‹ Guerre des communeux de Paris, 18 mars - 28 mai 1871Chapitre 23 sur 34 · LE PÈRE LA. CHAISE · texte numérisé non relu

LE PÈRE LA. CHAISE

L'incendie épouvantable allume pour dévorer notre malheureuse ville de Paris a fait périr bien des innocents dans les flammes, et l'on ne saura jamais exactement combien d'enfants, de femmes et de vieillards ont clé as- ■ phyxiés, calcinés , ensevelis dans les caves qui leur servaient de refuge. Le nombre de ces victimes doit être cotwiéérable.

Mais des crimes d'une autre nature devaient encore frapper d'horreur la population parisienne eu proie a ia frénésie des communeux. Ces vils fantoches de la rue ne se révélaient par aucun verbe original, et ne manifestaient pas une idée qui leur appartint en propre. Ils avaient, jusqu'alors, parodié, copié, recommencé les hommes de 11:! qu'ils nommaient leurs pères; mais, pour parfaire le sanglant pastiche, il leur manquait encore des journées de massacres. Leur hideux théâtre était depuis longtemps

par lesquels les bandits jetaient des matières incendiaires, ou qui leur servaient de créneaux pour assassiner nos soldats. D'autre part, le service de l'artillerie réorganisait Montmartre, et cette butte , qui commande si bien toute la ville, était armée de bouches à feu destinées abattre le dernier réduit des communeux.

Vers sept heures et demie du soir, la canonnade commença serrée, furieuse, incessante. Les batteries de Montmartre écrasaient la Chapelle, la Villette, les Buttes- Chaumont; celles du Panthéon couvraient d'obus les abords de la place de la Bastille.

A dix heures , le feu devint des plus intenses, et ceux qui ont entendu ces détonations n'en oublieront jamais le vacarme infernal. Ce n'était plus un tonnerre de canons mugissant en cadence, en échangeant régulièrement leurs projectiles , mais un roulement continu de coups violents provenant d'une armée de batteries insensées. La Seine elle-même prenait part à la lutte et les canonnières, embossées sous les ponts, grondaient comme des volcans. La fusillade stridente était si bien nourrie que l'oreille ne percevait plus qu'une sorte de ronflement semblable à celui du vent qui s'engouffre dans les vieux édifices et , sur ce concerto sombre , effroyable , le crépitement de la mitrailleuse avait peine à se détacher.

On se battait partout à la fois : à la Villette , à Saint- Vincent-de-Paul , sur les boulevards, à l'Hôtel de ville , au Luxembourg, au Pont-Neuf. Paris était tout entier noyé dans une fumée épaisse sillonnée par les éclairs du

que de surprise : on devait, hélas 1 s'attendre à des monstruosités de tout genre de la part de ceux dont l'entrée en scène avait clé signalée par le meurtre de Lecomte et de Clément Thomas. Entre les principes de noire ordre social et les aspirations de la jacquerie internationale un vaste abîme élait ouvert. Cet abîme, aujourd'hui, déborde de sang.

Le jour ou le lendemain de notre entrée dans Paris, les communaux fusillaient, à la bulle aux Cailles, quinze frères hospitaliers qui, depuis l'ouverture de la campagne, ne s'étaient rendus coupables que d'un pieux dévouement. Le mardi, 23 mai, à onze heures du malin, la prison de Sainte-Pélagie voyait aussi passer par les armes de malheureux gendarmes faits prisonniers au 18 mars, et M. Chaudey, l'un des rédacteurs du journal le Siècle. Le nommé Raoul lligault commandait en personne le peloton d'exécution, afin de bien jouer jusqu'au bout les gredins féroces.

Le soir du mercredi, 24, d'autres agents des Delescluze et des l'yal assassinaient, a la Roquette, M*' l'archevêque de Paris, Darboy, le président Bonjean, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, et les trois pères jésuites Clerc, Allard et Ducoudray. Tous moururent en chrétiens. Outragé par les misérables qui allaient le frapper à mort, l'archevêque leur dit simplement : — «Ne pro- « fanez pas le mot de liberté. C'est a nous seuls qu'il » appartient , car nous mourons pour la liberté et pour la

Le jeudi , 25 , à deux heures de l'après-midi , une impasse voisine de la place d'Italie était témoin de l'assassinat des dominicains d'Arcueil, les PP. Captier, Cothereau, Bourard, Delhorme et Chatcigneraie. — u II [nul souffrir pour Dieul » dit en tombant le P. Captier. Avec les pi;res furent aussi assassinés cinq domestiques du collège et deux professeurs civils , MM. Volant et Gauquelin. L'égalité républicaine voulait que les serviteurs et les maîtres Tussent traités de la même façon : les communeux laissèrent la. tous les cadavres, sans s'inquiéter de la sépulture, Le malin du même jour, 23 mai, le banquier Jecker était également fusillé dans un coin de la prison de la Hoquette.

