‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871 (volume 2)Chapitre 4 sur 39 · GG · texte numérisé non relu

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allemands qui ne dépendent pas directement de la couronne des Habsbourg ; '

3* La Prusse s'agrandit par des annexions au nord de TAUemagne, — Hanovre, Hesse-Electorale , Nassau, SchleswigJIolstein ;

4° La Prusse forme une Confédération allemande du Nord dans laquelle entre le royaume de Saxe et qui s'étend jusqu'à la ligne du Meîn ;

5« Les Etats allemands du Sud : Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse-Darmstadt au sud du Meid| restent indépendants. Ils ont la liberté de former une Confédération du Sud qui pourra ensuite se mettre en rapport avec la Confédération du Nord.

La Prusse et l'Allemagne du Sud s'étaient fait la guerre en 4866, sans cesser de percevoir des droits Tune pour l'autre contre l'étranger à la frontière commune duZollverein. Ce fait caractéristique frappa l'étranger, mais il parut ^ si naturel aux Allemands qu'ils n'en firent même pas mention dans leurs querelles intestines. Ce phénomène remarquable prouve quels progrès le sentiment de la nationalité allemande avait faits depuis 1848.

Les anciens pays confédérés du Luxembourg et du Limbourg restaient en suspens, ainsi qu'une portion mal définie du nord du Schleswig qui était susceptible d'être restituée au royaume de Danemark.

Aussitôt après la paix de Prague, le travail politique de TAUemagne se concentra sur les points suivants :

Compléter l'agrandissement direct de la Prusse par des annexions au nord de l'Allemagne ;

Agrandir indirectement la Prusse par la formation de la Confédération allemande du Nord ;

Etablir des rapports satisfaisants avec les Etats du Sud de l'Allemagne ;

Régler la situation du Luxembourg-Limbourg et du nord du Schleswig.

Pour ce qui concerne ces deux derniers points, l'intervention de l'étranger était inévitable.

Les annexions directes de la Prusse s'accomplirent sans difficnllés le 24 janvier 1867. Ce jour-là, la Prusse, de 5,806 milles carrés 3/4 avec 19,308,000 habitants qu'elle a^ait au commencement de 1866, était pcfrtée à 6,39S milles carrés 1/2 avec 23,600,000 habitants.

La fondation de la Confédération du Nord se fit aussi bcilemeat. La plupart des Etats que la Prusse voulait y faire entrer avaient donné leur consentement à la fin d août 1866 ; ceux qui résistaient encore se soumirent bientét.

Les élections au Reichstag constituant de l'Allemagne du Nord purent avoir lieu le 12 février 1867. La constitution de la Confédération allemande du Nord fut promulguée en Prusse le 24 juin 1868. La rapidité avec laquelle ce travail fut terminé était due en grande partie à la querelle du Luxembourg dont nous avons parlé plus haut.

Les princes dépossédés n'étaient naturellement pas contents des annexions de la Prusse, et deux d'entre eux principalement, le roi Georges de Hanovre et le prince électeur de Hesse eurent une attitude si hostile contre la Prusse que cette puissance refusa de leur payer les indemnités qu'elle leur avait d'abord promises. Les deux princes avaient des partisans dans leurs Etats ; ceux du prince électeur de Hesse étaient en petit nombre, mais ceux du roi de Hanovre ou du moins du royaume guelfe étaient plus nombreux et plus violents.

Ds s'organisèrent même militairement et formèrent la < légion guelfe » dont nous allons dire quelques mots : A l'instigation d'officiers hanovriens, partisans déclarés du roi Georges dont la cour était à Hietzing, près de Vienne, un certain nombre de soldats hanovriens qui ne voulaient pas se soumettre au gouvernement prussien quittèrent le Hanovre dans l'automne de 1866 et se réfugièrent ea Hollande. La plupart de ces sécessionistes étaient de boDoe foi ennemis de la Prusse et croyaient fermement que Tordre de choses créé en Allemagne par la guerre de 1866 ae durerait pas longtemps. Ils ne se faisaient pas d'abord

une idée bien claire de la manière dont l'ancien ordre de choses pourrait être restauré. Cependant, ils se soumirent, en Hollande, à une sorte d'organisation militaire et, lorsque surgit la querelle du Luxembourg, au printemps de 1867, les choses prirent une forme mieux caractérisée. Des enrôlements formels pour la légion guelfe eurent lieu en Hanovre. On promettait aux gens des monceaux d'or qui séduisirent non-seulement d'anciens soldats et des partisans fidèles du roi Georges, mais aussi beaucoup de jeunes gens qui n'avaient jamais servi et voulaient se soustraire au servicemilitaire prussien, et en outre, quoique en petit nombre, de francs vauriens qui espéraient échapper d'une manière commode et a honorable » à la justice de leur pays en s'enrôlant dans la légion guelfe.

