VI. — Préliminaires de paix
Le 19 février, l'Assemblée nationale de Bordeaux nomma une commission de IS membres. Cette commission devait accompagner à Versailles SIM. Thiers et Jules Favre* chargés de traiter avec Bismarck des préliminaires de paix ; elle resterait en rapports continuels avec les négociateurs, de manière à suivre les négociations, à en reconnaître les
difficultés, et à pouvoir ensuite appuyer Thîers et Jules Favre, lorsque ceux-ci viendraient rendre compte h Y Assemblée du résultat de leurs efforts.
Le 21 février, les négociateurs français se réunirent & Versailles avec Bismarck. Le chancelier, de son côté, avait convoqué les représentants des gouvernements de TAllemagne du sud qui devaient signer les préliminaires de paix ; c'étaient pour la Bavière, le ministre d*Etat comte Gray ; pour le Wurtemberg, le ministre des affaires étrangères baron Waechter, auquel se joignit, en outre, le ministre de la justice de Mittnacht ; pour Bade, le ministre d'Etat, M. JoUy.
IjC 22 février, l'armistice fut prolongé jusqu'au 26 à minuit. Les préliminaires de paix furent ensuite signés le 26. Nous en donnons la teneur.
Art. !•'. La France renonce en faveur de l'Empire allemand à tous ses droits et titres^sur les territoires situés à l'est de la frontière ci-après désignée :
« La ligne de démarcation commence à la frontière nordouest du canton de Cattenom, près du grand duché de Luxembourg, suit vers le sud les frontières occidentales des cantons de Cattenom et de Thionville, traverse le canton de Briey , en longeant les frontières occidentales des communes de Montois-la-Montagne et de Roncourt, ainsi que les frontières orientales des communes de Sainte - Marie - aux - Chênes, Saint-Ail et HablonvîUe, atteint la frontière du canton de Gorze, qu'elle traverse le long des frontières communales de Vion ville, de Bouxières et d'Onville, suit la frontière sud-ouest et sud de l'arrondissement de Metz, la frontière occidentale de l'arrondissement de Château-Salins jusqu'à la commune de Pettoncourt, dont elle embrasse les frontières occidentale et méridionale , pour suivre la crête des montagnes entre la Seille et le Moncel jusqu'à la frontière de l'arrondissement de Sarrebourg au sud de la Garde. La démarcation coïncide ensuite avec la frontière de cet arrondissement jusqu'à la commune de Tanconville, dont elle atteint la frontière au nord ; de là, elle suit la crête
des montagnes, entre les sources de la Sarre-Blanche et de la Yezouze jusqu'à la frontière du canton 'de Schirmeck, longe la frontière occidentale de ce canton, embrasse les communes de Saales, Bourg-Bruche, Colroy-la-Roche , Plaine, Ranrupt, Saulxures et Saint-Blaîso-la-Roche, du canton de Saales, et coïncide avec la frontière occidentale des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin jusqu'au canton de Belfort, dont elle quitte la frontière méridionale non loin de Vourvenans, pour traverser le canton de Délie, aux limites méridionales des communes de Bourogne et de Froide-Fontaine et atteindre la frontière suisse, en longeant les frontières orientales des communes de Jondiery et de Délie.
« L'Empire allemand possédera ces territoires à perpétuité, en toute souveraineté et propriété. Une conunission internationale, composée de représentants des hautes parties contractantes, en noigbre égal des deux côtés, sera chargée, immédiatement après réchange des ratifications du présent traité, d'exécuter sur le terrain le tracé de la nouvelle frontière, conformément aux stipulations précédentes.
« Cette commission présidera au partage des biens-Jbnds et capitaux qui jusqu'ici ont appartenu à des districts ou des communes séparés par la nouvelle frontière ; en cas de désaccord sur le tracé et les mises à exécution, les membre> de la commission en référeront à leur gouvernement respectif.
« La frontière telle qu'elle vient d'être décrite, se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte du territoire formant le gouvernement général d'Alsace, publiée à Berlin en septembre 1870, par la division géiv graphique et statistique de Tétat-major général, et dont un exemplaire sera joint à chacune des deux expéditions du présent traité.
« Toutefois, le tracé indiqué a subi les modiOcatîons suivantes de l'œuvre des deux parties contractantes : dans l'ancien département de la Moselle, les villages de Marie-aux-
Chênes, près de Saint-Privat-la-Montagne, et de Vionville, à l'ouest de RezonviUe, seront cédés à rÂllemagne. Par contre, la ville et les fortifications de Belfort resteront à la France avec un rayon qui sera déterminé ultérieurement.
« 2.-^La France paiera à S. M. TEmpereur d'Allemagne la somme de cinq milliards de francs.
(( Le paiement de au moins un milliard de francs aura lieu dans le courant de Tannée 1871, et celui de tout le reste de la dette dans un espace de trois années à partir de la ratification du présent traité.
« 3. — L'évacuation des territoires occupés par les troupes allemandes commencera après la ratification du présent traité par l'Assemblée nationale siégeant à Bordeaux.
tt Immédiatement après cette ratification, les troupes allemandes quitteront Tintérieur de la ville de Paris, ainsi que les forts situés sur la rive gauche de la Seine ; et dans le plus br^ délai possible, fixé par une entente entre les autorités militaires des deux pays, elles évacueront entièrement les départements du Calvados, de TOrne, de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, du Loiret, de Loir-et-Cher, d'Indre-et- Loire, de l'Yonne, et, déplus, les départements de la Seine- Iiiférieure, de l'Eure, de îSeine-etr-Oise, de Seine-et-Marne, de l'Aube et de la Côte-d'Or, jusqu'à la rive gauche de la Seine.
« Les troupes françaises se retireront en même temps derrière la Loire, qu'elles ne pourront dépasser avant la signature du traité de paix définitif. Sont exceptées de cette disposition la garnison de Paris, dont le nombre ne pourra pas dépasser quarante mille hommes, et les garnisons indispensables à la sûreté des places fortes.
« L'évacuation des départements situés entre la rive droite de la Seine et les frontières de l'Est par les troupes allemandes, s'opérera graduellement après la ratification du traité de paix définitif et le paiement du premier demi-milliard de la contribution stipulée par l'art. 2, en conunençant par les départements les plus rapprochés de Paris, et se continuera au fur et à mesure que les versements de
la contribution seront effectués ; après le premier versement d'un demi-milliard, cette évacuation aura lieu àans les départements suivants : Somme, Oise, et les parties des départements de la Seine-Inférieure, Seine-et-Oise, Seineet-Marne, situées sur la rive droite de la Seine, ainsi que la partie du département de la Seine et les forts situés sur la rive droite.
« Après le paiement de deux milliards, l'occupation allemande ne comprendra plus que les départements de la Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que la forteresse de Belforl avec son territoire, qui serviront de gage pour les trois milliards restants, et où le nombre des troupes allemandes ne dépassera pas cinquante mille hommes.
« S. M. TEmpereur sera disposé à substituer à lagaraDtie territoriale, consistant en Toccupation partielle du territoire français, une garantie financière, si elle est offerte par le Gouvernement français dans des conditions reconnues suffisantes par S. M. l'Empereur et roi pour les intérêts dp l'Allemagne. Les trois milliards, dont l'acquittement aun été différé, porteront intérêt à cinq pour cent à partir delà ratification de la présente convention.