Dans la nuit du vendredi, 2G, au samedi, 27, seize notables, mêlés à un groupe de 38 gendarmes, lurent extraits de la prison de la Hoquette; conduits, sous pré tes te de traosfèremenl, au cimetière du père La Chaise, et passés par les armes. Ou cite parmi les victimes les pères jésuites Benzy, Canbert et Ollivaint; les séminaristes Gard etSeigneray ; le missionnaire Houillon; l'abbé Polanchin ; l'abb§ Sabattier, vicaire de N.-D. de Lorette, et W Surat , grand-vicaire de Paris.

Samedi matin, 27 mai, quatre autres personnes, dont les noms sont inconnus , furent encore odieusement assassinées à la Roquette. Il restait alors, dans la prison, 109 prisonniers dont B4 sergents de ville, 13 ecclésiastiques, et 100 militaires qui avaient refusé de servir la Commune. Tous ces malheureux allaient ôlre mis à mort

lorsque, à l'instigation du gardien l'inet, ils se révoltèrent contre leurs bourreaux ivres. Ils choisirent, pour s'y barricader, un coin de la prison oii les communeux essayèrent de les brûler vifs ; mais la laine des matelas qui leur servaient de défenses refusa, fort heureusement, de s'allumer. Les malheureux ne furent délivrés de leurs transes qu'à cinq heures du soir, lorsque la Commune , prise de panique, transporta brusquement son quartier général de la Roquette â la mairie du XX e arrondissement.

Quelque temps auparavant, d'autres prisonniers, enfermés à la préfecture de police , avaient pu se soustraire aux flammes ou être, à temps, secourus par les troupes du général deCissey.

Tels sont les otages dont on connaît, dès a présent le sort. Nous apprenons que M. l'abbé Secourt , curé de Bonne-Nouvelle j a été aussi passé par les armes; mais il est encore , on n'en saurait douter, bien d'autres victimes de ce peuple en faveur duquel M. Hugo puise en son cœur des trésors d'indulgence. Que sont devenus tous ceux qu'a fait arrêter la Commune, ce pouvoir pétri de sang et de boue? Prêtres ou militaires, gardiens de la paix ou banquiers, où sont-ils? Qu'ont-ils fait, les maudits, des compagnons de ce frère Xétlielme , tué sur le champ de bataille , au temps du siège des Prussiens? Ont-ils aussi fusillé les religieuses qu'ils enfermaient ù Saint-Lazare et, entre autres, ces douze sœurs de Saint- Marc qui dirigeaient l'ambulance d'Arcueil et soignaient si bien les blessés de nos combats de Cachan? Le

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temps seul nous fera connaître l'étendue de notre deuil. L'assassinat de M. Chaudey, à Sainte-Pélagie, était un acte de vengeance répondant au Fait de la prise des buttes Montmartre. Celui de l'archevêque, à la Hoquette, paraissait destiné à consoler la Commune de la perte du Panthéon.

Le 2* mai, tandis que les divisions Lacretel.e (3 e du 2" corps de l'armée active) et liruat (2 e de l'armée de réserve ) enlevaient le faubouvg Saint-Germain, le général de Cissey dirigeait sur le Luxembourg sa 2 e division (Susbielle ). A deux heures de l'après-midi , la brigade Pâturai { 11 e bataillon de marche de chasseurs , 38 ,! et 76° de marche) pénètre dans le jardin par les rues d'Assas et de Vaugirard, emporte l'École des mines et étend ses tirailleurs le long des grilles de la rue Médicis. Les chasseurs à pied emportent la barricade de la rue Soufflot, prennent possession des rues Cujas et Malebranche et veulent descendre au pas de course le boulevard Saint-Michel. Mais la, ils éprouvent une très-vive résistance de la part des communeux qui garnissent les barricades et qui reçoivent, à chaque instant', des renforts provenant des forces insurgées, débusquées de la Croix-ltouge parla division Lacretelle. Nos perles s'accumulent; le général Paturel, encore souffrant d'une blessure reçue le 18 mars, est encore atteint d'un coup de feu a la cuisse. Le colonel .Biadelli, du 38" de marche, est également blessé. La rage s'empare de nos soldats, et leurs officiers ont quelque peine à les contenir.