Le quartier général de ce corps se trouvait à Arnheim et l'organisation était à cette époque assez régulière. La légion devait bientôt ramener le roi Georges en Hanovre, à côté des Français victorieux.

Cependant les choses prirent une autre tournure, et les conférences de Londres terminèrent pacifiquement la querelle. Les autorités hollandaises, qui ne s'étaient pas inquiétées au début de la légion guelfe, furent alors obligées de lui consacrer une attention gênante.

Les chefs de la légion la retenaient par le proverbe que ce qui est différé n'est pas perdu, et par la crainte du militarisme prussien. Elle fut transportée en Suisse au milieu de 1867.

Les Hanovriens s'y conduisirent tranquillement. Les locaux qu'on avait loués pour eux offraient toute l'apparence de casernes. Les hommes n'avaient ni armes ni uniformes, mais ils étaient soumis à une discipline militaire qu'exerçaient avec beaucoup d'autorité de vieux sous-officiers. Les officiers surveillaient de très-haut. ,

Les Hanovriens quittèrent subitement la Suisse au commencement de février 1868. Le bruit courut, accrédité notamment par quelques-uns de leurs officiers, qu'ils étaient renvoyés par les autorités fédérales. Cela n'était pas vrai.

Seulement, la légion gaelfe était surveillée, ce qui était absolument indispensable puisque la Suisse, dont la neutralité est garantie par l'Europe, a, pour cette raison, contracté implicitement l'obligation de ne pas permettre qu'il se prépare sur son territoire une entreprise de nature à trembler la paix européenne.

Les Hanovriens passèrent en France avec des passeports autrichiens, ce qui fut cause d'un échange de notes diplomatiques.

Bien que l'empereur Napoléon ne songeât point alors à faire la guerre à l'Allemagne, la présence en France de la légion guelfe donnait aux Allemands le droit de faire des réflexions, et c'est sur ces entrefaites qu'eut lieu la confiscation de la fortune du roi Georges ou plutôt de l'indemmté que la Prusse lui avait accordée pour la perte de son rovaume.

A l'époque oîi la légion guelfe se réfugiait en France, le couple Tojdl de Hanovre célébrait, le 18 février 1868,1a cinquantaine de son mariage. De nombreux partisans du royaume guelfe se rendirent à Hietzing pour cette fête à laquelle on accorda beaucoup plus d'importance qu'elle n'en méritait réellement.

La légion guelfe, qui, à tout prendre, se composait de braves gens, se rendit très-utile en France en fournissant des travailleurs à l'agriculture à laquelle les hannetons causaient de grands dommages dans le nord-est de la France.

Un petit nombre de légionnaires profilèrent de l'amnistie que leur promettait la Prusse s'ils voulaient rentrer dans leur pays. Les autres pauvres diables étaient fort isolés, ils ne parlaient pas français, ne lisaient point de journaux allemands et se trouvaient à la merci du comité qui si^eait à Paris et dont Tftme était le major de During et M. de Meding. On leur disait que les légionnaires qui étaient rentrés en Hanovre avaient été poursuivis par les autorités prussiennes, malgré les promesses d'amnistie, et traités très-durement.

Lorsque les espérances d'une guerre prochaîne entre la Prusse et la France devinrent de plus en plus faibles à la fin de 1868, on se mit à parler dans le camp hanovrien de modifier la situation de la légion guelfe qui coûtait au roi Georges de lourds sacrifices. Le parti de la cour à Hietzing conseillait au roi de licencier complètement la légion ; mais les chefs de cette légion qui habitaient Paris avaient d'autres projets en tête : ils voulaient que le roi Georges achetât de la France un territoire important en Algérie, et les légionnaires y fonderaient une colonie, tout en conservant une organisation militaire, sous leurs chefe actuels, à peu près comme les habitants des confins militaires de TAutriche. On aurait eu ainsi un Hanovre africain qui pouvait offrir une nouvelle patrie aux Hanovriens persécutés, et devait s'agrandir sans cesse.

