s(!i vice d'adjudants généraux, pouvaient à grand'pcine suffire ù l'expédition des ordres. Les aides-de-camp et les ordonnances étaient sans cesse h galopper pour le transport des dépêches. Le général en chef et le général Warren^ chef de l'état-major (*), avaient Tua et l'aulre les yeux fixés sur les cartes que les ingénieurs venaient de dresser. La plupart des officiers de l'état-major étaient étendus sous un pommier, se reposant pendant (ju ils en avaient encore le Icmps.

il lue seaiblait que la majorité des iiieiitbres du cou&eil aurait duuné la préférence à un plan d'attaque à la manière de Napoléon c'està dire en formant des colonnes par division et portant ainsi l'armée

entière sur le rentre de l'ennemi, en écrasant tout sur son passage; mais Meade s'opposa vivement à l'exéculion d'un toi plan ; selon lui Tennemi devait être amené à nous combattre daus la position que nous avions choisie avec nos batteries sur toutes les hauteurs.' L'événement prouva en effet la sagesse d'un tel dessein.

(1) D'aiitr«f niiporis donneui ce?, importantoa ftneilORB au gfnénl ButterfleM, rancieo obeC d*é|atHii^|«r «ou* \» génénU iIook«r. (Vwukwf')

L'a{>rè&-inidi se passa daDS le calme et la splendeur d'un ciel saos nnagret. Je eôtoyaî A cbevil le terrain wr UqmA était aotn aile gauche ; puis faisant un détour en arrière, je me rendis en qiiartier-géné>

ral du générul Slucum, qui était à trois quarts de mille au sud du cimetière, sur In r nUe de Baltimore. Partout le repos : les troupes couchées DonchalaiiHuent sur le sol en ordre de bataille, les chevaux altachés aux caissons, les balteries immobiles et les artilleurs se reposant sur leurs canons.

La foudre semblait être coigurée à jamais, ainsi qne la vent, qui ne soufflait plus du tout. II semblait que le soleil àùt se coucher en paix sur ces engins de destraction.

L'attaque des rebelles sur fwtre gauche,

Mms des maints invisibles avaient déchaîné les éléments. Le général Meade n'avait manqué de s'apercevoir que, comparativement aux autres parties du front de bataille, sou uile gauche était la plus exposée. 11 était occupé^ entre 3 et 4 heures^ à faire avancer l'extrême gauche, qui était fonnée du 8* corps, sons le général SkUes, lorsqu'il se trouva ftee à lace avec l'ennemi. Longstrcet concentrait ses divisions pour les pousser sur notre extr'nip pauclie. Le combat commença aussitôt, l'artillerie l'ouvrit, puis vinrent les décharges de l'infanterie. Les batteries de reoncnii étaient dejù en position, et quelques-unes prenaient en écharpe les lignes de Sickles. Nos batteries, promptement drMsées, firent taira celles de reonemi qui nous disaient le plus de mal. Pnia vint bientôt après une charge des rebelles, accompagnée de leurs cris sauvages. Ils sont reçus avec de la mitraille et notre canon dirigé de maoiéi^ à pouvoir prendre tous leurs rnnp;s d'entilade. Leur ligne est rompue ; ils sont rejetés en arrière, dans le plus grand désordre.

Mais déjà on voit déboucher des bois de fortes colonnes qui s'nvaa» cent derrière les batteries ennemies; il s'agit d'one attaque beaucoup plus importante. Le général Warren, qui, eu sa qualité de chef d'éutmajor, observe tous les mouvements, demande des renforts !If'!;i? ' le corps de réserve de Sedg^vick ne peut uous être d'aucune uliiile dans ce moment. Nous n'avoua, pour toute réserve, que le tfi corps d'armée. Howard et Hancock ont assez de besogne au centre et au centre gauche. Toutefois Hancoch se porte en avant et le feu sur tente l'aila gauche devient de mom^t en moment plus intense.

Cependant la colline du cimetière est assaillie en même tcmp!; sur son front et sa gauche et les obus des batteries ennemies atteignent même nos positions de la droite. L'engagement send)le n'avoir lieu que sur un seul point et cependant la mort est dans tous les rangs, depuis le front jusqu'à rarriéra. Les boaunea hors do service aetif prennent l'alarme ; on voit à chaque instant des trains accélérés sur la roule de Baltimora; les derrières de llarmée semblent être déjà en

TOMBll. 38"

proie i «ne terrenr pemqne. Des gardes placés à la hftte à travers la rente parviennent à arrêter un peu la désertion.