« 4. — Les troupes allemandes s'abstiendront de fairedei^ réquisitions soit en argent, soit en nature, dans les dépa^ tements occupés. Par contre, l'alimentation des troupes allemandes qui restent en France aura lieu aux frais du gouvernement français dans la mesure convenue avec rinteiidance militaire allemande.
« 8. — Les intérêts des habitants des territoires cédés pa/ la France , en tout ce qui concerne leur commerce et leur? droits civils , seront réglés aussi favorablement que po^ sible, lorsque seront arrêtées les conditions de la paix définitive.
« Il sera fixé, à cet effet, un espace de temps pendant lequel ils jouiront de facilités particulières pour la circulation de leurs produits. Le gouvernement allemand n'opposera aucun obstacle à la libre émigration des habitants d^
rritoîres cédés, et ne pourra prendre contre eux aucune esure atteignant leurs personnes ou leurs propriétés. « 6. — Les prisonniers de guerre qui n'auront pas déjà é mis en liberté par voie d'échange seront rendus imméatement après la ratification des présents préliminaires, fin d'accélérer le transport des prisonniers français, le 3uvemement français mettra à la disposition des autorités llemandes, à l'intérieur du territoire allemand, une partie u matériel roulant de ses chemins de fer, dans une mesure ui sera déterminée par des arrangements spéciaux et aux rix payés en France par le gouvernement français pour les ransports militaires.
((7. — L'ouverture des négociations pour le traité de laix définitif à conclure sur la base des présents prélimilaires aura lieu à Bruxelles* immédiatement après la ratiication de ces derniers par l'Assemblée nationale et par ^. M. l'Empereur d'Allemagne.
tt 8. — Après la conclusion et la ratification du traité de )ah définitif, l'administration des départements devant mcore rester occupés par les troupes allemandes sera renise aux autorités françaises ; mais ces dernières seront enues de se conformer aux ordres que les commandants les troupes allemandes croiraient devoir donner dans l'inérèt de la sûreté, de l'entretien et de la distribution des '.roupes.
« Dans les départements occupés, la perception des impôts après la ratiiScation du présent traité s'opérera pour le compte du gouvernement firançais et par le moyen de ses îmployés.
« 9. — n est bien entendu que les présentes ne peuvent lonner à l'autorité militaire allemande aucun droit sur les parties du territoire qu'elles n'occupent point actuellement.
« iO. — Les présentes seront immédiatement soumises Ua ratification de l'Assemblée nationale française siégeant i Bordeaux et de S. M. l'Empereur d'Allemagne. »
En même temps que les préliminaires de paix, on confit à Versailles une convention ayant trait h la prolonga-
tion de Tarmistioe et à rariicle 3 des préliminaires de pùi. Lavoici :
Art. !*'• ~ Afin de faciliter la ratification des prHiminaires de paix conclus aujourd'hui par les soussigiiés, l'armistice stipulé parles conventions du 28 jan?ier et du 13 février est prolongé jusqu'au 13 mars prochain*
2. — La prolongation de l'armistice ne s'applique pas à l'article 4 de la convention du 28 janvier, qui sera remplacé par la stipulation suivante, sur laquelle les soossigoés sont tombés d'accord.
La partie de la ville de Paris à l'intérieur de l'enceinle, comprise entre la Seine, la rue du Faubourg-Saint-4]onoré, l'avenue des Ternes, sera occupée par des troupes allemandes dont le nombre ne dépassera pas trente miiie honmies. Le mode d'occupation et les dispositions pour It^ logement des troupes allemandes dans cette partie de h ville seront réglés par une entente entre deux officiers supérieurs des deui armées, et l'accès en sera interdit wi\ troupes et aux gardes nationales armées pendant la dunt de l'occupation.
3« — Les troupes allemandes s'abstiradront à YB\mt de prélever des contributions en argent dans les territoire occupés. Les contributions de cette catégorie dont le nrmtant ne serait pas encore payé seront annulées de pifin droit ; celles qui seraient versées ultérieurement, par suite d'ignorance de la présente stipulation, devront être ran* boursées. Par contre, les autorités allemandes continue- { ront à prélever les impôts de l'Etat dans les territoires occupés.
4. — Les deux parties contractantes conserveront le droit de dénoncer l'armistiee à partir du 3 mars, selon iair convenance et avec un délai de trois jours pour la repn>4^ des hostilités s'il y avait lieu.
Fait et approuvé à Versailles le 26 février f871.
Quelques observations à propos de ces préfiminaires de paix ne semblent pas superflues.
Les points les plus importants sont l'annexion de TÂlsace et de la Lorraine allemande, et la contribution de cinq milliards.
Nous avons déjà dit très-humblement notre opinion sur cette annexion et son opportunité, et nous n'avons aucun motif pour modifier cette opinion. Qu'il nous soit permis seulement de parler de quelques illusions qui ont cours en Allemagne. L'opinion la plus généralement exprimée en Allemagne est que la paix de 1871 a fondé une longue ère de paix, et en outre, la liberté. Quelques personnes ont été plus loin, en affirmant qu'après avoir terminé sa lutte avec la France, l'Allemagne pourrait diminuer considérablement ses charges militaires.
La liberté ! c'est vraiment un beau mot 1 Mais, quoi qu'on fasse, l'Alsace et la Lorraine allemande n'auront pas de longtemps en Allemagne d'autre situation que celle d une terre sujette, d'une province conquise. Or l'histoire nous apprend , et on le comprend sans peine, que la liberté n'a jamais été florissante dans les pays qui acquéraient et gouvernaient de telles provinces. Si la liberté oystait avant la conquête de ces provinces, elle disparaissait ensuite ; si la liberté ne devait être obtenue qu'après la comquête, elle ne Tétait pas ou bien elle ne Tétait qu'à la suite de troubles sanglants. — Quant à nous, nous ne pensons pas que les « Allemands, » qui voulaient faire leurs ilotes des Lorrains et des Alsaciens, aient le droit de demander des concessions libérales au nouvel empereur allemand, dont l'élévation sur le pavois a cependant eu lieu avec acclamation par le moyen des princes souverains et des bourgmestres des villfes libres de l'Allemagne.
« La liberté n'existe que dans le pays des songes. »
Parlons maintenant de la paix.
Les chefs de la politique française déclaraient encore au ïûoisde novembre 1870 que la paix, avec une cession de sterritoire, était impossible et honteuse. Cependant ces Oiômes hommes ont accepté la paix le 26 février 1871.
Peut-on admettre que leurs idées aient complètement changé pendant ce court espace de temps ? Assurément non. Il§ acceptaient à la fin de février la paix qu'ils avaient repoussée au commencement de novembre, parce qu'ils s'étaient enfin convaincus qu'une plus longue résistance militaire ne pouvait faire espérer le succès. La Reservatio mentalis que chacun se fit dans toute la France au mois de février, ce fiit qu'on attendrait des temps meilleurs et qu'on travsdUerait de toutes ses forces à les préparer, pour reconquérir au moment favorable l'Alsace et la Lorraine. Belles espérances de paix I
n est certain qu'il faudra des années avant que la France puisse songer à se mesurer seule avec l'Allemagne ; mais nous prouverons cependant que les Allemands calculent sur une trop longue durée de la paix imposée à la France. El puis la France sera-t-elle nécessairement seule ? Nous croyons parfaitement aux intentions pacifiques des gouvernements et du Reicbstag allemands. Cependant ce dernier s'est prononcé clairement à la fin de mars contre la « reconquête » du Milanais, de Naples et de Palerme, et contre l'alliance temporelle avec le pape. En mettant de côté toute intervention, il reste encore un grand nombre de points qui peuvent élre des causes de guerre dans différentes directions. A l'occasion de la discussion de l'adresse, on a beaucoup parlé au Reicbstag allemand de « l'unité reconstituée » de l'Allemagne.
