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Pendant la guerre des Frontières da Rhin, les Allemands ont eu affaire à deux armées françaises différentes, Tancienne armée impériale qui disparut complètement avec la capitulation de Metz, et l'armée impjOTisée da la République, dont les premières toitaUves sérieuses ne commencèrent qu'au mois de novembre 1870.
il y avait déjà longtemps que la supériorité de l'oi^aiiisation allemande sur l'organisation impériale française n'était plus une énigme pour les hommes qui s*occqpaient des questions militaires.
L'organisation allemande introduisait dans Tarmée les meilieurs éléments de la nation, grâce au principe du service militaire obligatoire, tandis que, spus le second Empire, les désavantages qoi existaient, sous ce rapport, d^ns Tannée française étaient encore augmentés par l'institution de la caisse de la dotation de Tarmée, laquelle ne fut supprimée que par la loi du 1" février 1868, et dont les suites fâcheuses ne. pouvaient être écartées immédiatement. Ces conséquences déplorables de la loi sur la dotation de l'armée ne s'étaient fait apercevoir qu'en 1860, xnm. elle^ étaient devenues chaque jour plus frappantes.
Le système allemand fournissait des forces organisées très^supélieures, au nombre desquelles nous comptons la landwehr, bien qu'elle ne soit point présente au drapeau en temps de paix. Pour qu'une organisation militaire soit puissante, il n'est pas nécessaire qu'il y ait constamment sous les armes un grand nombre d'hommes, mais il faut que le mécanisme militaire sôit solidement établi, qu'il y ait toujours des hommes exercés prêts à entrer dans le rang, que chacun de ces hommes exercés ait sa place marquée d'avance dans l'une des fractions de l'armée, que le matériel d'armement, d'équipement et d'habillement soit tout prêt, que les hommes qi^i appar-. tiennent à Vuoe de ces fr^ictions se connaissent entre eux, ce qu'oo ne peut obtenir que par l'adoption d'un systôpici nûlitaire territorial, tel qu'il existe en Prusse depuis longtemps, et dans l'Allemagne du
Sad depuis 1866; il faut que les régiments de ligne ei eeni de landwehr correspondants se recrutent sur une fraction de territoin déterminée et que, — sauf des exceptions imposées par les cireoDstances, — les régiments de ligne aient leurs garnisons de paix à l'intérieur du district où elles se recrutent et d'où elles reçoivent leur complément en cas de guerre. Voilà la seule manière de rendre h mobilisation facile et tranquille, sans précipitation, d'apr&s un plu en apparence compliqué et pourtant très-simple, dont le grand secret est, en premier lieu, la décentralisation de radminislralioD (chaque corps d'armée se mobilise lui-même) et, en second lia, cette circonstance que chaque homme qui doit ocmcourir à cette mobilisation connaît longtemps d'avance son cercle d'action et qae, d'année en année, toutes les lacunes existantes dans le eercle â*a^ tion de ces hommes sont comblées d'une manière calme et pour ainsi dire mécanique.
Lorsque le ;naréchal Niel prît la direction du ministère de la guerre, il reconnut fort bien qu'il serait nécessaire d'adopter également en France le service militaire obligatoire, pour élever ce p^js au niveau militaire de TÂllemagne. Mais ce principe ne saurait pénétrer instantanément dans les masses, et en Prusse même il ni pris vie que très-lentement, malgré la grandeur de Tépoque où il U annoncé à ce pauvre et malheureux pays, qui croyait cependant i sa résurrection.
£n 1867 et 1868, la France était bien loin de se croire dans nœ situation aussi critique. Au contraire les succès réels, qooiga« exagérés, du second Empire lui faisaient croire que Tarmée < imp^ riale » était invincible. 11 devenait alors fort difficile à l'homme sensé de donner aux masses un peu de raison, et de prouver aux « Grands» de l'Empire qu'il fallait adopter d'antres « principes » de i'oiganisition de l'armée.
C'est par la garde mobile que le maréchal Niel voulait introdoire en France le principe du service militaire obligatoire; mais l'institution de la garde mobile, telle qu'elle sortit des mains du Ccrps législatif, avec des périodes d'exercices insignifiantes, et sans qn'oa voulût y introduire des hommes ayant servi dans l'armée, ne pouvait augmenter les forces réelles de l'armée. On a reproché plus tard an maréchal Niel de n'avoir pas montré assez de caractère, et de n'avoir pas défendu assez vigoureusement son premier projet de garde mobile. Cependant, comme il ne trouva pas d'appui an Corps législatif, et qu'il eut contre lui jusqu'aux mameluks de l'Empire* nous ne voyons pas à quoi lui eût servi d'avoir plus de « caractère s. Il pouvait tout au plus donner sa démission. Il resta et chercha à édifier le mieux possible sur la base défectueuse qui lui était donnée, jusqu'à ce que son successeur suspendit provisoirement toute cette organisation.
n n'y avait done pas à compter sur la garde mobile au débat de la guerre. D'un autre côté, les étranges dispositions de la loi de 4868 an sujet de la réserve, résultat de Tabsence d'un système militaire territorial, rendaient impossible de grossir dans un court délai, par rappel des réserves, les corps de troupes existants, de sorte qu'au commencement d'août 1870, la plupart des bataillons n'avaient pas, à la frontière, plus de 500 hommes, officiers compris^ et que des bataillons de 600 hommes passaient pour trés-forts.
En Allemagne, grâce au système en vigueur, il n'y eut pas la moindre difficulté à donner immédiatement l'effectif normal de guerre à tous les corps de troupes appelés ; et comme un corps d*armée est une petite armée, constamment pourvue de tout son matériel de guerre, il ne manquait absolument rien aux corps de troupes, tandis qu'il en était tout autrement en France, par suite de la centralisation de parties impoitantes du matériel de guerre, et du dualisme du commandement et de Tintendance militaire.