Nous avons vu les troupes rebelles drboiiclier (U»rrière leurs batteries et s*avancer lenlemcot sur le front <lo bataille du général Sikios. De ce cfllé le combat devient acharné ; nos aid»»s-de-camp sont envoyés l'un après l autre pour obtenir des renforts. Déjà les lignes de fen et de Aimée indiquent nn mouvement rétrognide. Siddes ne cède pas précisément à la violence de ses adversaires, mais il recule néao' moins. Enfin la réserve arrive ; Tavant -garde du S** corps défile le long de la pente du rocher où elle était postée, »M fîitro pu flpfne en scrrnnt ses r;infrs, puis elle se porte en avant, fait bientôt balle et maintient toujours sa position. La gauche n'est plus débordée maintenant. Nous avons en pendant deux heures nn combat d*artillerie et de monsqueterie des ^ns violents. L'ennemi occupe, il est vrai, une petite portion de notre terrain, mais à tout prendre les chances semblent égales.

Renfortê demandés par notre droite.

Le général Slocum aussi eut sa part du combat. Toutes les autres rf^<:,»nes ayant été utilisées, il rrstaù plii'; que celle de droite. On pouvait croire, à en juger par i impétuosité de leur attaque, que Tarmée rebelle, y compris le corps d'Èwell, était massée sur notre centre et notre gauche et qu'ainsi il suffirait d*une seule brigade pour garder les retraocbemenis de - carabiniers qui avaient été construits dans la journée sur la longueur de la ligne occupée par le corps à l'aile droite.

Le reste de ce corps d'armée allait donc renforcer nos ligues du centre et de la gauche. C'était une nécessité peut-être, mais on courait aussi de grands dangers en agissant ainsi.

La fin.

A six heures la canonnade devenait plus forte que jamais, et depuis ce moment jusqu'à la nuit la mort ne cessa de faire des victimes. Au bout du compte nos colonnes renforcées s'étaient maintenues dans leurs positioDS. Sur quelques points elles avaient légèrement rétrogradé ; nous avions perdu quelque prisonniers. A tout prendre les tentatives des rebelles n'avaient pas réussi et de notre cété nous n'avions pas lieu de nous gloriûer non plus.

Quelques caissons avaient fait explosion dans les deux armées. Une grange sur la route d'Emmetsburg fut incendiée par les obus de l'ennemi et fak lueur qui en provint servit de point de mire aux carabiniers et leur fournit l'occasion de prolonger leurs feux plus longtemps qnlls ne Tauraient fait autrement.

Des deui c6lés les gens restèrent sout les armef,eitéiiaés de fatigue, mais non sniisfoits, allendant le lendemein avec impetienee.

Jttue douUme*

Le second et le 3* corps étaient complètement dés( i p ni[bés. Le lit

n'avait pas été autant engagé (son artillerie avait tenu les rebelles à une plus grande distance); mais il s'était bien comporté dans l'action. Le général Sicklcs nvnit eu la jambe emportée pur un coup de canon. La général /^ook était tué ; potre vieux combourgeois, colonel Cross, était an nombre des morts. Les miiisons de campagne, les granges étaient remplies de blessés à quelques milles à la ronde. Les rebelles nous avaient laissé Barksdale mourant. Quant aux autrns pertes qu'ils pouvaient avoir faites on les supposait grandes, on voyant les monreanx de cadavres qui gisaient sur le sol éclairé des derniers rayons du soleil.

Et ainsi, sans qne le procès eût pn être décidé, Tobscarité venait mettre une barrière entre nous et nous obligeait à faire trêve pendant

quelques heures.

Puis tout-à-coup on entendait sur notre droite de vives acclamations répéit'cs ; Ewcll ne s'était pas encore retiré ; un détachement de ses troupes s'était précipité sur les retranchements de Slocum, qui n'étaient protégés que par une simple brigade échelonnée sur une ligne fort étendue, et il les avait emportés. C'était une triste fin de journée ! Une de nos plus fortes positions se trouvait au pouvoir des soldats de Jackson.

El maintenant, il faut le dire, nous avions plus que jamais des motifs pour adresser nos prières au Toul-ruissaul. Dans un combat qui avait duré 3 1/2 benres, nous avions fait des pertes à nos deus ailes ; nous avions dû amener nos réserves sur le champ de bataille et nous devions recommencer la besogne le lendemain, au point du jour, avec des troupns désorganisées ! C'était bien le ras d'entonner le refrain de L'byniDO de Boker, composé pour le 4« régiment de Philadelphie.

Le commencment du vendredi imtin.

Que l'on veuille bien me pardonner, pour tout ce qui me reste encorf à dire, l'habitude que j'ai de parler peut-être un peu trop de moK ii est très aisé de raconter ce qu'on a vu, mais lorsque, par manque de temps et de place, on est obligé de faire à la hftle, il peut arriver qu'on n'observe pas toi^ours la régularité qu*on y apporterait autrement.