Heureusement, vers deux heures, la grande barrîcadi i rue de Rennes, à Saint-Germain^des-Prés, vien d'être emportée. Nos soldats se jettent dans la rue de l'École-de-Médecine , descendent jusqu'à la Seine et, remontant alors le boulevard Saint-Michel , en prennent à revers toutes les défenses.

Au même moment, on annonce au général Paturel l'arrivée de la brigade liocher (I8' ! bataillon de marche de chasseurs, 46" et 89 e de marche ) qui débouche par les rues d'Ulm et Uojcr-Gollard, après avoir emporté les barricades du Yal-dc-Gràec el de la rue des Feuillantines. Les chasseurs n'y tiennent plus ; ils s'élaneent par les rues Soufflet, Cujas, Malebranchc, abordent de front les barricades et emportent le Panthéon. Ainsi surpris de toutes parts, les insurgés se retirent en désordre, non sans laisser bien des leurs sur le terrain.

S'élendant alors aussi vers l'est, et parallèlement aux troupes qui venaient de prendre le Panthéon, les détachements du 2" corps, qui tenaient la place d'Enfer, passèrent de la dans les jardins de l'Observatoire, suivirent la me Méehain et, ayant fait tomber les barricades de la rue de la Santé et celles du boulevard Arago , se concentrèrent , pour y passer la nuit, à la prison des Madelonneltes.

Celte journée du 21 mai fut, en outre , employée à des travaux de divers genres. Les habilants de Paris reçurent du maréchal de Mac-Mahon l'ordre de boucher en maçonnerie toutes les baies de sous-sol, tous les soupiraux

ade ent

u faction de pouvoir annoncer à l'Assemblée que l'ar- « mée, grâce à l'héroïque dévouement des soldats et c à l'habileté de leurs chefs, est redevenue maîtresse « de Paris. »

A cet exposé succinct nous pouvons ajouter quelques traits.

Le général de Cissey, partant du boulevard Arago, avait, dans la nuit du 25 au 26, remonté le cours de la Biôvre jusqu'au sud de la manufacture des Gobelins, et pénétré dans les jardins, mais trop tard pour sauver de l'incendie la totalité de ce magnifique établissement* Au jour, les brigades Osmont (2 e de la division Levassor) et Bocher ( i re de la division Susbielle) avaient emporté, de haute lutte, la place d'Italie; et la division Lacretelle, hâtant le pas , s'était installée à la Salpô trière, à la gare d'Orléans et au Jardin des Plantes. Enfin, la brigade Lian (l re de la division Levassor) avait complété l'opération par la prise de possession de tout le 9° secteur et l'occupation du pont Napoléon III, qui relie Bercy à la gare. Les insurgés, repoussés sur Ivry, avaient laissé 6,000 prisonniers entre nos mains.

Pendant cette journée du 26 mai, les trois divisions de l'armée de réserve opérèrent de concert pour envelopper la place du Trône. La division Faron, maîtresse des rues perpendiculaires aux quais de la Râpée et de Bercy, aborda la position par la place Daumesnil , la rue et le boulevard dePicpus; la division Bruat suivit

le boulevard Mazas; enfin, la division Vergé lança ses colonnes par la rue du Faubourg-Saint-Àntoine , dès qu'elle se fut rendue maîtresse de la place de la Bastille.

Le fort d'Ivry venait aussi d'être pris, et d'une façon singulière qui rappelle la capture par la cavalerie française de certaine flotte en hivernage dans les eaux de la Hollande. On sait que le corps du Barail était chargé d'observer Montrouge, Bicêtre et Ivry, lesquels lançaient sur le sud de Paris, et à toute volée, une pluie de projectiles incendiaires. Montrouge et Bicêtre venaient de se rendre; seul, le fort d'Ivry continuait sa canonnade.