Comment cela sera-t-il compris hors de l'Allemagne? On s'y demande si le grand duché d'Autriche, le Tyrol allemand, la Styrie, des portions considérables de la Bohème et de la Moravie, et d'autres pays encore où l'on parie allemand, n'appartiennent pas beaucoup plus à l'Allemagne que l'Alsace et la Lorraine allemande. On est donc sur ses gardes.
Ce qui frappe aussi l'étranger et augmente les inquiétudes, c'est de voir si arrogants et si provoquants après 1870 les gens qui donnent le ton en Allemagne, et qui se mon-
traient si modestes (terme poli) avant 1870 comme avant 1866*
Les gens qui dirigent aujourd'hui les destinées de rAliemagne sont très-habiles et se montrent fort peu disposés à faire des entreprises injustes ; mais les hommes changent, et différents indices font croire que, lors d'un changement, les gouvernants pourraient fort bien ne pas avoir la même prudence et une aussi sage modération.
Une guerre de coalition contre l'Allemagne ne serait donc pas impossible et, dans ce cas, la France aurait à jouer un rôle important beaucoup plus tôt qu'on ne pense. Nous savons qu'on va répondre à cela : les forces militaires de l'Allemagne peuvent tenir tète au monde entier. C'est possible ; nous ne voulons pas le contester. Toutefois cela ne veut pas dire que lIAUemagne ait devant elle une longue période de paix.
Une diminution des charges militaires de l'Allemagne par suite de la paix est une chimère. En toute circonstance, il est logiquement impossible, avec un des systèmes militaires actuels, que le budget qui lui est affecté diminue, qu'il reste même stationnaire et n'augmente pas, mais la nécessité de contenir une province conquise et mécontente et de se garder doublement en Europe ne sont pas pour l'Allemagne des causes qui modifient la règle générale. U peut se faire que la contribution de guerre imposée à la France fasse passer inaperçue pendant quelques années l'augmentation du budget militaire allemand, mais cette augmentation n'en est que plus certaine ensuite, et cela avant peu, parce que l'emploi de cette contribution de guerre éveillera probablement diverses cupidités militaires, qui dureront longtemps et ne disparaîtront pas avec le dernier écu de la contribution.
On a très-diversement apprécié cette contribution de guerre de cinq milliards de francs; les uns l'ont déclarée exorbitante, les autres beaucoup trop faible. On raconte même que Bismarck avait d'abord demandé six milliards et qu'il n'était revenu au chiffre de cinq milliards que sur les
observations de l'Angleterre, et en considération des dépenses considérables qu'occasionnerait à la France la nourrirture des troupes allemandes sur son propre territoire pendant plusieurs années.
Cherchons les éléments qui nous permettront d'asseoir sur ce point notre jugement.
Il est probable que tout l'or et l'argent monnayé qui existe actuellement en France ne dépasse pas beaucoup la valeur de 10 milliards. Si l'on n'envisage que ce côté de la question, on trouvera exorbitante la contrihution qui atteint à la moitié de cette somme. Mais l'argent comptant a, comme les humaijis — sauf d'heureuses exceptions — une tendance continuelle à s'instruire à ses dépens. Il n'est donc pas dit que l'argent qui passe de France en Allemagne, sous forme de contribution de guerre^ ne reviendra pas bientôt dans la première de ces contrées. La chose va dépendre en grande partie des dispositions que prendront les Français pour le commerce international. Ce qui se passe actuellement à ce sujet ne donne pas pour la France de grandes espérances, mais les choses peuvent changer avant qu'il soit longtemps.
Pour ce qui est de la richesse nationale de la France, nous l'avons entendu évaluer avant la guerre à 140 et même à 150 milliards.
La valeur du sol, terres labourables, prairies, bois, travaux de montagnes, routes et bâtiments de toute sorte était déjà estimée à 84 milliards en 18S1. Or, comme la petite propriété foncière a considérablement augmenté de valeur, et que le réseau des routes s'est énormément étendu depuis 1851, — en 1870, les chemins de fer et les télégraphes électriques représentaient à eux seuls un capital de 7 milliards, — on peut évaluer la valeur du sol à 100 milliards au moins en 1870.
Le capital industriel : argent comptant, papier monnaie, actions, change, etc. , est de au moins 30 miliiards.
Les approvisionnements en vivres de toute sorte, en fers,
cbarbons, machines, instrameuts peuvent être évalués de 15 à 20 milliards.
Les 5 milliards de la contribution de guerre ne seraient donc que la trentième partie du capital national de 150 milliards et, à ce point de vue, la perte serait relativement lé^ gère, pourvu que la France revienne après la paix au repos intérieur et au travail.
En 1866, la Prusse se fit payer par tous ses adversaires une contribution de guerre d'environ 173millions de francs. Eln 1870, l'AUemagne mit en campagne à peu près le double d'hommes que la Prusse en 1 866, et Tétat de guerre dura en 1870-71 environ six fois plus longtemps qu'en 1866. D'après cette proportion, l'Allemagne aurait dû demander à la France en 1871 deux milliards de francs en nombres ronds^ et^ sous ce rapport, les cinq milliards semblent de nouveau exorbitants.
Nous pouvons maintenant nous demander quel sera l'emploi de ces cinq milliards.
Us doivent servir d'abord à couvrir les frais de la guerre et, d'après notre calcul de tout à l'heure, il faudra pour cela environ deux milliards. La contribution de guerre doit servir en outre à donner des pensions aux nombreux soldats estropiés, ainsi qu'aux veuves et aux enfants de ceux qtit sont morts. En comptant pour cela 600 millions nous serons très-généreux. — On voudra ensuite remplir le trésor d'Etat allemand, soit encore 200 millions. En outre, rAllemagne a mis en avant la théorie suivante : la France recommencera bientôt la guerre et, si elle recommence, nous voulons au moins faire la guerre dans les meilleures conditions possibles. Pour cela, il est nécessaire de changer de nouveau l'armement allemand, au moins celui de l'infanterie, de transformer le système des places fortes, de comi^ter la flotte (or, les vaisseaux cuirassés sont un article coûteux puisqu'un seul de ces monstres revient facilement aujourd'hui à 12 millions de francs). Il est difficile de dire au juste ce qu'on demandera pour tout cela ; les caleols seront plus ou moins laissés à la fantaisie, et peu-
vent tout aussi bien s'élever à 100 millions qu'à un milliard de francs. Nous arrivons ainsi presqu'au quatrième milliard.
n ne restera donc pas beaucoup plus d'un milliard pour le capital ténébreux des cupidités.
C'est à ce capital que vont prétendre les Allemands chassés de France par suite de la guerre, les armateurs allemands qui ont vraiment perdu quelque chose à la guerre, et ceux qui songent à profiter du malheur général pour faire une bonne affaire. — H y a même des gens qui songent à se faire rembourser les contributions de guerre payées à la France de 1806 à 1813, bien que la chose ait dû être réglée par les traités de paix de 1814 et de 1815.
