PREFACE
Ceci n'est point , à proprement parler , une histoire, car l'histoire ne saurait s'écrire au lendemain des faits accomplis. Qui oserait, en effet, essayer quelque critique sérieuse, à l'heure où les documents sont encore incomplets et nuageux ; où les moyens de contrôle font généralement défaut; où les versions contradictoires et les passions bouillonnantes troublent les sources auxquelles il faut puiser? • Pour être vu et jugé comme il doit l'être, un tableau veut que le spectateur soit lui-même à bonne distance , à ce point unique d'où l'œil peut saisir l'idée de la composition et goûter l'harmonie des motifs. Telle n'est pas non plus, aujourd'hui, la situation d'un public douloureusement ému.
Ce n'est donc pas un tableau qu'expose ici l'auteur, mais seulement une série de vues photographiques des événements tels qu'ils se sont enchaînés, ou plutôt, succédé. Il eût certainement pu différer la
publication de ces notes prises au jour le jour, et se donner le temps de soumettre les faits à Faction d'un contrôle sévère; de rectifier le sens des renseignements obtenus; d'en dégager des vérités menant à des conclusions sûres.
Mais il a pensé que ce simple journal pourrait encore, en l'état , rendre quelques services. C'est un guide, un Manuel qui ne laissera pas d'être utilement consulté par ceux qui voudront écrire plus tard cette page de l'histoire de nos discordes sociales.
En résumé, l'auteur n'a fait que dresser un canevas où se trouvent posés avec précision des repères chronologiques et statistiques, et sur les carreaux duquel les témoins oculaires pourront, en toute sûreté , rapporter en détail les divers épisodes de la sinistre guerre des Communeux de Paris.
Paris, le 15 juin 1871.