Une batterie de 12, de campagne, eut l'idée de cootrebattre les communeux et, par un hasard providentiel, l'un de ses premiers obus fit sauter le grand magasin à poudre. Il est juste de dire que le fait de cet heureux coup se trouve contesté ; que, suivant certaine opinion, l'explosion doit être attribuée à l'imprudence ou au désespoir des défenseurs. Quoi qu'il en soit, le 4 e dragons, en observation sous les glacis, s'empressa de mettre pied à terre, pTOÛta du désarroi , tenta l'assaut du fort rudement ébranlé, et l'enleva en un tour de main. Il y a dans ce fait toute une révélation du rôle que la cavalerie française est appelée à jouer à l'avenir, et qui consiste simplement en l'action heureusement combinée de l'infanterie et de la cavalerie. Qu'on se reporte aux exploits des Numides, du temps d'Annibal et de César ; à ceux des vclites des Naevius, et l'on saura se convaincre que les

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deux armes , en concerlanl leurs efforts, obtiennent souvent des résultats merveilleux. Il y a deux mille ans que les anciens pratiquaient ce principe, et il semble sage d'en revenir à k théorie des anciens.

Quant aux insurgés qui tentèrent de s'échapper, à la faveur du désordre qui suit toujours une prise d'assaut, ils furent rudement ramenés par la cavalerie du Barail. Pris entre les feux des pièces de campagne du 3" corps et ceux des mitrailleuses que le général de Cissey avait placées en batterie sur les fronts du 9 e secteur, ils n'eurent plus qu'à se faire tuer on à se rendre à merci. Quelques-uns d'entre eux se réfugièrent, diton, dans des carrières souterraines où ils moururent de Faim.

La situation de la Commune devenait de plus en plus critique, et ses partisans n'avaient plus qu'à songer aux moyens de fuir. Mais, fort heureusement pour la garantie des droits de ia vindicte publique, la fuite allait devenir impossible. Le jour même, en effet , notre ministre des affaires étrangères expédiait le télégramme suivant à tous les représentants de la France à l'étranger :

ii Monsieur, l'œuvre abominable des scélérats qui succombent sous l'héroïque effort de notre armée ne peut être confondue avec un acte politique. Elle constitue une série de forfaits prévus et punis par les lois de tous les peuples civilisés. L'assassinat, le vol, l'incendie, systématiquement ordonnés , préparés avec une infernale

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habileté, ne doivent permettre à leurs auteurs ou à leur complices d'autre refuge que celui de l'expiation légale Aucune nation ne peut les couvrir d'immunité et, sur le sol de toutes, leur présence serait une honte et un péril. Si donc vous apprenez qu'un individu compromis dans l'attentat de Paris a franchi lafrontière de lu nation près de laquelle vous êtes accrédité , je vous invile à solliciter des autorités locales son arrestation immédiate, et à m'en donner de suite avis pour que je régularise cette situation par une demande d'extradition. »

Dès le soir du 2(i mai , les gouvernements de Belgique et d'Espagne répondaient qu'ils étaient prêts à nous seconder dans noire œuvre de répression; et les aulres puissances, sauf l'Angle terre, allaient prendre des mesures propres à nous faciliter cette tache.

Pendant la nuit du 26 au 27 mai, d'immenses lueurs rouges éclairèrent d'un ton sinistre les édifices de Versailles. On eut dit les teintes vives de l'aurore boréale qui, l'automne précédent, avait si bien illuminé Paris; mais ce n'était plus hélas! l'effet d'un phénomène magnétique ! C'était l'incendie , le hideux incendie qui projetait ses reflets jusqu'au bassin d'Apollon et à. la pièce d'eau des Suisses 1.. Après avoir brûlé le Grenier d'abondance, ces Malais internationaux venaient de mettre le feu aux bâtiments de la Halle aux vins !.. ils détruisaient ce qu'ils n'avaient pu boire.

A la séance de l'Assemblét' nationale du 27 mai, le mi-

nistre de l'intérieur lit aux députés communication suivante :

« Le général du Barail, à la tête de la cavalerie , s'est emparé de tous les forts qui restaient à prendre.

h Au dedans, le général de Cissey est maître de toute la rive gauche.