Enfin on demandera des dotations. D'après les bruits qui courent, on ne paiera point cette fois de grosses dotations à quelques généraux haut placés, mais on donnera à tous les officiers des gratifications, variables en raison du grade, mais d'une importance modérée, même pour les grades les plus élevés. D faut également songer à donner de l'avancement aux grades inférieurs et trouver par suite de quoi donner des pensions suffisantes aux anciens officiers qu'on renverra chez eux pour faire place aux jeunes.
Après avoir ainsi considéré la contribution de cinq milliards, nous trouvons que :
1* Elle est certainement grosse et lourde ;
2* Elle ne saurait ruiner la France ;
3** A quoi servira-t-elle au peuple allemand ? Ce point est encore indécis.
Dès que les conditions des préliminaires de paix furent connues en France, on s'occupa activement des deux questions suivantes :
1" Fautr-il payer le plus rapidement ou le plus lentement possible la contribution de guerre?
2* Comment et par qui en sera fourni le montant?
Les enragés du radicalisme, qui ne voulaient pas encore reconnaître la fausseté de leur principe de la guerre à
outrance, parlaient de différer le paiement parce qu'on ne pouvait pas savoir si la France n'aurait pas dans un court délai des chances favorables pour recommencer la guerre.
Les gens sensés penchaient pour payer le plus tôt possible et, parmi ces gens sensés, il ne manquait pas de radicaux et môme de républicains rouges. Ds disaient que tant que les Allemands seraient sur le sol français, il ne pouvait pas être question, dans les départements occupés, de la reprise des affaires ; que l'occupation coûtait nécessairement beaucoup d'argent, et d'autant plus qu'elle se prolongerait davantage ; qu'elle occasionnerait nécessairement des conflits qu'il serait préférable d'éviter ; que le chômage de l'industrie française et l'augmentation des charges des habitants seraient les conséquences assurées du retard du paiement, c'est-à-dire de la prolongation de l'occupation par les troupes allemandes de parties importantes de la France.
La grande majorité des Français pensait donc qu'il fallait payer les cinq mÛliards le plus tôt possible pour se débarrasser des Allemands. Personne ne pouvait le trouver mauvais, même en Allemagne, car les troupes étrangères sont toujours des hôtes incommodes.
Mais comment trouver rapidement cinq milliards?
Le moyen le plus simple était un emprunt. Les emprunts avaient toujours réussi en France dans ces dernières années et il y avait eu des excédants de souscription incroyables. En serait-il ainsi cette fois ? Cela dépendrait de ce que ferait la France, si elle songeait d'abord au calme et se groupait autour du gouvernement républicain, pour faire naître la confiance en sa durée. Malheureusement, il se montra bientôt à cet égard de très-mauvais indices : aux intrigues monarchiques dans l'Assemblée nationale s'opposèrent des intrigues socialistes à Paris et dans les autres grandes villes.
Après un emprunt, on proposa une souscription nationale et des dons à l'Etat. L'impulsion fut donnée par M. Crémieux qui souscrivit pour 100,000 francs. Si tous les propriétaires de grandes fortunes en France avaient
voulu faire des sacrifices semblables à celuî-là, îl est certain que la somme de cinq milliards eût été réunie sans grande difficulté. Mais on sait par expérience — et les raisons en sont assez connues — que ces souscriptions nationales ne donnent jamais que de minces résultats. «
D y avait des projets plus radicaux : réunir tout Tor et Targent non monnayé de France, lequel est assez inutile, ne sert qu'au luxe et peut fort bien être remplacé par des? métaux moins précieux, — c'est le cl^gé qui en aurait le plus souffert; — et ensuite la vente des biens de l'Etat. On comprenait surtout, parmi ces derniers, les châteaux el les parcs magnifiques qui n'avaient servi qu'à l'usage des dynasties. Maintenant que, dans l'idée des républicains, la France était assez heureuse pour n'avoir plus de roi ni d'empereur, ces propriétés étaient fort inutiles. Peut-être aussi que leur aliénation rendrait les divers prétendant* moins empressés à accepter le trône. D'après les calculs, la vente de. ces biens de luxe devait donner des somme? énormes, ce que nous ne sommes point en mesure de contrôler.
Les plus radicaux demandaient encore qu'on s'adressât pour avoir ces cinq milliards, à ceux qui portaient la faute de cette malheureuse guerre. Nous doutons que ce système eût rapporté grand'chose. Les coupables — le second empire bonapartiste et son entourage — avec leur devise : après nous le déluge 1 se sentaient depuis longtemps coupables et étaient comme l'oiseau sur la branche. Mais ne sait-on pas que la pie voleuse ne garde pas longtemps dans son bec l'anneau qu'elle a dérobé et se hâte de le porter dans une cachette sûre. Fabula docet.
B n'avait pas été question, dans les négociations de ra> misticedu 28 janvier, de l'entrée des Allemands dans Paris; au contraire. On commença cependant à en parler dans les négociations des préliminaires de paix du 26 février. Les négociateurs français ont affirmé qu'ils n'y avaient consenti que pour conserver Belfort à la France.
Le 28 février 1871, Thiers présenta à l'Assemblée natîo-
nale la loi sur racceptation des préliminaires de paix. Il insista pour qu'elle fût promptement votée, en considération surtout de la clause des préliminaires qui avait trait à l'entrée des Allemands à Paris. Il serait possible de l'éluder complètement si la loi était promptement votée. L'émotion ne permit pas à Thiers de lire lui-même les préliminaires de paix, et Barthélemy-Saint-Hilaire dut s'en charger. Dans les débats qui s'engagèrent ensuite, deux Corses osèrent élever la voix en faveur du second empire. Il en résulta que l'Assemblée nationale prit une résolution dans laquelle elle proclamait de nouveau et solennellement la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie. — Mais cette résolution ne pouvait satisfaire les républicains parce qu'elle ne se prononçait pas pour la République. A quoi sert, pensaient-ils, de mettre à la porte un empereur, si l'on a tout prêts devant la porte deux ou trois prétendants à la couronne.
Le !•' mars, les préliminaires de paix — la paix imposée — furent acceptés par l'Assemblée nationale de Bordeaux par 546 voix contre 107. Les députés qui avaient été élus dans les départements cédés à l'Allemagne sortirent alors de la salle et déposèrent leur mandat.
Que ces députés aient voté contre la paix, cela se comprend à merveille. Leui^vote était tout naturel, c'était une protestation contre la séparation de l'Alsace et de la Lorraine allemande, protestation qu'ils étaient en quelque sorte forcés de faire, tout en en comprenant l'inutilité à l'heure présente.
Mais ces députés ne furent pas seuls à voter contre les préliminaires de paix, beaucoup d'autres votèrent comme eux, la plupart; appartenant au parti radical. — On peut dire de ces derniers que leur opposition était à bon marché. Ils savaient fort bien qu'une grande majorité serait pour la paix. S'ils avaient voté eux-mêmes pour la paix, cela eût été plus patriotique et même plus habile, parce que cette paix aurait ainsi reçu davantage encore le cachet d'un malheur
inévitable que la France était obligée de subir — sous tontes réserves.