La nécessité du système territorial n'est pas encore complètement reconnue en France, où l'on s'occupe déjà beaucoup d'une nouvelle organisation de l'armée. Nous avons, entre autres, sous les yeux un projet du général Faidherbe. Il accepte le principe du service militaire obligatoire: tout homme valide doit servir deux ans dans l'armée de ligne, puis deux ans dans la première réserve et enfin six ans dans la deuxième réserve. La première réserve doit être exercée deux mois par an, la seconde 15 jours seulement. Mais le général Faidherbe conseille d'incorporer dans les corps de troupes de l'armée de ligne des soldats de départements différents, et de réunir également les hommes de la première réserve dans des camps d*exercice situés hors de la région qu'ils habitent. Il n'est pas le seul de cet avis, car on entend souvent dire: nous ne pouvons pas composer des régiments uniquement de Gascons. Pourquoi pas?
On a pu reconnaître aux Allemands, dans le transport de leurs troupes à la frontière, la même supériorité que dans leur organisation pour la guerre. Tout cela se fit correctement et méthodiquement, d'après des plans préparés longtemps d'avance.
En France, il est vrai, on avait aussi travaillé dans ce sens, mais, ^ pourrait-on dire, académiquement. Ces travaux préparatoires n'étaient pas mis en pratique. Le rassemblement des troupes et leur transport à la frontière se firent à la légère, de la même façon que la guerre avait été déclarée.
Nous n'avons naturellement rien pu découvrir des « nouvelles combinaisons stratégiques » qui font extravaguer tant de preneurs du commandement des armées allemandes. On a suivi les bonnes vieilles i^gles : réunir des forces numériques supérieures pour se battre, pour vaincre sur le champ de bataille ; simplicité du pion, — marche directe
sar Paris, *-* sans négliger les opérations secondaires que pourrait nécessiter la conduite de Tennemi ; — prudence dans la marche en avant, tant qu'on n'avait pas gagné une victoire décisive ; — occopion d'une grande étendue de pays, lorsqu'on n'avait pas à craindre beaucoup de résistance, au moyen de troupes dont le r6le sur W cbamps de bataille eût été accessoire ou peu décisif.
Toutefois, ces vieilles règles furent négligées par les Français d ai* manière qu'on a peine & comprendre, bien que leur observation it doublement nécessaire en raison de l'infériorité numérique des troap^ françaises. Cela procura encore aux Allemands une importaate sq{hriorité.
On s'est plaint souvent du manque de liaison des armes, ()aa^ b guerre de 18G6, aussi bien cbezles Prussiens que cbez les AntrichiiSLv On a môme dit, ce qui était exagéré, que Tartillerie n'avait rien fait. C'est cette idée qui servait de base à l'ouvrage d'Arkolay^ Die TûH der Neuzeit. Damutadt, 1866^ où il soutenait, comme on se le rppelle^ que Tartilterie rayée rendait impossible une action eombùH des différentes armes, et il demandait le retour aux caooDS à ^s* lisse. Son conseil ne fut naturellement suivi par personne, bien qaiprovoquât, en Autricbe^ quelques expériences académiques dont N résultats, diversement appréciés, ne satisfirent personne.
Si l'artillerie prussienne ne répondit pas, en 1866, à tout ee qs':* attendait d'elle, cela tient à différentes causes qui peuvent se réso:Q^ ainsi :
i» Le matériel de l'artillerie prussienne n'était pas encore sor 1' même pied qu'en 1870 ; à côté des canons rayés, il y en avait eno:^ beaucoup qui ne l'étaient pas, ce qui avait au moina le désaTanu:^ d'avoir différentes sortes de matériel.
f. L'infanterie avait une confiance absolue dans le fusil à ai^i^ contre le fusil autricbien se chargeant par la bouche. Les ^mii^ succès accrurent encore cette confiance et donnèrent la conscieixt d'une supériorité générale sur les Autrichiens.
3" D'après cela, et suivant d'anciennes traditions, I Vtillerie oe ^-^ pas bien répartie chez les Prussiens, — l'avant-garde d'une diTÎsi * n avait d'abord au combat qu'une batterie, ou deux batteries au piv si elle était très-forte ; le reste de l'artillerie divisionnaire marcM le plus souvent à la queue de la division, l'artillerie de réserve d^ corps d'armée à la queue de ce corps. Le peu d'action iaitial<2 ^i Tartillerie, joint au succès de l'infanterie prussienne dans un terrtio coupé, explique très-bien une certaine mise au second plan de 1^* tillerie en 1866.
En 1770, au contraire, l'artillerie allemande joua un r6!e brilM et très- important.
L'artillerie prussienne n'était pas numériquement plos forte, d^^ près le nombre de ses canons, «^n 1870 qu'en 1866 ; déduction fait^
des pièces néoessaires aux divisions de cavalerie, elle comptait en moyenne 14 batteries, ou 84 bonches à feu par 26,000 hommes; ce qui fait 3 pièces 1/3 par 1000 hommes. Mais elle ne se composait que de pièces rayées et, dans les marches en avant, elle était en grande partie à la tète de la division et non plus à la queae. 11 en était ainsi de l'artillerie de réserve, qui ne s'appelait plus ainsi, mais bien artillerie de corps d'armée, et qui marchait en tète, de sorte qu'il était possible en général, lorsqu'on engageait une seule division du corps d'armée, de la soutenir de suite avec 10 batteries du corps (60 pièces).
L'artillerie autrichienne n'avait pas joué en 1866 le rôle qu'on attendait d'elle, en raison de la supériorité qu'avait alors son matériel sur celui des Prussiens. Cela provenait de son éparpillement, du système de batteries de brigade qui permettait difficilement d'avoir sur les Prussiens, au début du combat, une supériorité réelle. — Lorsque de grandes réserves d'artillerie prirent part au combat, à Kœniggraetz, par exemple, elles n'étaient plus en liaison avec rinfanterie et se laissèrent détruire en détail par i'infuiterie prussienne.