Au point du jour de fortes détonnlions mirent bientôt sur pied cens

en petit nombre qui élaient restés endormis. Déjà la fusillade se faisait enlMidre sar tonte I» ligne. Od s'était reeomni réciproquement et les tirnilleurs agissaient avec plus de pnidence et de réserve.

Mais à l'aile droite le feu se soutenait vivement. La troupe d'Ewell qui s'était emparée, la veille, d'une partie des retranchements, voulait avoir le reste. Slocum de son côté cherchait à reconquérir le terrain perdu, et à empêcher l'invasion de la partie intacte. Ce devait être ponr loi nue rade liesogne, car il avait sAiire inx soldats de Stoneirall Jackson.

J'avais trouvé la veille sur la route de Baltimore un lien propre à y passer la nuit Le matin ên vendredi j'étais levé entre i n hetires et j'entendis distinctement sur notre droite les cris accoutumes, précédant ordinairement une charge. Ces cris se répétèrent une, deux ei même jusqu'à trois fois, pendant que je pareonrais la route à cheval à nn mille de dislance, à travers une foule curieuse ou craintive qui allait et venait comme les (lots d'une mer en tourmente. Chaque charge était arrêtée par la violence de nos feux ; nous nous maintenions loujour sur le même terrain. A l'aile gauche et au centre le feu avait cessé peu à peu. Tout l'intérêt se concentrait sur l'engagement de notre droite : il semblait qu*ofl voulAt en connaître Tissue, avant de recommencer la lutte.

De 4 à 5 heures nos batteries de droite les plu? rapprochées du lieu de l'action n'avaient cessé de tirer, mais comme l'ennemi n'y répondait pas, le feu avait cessé graduellement. Nous avions tiré un peu à l'aventure, et on aurait pu épargner bien des munitions. Un nuage de fumée s'élevait en spirale an-dessos des noin ombrages de la droite ; les décharges de la mousqneterie se succédaient sans interruption, et annonçaient une ténacité sans exemple dans la lutte ; les blessés commençr^ient à affluer ; des traînards étaient reconduits dans los rangs; les munitions étaient tenues à portée des combattants.

L*fi^tillerie de réserve était postée dans les champs à gauche de la note de Baltinsore, les chevaux attelés aux pièces, prêts à partir au premier signal. La cavalerie aussi était disséminée par détachements, sur divers points, l'ne partie du corps de Sedgvsick, qui avait été placée à quelque distance des lignes de Slonim noisr h's ronforcer en cas de nécessité, était la seule réserve d'inlantene que nous eussions de disponible.

Des boulets ennemis venaient de temps à autre frapper contre nos elétures, les balles minié aussi, dont on entendait le bourdonnement

aign -, mais la partie de la route où la foule était stationnée se trouvait pour ainsi dire hors d'atteinte; chaonn restait à son poste d'obser* vation.

la tataiUe à ^aile droite.

Je me rendis à cheval sur le haut de la colline où le g^éral Siocom mit établi son qMrtier général ; mais bien iipe l'on pSt voir de là k

plupart de nos positions, le champ de bataille actuel éUui uia.s<|ué par det hth qui se tniiiffti«iit encre deux. Les ctnoas de Rodman, placés snr le semmel, étaient prêts ; les ariîUenrs n'attendaient que le monKtnt de feii^ fen, mais ce moment paraissait retardé. Tirer dans la direction des bois était s'exposer à frapper rrit-ii comme rennemi On avait établi H*"; sif^naux qui élaieni en communication avec les tjn nrliers généraux de Meade, de Ho^nrard^ de Hancock, sur le centre cl la droite, ainsi qu'avec les antres de Faile gauehe. Quelle que fût Tissue de la journée on pouvait au moins compter sur la promptitude des communications entre les divers corps de Parmée.

Tomme je descendais de la colline pour ?ne rendr^^ A fravers les champs de blé sur celle du cimetière, nos Ijaiteries commencèrent h ouvrir leurs feux sur tous les points de la ligne à notre extrême droite; leur direetion était celle que le général Slocum avait prise la veille. Les rshclles occupaient encore nos Ktranchements. Enfin il Ait permis aux artilleurs de la batterie Slocum (sur la colline où était son quartier général) de faire feu à leur lotir ; il est à supposer (pie ce fut aussi dans la même direction que les antres. Ce lut lu le signal donné à toutes les suitres batteries de riulérieui', depuis 1 extrême droite jusqu'à la soUine du cimetière, de faire aussi leurs décharges. Je me vis obligé de changer de route pour ne pas rester exposé à recevoir quelques éclats de nos obus.

l/artillerie des rebelles restait muette. Cela provenait-il de manque de Djunitions? .Avaient-ils peut-être été dans l'impossibilité de remettre sur pied tous leurs canons ? Ou bien auraieul-iis l ialeution du masser leur artillerie quelque part, et ce combat de mousqueterie qui venait d'avoir lieu n'aorait-il servi qu*i masquer leur* véritable dessein?