Comme la France ne se montra pas disposée à céder pour un prix dérisoire un territoire en Algérie, et qu'une colonie militaire est toujours fort chère à créer, ce projet fut repoussé à Hietzing, et quelques-uns des chefs hanovriens de Paris ayant insisté, malgré ce refus, sur l'exécution de ce projet, ils encoururent la disgrâce du roi Georges.

La légion guelfe fut formellement dissoute le 15 avril 1870. Chaque légionnaire reçut une gratification de 400 francs et, en outre, l'argent nécessaire pour se rendre où il voudrait. Beaucoup émigrèrent en Amérique, un petit nombre retournèrent en Hanovre ou se fixèrent en France. La légion pouvait avoir 1 ,400 hommes lorsqu'elle fut li-' cenciée. Si ce chiffre est exact, elle s'était considérablement augmentée en France puisqu'elle n'avait pas plus de 700 hommes pendant son séjour en Suisse.

Au début de la guerre de 1870, un monsieur de Malortie offrit de reconstituer la légion guelfe au service de la France, en promettant une grande affluence de volontaires. Le ministère de la guerre repoussa cette proposition. Cependant le décret qui ordonna bientôt après la création d'un cinquième bataillon dans le régiment étranger pour-

-Tirait bien avoir été la conséquence de la proposition de M. de Malortie.

D'après le traité de Prague, les États du sud de TAUemagne restaient indépendants, avec liberté de s'entendre pour créer une Confédération du Sud qui pourrait ensaite se lier à l'Allemagne du Nord par un traité international.

Mais les choses se passèrent différemment.

Lorsipie la Prusse fit la paix en 1866 avec les États allemands du Sud, Bismarck avait réussi à conclura avec eux des traités d'alliance offensive et défensive qui assuraient au roi de Prusse, en cas de guerre, le commandant en chef des années de FAlIemagne du Sud. Il avait engagé les Etats du Sud à conclure ces traités dans leur propre intérêt, en mettant sous leurs yeux les offres séduisantes que la France avait faites à la Prusse à plusieurs reprises et que cette dernière aurait pu accepter facilement en sacrifiant en partie les Allemands du Sud, si elle avait préféré agir dans un intérêt prussien plutôt que dans un intérêt allemand.

Un autre lien plus puissant entre le nord et le sud de l'Allemagne, c'étaient les traités douaniers (du Zollverein) que la Prusse avait eu soin d'étendre, dans ses négociations de paix avec les États du Sud, afin de préparer l'unité de l'Allemagne.

En troisième lieu, la Hesse-Darmstadt se trouvait dans une situation toute particulière, avec un pied dans la Confédération allemande du Nord et l'autre pied dehors. Ce petit Etat ne pourrait pas rester longtemps dans cette situation, et, é'aprè& la loi politique de gravitation, il n'était pas douteux qu'il serait un jour forcé de se réunir à la Prusse ou à. la Confédération du Nord.

La formation d'une Confédération allemande du Sud offrait d'avance des difficultés. A Bade, le peuple et le gouvernement désiraient la réunion à la Confédération du Nord comme le moyen le plus simple de sortir d'embarras.

Danâ le Wurtemberg Je ^Sitii populaire ou démocratique — avec une forte nuance bourgeoise — travaillait contre la Prusse et pour une Confédération du Sud. Le parti des soi-disant a Prussiens » était faiblement représenté en Wurtemberg. En outre du parti populaire et des « Prussiens », il y avait encore en Wurtemberg un parti de la cour, tel qu'ils sont partout, sans but bien arrêté, et formé plutôt, dans les petits Etats surtout, par des intérêts personnels et de famille que par des intérêts pçli tiques.

Si Ton parvenait à constituer une Confédération allemande du Sud, la Bavière étant le plus grand des Etats du Sud devait évidemment y jouer le premier rôle, à peu près comme la Prusse dans la Confédération du Nord. Mais ni les Hessois, ni les Badois, ni les Wurtembergeoîs, à quelque parti qu'ils appartinssent du reste, n'avaient envie d'accorder un tel rôle à la Bavière.