Bien qu'on eût grand soin en Prusse de parler fort pendu chassepot aux classes inférieures et de ne pas le comparer au fusil prussien, on reconnaissait parfaiteiùent, dans les régions élevées^ la supériorité te<^hoique du fusil français. On avait déjà découvert pour le fusil & aiguille une transformation relativement facile qui le rapprochait davantage du ehassepot, du moins sous le rapport de la rapidité du tir. Mais la transformation du grand nombre de fusils à aiguille existants demandait beaucoup de temps, et il fallait attendre, pour Topérer, QQ moment favorable. 8i la guerre n'avait pas éclaté au ^ mois de juillet, il est probable que eette transformation aurait été entreprise dans l'hiver de 1870 à 1871. Cependant les chefs de Farmée prussienne qui, depuis i867, devaient nécessairement songer à une guerre avec la France, bien qu'elle fût peu désirée en politique, ne voulaient pomt s'abandonner paisiblement à l'espérance qu'ils trouveraient un moment favorable pour transformer le Zundnadelgewehr : ce qui les conduisit tout naturellement à établir une bonne action combinée des armes, notamment de l'artillerie et de l'infanterie. L'artillerie devait être de nouveau entièrement chargée de préparer le combat, et le rèle de l'infanterie redevenait surtout de cueillir les fruits que Taction de l'artillerie avait mûris.
On y arriva parfaitement à l'aide des moyens dont nous avons parlé plus haut. L'adoption exclusive des pièces rayées le facilita, et on peut dire que les critiques dont l'artillerie prussienne avait été l'objet en I8t)6 l'excitèrent h se distinguer en 1870. 11 faut surtout faire ressortir que, dans cette dernière guerre, les pièces rayées ne se mettent jamais en batterie à d'aussi grandes distances qu'en 1866. Elles ^ prennent pas leurs premières positions à plus de 2000 pas de
l'ennemi, et elles profitent de toutes^les occasions pour s'en npprotber le plus possible.
L'artillerie française n'était pas numériquement faible en 1870; d'après la répartition qui en avait été faite dans les corps d'armée à la fin de juillet, pour chaque division d'infanterie, dont Teffeciif ne dépassait guère 8,000 hommes, à cnuse de la faiblesse des bataillons, il y avait 30 bouches à feu^ ce qui fait 3 pièces 3/4 par iûiio hommes, plus que chez les Prussiens. Mais de ces 30 pièces il nj en avait que 18 (3 batteries) qui fussent avec les divisions; les \t antres faisaient partie de la réserve du corps. Les pièces de cette réserve, dont le plus grand nombre étaient du 12 rayé, qaelqQ»unes seulement du, nouveau 8 rayé, et du 4 rayé pour l'artillerie i chsval, étaient traitées comme « pièces de position » et traînées à li queue des colonnes, de sorte qu'elles ne pouvaient presque jamii^ être au feu en nombre suffisant au début des batailles etdescoisbats.
Les Français commettaient, sons se rapport, en -1870, la m^ faute que les Prussiens avaient commise en 1866 et qu'ils avaiesi corrigée depuis.
En outre, parmi les 30 pièces que les Français avaient par 8,0iX hommes d'infanterie et de cavalerie^ il se trouvait 6 mitrailleos^ £n mettant de côté ces dernières, il ne reste plus que 3 pièces par 1000 hommes, y compris les réserves de corps d'armée. Or^m» demande si une mitrailleuse peut produire le même effet qu'ont pièce de canon. Sous le rapport du poids et de la manière géoérsie de s'en servir, il est certain que la mitrailleuse (canon à baUes) eâ égale à la pièce d'artillerie; mais il n'en est plus ainsi de i'^ produit : la mitrailleuse ne peut renverser des obstacles maléhels, tels que des barricades ou des murailles, et elle ne porte pas aussi loin que le canon. Son eiïet ne peut être comparé qu'à celai d'an feu d'infanterie très-concentré et peut-être un peu plus juste. B Ton doit encore se demander, à ce propos, si le feu d'infonterie qu'elle fournit n'est pas trop concentré. Un officier prussien a nç^ 22 balles de mitrailleuses; si ce fait peut être regardé comme isolât il n'en est pas moins établi, dans tous lescas, qu'un soldat allenuiui a reçu fréquemment plusieurs balles de mitrailleuses, tandis qu'au seule aurait été suffisante pour le mettre hors de combat. — Oo obtient de la mitrailleuse française un peu plus d'écartement en loi imprimant pendant le tir un mouvement de côté ; mais on reconniltra facilement que ce moyen nuira le plus souvent à la précision. parce qu'il est difficile de mettre les deux roues sur un plan pv- * faitement horisonlal, et en second lieu parce que le terrain sur lequel ou tire n'est pas uniforme. 11 n'est pas impossible de trouver d'autres moyens de mieux obtenir l'écartement; toutefois l'écarteroent d'un obus qui éclate sera toujours meilleur, et Ton obtient cet
écarkmcnt^ puisque rartillerie de catiipagne ne tire plus de projectiles pleins. Les ayanlages spéciaux des mitrailleuses ressortent clairement dans certains cas particuliers, par exemple dans un combat de défilé ; mais on peut affirmer d'une manière générale que ces cas particuliers se présenteront pks fréquemment dans la guerre de places fortes et notamment dans la défense des places, qu'à la guerre en rase campagne.
Pour une portée égaie, la précision des canons allemands à chargement par la culasse est beaucoup plus grande que celle des canons français, — surtout du À rayé fhmçais, puisque les pièces de réserve, le 12 et le 8, ont été rarement engagées.
Les Français avaient encore une réserve spéciale d'armée de 16 batteries, 96 pièces, composée d'un régiment monté et d*un régiment à' cheval. Elle ne combattit jamais complètement, et quelques-unes de ses pièces seulement furent engagées par hasard ; elle ne trouva pas son jour, comme la réienre d'artillerie autrichienne l'avait trouvé au moins une fois en 1866, à Kœniggraelz.
