LA TILLE DE PARIS
Paris, cette ville unique au monde, tant aimée et calomniée, tant adulée et conspuée, Paris renferme une population dont le caractère est étrange et souvent insaisissable. Qui veut essayer de la comprendre doit l'étudier attentivement dans ses rapports avec le sol qu'elle habite et le climat sous lequel s'accomplissent ses évolutions poliliques el morales. L'observateur doit surtout tenir compte du génie de la race à laquelle il faut la rattacher.
Les Parisiens occupaient, à l'origine, un territoire formé de notre département de la Seîne et de la majeure partie de Seine-et-Oise. Ils avaient pour oppidum cette tic de l'Ou-Tet (Lutctia) que nous nommons aujourd'hui la Cité. Sur les deux rives d'un fleuve aux gracieux méandres s'ouvraient pour eux de charmanles vallées encaissées par des mouvements de terrain aux formes harmonieuses et tout humides de la rosée des bois. De tels paysages
sont bien faits pour inspirer le sentiment du beau, mais ce n'est pas là celte grande nature qui impose à l'homme l'admiration. Les rudes glaciers , les torrents tumultueux, les tempêtes sur l'immense Océan , voilà les spectacles qui peuvent lui donner un cœur Fort , et faire qu'il se prosterne devant son Créateur.
Les Parisiens ont l'esprit vif, un goût incomparable, le don de l'assimilation; mais leur intelligence se borne souvent à effleurer des surfaces. En toutes choses , ils croient tenir le dernier mot de la science et de l'art; ils mesurent tout à leur taille, et leur critique naïve a des vanités jalouses dont les effets sont souvent déplorables. On doit observer, d'ailleurs, qu'ils vivent sous un ciel bizarre. L'atmosphère qu'ils respirent est essentiellement variable, et le vent d'ouest, chargé des chaudes vapeurs du gulf-stream , en bouleverse, atout moment, le régime climatérique. De là, chez l'individu, des sures ci talions nerveuses, des inégalités d'humeur, une extrême mobilité d'esprit. Les brouillards l'assombrissent; les rayons de soleil dilatent, au contraire , sa poitrine en l'emplissant de gaieté folle; les brûlantes journées d'orage l'entraînent irrésistiblement au plaisir. Il n'a point les passions de l'homme , mais les caprices furieux de l'enfant.
Il en fut constamment ainsi , depuis l'aurore des temps historiques jusqu'au jour où nous écrivons. Peuplade de la Gaule celtique, les Parisiens ont bien le type gaulois, mais leur caractère est, à tous égards, excessif. Or, les écrivains de l'antiquité, Slrabon, Titc-Live, Diodore de
Sicile, Ammien Marcellin, nous représentent les Galls comme des gens frivoles, aimant les ornements du corps, les boucles d'oreilles, les bagues, les bracelets, les anneaux de bras, les colliers. Nos pères élaient, disent-ils, francs et ouverts, hospitaliers, mais vains et querelleurs, enclins à la débauche et à l'ivrognerie, mobiles dans leurs sentiments, amoureux des choses nouvelles, prenant des résolutions subites, regrettant le lendemain ce qu'ils avaient rejeté la veille , aimant la guerre et les aventures , défiant leurs ennemis, les provoquant, les insultant de leurs celais de rire , égorgeant leurs prisonniers avec une volupté féroce, ayant une incurie prononcée de leurs intérêts collectifs, n'entendant rien au mot de patrie et prêts a renier leur nationalité , dès qu'ils avaient à subir quelque froissement d'intérêt ou, seulement, d'amourpropre personnel.
Les arrière-neveux n'ont pas dégénéré.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que Paris manifeste des tendances sécessionnistes. Bien avant la conquête romaine, ses habilants s'étaient violemment séparés du groupe politique dont ils faisaient antérieurement partie , et César nous apprend en ses Commentaires que, de son temps, ils n'avaient plus rien de commun avec la cité des Serions, habitants des départements de l'Yonne et de la Marne, du Loiret, de Seine-et-Marne et de l'Aube. Dès cette époque, les Parisiens faisaient bande à part et s'isolaient, comme ils viennent de le faire en créant leur Commune,
Il est encore un autre Irait distinctir des mœurs de la race parisienne, considérée en ses classes inférieures. C'est le sentiment inné de la résistance aux lois en vigueur, le besoin du renversement de l'ordre de choses établi, l'irrésistible soif du pillage. Sans remonter au temps de César, on trouve , dans l'histoire de Paris, mille épisodes de sa vie politique accompagnés d'insurrections et de déprédations violentes. Qu'on se reporte seulement aux périodes de troubles qui éclatèrent après la bataille de Poitiers, et se perpétuèrent durant la captivité du roi Jean. On verra que, digne ascendance de nos insurgés de 1871, les bandes armées du prévôt des marchands Marcel, ainsi que les amis de son meurtrier Jean Maillard, ne se faisaient pas faute de mettre a sac les maisons des nobles et des bourgeois.