Cependant, confonnément à la convention du 26 février, sur la prolongation de l'armistice, 30,000 Allemands, du VI% du XI' corps et du IP corps bavarois, entrèrent dans Paris le 1*' mars par l'avenue de la Grande-Armée, TArcde-Triomphe et les Champs-Elysées, pour occuper la partie * de la ville indiquée par la convention et qui était complètement entourée de gardes nationaux pour empêcher dfé hommes armés de pénétrer dans le quartier occupé par k Allemands. Ces troupes d'occupation étaient sous les ordre du général Kamecke, qui avait été rappelé devant Paris m mois de décembre, pour reprendre sa position de chef à corps du génie. Ni l'empereur, ni le prince impérial d'Alkmagne n'entrèrent dans Paris.
Cette entrée dans Paris ne procurait en somme aux soldats allemands qu'une satisfaction fort médiocre. Dans le quartier ouvert aux Allemands par la convention, on nes^ serait jamais cru à Paris. Le peu de magasins qui se troi^ vent dans cette partie de la ville étaient presque tous fermé. Personne n'a dit que les vainqueurs aient été reçus avK joie, mais on ne s'accorde pas sur le nombre des curim qui se sont rendus dans le quartier allemand. L'opinion U plus générale est cependant qu'il y en eut fort peu.
D'après une convention spéciale, les soldats allemanè. sans armes et conduits par leurs officiers, devaient visiter l'Hôtel des Invalides et le Louvre. L'attitude das Parisieit! fit renoncer à la visite des Invalides, afin d'éviter des mflits regrettables. — Des détachements de soldats allemand? sans armes se rendirent au Louvre dont ils ne virent qu? les murailles.
Pour protéger contre le bombardement les œuvres d'art renfermées au Liouvre, on avait barricadé les fenêtres d« salles avec des sacs à terre : or, ces sacs n'étaient pas encore enlevés, de sorte que les salles du Louvre se trouvaient dans l'obscurité et qu'on ne pouvait rien voir des meneilles qu'elles contenaient.
On avait formé le projet de rdever au bout de quelques jours les troupes allemandes entrées dans Paris, afin que chaque soldat pût, s'il était possible, emporter en Allemagne le souvenir d'être entré en vainqueur dans la capitale de la France.
Mais on sut à Versailles, des le 2 mars, que l'Assemblée nationale avait ratifié les préliminaires de paix. D'après la convention, les troupes allemandes qui se trouvaient dans Paris reçurent l'ordre de l'évacuer, ce qui eut lieu le 3 mars dans la matinée, — et il n'entra plus dans la capitale de nouvelle série des vainqueurs allemands^
Le 10 mars, l'Assemblée nationale décida qu'elle se transporterait — non pas à Paris — mais à Versailles. La majorité de l'Assemblée avait même commencé par trouver que Versailles était beaucoup trop près de Paris, et elle aurait désiré une localité plus éloignée , mais elle se laissa entraîner par Thiers.
Au mois de janvier, on avait créé à Versailles un gouvernement générsd des départements français de l'Ouest occupés par les Allemands et qui n'appartenaient pas déjà aux gouvernements généraux de Nancy et de Reims, et c'était ie général Fabrice, ministre de la guerre du royaume de Saxe, qui en avait été chargé. L'empereur allemand supprima le S mars les gouvernements généraux de Nancy, de Reims et de Versailles, et il investit de l'autorité les chefs militaires allemands qui occupaient dans ces départements le rang le plus élevé. Le 12 mars, Versailles fut définitivement évacué par les troupes allemandes, et le 20, l'Assemblée nationale française put y tenir sa première séance.
Mais deux jours auparavant, le 18 mars, éclatait à Paris une révolution déplorable qui devait retarder beaucoup TcBuvre de la paix.
Au moment où les Allemands se disposaient à entrer dans Paris, des gardes nationaux, surtout ceux des quartiers du Nord, Montmartre, Belléville et la Villette, s'étaient emparés d'un grand nombre des canons qui se trouvaient
à Paris et les avaient traînés sur les hauteurs de ModVmartre. Là, ces canons furent ensuite gardés r^olièremeDl et Montmartre se fortifia contre la ville.
Le Gouvernement de Versailles prit d'abord la chose légèrement. Mais le 18 mars au matin, le général \iiKiy voulut r^rendre cette artillerie. Il trouva de la résistaDiy, pt des troupes de ligne passèrent inème du côté des inso gés. n y eut des scènes aSreuses. Le général Lecomtee^. le général Thomas, Tancien commandant de la garde nationale, furent massacrés par les insurgés.
Vinoy ramena ses troupes sur la rive gauche de laSem?, puis hors de la ville, pour les avoir mieux sous la main e: pour protéger le Gouvernement et T Assemblée nationale i Versailles. U laissa pième entre les mains des insurgés It^ forts du Sud.
Ceux-ci occupèrent THôtel de Ville, où leur gouTemi" ment s'installa sous le nom de Comité central de la gank nationale. Le 26 mars, des élections municipales eurent lieu dans tous les arrondissements, et il en sortit, so»?lr nom de la Commune, un nouveau gouvernement de Parî^ Comme non-seulement la bourgeoisie mais encore ïïû^ grande partie des ouvriers paisibles s'étaient abstenii^^ i^ voter, il ne sortit généralement de l'urne que des bominâ; appartenant au parti socialiste le plus avancé.
Ce que voulait le Comité central et, après lui; la Coi»mujie, ce n'était pas absolume^t simple.
La Commune se donna d'abord comme la représentata de la liberté conununale de Paris ; mais, en cette qualité^ elle devait en même temps représenter une chose qui s «^^ tendait au delà de la banlieue de Paris. — Lorsque lAs^ semblée nationale s'était réunie à Bordeaux, la désunion avait éclaté déjà entre les députés des villes et ceux de h campagne. Les premiers appelaient les derniers des dépuU^ ruraux, et le gouvernement de M. Thiers, ainsi que l'Ar semblée nationale, faisaient fort peu de chose pour écarter ce différend. La majorité de l'AsseBftblée nationale témoignait déjà le plus grand éloigneipent à concéder aux gran-
les villes la libre élection de leurs conseils municipaux, pii ne devait être accordée qu'à la campagne et aux villes le moins do 20,000 âmes. Cela souleva dans Paris et les grandes villes un mécontentement fort légitime. On se plaignit de roppression des grandes villes par les campagnes , — et c'est en cela que l'insurrection de Paris représentait non^rseulement Paris, mais toutes les grandes villes de France. — D en résulta une hostilité déclarée 3ntre la Commune de Paris et le gouvernement de Yer« ^ailles.