La cavalerie ne peut guère aujourd'hui être employée utilement sur le champ de bataille. L'effet des armes à feu est devenu beaucoup t^p important. Les deux partis l'ont prouvé d'une manière frappante» en 1870, dans les journées de Woerth et de Rezonville (6 et 16 août). On a dit que la cavalerie avait été employée ces jours-là maladroitement contre des troupes dont la force et la qualité n'étaient pas connues, sur un terrain défavorable, en un mot dans les circonstances les plus désavantageuses ; on ajoutait qu'il n'en serait pas toujours ainsi. Nous ne pouvons pas comprendre pourquoi ces circonstances ne seront pas constamment les mêmes de nos jours, et nous demandons qu'on nous explique où l'on trouvera des terrains plus favorables et des circonstances plus propices.
L'expérience nous apprend qu'il est trois circonstances qui nuisent principalement à l'action de la cavalerie sur les champs de bataille modernes : ce sont la longue portée et le tir à éclatement de l'artillerie qui portent le désordre à une distance considérable dans une cavalerie qui se dispose à charger; — en second lieu, le fusil se chargeant par la culasse, qui permet d'être toujours prêt à tirer et donne encore à une infanterie à moitié débandée une force'de résistance considérable contre la cavalerie qni la poursuit ; en troisième lieu enfin, la plus grande difficulté des surprises.
Quelle a toujours été, en effet, la première condition d'une action puissante de la cavalerie ? La surprise t II est encore aujourd'hui dans le nord de l'Allemagne un dicton populaire : « C'est comme Ziéten sortant du bois. » — Mais, pour surprendre, k faut saisir le moment. Pour le saisir, il faut non-seulement l'apercevoir rapidement, mais encore exécuter aussitôt l'idée de le mettre à profit ; en d'autres ter mes^ charger le plus tôt possible.
Or, la portée actuelle des armes à fea et leor effet à de gnmltt distances obligent, à moins d'avoir un terrain exceptionneHemeai favorable, de tenir aigourd'hui la cavalerie beaucoup plus Iqïq da théâtre où son action pourrait être utile. (lela lui rend beaucoup plib difGcile de reconnaître le moment et de le saisir immédiatemtul Comme elle aura plus do chemin k parcourir avant d*attaquer, elU surprendra rarement Tennemi, qui aura toujours le temps de sepr^ parer à la recevoir.
Un autre emploi de la cavalerie, c'est le service des troupes aviAcéeSs soit en petits détachements, attachés aux divisions et aux coq» d'armée, soit en corps plus considérables ou en divisions de cavalerie, qui commandent de grands espaces de terrain en avant des aroées d'opération, sur leurs flancs et leurs derrières, qui coupent les axt munications de l'ennemi et gardent celles de leur armée, qui donoeoi des nouvelles de Tentiemi et l'empêchent en même temps de conaaiire la situation de leur propre armée.
En 1866, les Autrichiens avaient dans chaque corps d'armée d'environ 28,000 d'infanterie, 5 escadrons, 750 chevaux, et l'on peut dire qu'ils étaient très-suffisants pour le service de cette portion de la cavalerie que nous appellerons cavalerie divisionnaire.
Pour le même service, les Prussiens avaient A escadrons dans chaque division d'infanterie, ce qui fait 8 escadrons, ou 1^200 chevaux p^ un corps d'armée de 25,000 hommes.
La même année, les Autrichiens avaient formé en outre plusiears divisions de cavalerie, dont trois de cavalerie de réserve et deox ik cavalerie légère.
Chaque division de cavalerie de réserve se composait de deux brigades et de deux batteries. La brigade comptait deux régiments de cuirassiers (à 4 escadrons) et un régiment de uhlans (à 5 escadroos'; la division avait donc 26 escadrons et 16 bouches à ieu^ — 3,900 cbe^ vaux et 4 pièces par 1 ,000 chevaux.
Ces divisions de cavalerie de réserve devaient, d'aprëa la traditioa, être employées sur le champ de bataille comme cavalerie de réserve. Cela n'eut pas lieu. Les Autrichiens ont même eu la naïveté de se plaindre officiellement que quelques escadrons ou régiments de dragons prussiens, en venant parader devant leurs divisions de cavalerie de réserve, destinées au service de l'ancienne chevalerie, et se retirant aussitôt, les aient attirées malicieusement sous le feu du fusil de rinfonterie prussienne, auquel elles ne pouvaient rien opposer de semblable.
Des deux divisions de cavalerie légère, la première avait 30 escadrons et 3 batteries, 4,500 chevaux et 24 pièces : la seconde, 20 escadrons et 2 batteries, 3,000 chevaux et 16 pièces de canon. Ces divisions étaient chargées d'éclairer au loin sur les flancs et en avant d« l'armée ; elles devaient opérer comme les corps de cavalerie améri-
caine dans la grande guerre eivile, et on avait fondé à cet égard de grandes espérances sur la première division de cavalerie légère, Ëdelsheim. Mais ces espérances tombèrent dans Tean, parce que la grande offensive projetée contre la Prusse n'eut pas lieu, et dès que cette offensive se transforma en un mouvement défensif de concentration en arrière, la destination primitive des divisions de cavalerie légère autri» chienne tourna naturellement k leur désavantage.
On ne découvre aucun principe dans la formation de la cavalerie de réserve de Farmée prussienne en 1866. La première armée, prince Frédéric-Charles, qui se composait de 3 corps d'année^ avait reçu un corps de cavalerie, prince Albert, renfermant, dans A brigades, 10 régiments (40 escadrons) et À batteries, 6,000 chevaux et S4 bouches à feu. La deuxième armée, prince royal de Prusse, était forte de 4 corps d'armée \ trois de ces corps avaient chacun une réserve spéciale de cavalerie^ de i, 2 ou 8 régiments. La deuxième armée avait, en outre, poar réserve générale une division de cavalerie (Hartmann] de 6 régiments et 2 batteries, 3,000 chevaux et 12 canons. Dans la troisième armée, ou armée de l'Elbe, Herwath de Bittenfeld, aucune des trois divisions qui la composaient n'avait de cavalerie divisionnaire. Mais cette armée avait une réserve de cavalerie de 16 escadrons et 2 batteries, 2,400 chevaux et 12 canons. La réserve de cavalerie prussienne marchait en arrière, et il n'y a que la division de réserve de la deuxième armée qui ait eu & raconter quelque chose du grand service d'éelaireurs dont elle fut chargée. €e service fut, du reste, très-mal fait.