« Sur la rive droite, les corps des généraux llouay et Vinoy, secondés par la lloltilte, ont enlevé les positions de la Bastille qui étaient retranchées d'une manière formidable. Ils ont conquis le faubourg Saint-Antoine, hérissé de barricades, jusqu'à la place du Trône.

k Ces corps bordent maintenant le pied des hauteurs de Belleville a l'ouest; à l'est, les eorps du général Clinchant et du général Ladmirault, après avoir enlevé les Magasius-Héunis, la Douane, la gare du Nord, celle de l'Est, sont venus s'établir au bassin de la Villelle, et se placer au pied des hauteurs dos bulles Ghaumont que les corps des généraux Douay et Vinoy horde.nl h l'ouest. Soixante mille hommes enlèveront demain ces positions, dernier refuge de l'insurrection la plus monstrueuse qui ait été vue dans le monde. »

Et le soir du même jour, a 7 heures 13 minutes, le chef du pouvoir exécutif expédiait cette dépêche à toutes les autorités.

« Nos troupes n'ont pas cessé de s

e l'insurrection

pied à pied, lui enlevant chaque jour les positions les plus importantes de la capitale, et lui fusant des prisonniers qui s'élèvent jusqu'il 2^,000, sans compter un nombre considérable de morts et de blessés. Dans cette marche sagement calculée, nos généraux et leur illustre ehef ont voulu ménager nos braves soldats, qui n'auraient demandé qu'à enlever au pas de course les obstacles qui leur étaient opposés.

« Tandis qu'au dehors de l'enceinte notre principal officier de cavalerie, le général du îlarail, prenait, avee des troupes a cheval, les forts de Msntrouge, é<- fficétre, d'Iery, et qu'au dedans, le corps de Cissey exécutait les belles opérations qui "nous ont procuré toute la rive gauche, ie général Yinoy, suivant le cours de la Seine, s'est porté vers la place de la bastille, hérissée de retranchements formidables, a enlevé cette position avec la division Vergé; puis, avec les divisions Bruat et Faron. s'est emparé du faubourg Saint-Anloine jusqu'à la place du Trône. Il ne faut pas oublier, dans celle opération, le concours efficace et brillant que notre Uotlillc a donné aux troupes du général Vinoy. Ces troupes ont, aujourd'hui même, enlevé une forte barricade de l'avenue l'hilippe-Auguste et de la rue de Monlreuil. Elles ont ainsi pris position à l'est et au pied des hauteurs de Belleville, dernier asile de cette insurrection qui, eu fuyant, tire de sa défaite la monstrueuse vengeance de l'incendie.

« Au centre, en tournant vers l'est, le corps de Douay a suivi la ligne des boulevards, appuyant sa droite à la

place de la Bastille et sa gauche au cirque Napoléon. Le corps de Clinchant, venant se rallier, à l'ouest, au corps de Ladmirault, a eu à vaincre, aux Magasins-Réunis, une violente résistance qu'il a vaillammant surmontée. Enfin, le corps du général Ladmirault, après avoir enlevé avec vigueur les gares du Nord et de l'Est , s'est porté à la Villette et a pris position au pied des buttes Chaumont.

« Ainsi les deux tiers de l'armée, après avoir conquis successivement toute la rive droite, sont venus se ranger au pied des hauteurs de Belleville, qu'ils doivent attaquer demain matin. Pendant ces six jours de combats continus, nos soldats se sont montrés aussi énergiques qu'infaligables et ont opéré de véritables prodiges, bien autrement méritoires de la part de ceux qui attaquent des barricades que de ceux qui les défendent. Leurs chefs se sont montrés dignes de commander à de tels hommes et ont pleinement justifié le vpte que l'Assemblée leur a décerné.

« Après les quelques heures de repos qu 'ils prennent en ce moment, ils termineront, demain matin, sur les hauteurs de Belleville, la glorieuse campagne qu'ils ont entreprise contre les démagogues les plus odieux et les plus scélérats que le monde ait vus, et leurs patriotiques efforts mériteront l'éternelle reconnaissance de la France et de l'humanité.