Ces faits criminels se reproduisent constamment au sein des grandes agglomérations d'hommes , réceptacle ordinaire de l'écume de tous les pays. Babjlone, Carthago et Rome, et les républiques italiennes du moyen âge, se laissaient agiter aussi facilement que le font aujourd'hui Paris, Lyon et Marseille, parce qu'elles donnaient asile à la tourbe des déclassés cosmopolites; mais Paris a particulièrement le triste privilège d'être le séjour de prédilection des malfaiteurs. Henri IV s'en plaignait un jour a Jacques Séguin , le prévôt des marchands. Il reprochait aux Parisiens leurs désordres, leur turbulence et leurs penchants mauvais. — « Syre, répondit Séguin , on vous a dict que le populaire de Paris
estoit turbulent et dangereux : ôtez-vous cela de L'esprit, Syre.
« Voila vingt années, oui peu prez, que je m'occupe d'administration, or il m'est de science certaine qu'on insulte méchamment voslre honnesle ville de Paris. Elle renferme, il est vray, deux sortes de populaires, bien dissemblables et d'espritet de cœur. Le vray populaire, c'està-dire né etellevéàParis, est le plus laborieux du monde, voire même le plus intelligent; mais l'aullre, Syre, est le rebut de toute la France, chaque ville île vos provinces u son éijout qui amène ra» impureté* i Parut Par exemple , une fille.. .. à Rouen : vite elle prend le coche et débarque a Paris pour ensevelir sa honte. Elle met au monde uu petit estre, et c'est le Parisien qui nourrit l'enfant du Normand ; puys on dict : le Parisien aime la cotte!...
« Un homme a-t-il volé à Lyon : pour échapper a la police, il vient se cacher a Paris ; et comme le mesticr de voleur est le plus lucratif par le temps qui court, il coupe les bourses de plus belle! S'il est pris, voiey ce qui arrive : c'est le Parisien qi-i est le voilé qui nourrit lu Lyonnais qui est le voleur !
« Un Marseillais a-t-it assassiné : Paris est son refuge et son impunité; s'il tue encore quelqu'un, c'est-à-dire un Parisien , la province diet : // n'y a que de» brigatuU à Paris!
■ Syre, il est temps que tout cela finisse. La ville de Paris ne doit plus estre l'hôtellerie des ribaudes et des
indits de vos provinces. Que des lois énergiques rejet-
tent cette écume hors de la ville , afin que le flot parisien reprenne sa transparence et sa pureté. »
Le prévôt des marchands obtint gain de cause, et un édit, daté du 4 mai 1007, lui prescrivit « d'expulser de la ville tous les mendiants valides, et de renvoyer dans leur pays les ouvriers sans ouvrage. Défense fut faite de laisser entrer dans Paris tous individus ne pouvant prouver leurs moyens d'existence ou une occupation suivie et lucrative. »
M. le préfet de la Seine devrait avoir toujours présent à l'esprit le texte de cet édit qu'inspirait le hon sens, et qu'on voudrait voir placardé aux murs de tous les carrefours. 11 n'en est pas ainsi, malheureusement, tant s'en Taiitl
Les gredius de toute espèce, gens de sac en rupture de ban, échappés de bagne, réfractaires , gentilshommes tarés, filous de profession, tous les Claude Gueux et autres misérables de Victor Illico , tous les bohèmes de madame Sand trouvent facilement à Paris le gile , la nourriture el l'amour. Us aiment cette grande cité frivole qui n'a jamais profilé des leçons de l'expérience; où les honnêtes gens sont faibles et ne savent point s'entendre; où cinq cents scélérats déterminés peuvent frapper de terreur une population trop accessible aux paniques; où les septembriseurs de 92 — au nombre de 250, pas un de plusl — ont pu , durant quatre jours, égorger, dans les prisons, des prêtres, des vieillards, des femmes, des enfants sans défense, et cela au vu et su de 000,000 âmes timorées... qui laissaient faire.