En 1870, chaque division d'infanterie allemande avait, comme en 1806, son régiment de cavalerie divisionnaire. Mais la cavalerie de réserve fut organisée d'une tout autre manière qu'en 1866. On ea forma, dans la Confédération du Nord, six divisions indépendantes, sans compter la division de cavalerie de la garde, toujours intimement liée au corps de la garde, et la division saxonne, qui est dans les mômes conditions. 11 y avait, en outre, uue division de cavalerie bavaroise, et trois brigades de cavalerie, wurlembergeoise» hessoise et badoise. Chacune des divisions indépendantes de cavalerie allemande du Nord avait de 4 à 9 régiments avec 1 ou 2 batteries, dans 2 ou 3 brigades.
La cavalerie divisionnaire se composait principalement de régiments de dragons ; il s'y joignait^ dans une faible proportion, des hussards et encore moins de uhlans.
Les divisions indépendantes de cavalerie étaient formées principalement de régiments de uhlans et de cuirassiers, et en outre, de quelques régiments de hussards et de dragons.
Les uhlans jouèrent évidemment le premier rôle dans ces divisions indépendantes ; nous avons raconté plusieurs fois qu'un petit nombre
de ces cnvaliers causèrent à la popalaiion des villes françaises importantes une peur de Cosnqiies.
Les divisions de cayalerie allemande de 1870 forent organisées dios le même but et selon le même principe que les divisions de cavakrie légère autrichienne en 1866. Aucune différence dans ridée, — nuis quelle différence dans l'application ! Cette différence résulte de h différence dans la conduite générale de la guerre. Les Allemands prirent réellement l'offensive en 1870, tandis que les Autrichiens ne parent y arriver en 1866, quelque envie quMls en eussent.
En 1870. les divisions de cavalerie allemande n'attaquèrent jamais directement sur les champs de bataille ; elles étaient toujours sar b flancs des grandes fractions d'armée et les protégeaient contre des surprises.
On s'est demandé si la cavalerie allemande n^anrait pas obteaa en 1870 les mêmes résultats avec un effectif moins considérable.
Nous sommes de cet avis. En effet, lorsque la cavalerie fat employée avec intelligence en 1870, plus ou moins loin des champs dt bataille, elle ne rencontra jamais de résistance sérieuse, et il était donc à peu près indifférent qu'elle eût sur ce point un escadron ou on régiment.
Le généra] Faidherbe, dans le projet de réorganisation deTaraiée française que nous avons déjà cité^ ne demande qu'un cavalier poor 20 fantassins.
Il observe, à ce sujet, que Tarmée française dn Nord, dans b deuxième période de guerre, n'avait que S escadrons de dragons poor 40,000 hommes d'infanterie, ce qui fait, en comptant ces deux eseidrons à 250 chevaux, un cavalier pour 160 fantassins. Unpeopio» de cavalerie eût été à désirer ; au contraire, les Allemands opposés à Faidherbe auraient eu au début 5 régiments de cavalerie et, aprè^li bataille de Saint-Quentin, 9 régiments (au moins 5,000 chevaui); et ces régiments n'auraient rien fait de remarquable ni sur les champs de bataille ni ailleurs.
La sûreté que la cavalerie lancée sur les flancs de l'armée donnait aux mouvements de Manteufiel, puis de Gceben, n'est pas apprédée par Faidherbe pour ce qu'elle vaut. Elle ne fut pas sans importance pour les succès des Allemands. Mais il n'en est pas moins clair 900 la différence est grande entre un cavalier pour 20 fantassins et un pour 160.
Les Allemands avaient en campagne à peu près un cavalier poor 8 fantassins ; on peut dire hardiment que c'est trop, sans admettre pour cela qu'un cavalier sufâse pour 160 hommes d'infanterie.
On a dit que Teflectif important de leur cavalerie avait permis ani Allemands d'être constamment en mouvement, parce qu'ils poavaieot relever fréquemment leurs détachements de cavalerie agissante et ne pas tenir celle-ci toujours en route. 11 y a certainement là quelque
chose de vrai, mais le nombre extraordinuire de cavaliers que les Allemands condaisirent sur le théâtre de la guerre n'en est pas jusiir fié pour cela. On n'a qu'à observer que les petits détachements de cavalerie, gui firent de grandes choses, tontes les fois qu'ils purent être employés utilement. — Nous pensons que, dans les conditions actuelles de la guerre^ un cavalier pour 20 fantassins est une proportion suffisante.
Le général Chanzy, sur le thé&tre occidental de la guerre, n'était point d'avis que la cavalerie fût à peu près inutile. Il observe à plusienr^ reprises^ dans ses instructions et ses ordres, notamment au mois de décembre, que la cavalerie allemande fait beaucoup de mal aux Français par ses alarmes continuelles, et il n'est cependant question ici que de très- petits détachements de cavalerie allemande. Chanzy se plaint que la cavalerie française ne fasse pas la même chose; mais loi, qui avait beaucoup plus de cavalerie que Faidherbe, n'impute pas à leur petit nombre le peu de services rendus par les cavaliers français, et il leur reproche seulement de n'avoir point l'esprit aussi entreprenant que les Allemands.