« Du reste, ce n'est pas sans avoir fait des pertes douloureuses que notre armée a rendu au pays de si mémorables services. Le nombre de nos morts et de nos blessés

n'est pas grand, mais les coups sont sensibles. Ainsi, nous avons à regretter le général Leroy de Dais, l'un des officiers les plus braves et les plus distingués de nos armées. Le commandant Ségoycr, du 20" bataillon de chasseurs à pied, s'élant trop avancé, a été pris par les scélérats qui défendaient la Bastille et, sans respect des lois do la guerre, a été immédiatement fusillé. Ce fait, du reste, concorde avec la conduite de gens qui incendient nos villes et nos monuments, et qui avaient réuni des liqueurs vénéneuses pour empoisonner nos soldats presque instantanément. »

La journée du 27 mai fut particulièrement signalée par de nouveaux progrès de la division Bruat ( 2" de l'armée de réserve). Les marins poussèrent, d'une part, jusqu'à la porte de Bagnolet; ils abordèrent, de l'autre, le cimetière du père La Chaise et atteignirent la rue de Puebla. Enfin, dans la nuit du 27 au 28, et sous des torrentsde pluie, ils prirent possession de la prison de la Hoquette où, l'on s'en souvient, ils furent assez heureux pour délivrer 169 otages voués à la mort.

Ainsi que le prévoyait M. Thiers, la lutte devait bientôt se terminer. Une circulaire officielle, datée de Versailles, dimanchej 28 mai, 2 heures 15 du soir, rendait, comme il suit, compte des événements de la journée :

« Nos corps d'armée, chargés d'opérer sur la rive droite, étaient, des hier au soir, rangés en cercle au pied des bultesChaumontet des hauteurs de Belleville. Celte nuit,

ils ont surmonté tous les obstacles. Le général Lad mirault a franchi le bassiu de la Villette, l'Abattoir, le parc aux bestiaux, et gravi les buttes Ghaumont et les hauteurs de Belleville.

« Le jeune Davoust, si digne du nom qu'il porte, a enlevé les barricades et, au jour, le corps de Ladmirault couronnait les hauteurs. De son côté, le corps de Douay partait du boulevard Richard Lenoir pour aborder, par le centre, les mômes positions de Belleville. Pendant le même temps, le général Vinoy a gravi le cimetière du père La Chaise, enlevé la mairie du XX e arrondissement et la prison de la Roquette. Les marins ont, partout, déployé leur entrain accoutumé. En entrant dans la Roquette, nous avons eu la consolation de sauver 169 otages qui allaient être fusillés.

«Mais, hélas! les scélérats auxquels nous sommes obligés d'arracher Paris incendié et ensanglanté, avaient eu le temps d'en fusiller soixante- quatre, parmi lesquels nous avons la douleur d'annoncer que se trouvaient l'archevêque de Paris, l'abbé Deguerry, le meilleur des hommes, le président Bonjean et quantité d'hommes de bien et de mérite. Après avoir égorgé, ces jours derniers , le généreux Chaudey, cœur plein de bonté, républicain invariable , qui pouvaient-ils épargner?

« Maintenant, rejetés à l'extrémité de l'enceinte, entre l'armée française et les Prussiens, qui leur ont refusé passage, ils vont expier leurs crimes et n'ont plus qu'à mourir ou à se rendre.

« Le trop coupable Delescluzc a Été ramassé mort par les troupes du général Clinchant, Millière, non moins fameux, a Été passé par les armes pour avoir lire trois coups de revolver sur un caporal qui l'arrêtait. Ces expiations ne consolent pas de tant de malheurs, de tant de crimes, surtout; mais elles doivent apprendre à ces insensés qu'on ne provoque, qu'on ne délie pas en vain la civilisation, et que, bientôt, la justice répond pour elle !

« L'insurrection, parquée dans un espace de quelques centaines de mètres, est vaincue, définitivement vaincue. La paix va renaître , mais elle ne saurait chasser des cœurs honnêtes et patriotes la profonde douleur dont ils sont pénétrés. »

Les débris des dernières bandes communcuses venaient d'ôtrejelésenbas deMénilmonlant par la division Faron, opérant de concert avec la gauche du l" corps (de Ladmirault), et rabattus sur le boulevard Richard-Lenoir. Là, ils avaient été reçus à la pointe du sabre-baïonnette par les 4" et 3° corps (Douay et Clinchant). L'insurrection était bien décidément étouffée. C'est alors que le maréchal de Mac-Manon adressa aux habitants de Paris la proclamation suivante :

<i Habitants de Paris,

;i L'armée de la France est venue vous sauver.

(i Paris est délivré. Nos soldats ont enlevé, à quatre

heures, les dernières positions occupées par les insurgés.

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« Aujourd'hui la lutte est terminée, Tordre est rétabli , le travail et la sécurité vont renaître.

« Au quartier général, le 28 mai 1871.

« Le maréchal de France, commandant en chef,

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