A 8 beures j'arrivais à la colline du cimetière. On y voyait partout des traces de la lutte du jour précédent. Comparativement an jeudi la niatiné»» du vendredi était calinf^ Dos ear.ibiniers Inpés dans quelques maisons de la ville tiraient sur nos oiiiciers, lorsiiu'ils les voyaient à découvert sur la crête de la colline. Us savaient que nous ne lancerions pas des obus sur la place et que nous ne ferions pas usage de notre artillerie. Toutefois ce jeu flnissant par devenir trop eunuyenx, un de B08 canons fut dirigé de manière à balayer ce nid d'audacieux tirailleurs, et pi'enant pour point de mire la maison d'où partaient les coups elle fut bientôt battue en brèche jusque dans ses fondements. Ce Alt le seul désastre que nous causâmes à Getlysburg.

Sur notre front on continuait à escarmoucber, pour ainsi dire, à l'aventure, sans but bien déterminé. Tous les regards étaient dirigés vers faile droite, où le combat était plus acharné que jamais depuis que la troupe d'Ewell en faisait partie, et que nos artilleurs s'en môlai<'nt. Mais voiri qm totit h eoiîp, au fort de celte tourmente, on entend distinctement des cris de mauvais augure qui venaient d'un autre côté, puis comme des sifflements d'une lempéte qui arrache les arbres de la forêt et ébranle le flanc de la colline jusque dans ses Ugademeols; c'est «n* seconde charge que font les rebelles. J'étais posté près de la loge

> du |K>rlidr, ei avec mm Innctte d'approche je pouvais voir diiCîncteineiit

notre ligne iht ftataille vacillant d'un rAtô et de l'autre el ne pouvant se luaiiileiiir contre les coups terribles qui lui veiiaient des bois d'alentour. Les cris des rebelles redoublaient d'ioteasité, jusqu'à ce qu'eniin notre artillerie, qui savait niaintcnaul de quel côté diriger son feu, rèuuil à arrèler le mouvement ea avant. La retraite des nôbres n*avaî( . duré (fu'un moment ; se sentant maintenant aiipuyés^ ils s*élaie&t aussi* I6l ralliés pour pénétrer ne nouveau dans les bois.

Un engagement général.

Cependant on eommençait h s*apcreevoir sur la colline d'une plus grande fréquence des coups des ennemis ; ils venaient d'ouvrir le feu de leurs batteries et déjà un obus arriv-îii en ]);><:>;pnt «\ir nos lêtps. Le f^én^ral Howard se reposait tranqnilleuient, nppu}> cmlre une «M»^ valiou de terrain près d'uue pierre tumulaire; son élat-uiajor vnii a ses eôlés. Un ou deus officiers suivaient attentivement les mouvements de Taile droite nvee leurs lunettes, et de temps en temps aussi les lignes de l'ennemi ; les antres étaient prêts à exécuter les ordres de leur chef. J'ai bien vu des hommes au fort du combat, mais jamais je n'en vis monlrei- autant de saug-froid que le fit le générai du on?i' me corps. J'avais justement l'œil sur lui lorsqu'une balle minié vint à siffler au-dessus de nos tèles. Naturellement je changeai de place, c'était affaire d*instinct cbet moi, mais pour le général je puis siffirmer qu'il ne fit pas un seul mouvement qui trahit une pensée de crainte.

Progrès sur notre droite.

Vers les 9 heures et un quart le combat dans les bois à l'aile droite semblait aveir atteint son maximum. Des nuages de fumée obscurcissaient la vue, mais nous savions cependaQl que nos braves troupes (le ito corps, une partie du h> et quelques réserves) se maintenaient dans leor position. A m juger par la direction du bruit qui nous arrivait, il semblait bien qu'elles gagnaient du terrain; mais après tout il n'y avait rien de certain dans ime telle supposition. « Hàtes*VOUS d'aller auprès du général Meade, » dit Howard à l'un de ses aides de camp, c el diteslui que la lutte ù l'aile droite parait être plus violente que jamais, que même il y aurait apparence d'un échec vers le centre, mais qu'au fond nous ignorons ce qu'il en est du combat, et lui faisons demander s'il n*a pas d'ordres à nous donner. » En quelques minutes Taide de camp revenait au galop avec cette iV'ponse : « Les troupes doivent rester dans leur position el faire bonne gai ile. »