Ces plaintes du général Ghanzy nous ont rappelé nn article du Figaro de 1868, qui reproduisait nn prétendu rapport d'ofîiciers prussiens sur l'armée française. Il y était dit, entre autres, de la cavalerie française : elle n'est bonne qu'à aller droit devant elle et à charger. — On a beaucoup ri de cet article, dans lequel cependant il y avait du vrai. Le maréchal Niel reconnut beaucoup mieux qu'aucun des ministres de la guerre qui l'avaient précédé quels étaient les défauts de l'armée française impériale, et il s'occupait sérieusement de les faire disparaître, ce qui lui avait valu une impopularité presque incroyable dans les régions supérieures de l'armée et dans les cercles militaires qui dépendaient immédiatement de lui. Dès 1868 il paraissait, aux yeux de l'observateur impartial, comme un Délisaire tombé au milieu des favoris byzantins. Il reconnut aussi ce qui manquait à laxavalerie française, et il peut être intéressant pour les recherches historiques futures de mentionner ici une brochure publiée sous son inspiration directe : Observations sur le service de la cavalerie en campagne f 18(58, — et de remarquer que le cinquième seulement de cette brochure (18 pages sur 90) est consacré à l'emploi de la cavalerie sur le champ de bataille, et les quatre autres cinquièmes à l'emploi de cette arme en dehors du champ de bataille.
Beaucoup d'officiers français se sont plaints du peu qu'avait fait la cavalerie française en 1870 pour couvrir l'armée, éclairer le terrain et se procurer des nouvelles de l'ennemi, en attribuant cela & l'emploi inintelligent qui avait été fait de la cavalerie.
Chaque corps de l'armée impériale, qui fut réunie, an mois d'août i870, sur la frontière de l'Est et du Nord-Est avait une division de cavalerie^ de 4 à 7 régiments, 18 & 30 escadrons, avec une ou deux
batteries d*artillerie à cheval. On avait formé en outre une grande réserve de cavalerie de 12 régiments (48 escadrons). Cependant on n'a presque pas eutenda parler de l'activité de cette nombreuse cavalerie en dehors du champ de bataille, et elle ne parut sur les champs de bataille que pour prouver^ malgré sa bravoure héroïque, qu'il n'y a plus rieo à faire pour elle aujourd'hui à la mode de ia guerre de Sept ans ou des batailles du premier Empire.
La supériorité du fusil Ghassepot sur le fusil ^ aiguille prussien s'est pleinement confirmée, ainsi qu'on l'avait prévu. Comme les Allemands ont malgré cela, vaincu partout avec éclat, il nous semble in»possible que les gens qui en appellent toujours à l'expérience attribuent encore au fusil à aiguille tous les succès remportés par les Prussiens en 1866. Il en faut chercher d^autres causes on aecepter celles déjà trouvées. Quoi qu'il en soit, la reconnaissance de leur pays est bien due aux hommes qui, en prévision des événements el malgré de grandes difficultés, ont su préparer Tartilierie allemaïule au rûld brillant qu'elle a joué en 1870. — Nous répétons que les Allemande n'attendaient que le moment favorable pour transformer leur fusil. On raconte que cette transformation devait être commencée k l'aatomne de 1870 si rien ne troublait la paix d'ici là, que la France avait connaissance de ce projet et que c'était une des raisons qui l'avaioit décidée à précipiter la guerre.
Les turcos, dont les noirs visages et les cris sauvages avaient, diton, produit un effet si puissant sur les nationalités mélangées de l'armée autrichienne en 1859, n'ont rien fait de remarquable en 1870. Il paraît que les soldats allemands, les Bavarois surtout, n'avaient pas assez d'imagination pour voir rien d'humain dans les qualités si vantées de ces Africains, et ils les c(»sidéraient plutôt comme des bêles sauvages que l'on aurait le droit de mettre à la chaîne ou de tuer, — Les zouaves, dont l'uniforme est analogue à celui des turcos, sont tous Français.
Pendant les six mois qu'a duré la campagne, du commencement d'août 1870 à la fin de janvier 1871, les Allemands se sont emparés de 20 places fortes. Si Ton ne fait que citer ce chiffre, sans un «la* men plus approfondi, il parait considérable : 26 places fortes en six mois^ cela fait 4 ou 5 par mois 1 £t les gens qui ne voient que ce Eait sont disposés à se moquer de nous, quand nous disons que les Allemands ont montré fort peu d'habileté dans la guerre de sièges, tontes les fois que leur puissante artillerie n'était pas prête.
Nous poDsons qu'il est absolument nécessaire de considérer la qualité des places conquises. Nous les avons déjà décrites. Il ressort de cette description que la plupart de ces places conquises étaient des bicoques, qui n'avaient plus de valeur pour la guerre depuis le commencement de ce siècle, qui ne pouvaient même pas résister à un }x)mbardem6nt de pièces de campagne allemandes, qui étaient faible-
ment occupées^ mais devaient Tétre parce qu'elles existaient ; de ces
places les Français ne pouvaient pas prendre l'offensive, d'abord parce
qu'ils n'avaient) pas de troupes à y concentrer, et ensuite parce que
ces places n'avaient pas de forts détachés. Les Allemands avaient un
faible intérêt à attaquer sérieusement ces bicoques où ils ne trouvaient
presque rien après les avoir prises. L'attaque n'en était indispensable
que lorsqu'elles fermaient une communication importante. On peut
affirmer d'nne manière générale qu'il suffisait de 20,000 Allemands
pour observer une vingtaine de ces trous qu'ils appellent < places »
conquises . 20,000 hommes, c'eût été beaucoup de monde à l'époque
où les guerres de peuple à peuple se faisaient avec des armées de
50,000 hommes, mais ce n'est plus rien pour nous qui mettons en
campagne 500,000 hommes et plus. Les Allemands étant forcés de
laisser des troupes d'étapes sur leurs lignes d'opération, ces troupes
pouvaient fort bien observer les petites places fortes. On composait ces
troupes d'étapes de iandwehriens que l'on ne voulait pas, du reste,
employer à la guerre de campagne et, de cette façon, Ton ne perdait
pas de troupes de campagne.
Passons de nouveau en revue ces places françaises pour voir combien peu d'entre elles avaient de Timportance.