En outre, les grandes villes voulaient le maintien de la République, Cependant il était incontestable que les intri-» ;ues monarchistes jouaient un grand rôle à l'Assemblée nationale. M. Thiers lui-même ne parlait jamais d'une ma* Dière claire et précise de sa volonté de maintenir la République ; il faisait de la diplomatie, et il avait même des expressions très-maladroites, telles que celle-ci : la plupart des électeurs français semblent avoir donné à leurs députés un mandat monarchique. Cela était évidemment faux, ainsi que devaient le prouver les élections municipales générales au commencement de mai. Au mois de février, la grande majorité des électeurs avaient nommé leurs députés pour conclure la paix, mais non pour faire le bonheur de la France en lui redonnant une monarchie ; et cette Assem** blée nationale, que Thiers avait la maladresse d'appeler <( Souveraine » , n'avait pas du tout reçu la mission d'agir comme Constituante et de se considérer con»ne telle*
Tous ceux qui, en France comme à l'étranger, s'intére&« saient à ce beau pays, déploraient l'insurrection de Paris parce qu'ils comprenaient que le besoin le plus pressant de la France, c'était Je calme et la délivrance de l'occupation allemande. Pour en arriver là il fçdlait du crédit. Le crédit de la France était aussi grand, lors des préliminaires de paix, qu'on pouvait le désirer dans les circonstances présentes. Mais l'insurrection de Paris, en montrant par sa durée quelle était la faiblesse du gouvernement de M. Thiers, endommageait beaucoup le crédit français.
Tout en déplorant cette insurrection , il était cependant peu de personnes en Europe qui sympathisassent d'une ma^ nière absolue avec le Gouvernement de TAssemblée de Versailles, et qui condamnassent sans restrictions la Gdidmune de Paris, tant qu'elle ne demandait que le maintieE de la République et la liberté communale — dans les limites données par la nature du Gouvernement. Le paisible bourgeois de Paris souffrait le plus de cette situation, mak s'il eut, malgré cela, une attitude aussi passive devant résurrection, ce n'est pas seulement à cause de la timidité naturelle partout à cette classe, mais en outre à cause des bonnes choses qui se cachaient sous les demandes de h Commune, et de la défiance que faisait naître le doctrinal risme pourri des Versaillais.
n est vrai que les noms de la plupart des hommes qui composaient le gouvernement de la Commune firent prévoir aussitôt que ce gouvernement ferait des expériences socialistes, — et les circonstances dans lesquelles la Commune prit naissance ne laissaient aucun doute que son gouvernement ne dégénérât en un terrorisme plus ou moins mesuré.
La Commune devait au moins chercher à gagner autant que possible les classes qui ne possèdent rien. L'état de guerre qui recommençait pour Paris arrêtait le commerce et le travail salarié. Il devenait donc nécessaire que la Commune affranchit de loyers la partie pauvre de la population, qu'elle accordât de longs délais aux échéances des effets dp commerce, qu'elle donnât de grandes facilités à ceux que les circonstances avaient forcés de recourir au mont-de^ piété. Tout cela était ordonné par la nécessité. D fallait, en outre, que la Commune s'armât pour la guerre qu'elle déclarait à l'Assemblée de Versailles et que celle-ci lui déclarait. Elle avait à payer ses troupes ; elle devait continuer aux gardes nationaux la solde qu'ils avaient reçue pendant le blocus par les Allemands ; il fallait même augmenter cette solde pour la portion la plus utile de cette garde nationale. Il y avait à pourvoir aux besoins des familles des gardes na-
iooaux qui se faisaient tuer pour la Commune. Il fallait enin songer à l'approvisionnement de Paris.
Tout cela demandait beaucoup d'argent et surtout de 'argent comptant. On ne pouvait se procurer cet argent [uepar des réquisitions sur des établissements de toute iorte^ religieux surtout, et chez des particuliers qui avaient a réputation d'être riches ou de disposer des ressources l'autrui. Or ces réquisitions ne pouvaient avoir lieu sans lue la Commune se rapprochât de jour en jour davantage lu terrorisme et se jetât dans le communisme. Telle est a cause d'une foule de faits particuliers qui, envisagés iso« ément par la masse des hommes, devaient être condamnés )u ridiculisés : par exemple, la mise en suspicion des gens jui prennent une autorité ou une responsabilité, la destituion et l'emprisonnement de ces mêmes personnes, et par )uite un changement continuel dans la direction des affaires, — les accusations réciproques des membres de la ^mmune, les exagérations de toute nature pour et contre a Commune, l'animosité contre le clergé intrigant qui, »us le second Empire, avait gagné tant de terrain aux dépens de l'éducation du peuple.
I^ coquetteries du Gouvernement de Thiers avec le pape oe furent pa^ étrangères à cette animosité de la Commune contre le clergé.
Le 8 décembre 1869, un concile soi-disant cecuménique, convoqué par le pape Pie IX, s'était réuni à Rome. Il se composait en majorité d'évêques d'Orient qui, par leurs connaissances et leurs capacités, eussent été trouvés avec peine capables d'être prêtres dans les pays civilisés de TEu- ^pe. Cette majorité, obéissant au désir du pape, déclara, ^û juillet 1870, que Tinfaillibilité du pape serait dorénavant un dogme auquel tout catholique devrait croire sous peine d'excommunication. — Au mois de septembre, c'en était feit des protecteurs du pape. Napoléon III et Eugénie. Dès Çi'on n'en douta plus à la cour de Florence, cette brave ^ur n'hésita pas un instant à mordre à belles dents sur Rome. Après un semblant de lutte qui rappelle les combats
de condottieri du moyen âge décrits par Villanî, Rome fut occupée par l'armée italienne et les Etats de l'%lisc furent déclarés annexés. — Le procédé n'était ni grand ni onéreux,, mais le résultat : Rome rendue à l'Italie, satisfaisait tout homme sensé.
D est bien certain que la France avait maintenant antre chose à faire que de s'occuper des intérêts du pape. Cep^Rdant, on sentait qtte M. Thîers n'avait pas mis dé côté ?<:? anciennes idées sur les avantages qu'avait pour la Fnmce le morcellement de l'Italie, et s'il lui était actueDemenl inîpossible d'avoir recours à la force des armes pour rétablir-^ pouvoir temporel du pape, il montrait néanmoins qu'il en aurait bien envie. L'Italie se tenait donc sur ses garde?, et les velléités que trahissait le (îouvemement de Yersaille? ne la lui rendaient pas favorable.
Le Gouvernement de Versailles fiit également obligé i^ faire des armements, parce qu'il se convainquit bientôtqneb Commune de Paris déployait des forces beaucoup pla? Apportantes qu'il ne l'en supposait capable an début.
Mais, en cela, le Gouvernement de Versailles était fort limité, en première ligne, par les stipulations des pfélinûnaires de paix.
D'après elles, la République fran^se ne pouvait a^oir d'armée entre Paris et la Loire, et l'armée de Paris nei^ vait point dépasser 40,000 hommes. Cependant le Gouternement de Versailles avait besoin, pour combattre Paffe' d'avoir une armée entre Paris et la Loire, et une armée d? plus de 40,000 hommes. D demanda donc aux Allemaiî* l'autorisation de former cette armée, et les Allemandï? consentirenten raison des circonstances. En outre, les Allt^ mands pouvaient faciliter essentiellement la formation* cette armée en rendant le plus vite possible à la France te soldats qui étaient encore prisonniers de guerre en Allemagne. Cette fois encore, les Allemands montrèrent h meilleure volonté, et, si des temps d'arrêt survinrent dan? ce rapatriement, la faute n'en est point aux Allemands, mafe bien au Gouvernement de Versailles, qui souleva des diffi-
cultes très-înattendues dans les négociations dfc paix entamées à Bruxelles, et se trouva fort en retard dans le paiement de l'urgent destiné à Tentretien des trotlpes allemandes d occupation.
A la fin de mars, il s'engagea autour de Paris une lutté dont le récit militaire n'entre pas dans le cadre de ce livre, et dont nous ne parlons que parce que cela nous semble nécessaire ^our comprendre les événements politiques qui précédèrent la conclusion de la paix définitive.