Paris est donc le théâtre ne i!e tous les grands méfaits; c'est aussi le laboratoire où se préparent le mieux de vastes conspirations. A ces titres, il était depuis long» temps désigné au choix des socialistes-unis dont les aspirations tendent à bouleverser les deux mondes. Et le mobile de ces escrocs cosmopolites, quel est-il donc? C'est la soif d'acquérir per fan et nefas; c'est un désir immodéré de jouissances à outrance, mais dégagées de toutes conditions de labeur préalable. On signalait jadis quelques bandes de brigands infestant telle ou telle de nos provinces. Aujourd'hui, tout est changé. Le progrès s'est fait : nous avons le banditisme international. — <i Ceux que nous combattons, disait M. Thiers à l'As- « semblée nationale (séance du 27 avril 1871), ceux que h nous combattons ne peuvent dire ce qu'ils veulent; ou <( plutôt ils sont forcés de le cacher... Cette insurrection « est sans principes, sans doctrine... »
Ainsi dépourvus de programme, nos insurgés de 1871 ont arboré sans crainte un drapeau quelconque. Il leur fallait un prétexte : ils ont réclamé la souveraineté de la Commune, confondant, avec ou sans dessein, deux idées bien distinctes, celles de la décentralisation administrative etde la décentralisation politique; exploitant surtout certaine assonance avec le mot communisme qui signifie régime de la communauté des biens.
Mais ce qu'ils n'ont pas osé confesser, quelqu'un va nous le dire. L'économiste Proudhon nous a, fort heureusement, laissé un émouvant tableau des bienfaits du
socialisme. Qu'on lise et qu'on médite cette prophétie étrange :
« La révolution sociale ne pourrait aboutir qu'à un immense cataclysme dont l'effet immédiat serait : « De stériliser la terre ;
« D'enfermer la société dans une camisole de force; «Et, s'il était possible qu'un pareil état de choses se prolongeât seulement quelques semaines,
h De faire périr par une famine inopinée trois ou quatre millions d'hommes.
Quand le gouvernement sera sans ressources; quand le pays sera sans production et sans commerce;
« Quand Paris affamé, bloqué par les départements ne payant plus, n'expédiant pas, restera sans arrivages;
Quand les ouvriers, démoralisés par la politique des clubs et le chômage des ateliers, chercheront à vivre n'importe comment;
« Quand l'État requerra l'argenterie et les bijoux des citoyens pour les envoyer à la Monnaie ;
Quanti les perquisitions domiciliaires seront l'unique mode de recouvrement des contributions ;
Quand les bandes affamées, parcourant le pays, organiseront la maraude ;
Quand le paysan, le fusil chargé, gardant sa récolte, abandonnera sa culture;
Quand la première gerbe aura été pillée, la première maison forcée, la première église profanée, la première torche allumée, la première femme violée ;
u Quand ie premier sang aura été répande ;
ic Quand la première tète sera tombée ;
« Quand l'abomination de la désolation sera la France ;
« Oh 1 alors , vous saurez ce que c'est qu'une sociale. Une mulliluile décharnée, armée, ivre de ven geance et de fureur;
« Des piques, des haches, des sabres nus, des couperets et des marteaux;
« La cité morne et silencieuse ; la police au foyer de famille, les opinions suspectées, les paroles écoutées, les larmes observées, les soupirs comptés, le silence épié , l'espionnage et les dénonciations ;
« Les réquisitions inexorables, les emprunts forcés et progressifs, le papier-monnaie déprécié;
ci La guerre civile et l'étranger sur les frontières ;
"Les proconsulats impitoyables, le comité de salut public, un comité suprême au cœur d'airain :
« Voilà les fruits de la révolution dite démocratique et sociale.