Nous trouvons fiitche, devant laquelle s'établit bientôt entre les assiégeants et les assiégés un modui vivendi qui conduisit à une reddition à l'amiable lors des préliminaires de paix, -' Licbtenberg, la Petite-Pierre, Pbalsbourg qui résista longtemps, Marsai qui ne se défendit pas, de sorte que l'argent récemment dépensé pour le fort Dieuze l'avait été en pure perte, ainsi que les sommes employées au barrage de la Seille ; — les hommes sensés le disaient bien depuis longtemps.
Puis viennent Toul, 8chlettstadt, Neuf-Brisach, Sedan, qui tomba avec l'armée impériale, Laon, Thionville, Soissons, Verdun, Montmédy^ Mézièree, Rocroy, Vitry-le^Français, Ham, Péronne, la Fère, Amiens^ et Longwy où l'on avait récemment construit à grands frais un système de minesi sans la moindre réflexion.
Si l'on tenait à augmenter le nombre des a places fortes > cx)nquises par les Allemands, on pourrait parler encore de la prise de Wissembourg, d'Haguenau, du château de Montbéliard, etc., etc. Mais ce qui Mt beaucoup plus surprenant qoe la gloire de ces conquêtes, aux youx de l'homme intelligent, c'est l'aberration de l'administration militaire française qui conservait ces trous avec le titre pompeux de places fortes. Parmi toutes les villes conquises, les seules qui méritassent le nom de places fortes étaient Paris, Metz, et — en seconde ligne, ^ Strasbourg et Belfort.
Belfort, ville peu importante par elle-même, où il n'y apasgrand'chose ^ prendre, dont la garnison n'était forte ni comme nombre ni comme ^^té, ne pouvait acquérir d'importance stratégique que par une
siluaiion militaire particulière qui permetUiit de tirer parti de ws forts détachés. ( elte dernière circonstaDce restait da reste toajoarsdiffifiU, parce que Belfort ne se trouve pas sur une riYière de quelque importance. Dans la situation créée en i870, une attaque sérieuse de Belfott n'était indiquée que parce que les gouvememeats allemands .étaieat décidés à réunir k T Allemagne l'Alsace et la Lorraine allemande,— i les réunir « de nouveau », comme disaient leurs professeurs d'histoin. Il fallait donc prendre Belfort^ qui est la place le plus impcurlante è la haute Alsace. Cette petite place a résisté pendant on mois et deoii, et elle pouvait encore tenir un mois de plus, quand TarmistioesurTiDl
Strasbourg manque des conditions indispensables à une place forte moderne et, même comme «place ancienne», elle est loin d'être e modèle, car sa forme l'expose affreusement au feu de Tartillerie esnemie, ainsi que l'événement l'a prouvé. Strasbourg a tenu cepend^fit sept semaines en immobilisant des forces importantes de l'ennemi.
Il y avait autour de Metz une nombreuse armée française. Metz i succombé devant la faim et la politique du maréchal Bazaine, apits avoir maintenu pendant environ onze semaines une forte armée allemande. Cette armée n'attaqua pas sérieusement la place. Elle se contenta de la bloquer^ certaine qu'elle était que la faim la forcerait de se rendre. L*acquisition de Metz par l'Allemagne était résolue dès le mois de septembre 1870. L'ekpérience de Strasbourg suffisait pour détoanier d'un bombardement qui^ du reste, aurait été beaucoup plus difficile à cause des forts détachés. Le prince Frédéric-Charles se réjouit devoir que l'armée de Bazaine terminait pour l'Allemagne les forts eacoie inachevés. Quel aveuglement régnait chez les gouvernants de la France! On s'était jeté dans cette guerre s:ms avoir rien préparé. Le mai^al Niel avait entrepris les constructions de Metz dans un but positif, il n'aurait certainement pas consenti à ce qu'on déclarât cette guerre a?aflt que le système de Metz fût achevé. Mais comme on en était encore loin 1 Nous avons visité Metz au mois de juin 4870, et nous sommes convaincu qu'après les grandes batailles du mois d'août, les Aiiemands pouvaient donner l'assaut à la gorge du fort PlappeTille avec toutes chances de succès. Ils y auraient certainement perdu beaucoup ée monde, Metz est tombé quand même ; mais si Plappeville avait éU pris le 23 août, comme nous venons de l'indiquer, Metz auraitsuccombé promptement ; la guerre prenait alors une autre tournure, et les daageis dont l'issue de cette guerre menace l'Europe entière, — menaces qai seront mieux comprises de jour en jour — auraient été détournés.
Paris a tenu pendant quatre mois et demi, et n'a succombé que par la faim. L'immense incapacité des hommes d'État qui ont pris ennuie les destinées de la France au mois de septembre 1870 et de mars iS71 a de nouveau livré Paris à l'état de siège après les préliminaires de paix ; et les chefs de l'armée allemande peuvent affirmer maintenaat sans conteste qu'ils ont trait<3 Paris avec beaucoup plus d'hamaailé
que les chambordiens^ les orléanistes et les républicains de divenes nnances qui, de Versailles, gouvernent la France.
On s'expUque que l'Allemagne ait rendu Paris, toute la population parisienne, et, s'il est possible, toute la France, responsables de la Commune, qui s'est établie le 18 mars 1871 sur les hauteurs de Montmartre, pour en descendre sur les boulevards et jusqu'à la Seine. Néanmoins ce jugement est absolument faux. Que Ton raconte aujourd'hui ce qu'on voudra, les Parisiens, par leur défense, ont fait de grandes choses, beaucoup plus grandes que le meilleur ami delà France — mais qui la connaît bien — ne pouvait l'espérer.