Pendant que ces choses se passaient une petite diversion avait lieu

à qoelqne iHsIftQce ftu nid de ratréoM droite. On ee eoiiTient qu'une brigade aTftît été poêlée i Test du Rocit-Craek pour surteîller les nouvelles tentatives que pourrait faire Tennemi de rlescendre par ta vallée pour pénétrer sur les derrières do notre armée. Trouvant le moment

favorable la brifradr" mil à lanc<»r boulets et ses obus sur le flanc de la colonne d'Ewell. L'euneini, ne pouvant supposer tant d'audace de la part d'une BiiB|de UPI^de, s*inia|^a qu'il élait attaqué »ur aoD flanc par (les forces mineures, et cela fut cause que dès ce luomeDi il mit Bioiiis d'ardeur dans sa charj^e sur son front de bataille.

Howard élail toujours en obsenation, att»^nfif aux mouvements de son adversaire ; de temps en temps le feu de^ luailleurs semblait vou* loir se raviver, puis il cessait tout à coup. Vers les dix heures je me décidai à ne rendre au quartier du général en chef. En descendant de la colline du cimetière et en coupant à travers champs je m'qkergus qtie quelques balles arrivaient de notre aile {raucbe, et je supposai nalurellenient qu'elles ne pouvaient parvenir que des couf» dirigés par les tirailleurs re][>eUes.

Le emmandaitt m ckûf à son ^arim général.

Là tout était en mouvement. Meade, logé dans une pptitc maison, était occupé à prendre connaissance des rapports qu'on lui apportait ; de temps en temps il allait en toute hftte à la porte pour demander des renseignements à quelqu'un de ses officiers d'état^majorqni attendaient sous un arbre. Prompt et vif dans ses mouvements, bien qne possédant tout son sang froid, lo général me paraissait avoir compris toute l iniportance du moment présent, il n'y avait plus rien de Télu- «iiaut chez lui : c'était bien le commandant en chef.

L'élégant, le fesliionable général Pleasanton, avec sa cravache logée dans une de ses bottes i récuyére, et ses beaux prtint^ de peau de chevreau, faisait par moments dos remarques foi t vives. Worren avec son air calme^ absorbé, toujours sérieux, était constamment en consultation avec le commandant. »

Penr loat ce qui est relatif aux détails du service on a recours à Williams ou an mi^jor Barstow ; ce sont de vraies encyclopédies que ces officiers. Les ordonnances et les aides de camp sont constamment en motivfTnonl, portant les ordres et les dépt-chcs ; les oflliicrs préposés aux signaux donnent tonnaissancc des signaux venant de toutes les sommités qui dominent le lieu du combat. Le reste de l'état-major se tient prêt à recevoir les ordres dn chef, et des chevaux en grand nom* bre, tout harnachés, sont attachés à la clôture extérieure du jardin attenant à la maison..

lê ^umUer gMrtA empoté on feu.

Nous nous promenons à l't'-t à*' U Itabitalion, parfois noiH reposant sur rbeii)e. La vue «ioal nous jouissions ofTrail bien des points ét coroptraiioii »m d'autres ; nous Âous entreteoioas des prc^iabilitét de It lutl«, de rarrivée de la milioe de Hmrrisbuf . Cependant le oondial à notre aile droite était toujours acharné. Notre quartier général était maintenant exposé au feu de Tennemi. I^s h tilr^f^ vt'nnntde lu gauche semblaient augm<»nter un peu en nombre ; «) uniques- uns arriviicnl sur notre front; cependant nous n'avions pas eucore souffert de doiuuiage.

Il en passa im près de nous qui certainement provenait d*nn petit calibre, car il rendait un son auquel on était peu habitué. « Voilà, dit W... dans son langage figuré, mais toujours vrai, un joli cri de chouette ! • En «"ffet ce n'est pas autre chose ; puis tandis qne nous en étions am conjectures :

W. h. r. sh. shhh! on entend une soudaine exclamation; chacun de nons se lève précipitamment, et l'un s*éerie comme par une impulsion soudaine : * Jupiter nous assistt! ! ces compagnons sur notre gatiche nul fait de notre posiliun leur point de luire. > Çrlail un boulet qui avait passf' à deux pieds de la porte et ( tait allé s'enfoncer dans le sol à trois ou quatre mètres plus loin. 11 fui suivi bientôt d'un second et d'an troitièint. Le général Meado vint jusqu'à In porte et dit à ses oflleierB qu'on ne pouvait plus douter de rinlention de rennami de canonner leur position et qu'ils feraiwt mieux d'aller se placer à 15 ou f<1 mètres plus bas près de Tècurît^ rnnimc ils se mettaient en marche, il pureul euteudre le sifllenient ilt; quelques obus qui partaient de directions différentes, et une vive fusillade qui éclatait derrière nous, sur notre gauche. Deux batteries rebelles étaient visibleaant pointées sur notre position, et la lutte allait s*étalî)ir sur le même champ où l'on s'était si vivement disputé la veille.

jl y avait à peine quelques minutes (jue je parlais d aller visiter le cadavre de Uarksdalc ; maintenant il s'agissait de bien autre chose. Laissant là le quartier général riposter comme il le pourrait aui obus qu'on lui lançait» je pris an galop le premier chemin qui, en m*éloi<» gnant de twieitown, me conduisait à notre aile gauche. La combat était enpgé sur un espace de 3/4 de mille.