«Je répudie de toutes mes forces le socialisme, impuissant, immoral , propre seulement à faire des dupes et des escrocs 1 Je le déclare , en présence de celle propagande souterraine, de ce sensualisme ébonlé, de celle littérature fangeuse*, de celte mendicité, de celte hébétude d'esprit et de cœur qui commence à gagner une partie des travailleurs ; je suis pur des folies socialistes. » Proudhon nous montre bien ici la pauvre ville de Paris
i par toute
; révolution
expiant cruellement ses fautes : et la légèreté de ses gouvernants , et la vanité de ses artistes, et le manque d'énergie de sa bourgeoisie, et les vaines aspirations de ses lettrés, et les déclamations insensées de ses ambitieux, el les vils instincts de sa plèbe hideuse. Mais ce que Proudhon ne pouvait ni prophétiser ni prévoir, c'est que c'est sous les yeux mêmes de l'étranger maître de nos forts que Paris serait, un jour, victime des saturnales socialistes; qu'il serait ruiné, mutilé, incendié!...
Hélas I nous l'avons vu l'incendie de Paris ! Nous avons vu des forcenés commettre , à la face du soleil , en plein dix-neuvième siècle , un crime sauvage, effroyable, auquel nous ne voudrions pas croire, si nos yeux n'en étaient encore frappés d'épouvante et d'horreur.
L'incendie!... De combien de siècles nous faut-il donc reculer pour trouver dans l'histoire un semblable forfait? On voit parfois le vainqueur mettre a feu la ville conquise : Troie, Carthage, Corinlhe, Jérusalem sont ainsi réduites en cendres. On rencontre quelques vaincus, saisis d' immense désespoir et se brûlant eux-mêmes, comme Sardanapale à Babylone , et les sénateurs à Sagonte. On les ruines suscitées par de hardies conceptions militaires ou par le patriotisme en délire : c'est Camulogène brûlant ce même Paris il l'approche de Labienus; c'est Rostopehin n'hésitant pas ;\ sacrifier Moscou quand les Français en envahissent les murs. Ça et là, apparaissent quelques incendiaires atteints de folie furieuse : lïrostrate allumant les portiques du temple d'Éphèse le jour de
l.i naissance d'Alexandre; Néron faisant représenter une comédie d'Afnmius, intitulée Y Incendie, cl mettant ensuite le feu à Rome. On frémit au souvenir des ravages causés en Italie et en Afrique par la torche des Vandales de Genséric; et chacun se dît : h C'étaient tfei Barbares! <> on comprend même l'idée de ce musulman fanatique qui détruit la bibliothèque d'Alexandrie. Mais comment dé- Bnir et classer l'acte de vengeance monstrueuse de nos insurgés de 1871 ?
Nos malheurs ne résultent pas du jeu de quelque grande passion politique ou religieuse dont l'histoire puisse, à la rigueur, excuser les effets; elles ne sont que la mise ànu de nos plaies sociales. Oui, nous avons nourri des lâches, des haineux, des cupides; l'orgueil et l'envie de ces hommes fauves vient d'amonceler nos ruines ! Nos légèretés, nos indolences, nos faiblesses nous ont valu la préméditation de la destruction!... Triste et lugubre enseignement! l"ne loi de notre malheureuse humanité veut que, partout et toujours, l'extrême civilisation en arrive à produire l'extrême état sauvage, et nous, ignorants, présomptueux, adonnés aux plaisirs, nous n'avons pas su lire cette loi !.., Nous n'avons été ni forts, ni prudents, ni honnêtes, et l'heure du châtiment vient de sonner pour nous. Ces Peaux rouges qui nous brûlent , ces démons qui s'agitent dans les flammes de nos édifices nous manifestent cruellement l'esprit de justice de Dieu.
Mais sont-ils les seuls coupables ces écrivains sans nom
qui ont ameuté la foule avide, et ces pensionnaires de l'Internationale qui ont pris l'entreprise de l'insurrection, et cette sotie multitude elle-même, toujours ardente a l'idée du pillage, et du repos quotidien, et de la nourriture gratuite? N'y a-t-il point, derrière ces comparses, quelque noir personnage important qui tient la scène , et demeure dans tes ténèbres pendant que l'incendie flamboie? Esl-il possible d'entrevoir, sur quelque pan de mur de nos monuments embrasés, l'ombre de la main qui poussait au crime la tourbe des scélérats vulgaires? Non. Nous sommes trop près des événements pour en bien discerner les circonstances multiples; nos douleurs sont encore trop vives pour que nous puissions formuler des critiques sûres.