Les grandes places fortes de France ont généralement joué un rôle très-important. Si cela n'a pas amené cependant dos résultats militaires favorables, la cause en est dans la malheureuse organisation mil taire de la France, que l'Empire avait pris à tâche de rendre encore plus mauvaise. Une unique armée, trés-suflisante contre les Français^ mais non contre an étranger puissant, laquelle ne peut être renforcée que par rimprovisation^ et non par des moyens réguliers et en temps utile 1 Même pour celte improvisation, il n'est pris aucune mesure régulière 1 Si la France avait eu le système prussien ou seulement quelque chose de semblable au système des milices suisses, les deux ou trois mois que ses grandes places fortes ont pu tenir auraient sufli pour lui donner le temps et les moyens d'organiser une forte armée de secours de au moins un million de combattants. — Armée qui aurait eu une tout autre action que les millions de « mobilisés, » qui fournirent tout au plus 300,000 hommes de troupes mal formées, mal pourvues d'officiers et encore plus mal de matériel de campagne. — Beaucoup de gens se moquent aujourd'hui de la modeste Suisse ; ce sont surtout un certain nombre de ces Allemands, qui venaient dans ce pays faire parade de libénlisme, pour obtenir des places et le droit de ciié^ et qui, après les victoires des soldats allemands, ont oublié complètement leur passé pour se prosterner devant la nouvelle majesté impériale et royale, habeant iiln. S'il est des Suisses qui se prosiement aussi pour fa ire chorus avec cotte classe, habeant nbi. La Suisse est un petit pay.^, et elle sait très-bien que, si elle n'a pas d'alliés, au moment du danger, elle succombera sous les attaques d'une puissance européenne. Mais elle se défendra jusqu'à la mort. — Quant à la valeur de son système militaire, nous appellerons Tattention sur un point qui n'est peut-être pas assez connu. Le côté faible de son système de milices, c'est la cavalerie. Malgré cela, si la Suisse était aussi grande que la France, elle mettrait en campagne, avec son système de milices, plus de cavaliers que n'en avait le second Empire en 1870.
En présence des malheurs causés par la fortification d'une ville telle qne Paris, les journaux aliemanils, officiels et officieux, ont, à plusieurs reprises, conseillé aux Français de raser sans tarder les ouvrages de leur capitale Bien que les chefs politiques actuels de bi France soient
de singulières gens el montrent fort peu de clairvoyance, note pensons néanmoins qu'ils ne suivront pas sans réflexions le conseil de bpre^ officielle et officieuse allemande., et qu'au contraire, s'il leur reste un peu de raison, ils perfectionneront de .leur mieux les fortifications d^ Paris, ils abandonneront les places fortes inutiles, et ils établiront entre le système des places fortes et le système militaire de la France cetie harmonie qui rend les places fortes utiles, qui permet que les y'û\>i fortifiées qui se défendent bravement pendant des mois entiers paissent être débloquées, et le soient vraisepiblablement pendant qu'elles peovent encore tenir.
On a souvent fait des comparaisons entre les officiers d'état-mijor
rançais et ceux allemands, surtout depuis la publication descApocrypha Stoffelii ». Nous croyons, d'après notre propre expérience, qu'il y a dans le corps d'état-major français des officiers aussi insinuts qiK dans Tétat-major allemand.
Un très-grand avantage de l'état-major allemand, c'est que lesoffi* ciers qui le composent sortent de la troupe et ne se confondent \^ avec les aides de camp. Nous savons pourtant qu'il est très-difficile i des gens même intelligents de reconnaître cet avantage, et qu'ils i« figurent que tout est pour le mieux, pourvu que, dans un cas donné, on mette chacun à sa place. — Or, en agissant ainsi, il arrive naturellement qu'en croyant mettre chacun à sa place, on fait tout le contraire. Ce changement de places doit justement faire condamner ce système par Tobservateur impartial.
En France, les officiers d'état*major ne sortent pas de la troupe. & sortent de TËcole polytechnique ou de Saint-Cyr, passent par l'£col< d'état-major, d'où ils sont ensuite envoyés pendant deux ans dans la cavalerie, deux autres années dans l'infanterie et, dans ces deroiei) temps, un an dans un régiment d'artillerie. Dans ces régiments, ces officiers font très-peu le véritable service de troupe. A la fin de ce stage, ils rentrent immédiatement dans l'état-major comme capitaines et, malheureusement, presque toujours comme aides de camp de généraux.
On peut être charmant, bien élevé, avoir l'usage du monde, et remplir k merveille les fonctions d'aide de camp d'un général, en apû^ soin des menus plaisirs de ce dernier, sans avoir la moindre disposiiioû à être un oflicier d'état-major dans le sens propre du mot. Ilestcepeadani tout naturel que les généraux qui ont eu pour aides de camp ^ jeunes officiers d'état-major, et en ont été satisfaits, les entraînent on les poussent à de plus hautes positions de fétat-major général qn'its peuvent être incapables d'occuper.
Il n'existe pas en France de chef, de tête de rétat-major, comme cela a lieu en Prusse dans le grand état>major général. Le comité d étatmajor n'occupe pas cette situation-là. On pourrait voir toutefois dai^ le Dépôt delà guerre un équivalent du grand état-major prussien. Mais
î 1 s*en faut de beaucoup qu'on y travaille avec lo mftme ordre qu*au grrand état-major prussien. Soùs le second Empire, tout s*était un peu gâté ; les heures de bureau des officiers employés à Paris dans les din'érentcs administrations étaient plus limitées^ de midi à 4 heures par exemple. Il est vrai que les officiers trôs-laborieuk y gagnaient du lemps pour leurs études particulières, mais la vie de Paris a tant d*attrais pour de jeunes officiers que beaucoup employaient leur temps cl*ane manière plus utile, c'est-à-dire plus agréable, qu'à étudier les sciences.
Par suite du manque d'une juste répartition, ainsi que d'une concentration nécessaire du travail, on peut dire que sauf quelques exceptions, le travail était trop académique au Dépôt de la guerre.
On y rassemblait beaucoup de matériaux précieux, mais ils n'étaient pas ordonnés, élaborés, concentrés de manière à être prêts instantanément pour un emploi pratique, et à devenir en qnelque sorte une propriété de l'armée entière, comme cela avait lien en Prusse.
C'est dans ces circonstances, mais non dans un manque d'instmctjon des officiers du corps, que nous voyons une infériorité réelle de l'état-major français vi8-à*vis de Tétat-major prussien ou allemand.