I/air était rempli de sons mystérieux, avant-coureurs de la mort. Les cris de chouette semblaient enragés de ce que leurs pr<^tiles n'atteignaient pas. Ils redoublaient de plus en plus.

Flux et reflux de la marée. ~ AUemaUves de la balaiUe.

L'ennemi avait subitement concentré ses feux sur notre gauche, avec l'intention de réduire nos batteries au siltnce et de mettre 6n à celle résistance qu'on lui opposaiL Hais nons étions sur nos gardes. Après

une ou deux heures de combat il se trouva que les obstinés défenseurs étaient encore dans leurs iiu^nif^s positions. Les rebelles comprirent qu'ils devaicDl réserver touUi kui- énergie pour les derniers efforts qui devaient être tentés dans Taprès-niidi. C'était le dernier coup de dé qui leur restait & jouer. Une heure ou deux plus tard tout rentra dans le silence à la gauche ; à notre centre on entendait seulement eomme de coutume des eoups éparpillés.

La droite victorieuse^

Cependant à notre aile droite la vivacité de i attaque d*£well s'était ralentie ; quelques efforts aases faihles se renouvelaient seulement de temps en temps. Quittant Taile gauche au moment où Taction allait se terminer, je regagnai le poste du général Slocum, sur la route de Daltimoré. Du ha<it <lo Téininencr» nous pAinos acquérir la certitude que nos gpn?! nvnieiit conservé lonr int'iiie ptisilinn fin matin; le dire des ofQcieis au nou^ laissait uutuu dutile à cet égaid. iNous avions tepiis nos retranchements sur Tennemi, les troupes d'Ewell ayant été bien décidément repoussé*^. Le feu de la mousqueterie était encore bien vif par moments de ce côté, mais il était liors de portée et n'avait pins de signiitculion. Nous avions la virtoire saiis conlosln. Il (''tait 1 1 heures un quart, septiieures et au-delà d'un combat à outrance ! car le vieux corps de Jaekson n'avait pas ahandooné la parUe sans lutte opiniâtre.

La derntt te attaque.

En eflet l'attaque avait lieu même plus iM et sur une plus grande

échelle qu'on ne s*y serait attendu. Vers une heure le mouvement des rel)elles s'annonra par un tonnen'e d'ai tillerie qui retentissait sur toute noire armée, comme si t 'eût été la Irompelle du jugement dernier. Ils avaient réuni la plupart de leurs pièces, au nombre de 250 au moins, au dire de quelques officiers de réiat-major, sur notre centre et notre gauche. C'étaient ces lignes qui étaient destinées à supporter ce terrihie choc qui, s'il était paralysé, devait^ en épuisant les efforts de l'ennemi, lui faire subir une d' faile con»p!èle. Longstreet et A. P. Hill, aidés de leurs réserves, devaient soutenir l'attaque avec leurs forces.

Depuis la hauteur du cimetière (à ce que m'ont raconté des témoins oculaires, ne Tayaut pas vu moi-même) on pouvait voir les troupes du corps de Hill que l'on disposait en colonnés d*attaque. Leurs batteries formées en demi-cercle avaient déjà rommenré leurs feux sur le front de la colline isol«'-e. Trois feux croisés convergeaient sur le métne point, et on pouvait voir les nombreuses traces d'obus autour des fosses récentes, dans toutes les directions.

Howard n*avait pas remué de la place d*un seul pouce. Le onsiéme corps qu'il commandait était là; il devait» selon lui, se maintenir dans cette position ; il ne pouvait fiùre autrement, et c'est aussi ce qu'il fit.

Tomn. 29

Lorsque ceua furieuse canonnade eut jeté siiffisammenl son feu pour prj^parer Ifi voio, on vil alors déboucher les colonnes rebelles liAres cl alertes coauue duuâ une revue. Elles «'•Utieiit précédées de leurs liraitleurs» en nombre triple de eeloi erdinaire» dont une ligne appuyait les premiers rangs ponr seconder la charge, et une seconde formait une forte réserve pour le cas où quelque écbec pourrait sur\'enir.