On combattit d'abord sur la presqu'île de Nanterrô, sur la Seine à Courbevoîe et Asnières, et àNeuilly. Les troupes du Gouvernement ne gagnaient du terrdin que lentement sur celles de la Commune. L'acharnement des Français contre d'autres Français était plus grand que celui entre Français et Allemands dans la guerre précédente. Les troupes du Gôiivernement français endonmiagèrcnt beaucoup plus la ville de Paris et les monuments que leurs projectiles atteignirent, notamment l'Arc de triomphe, que ne l'avaient fait les Allemands.
Le maréchal de Mac-Mahon, qui s'était mis à Id disposition du Gouvernement de Versailles , fut nonmié paf M. Thiers, au mois d'avril, général en chef de l'armée de Versailles, et prépara aussitôt une attaque contre les forts du Sud et contre l'enceinte continue au Point-du-Jour.
Les troupes du Gouvernement ne faisaient pas de progrès rapides.
TII. — La paix dâûnitlve*
Les clauses des préliminaires de paix étaient si claires et entraient si avant dans les détails qu'oïl avait bien le droit de croire que la paix définitive suivrait de près les préliminîiires, puisqu'elle n'en pouvait être que la copie, et que les deux partis avaient le plus grand intérêt à rétablir la paix le plus tôt possible.'
Les deux Gouvernements semblèrent également pénètres de cette idée, puisqu'ils n'envoyèrent à Bruxelles, où devaient avoir lieu les négociations de paix, que des diplomates de second ordre : l'Allemagne, le comte d'Ârm]D;k France, le baron Baude.
La première conférence préparatoire eut lieu à Bruxelks le 27 mars.
Contrairement à ce qu'on était en droit d'attendre, te négociations se traînèrent sans résultat ; les Français éI^ vèrent des objections contre l'énormité de la contribution de guerre et le mode de paiement demandé ; ils firent méni^ des tentatives pour faire modifier la délimitation des territoires à céder à l'Allemagne. A la fin du mois d'avril, les négociations n'avaient pas fait un pas décisif, et le Gouvernement allemand délibérait déjà s'il ne serait pas opportun, dans les circonstances présentes, de reconunencer la guerre ou de s'y préparer sérieusement, en faisant occuper Pari? parles troupes allemandes, soit de vive force, soit au moyen d'une entente avec la Conunune, et en sommant ensuite le Gouvernement de Versailles de retirer ses troupes derrière la Loire, pour reprendre alors, dans ces nouvelles positions, les négociations de la paix définitive.
Mais, avant que le Gouvernement impérial allemand prît cette grave détermination, Bismarck, qui avait obtenu de l'empereur d'Allemagne le titre de prince, se rendit à Francfort-sur-le-Mein pour s'y rencontrer avec Jules Fa>Te, ministre des affaires étrangères, et Pouyer-Quertier, ministre des finances, afin d'essayer de s'entendre sur les points principaux qui avaient soulevé des différends, et en même temps pour obtenir des garanties plus certaines que celles des préliminaires de paix pour la conclusion définitive de la paix.
Bismarck n'avait pas supposé qu'il pourrait arriver en quelques jours à faire signer la paix définitive ; il pensait au contraire que la rédaction du traité de paix demanderait plus de temps et qu'elle pourrait être confiée à des agents subalternes.
Il trouva cependant les ministres français plus disposés qu'il ne l'espérait à se rendre à ses raisons. Ds comprirent le nouveau danger qui menacerait la France, si les Allemands venaient à douter de la force et du bon vouloir du Gouvernement de Versailles et se croyaient obligés de se procurer par la force de nouvelles garanties ; ils comprirent aussi que le Gouvernement français qui conclurait avec l'empire allemand la paix définitive acquerrait de la force par cela même, parce que les Français comprendraient que les Allemands ne voudraient ni ne pourraient négocier aussi facilement avec un autre gouvernement que celui-là sur l'exécution du traité de paix et les circonstances imprévues qui viendraient à se produire.
E arriva donc, que, dès le 10 mai, le chancelier impérial prince de Bismarck put signer avec MM. Jules Favre et Pouyer-Quertier une paix définitive dont les ratifications devaient être échangées le 20 mai.
Les conditions en étaient, comme on peut le supposer, plus dures que celles des préliminaires de paix, et plus dures qu'elles n'auraient été sans l'insurrection de Paris et les difficultés soulevées par les négociateurs de Bruxelles. Nous allons en faire l'examen le plus brièvement possible.
Art. l**. Le Gouvernement allemand est disposé à élargir considérablement le territoire alsacien autour de Belfort, lequel restera à la France, ainsi que cette place, pourvu que la France consente à une rectification de frontières du côté du Luxembourg, à l'ouest de Thionville,
D'après cela la France conservait autour de Belfort les cantons de Belfort, de Délie et de Giromagny, ainsi que la^ partie occidentale du canton de Fontaine ; par un article additionnel, elle conservait en outre, d'après une concession de Bismarck, les villages suivants : Rougemont, Levai, la Petite-Fontaine, Romagny, Félon, laChapelle-sous- Rougemont, Angeot, Vauthiermont,.la Rivière, la Grange, Reppe, Fontaine, Frais, Foussemagne, CuneUère, Montreux-le-Château, Bretagne, Chavannes-les-Grandes, Chavanatte et Siiarce.
La route de Gîromagny à Remiremont, passant au ballon d'Alsace, restait à la France et servait de limite en dehors du canton de Giromagny.
En revanche, TAllemagne demandait qu'au nord safrontière fût portée plus à l'ouest et figurée par une ligne partant delà frontière du Luxembourg entre Hussîgny et Redingen, laissant à la France les villages de Thiletde VÛlerupt, se prolongeant entre Errou ville et Aumetz, entre Beuvilliers et Boulange, entre Trieux et Lameringen, et joignant Tancietine ligne de frontière entre Avril et Moyeuvre.
n s'agissait simplement d'un échange de territoire. Les négociateurs français ne voulurent pas prendre sur eux de l'accepter, et Bismarck laissa la question à la décision de l'Assemblée nationale française, parce qu'elle ne pou\ail avoir pour l'Allemagne qu'une importance secondaire. L'Assemblée de Versailles accepta l'échange et, par suite, l'agrandissement de territoire autour de Belfort.
Les articles 2, 3 et 4 traitent du droit laissé aux habitants des provinces cédées à l'Allemagne de choisir leur nationalité ; de la remise des archives, caisses, etc., des provinces annexées.
L'article 8 établit que les deux nations jouiront d'un traitement égal en ce qui concerne la navigation sur la Moselle, le canal de la Marne au Rhin, le canal du Rhône au Rhin, le canal de la Sarre et les eaux navigables communiquant avec ces voies de navigation.
L'article 6 traite des nouvelles conditions S faire aux diverses églises des provinces cédées.
L'article 7 traite de le contribution de guerre et de l'évacuation progressive de la France par les troupes allemandes d'occupation (art. 2 et 3 des préliminaires de paix). C'est là que se montre l'accroissement des exigences allemande? et que les conditions deviennent plus dures.