En Bavière même on distinguait trois partis : les /?atriotes ou ultraiîiontains, essentiellement particularistes mais sans être hostiles à une Confédération du Sud avec de certaines conditions ; — le parti allemand qui voulait l'entrée dans la Confédération du Nord ; — et le petit parti des sauvages^ anciens grands Allemands, qui ne pouvaient se résoudre à se jeter dans les bras de la Prusse, mais qui refusaient pourtant avec un saint respect de s'allier aux patriotes, lesquels avaient envoyé vingt-quatre prêtres catholiques à la Chambre des députés, lors des élection^ de 1869. Le parti allemand était surtout représenté dans le nord de la Bavière, à l'exception pourtant des anciens pays épiscopaux de Bamberg et de Wurtzbourg, et dans les grandes villes industrielles et commerçantes ; — le parti patriote existait dans le midi de la Bavière ainsi que dans les anciens pays ecclésiastiques.

Une commune haine du militarisme formait un lien entre le parti populaire du Wurtemberg et le parti patriote de la Bavière ; mais les différences d'opinions de ces deux partis étaient si grandes sur les questions principales qu'il semblait impossible qu'ils parvinssent jamais à s'entendre,

même sar ce point-là. Toutes les fois que cette question militaire était soulevée, une certaine honte allemande empêchait chacun des partis de se rapprocher des autres.

On voit d'après cela que le jeu de la Prusse était déjà fait dans TÂllemagne du Sud. — Bade désirait entrer immédiatement dans la Confédération du Nord ; la Hesse- Dannstadt y serait ensuite entraînée malgré elle^ et malgré tous les ennemis de la Prusse qui avaient encore la haute main dans le ministère.

Bismarck voulait la paix ; il désirait surtout ne pas avoir Tair de provoquer la France. L'entrée dans la Confédération du Nord d'un Etat isolé du Sud ne servait à rien ; et la Confédération du Nord, armée des traités militaires de 1866 et des traités de douanes qu'elle cherchait à perfectionner, pouvait attendre patiemment. Cependant, quelques sorties des nationaux libéraux prussiens qui demandaient qu'on fit quelque chose de plus décisif pour l'unité de l'ÂIkmatgne ne déplaisaient point au chancelier de la Confédération du Nord, bien qu'elles se fissent avec maladresse et comme à son commandement.

Dès que l'établissement de la Confédération allemande du Nord parut assurée, le gouvernement prussien entama ^ n^ociations avec les gouvernements allemands du Sud pour réoi^aniser le Zollverein. Une convention provisoire fut^conclue le 4 juin 1867 et fut suivie, le 8 juillet 1867, d'un traité définitif.

Chaque État de la Confédération du Nord conservait son gouvernement et ses chambres, sauf quelques restrictions nûlitaires et administratives, et le landtag de Sate-Gobourg- Gotha était assimilé au landtag de la puissante Prusse.

An-dessus de ces gouvernements isolés planait le gouvernement parlementaire de la Confédération allemande du Nord, se composant du roi de Prusse, président ; de la ^chancellerie fédérale, personnifiée réellement dans le comte de Bismarck ; du conseil fédéral (moitié Conseil d'Etat, moitié ministère), nommé par les gouvernements aile-

mands du Nord, et enfin du reichstag de l'Allemagne du Nord, élu au suffrage direct.

A ce gouvernement allemand du Nord devait se joindre maintenant le gouvernement général du Zollverein allemand.

On forma, pour exercer ce gouvernement, un conseil fédéral des douanes {zollbundesrath) , Gompos6 des membres du conseil fédéral de l'Allemagne du Nord, et en outre de six voix pour la Bavière, quatre pour le Wurtemberg et trois pour chacun des deux autres Etats du Sud, Bade et Hesse-Darmstadt. Le zollbundesrath avait en tout cinquante-huit voix, dont dix-sept seulement appartenaient à la Prusse, puissance présidente.

A côté de ce conseil des douanes fut placé un parlement douanier (zollparlament)jComfosé des membres du reichstag allemand et de députés des États allemands du Sud qui devaient être nommés au suffrage universel, direct et secret. Ce zollparlament devait compter en tout trois cents quatre-vingt-deux membres, dont deux cent quatre-vingtdix-sept pour le reichstag allemand du Nord et quatrevingt-cinq pour les Etats du Sud.