Howard donna l'ordre de se tenir couché sur le sol et nos batteries restèrent silencieuses pendant quelques moments. Les rebelles, s'imaginant qu'ils étaient la cause de ce silence, se mirent à nous charger. Ils étaient déjà prés de nos lignes, lorsque les troupes allemandes, qui s'étaient tenues cachées, se le\<'ri'iit subitement et firent, â lioiil portant, une drcliar;;!- tU.ril les (îflels furent terribles; puis les hattcrie» %*enanl à ouvrir leurs feux, les lignes des assiégeants lurent bientôt rompues et rcpuussées dans le plus grand désordre. Nous chargeâmes à notre tour ; on vit alors des compagnies rebelles et m&me un régiment eotier jeter leurs armes et demander à 6tre faits prisonniers, afin de n'être plus exposés au feu ipii les anéantissait.

Dans le luènie moment, des srène? pnreillf^s «e {misaient sur le front des 20, ?)'■ el 5'= corps. De t ins cûit s les rebelles étaient battus et rcjctés en arrière, de pai l el d autre iu canonnade était d'une violence ej[tréme.

Au moment où ce dernier acte allait se produire, je revenais d*une

tournée dans les environs du quartier-général de Pleasanton. Je me ren* dis ?tir In colline où Sloctim avnit son cjuarlier-fîénéral , et en me plaçant derrière j'eus devant mui un spectacle qu'il n'est pas donné ù beaucoup de personnes de contempler deux fois dans leur vie. Autour de notre centre et de notre gauche la ligne rebelle pouvait bien avoir une étendue de i à 5 milles, et sur toui cet espace on voyait se lever la fumée de 2r.O r.mons. Le bniil rpouvantable qui sortait de res enfyins de (Irslniction, l'impressifin vnn? laissait reiïri d'une Irllc puissance, « la magnificence d'un tel lubleau jointe à riiorreur qu'on ressentait à la vne de tous les ravages, > une nation tout entière dont l'existence dépendait du plus ou moins de progrès que feraient ces monstres infernaux, e*était là, dis-je« un de ces spectacles qu'on ne voit qu'une fois dans un siècle ! *

Vers les deux heures le ieu commença à se ralentir et alla toujours en diminuant. L'ennemi, rencontrant un obstacle insurmontable dans la résistance de nos troupes , finit par battre en retraite lentement, en reprenant parfois une attitude agressive.

La grande charge, qui dt'\.tit élre la dernière, eut lieu vers les quatre heures. Les rebelles, voulant tenter un dernier eiTort, avaient réuni toutes leurs forces.

Nous avions élevé sur une partie de notre gauche des retranchements peu profonds, appuyés d'ime barricade, le front de bataille de rennemi, s'étendanl à quelques milles sur la gauche, présentait un magnifiqne coup d'œil. Ici (en face du second corps) leur lig:ne était soutenue par la superbe division Pickett du corps de tongstreet et les

vétérans du géD<^ral îlill. Celle formidable troupe s'ébranle ; rien ne paraît devoir lui iVsister. Nos tirailleurs «se retirfiitt Ienlem«'nt de la roule d'Emmelshurg, di«imtanl h renniuii chaiiiic' pied de terrain. Les rebelles réservent leur feu pour le moment où ils auront atteint la route que leurs adTersaires viennent de quitter. Une Ibis arrivés, ils commencent leurs terribles décliarges, tandis que leurs canons sont dirigés en même temps sur dos barricades.

Hancock (^tant blessé. Gibbon lui succéda dans le commandement ; c'était UQ soldat éprouvé, à la hauteur de la crise préseule. Lorsqu'il vit approcher la tempête, il parcourut les rangs de sa division, en donnant Tordre exprès de ne pas tirer pour le moment, ijos rebelles s'avancent 8111 trois rangs d'un pas ferme ; déjà ils sont à notne portée et n'ont pas l'air d"v faire grande allention.

Enfin le jîénéral donne l'ordre de faire feu ! ( ne décharpe de 18.1KK) fusils à la luis, vomissant la mort avec le feu et la fumée, fait tomber le premier rang^, mais la ^eeond est eoeore là debout. Noos vêtions de faire un effet suprême, et maintenant nous étions moins bien préparés pour un autre.

Nos retranchement;, nos barricades av^iient été traversés en un clind'œil par les rebelles d;in.s la rapidité de leur charge. Le l'eu de profondeur de uotre ligue de bataille uous avait dté toute idée de résister à l'invasion. Nous dûmes nous retirer sous la protection de nos canons. Cependant les rebelles avançaiem toi^ours; ils étaient déjà là, faisant l'assaut de nos batteries, perçant nos artilleurs de coups de bayon<nettps, plantant leur dr.apeau sur nos pièces.