Le paiement de SOO millions aura lieu dans les 30 joiii^ qui suivront le rétablissement de l'autorité du Gouverna ment français dans la ville de Paris. Un milliard sera pnjé dans le courant de l'année et un demi-milliard au V mai
1872. Les trois derniers milliards resteront payables au 2 mars 1874, ainsi qu'il a été stipulé par le traité de paix préliminaire. A partir du 2 mars de Tannée courante, les intérêts de ces trois milliards dé francs seront payés chaque année, le 3 mars, à raison de cinq pour cent par an.
Toute somme payée en avance sur les trois derniers milliards cessera de porter des intérêts à partir du jour du paiement effectué.
Tous les paiements ne pourront être faits que dans les principales villes de conamerce de T Allemagne, et seront effectués en métal, or ou argent* en billets de la Banque d'Angleterre, billets de la Banque de Prusse, billets de la Banque royale des Pays-Bas, billets de la Banque nationale de Belgique, en billets à ordre ou en lettres de change négociables, de premier ordre, valeur comptant.
Après le paiement du premier demi-milliard et la ratification du traité de paix définitif, les départements de la Somme, de la Seine-Inférieure et de TEure seront évacués, en tant qu'ils se trouveront encore occupés par les troupeâ allemandes.
L'évacuation des départements de TOise, de Seine-et- Oise, de Seine-et-Marne et de la Seine, ainsi que celle des forts de Paris, aura lieu aussitôt que le gouvernement allemand jugera le rétablissement de Tordre, tant en France qu'à Paris, suffisant pour assurer l'exécution des engagements contractés par la France.
Dans tous les cas, cette évacuation aura lieu lors du paiement du troisième demi-milliard.
Les stipulations du traité du 26 février relatives au paiement des trois derniers milliards resteront en vigueur. Aucune des déductions que le Gouvernement français serait en droit de faire ne pourra être exercée sur le paiement des cinq cents premiers millions.
Art. 8. Les troupes allemandes continueront à s'abstenir des réquisitions en nature et en argent dans les territoires occupés : cette obligation de leur part étant corrélative aux obligations contractées pour leur entretien par le
Gouvernement français ; dans le cas où ce gouvernement serait en retard d'exécuter lesdites obligations, les troupes allemandes auront le droit de se procurer ce qui sera nécessaire à leurs besoins en levant des impôts et des réquisitions.
Dès que l'effectif de l'armée allemande sera réduit audessous du chiffre de cinq cent mille hommes, il sera tenn compte des réductions opérées au-dessous de ce chiffre pour établir une diminution proportionnelle dans le prix d'entretien des troupes payé par le Gouvernement français.
Art. 9. Le traitement exceptionnel accordé maintenant aux produits des territoires cédés pour l'importation en France sera maintenu jusqu'à la fin d'août 187i.
L'article 10 dit que le Gouvernement allemand continuera à faire rentrer les prisonniers français. Il règle en même temps la force et l'emplacement de l'armée française à Paris et au nord de la Loire.
L'article 11 constate que les traités de commerce avec les différents Etats allemands ont été annulés par la guerre et qu'ils ne seront pas renouvelés. Il spécifie cependant que, dans les relations conmierciales avec la France, l'Allemagne ne serait pas traitée plus défavorablement que l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, l'Autriche et la Russie.
Néanmoins le Gouvernement français se réservait ledroit d'établir sur les navires allemands des droits de tonnage et de paviUon, sous la réserve que ces droits ne fussent pas plus élevés que ceux qui grèveraient les bâtiments et les cargaisons des nations sus-mentionnées.
Nous avons déjà dit ce que nous pensions de ce rétablissement des droits de douane. Ce que le second Empire avait fait de mieux, le Grouvernement de M. Thiers le supprimait tout d'abord.
L'article 12 réserve les droits de tous les Allemands expulsés de France depuis le 28 août 1870, — article aussi utile pour l'Allemagne que pour la France, car, sans cela,
on ne peut prévoir jusqu'où les Allemands expulsés auraient élevé leurs demandes d'indemnité.
L'article 13 renferme des dispositions relatives aux navires de commerce allemands capturés par la marine française et à leurs cargaisons.
Art. 14. Chacune des deux parties continuera sur son territoire les travaux de canalisation de la Moselle, de Frouard à Thionville, commencés en 1870.
Art. IS. Les hautes parties contractantes s'engagent mutuellement à étendre aux sujets respectifs les mesures qu'elles pourront juger utile d'adopter en faveur de ceux de leurs nationaux qui, par suite des événements de guerre, auraient été mis dans l'impossibilité d'arriver en temps utile à la sauvegarde ou à la conservation de leurs droits.
Art. 16. Les deux Gouvernements français et allemand s'engagent réciproquement à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respectifs.
Art. 17. Le règlement des points accessoires sur lesquels un accord doit être établi, en conséquence de ce traité et du traité préliminaire, sera l'objet de négociations ultérieures qui auront lieu à Francfort.
Art. 18. Les ratifications du présent traité seront échangées à F^rancfort dans le délai de 10 jours, ou plus tôt, si faire se peut.
Des articles additionnels également signés à Francfort le 10 mai prescrivaient le rachat par le Gouvernement français de la partie du chemin de fer de l'Est située en Alsace et en Lorraine. Le Gouvernement allemand se substituait ensuite au Gouvernement français, moyennant 32S millions, à déduire de la contribution de guerre.
Le 18 mai, l'Assemblée nationale de Versailles vota la paix définitive à une grande majorité, ainsi que l'échange de terrains proposé par Bismarck.
Le 20 mai, les ratifications furent échangées àFrancfortsur-le-Mein.
Le lendemain, les troupes du Gouvernement entrèrent à
- GftG —
Paris au sud et à l'ouest et se rendirent mattresses de la ville après plusieurs jours de combats de mes. — ^Des symptômes de décomposition de la Commune s'étaient déjà manifestés depuis longtemps ; nous voulons parler notammenl de la présence d'un certain nombre de noms polonais à la tête des insurgés, ce gui est un signe infaillible qu'une chose est près de sa perte ; — et, en outre, de la transformation de l'administration de la Commune en un pur système de destruction. La maison de M. Thiers sur la place Saint-Georges fut rasée au niveau du sol et la colonne Vendôme renversée.
Les défections faisaient fondre les combattants de la Commune, et U ne restait que les gens qui n'avaient aucune merci à attendre de leurs adversaires. Trop faibles numériquement pour pouvoir continuer h défendre les ouvrages de Paris, ces combattants vengèrent leurs défaites par des actes du vandalisme le plus insensé : les Tuileries, le Louvre, le Luxembourg, le Palais-Royal, l'Hôtel de Ville el d'autres merveilles de Paris furent réduits eu cendres.
La paix définitive du 10 mai est la conclusion fonpelle de la Guerre des Frontières du Rhin,
A quand la fin réelle de cette guerre ?
Chacun sent que ce grand malheur, causé par la foUe déclaration de guerre du 19 juillet 1870, pèsera sur l'Europe pendant bien des années; — et lorsque nous entodons formuler l'espérance de voir bientôt réconcilier les deux partis, quand le crédit français est si fort ébranlé, quand le Gouvernement français est si peu certain, il nous semble entendre des enfants sifiQer on passant près d'un cimetière.
Nous terminons notre récit en faisant des vœux pour que nos craintes soient vaines, et qu'un sort plus favorable que celui que nous prévoyons soit le partage de ces deux grandes nations et du monde entier.