TOUT PARIS A VERSAILLES
Versailles , la ville du roi-soleil , avait, dorant six mois, servi de quartier général au roi de Prusse, et l'heure de sa délivrance semblait ne devoir jamais sonner. Cependant, après bien des pourparlers, bien des difficultés de toute nature, le Trésor de Tannée prussienne fit partir, le 40 mars, les derniers fourgons chargés de notre numéraire , et, dans la matinée du 12, Versailles fut définitivement évacué.
Dès le lendemain, arrivaient sur la place d'armes les premiers détachements des troupes qui allaient être chargées du soin de protéger l'Assemblée nationale et, tout d'abord, de nettoyer, de désinfecter des casernes souillées par d'immondes soldats. M. Thiers s'installait à l'hôtel de la préfecture et y recevait, dans la matinée du 16 mars, les autorités civiles et militaires. La chambre allaits'ouvrir, et l'on ne songeai t qu'à mettre sérieusement à profit les premiers jours d'une paix nécessaire, quand, tout à coup, les
événements du 18 mars bouleversèrent la situation. L'armée de Paris fut dirigée sur Versailles dans la nuit du 18 au 19, et le lendemain, 19, le personnel de tous les ministères, celui de toutes les administrations publiques, tous les rouages de la machine gouvernementale s'y concentrèrent également. Ce fut un flux prodigieux produit par un immense exode. Paris, siège du gouvernement, était désert, et Versailles devenait provisoirement la capitale de la France.
Le 19 mars, dès huit heures du matin, M. Thiers adressait la circulaire suivante aux autorités de tous les départements :
<( Le gouvernement tout entier est réuni à Versailles ; l'Assemblée s'y réunit également.
a L'armée, au nombre de 40,000 hommes, s'y est concentrée en bon ordre , sous le commandement du général Vinoy. Toutes les autorités , tous les chefs de l'armée y sont arrivés.
« Les autorités civiles et militaires n'exécuteront d'antres ordres que ceux du gouvernement légal résidant à Versailles, sous peine d'être considérées en état de forfaiture.
« Les membres de l'Assemblée nationale sont invités à accélérer leur retour, pour être tous présents à la séance du 20 mars.
« La présente dépêche sera livrée à la connaissance du public.
<( A. Thiers. »
Telle était la réponse catégorique faite par le chef du pouvoir exécutif à certaines proclamations affichées, à la même heure, sur tous les murs de Paris, par les soins du Comité central de la garde nationale. Ces morceaux déclamatoires , que nous reproduisons textuellement , peuvent se passer de tout commentaire.