Mais ils étaient aussi arrivés au poiut fulai qui devait arrêter leur succès. Un véritable ouragan de mitraille, sous toutes les formes, s'aliatlit tout4*coup sur les assaillants et remplit l«irs lignes de cadavres. Ils s'étaient exposés à la bouche de canons, qui, les prenant en écharpe, les faisaient tvunlx-r par liles entières. C'étaient les batteries placées sur le revers ui cidental de la colline du cimetière qui produisaient cet etfet ; ce fut là le coup du uioi l de Tenuemi.

Ses lignes vacillantes et déjà disloquées finirent par se débander tout -à-fait. Nos troupes, qui s'étaient d'abord réfugiées sous la protection de leurs canons, sortirent alors de leur retraite cl tombèrent sur la masse confuse des vaincus. Il n'y avait plus lieu à combattre. Un régiment entier jetait lias ses armes et, drapeau en tête, s'empressait de faire sa soumission. Sur tout le champ de bataille on voyait de petits détachements suivre le même exemple. La brigade de Webb fit 800 prisonniers en aussi peu de temps qu'il en faut pour rapporter le fait par écrit. La division Gibbon fil la conquête d'tme qtjinrainc de drapeaux. Les bandes détachées , fuyaul à travers champs, parvinrent à échapper à la destruction. Le combat avait fini do ce côté-là. Une simple brigade, celle d'Harrow (dont le 7« régiment Micbigan fait partie), s'en tira avec une perte de 54 officiers et de 793 sous-officiers et soldais.

Fi».

11 y avait eu la bieu tles gens sucriliés inutilement. Ij'S rehelles réu* nireot leurs bindes éparaes et reformèrent leurs lignes, puis se retirèrent à pas leots. Ce ne fat donc pas une déroute pour eux, mais pltt« tôt un affreux massacre. Pour celle fois, l'armée du Polomac avait remporté un<^ vîcfuiro complète et bion décidée.

Quant h nous, uuus étions aussi eu hicn mauvais état. Nos iiniiiitions étaient ù pt^u prés épuisées ; on avait dù recourir à celles de la réserve et elles éûieot écoulées aussi *, peu s'en foltut donc que nous eussions été réduits 4 une fteheuse extrémité.

On avait amené une brigade après Tautre pour renforcer notre ligne. Lorsque nous eûmes repoussé la dernière attaque, une seul<> brij^Mile constituait toute la réserve de l'armée du Polomac. Si nous eussions t-n à notre disposition 40,000 hommes de troupes fralcbcs, qui seraient tombées sur celte masse «onfnse de gens dâorganisés et en retraite, cette bataille aurait mis fin à la campagne ; au Heu de ces 40,000 hommes nous n'avions qu'une seule brigade, et encore était-elle déjà bien éprouvée par les comba!« i»! '( <''<1( nts.

Les rebelles avaient déjà rdurrne leurs lignes et étaient prêts à se défendre, — l'occasion était perdue !

Quelc|ue8 obus vinrent encore 8*abattre sur le cimetière, près du quartier-général; on en voyait même tomber dans les champs de blé du cAtt' (le In route de Baltimore ; mais la bataille était terminée.

On l'tahlit I»; quartier-général sotis des arbres, Hîins un petit bois près la colline où était le général Slocum. Le général Meado s'y rendit h cheval, avec le calme qui ne le quittait jamais. Il avait demandé du pa[)ior et des aide&^e^canip ; il sllait expédier des ordres. Une bande de musiciens gravissait dans ce moment la pcnle de la colline ; elle faisait entendre ce refrain mélodieux qui avait bien sa signification : « f^nhtf au chef de l'unfu'r ' »

c Ah ! général Meade^ lui disait W..., vous voilà en grand danger de devenir président des Etats-Unis. » — c Non, dit un autre interiocuteur plus sensément, selon moi, finisses Touvrage que vous avec si bien; commencé. Vous aurez ainsi une position plus grande et plus brillante que celle de la présidence. •

TAULE BËS MAIIëRëS.

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Ptget.

RiOBGANISATION DES ABMÉE^ BBLUGEHANTËS EN PRÉSEKCE

6UR IB Haut-Potoiuc ; WNnnUXB OPVDim ttS FB* DËRAUX; MBSUBES P0L111Q0B8 DU GOOVBRNBIIBNT DB

WASmNT.TON ET INTRIGUES DBS PAMn; mÙCàfmWJ

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XIY, Le GÈNÉfiAL Hlrnside a la tktf. de i.'armée du Potomac ;

CUANGEMENr DE BASE DES FÉDÉRAUX ; BATAILLE DB FRE-

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