Tl est pourtant d'excellents esprits qui ue craignent pas d'accuser hautement cet avocat du 4 septembre qui s'était hardiment nommé mini-lie de- l'intérieur et de la guerre; et qui, soit ignorance, erreur ou faiblesse de vues, avait, pour mieux sauver la France, commencé par la désorganiser. Il en est d'autres qui ne condamnent que les tendances funestes de l'esprit parisien ; d'autres, enfin, qui chargent avec fureur les ennemis qui viennent de dévaster nos provinces et qui se tiennent, aujourd'hui encore, à nos portes, prêts à tout événement.
Ceux qui professent cette opinion hasardée observent que les Allemands ont l'habitude de caresser longtemps une même idée; de se laisser aller a des désirs fixes qu'une satisfaction prolongée peut seule éteindre; d'être
surtout accessibles à d'ardents sentiments d'envie et de haine.
Or il est constant que , lorsque, en 1811, Bliicher arriva sur les hauteurs de Montmartre, Saaken lui dit avec une joie brutale : « Nous ai/on* <hmc f>r»lcr Paris.'?! » Qui peut dire qu'il n'y ait pas encore beaucoup de Saaken parmi ces Prussiens qui, spectateurs impassibles, assistent maintenant à nos désastres? Depuis le commencement de la guerre, nos ennemis ont toujours joue deux jeux : l'un, militaire, sur les champs de bataille ; l'autre , politique, à l'intérieur de la France. Ils ont compté pour des succès les journées des i et 21 septembre, des Set 31 octobre 1870, des 22 janvier et 18 mars 1871; et l'on peut bien admettre qu'ils aient applaudi chaque fois aux troubles de Paris; qu'ils aient surexcité et lancé, l'un à la rencontre de l'autre, les partis qui, malheureusement, nous divisaient. Ont-ils aussi convié à une immense curée les hordes de tous les bandits internationaux qui Opèrent de compte a-demi avec nos propres criminels? Voila la question. Nous ne voudrions pas appliquera M. de Bismarck la formule : h fs fecit cuiprodest, » mais nous ne pouvons nous défendre de songer que l'anéantissement, ou, tout au moins , l'abaissement de la France lui tient considérablement au cwur. Quanta la ville de Paris qu'il n'a pas prise, a-t-il voulu la défigurer, la mutiler pour donner satisfaction au parti militaire féodal? A-t-il voulu faire croire à son suicide en lâchant sur elle les maudits de la secte socialiste?
Tel est le problème qui se pose et que nous n'essayerons point de résoudre. Comment, en effet, dégager la vérité d'un chaos d'opinions prématurément arrêtées, d'une série de faits qui échappent, jusqu'à présent, au contrôle ?
Aujourd'hui, nous pleurons Paris déshonoré, ravagé, meurtri parles obus, abîmé dans les flammes! Pauvre Paris, si beau, si fécond, si élincelant, si merveilleux aux yeux mêmes de M. de Bismarck, se relêvera-t-il jamais de ces malheurs et de ces hontes? Peut-il renaître de ses cendres?
i( Personne, écrivait dernièrement M. Cuizol, personne ne voit les fautes de ma patrie plus clairement que je ne le fais; personne no les condamne plus énergiquement; les fautes de la France me causeul môme plus île chagrins que ses malheurs. Mais je ne désespère jamais de ses bonnes qualités, quoiqu'elles puissent paraître effacées par ses fautes, et je suis sur que le bien qui est en elle ouvrira des ressources infinies, même lorsque l'avenir sera le plus sombre.
« Il y a sept mois, la France se trouva tout à coup sans gouvernement et sans armée. Dans ce désastre, ce l'ut Paris qui sauva l'honneur de la France, el aujourd'hui Paris éprouve son propre désastre. La honte de tomber au pouvoir d'une populace violente et incapable, et de devenir la proie d'un débordement détestable et absurde de furie démagogique a suivi de prés la gloire du siège. Je dois reconnaître que ceci m'a causé plus de chagrin
que de surprise, car j'ai ou quelque expérience des crises révolutionnaires et de leurs excès.
« Je sais comment mon pays y tombe; je sais aussi comment il en sort. »
Espérons en l'avenir de la France, ayons foi aux promesses de la devise de Paris : « Fluctuât née mergiturt » Le vieux navire, symbole de la cité, sera bientôt en étal de reprendre le fleuve. 11 tracera de nouveau son bel et franc sillage sur la Seine, si le patron a l'œil sûr; si le timonnier tient la barre d'une main ferme; surtout, si
naulonniers sont assez forts, assez sages pour que Dieu
protège.