On conviendra que la constitution du moderne empire allemand, avec tous ces gouvernements, ces reichtags et ces landtags, s'embottant les uns dans les autres, était chose fort compliquée, au moins aussi compliquée que la constitution de l'ancienne Confédération germanique, mais pourtant cette complication n'est qu'apparente; car l'Allemagne faisait un grand pas vers l'unité intérieure. En outre, l'ancien liberum veto allait promptement disparaître par l'influence donnée dans toutes les affaires aux assemblées parlementaires ; et la confusion même qui résultait de ces nouvelles institutions devait faire bientôt voir à tous les esprits qu'il était impossible de la laisser subsister et que la simplicité devait en sortir, de quelque manière que ce fût.

Cette opinion prévalut en effet, et le reichstag bavarois fut la seule assemblée qui fit à la nouvelle organisation du Zollverein une opposition qui disparut promptement.

C'est en février 1868 qn 'eurent lîeu les élections pour le premier parlement douanier. II s'y produisit une grande défiance des desseins de la Prusse, et le mot d'ordre dans l'Allemagne du Sud, excepté Bade, fut de n'envoyer au zollparlament que de^ hommes décidés à s'opposer à ce qnl propos de douanes, on cherchât à lier plus intimement l'Allemagne du Sud à rAllemagne du Nord, à ce que l'Allemagne du Sud fût placée sousl'hégémonîe prussienne.

Le premier parlement douanier se réunit à Berlin, le 27 avril 1868. Ses résultats furent très-peu de chose et ne répondirent pas du tout à ce qu'en attendait TAllcmagne du Nord. Les ardents nationaux libéraux prussiens essayèrent toutes les surprises au moyen d'adresses, de banquets et de toasts, maïs ils rencontrèrent une résistance invincible chez les Allemands du Sud ; et ces conditions ne subirent pas de changement essentiel jusqu'en 1870, puîsqu'an printemps de cette année l'Allemagne du Sud, et en particulier la Bavière et le Wurtemberg, entamèrent la lotte contre le militarisme.

Il nous reste à parler des affaires extérieures de la Prusse, à propos du Luxembourg, du Limbourg et du Schleswig du Nord. Nous avons dit du Luxembourg tout ce qu'il y avait à dire. Le Limbourg, qui n'avait été affecté à la Confédération germanique en 1839 qu'en compensation de la partie occidentale de l'ancien grand-duché de Luxembourg, revint purement et simplement au royaume de Hollande par le traité de Londres de 4867.

On avait pré\Ti dans le traité de Prague un retour au Danemark de certaines parties du nord du Schleswig. La France et l'Autriche prirent en main, à cette occasion, les intérêts du Danemark, et la première surtout venait affirmer de temps en temps qu'elle avait le droit de s'occuper de cette question « européenne » , ce que la Prusse repoussait toujours poliment mais avec fermeté.

Les députés du Schleswig du Nord au landtag prussien et au reichstag allemand protestaient constamment contre loppression de l'élément danois.

Cependant la question est plus difficile qu'on ne le croit habituellement.

II n'y a pas dans le Schleswig de frontière naturelle très-apparente ; une frontière de nationalité n'est pas plus facile à reconnaître parce que le danois-norwégien, qui n'est en somme qu'un dialecte germanique, se subdivise à l'infini dans le Schleswig où l'on mélange fréquemment le danois et l'allemand. Les villes sont complètement allemandes jusqu'à l'extrémité nord du Schleswig.

Les Danois auraient naturellement désiré que tout le Schleswig leur fût rendu. Les Allemands voulaient au contraire le conserver tout entier, notamment toutes les villes allemandes, ou, s'il était nécessaire de faire des concessions, ils demandaient des garanties pour la protection de l'élément allemand dans les parties du Schleswig qui feraient retour au Danemark.

C'était cette question de garanties que les deux parties se jetaient à la tête en toute occasion et sous toutes les formes, et il n'en pouvait rien résulter que la réserve pour les puissances étrangères, pour la France et l'Autriche en particulier, de s'emparer « avec désintéressement » de cette question lorsque le moment leur semblerait favorable.

T.— Progrès des armées allemandes de 1866 à 1870.

La guerre de 1866 durait encore que la Prusse, en prévision des annexions qu'elle voulait faire, avait déjà pris ses mesures pour augmenter son armée ; il lui fut donc facile, à la fin de cette guerre, de faire entrer dans son système militaire, non-seulement les provinces annexées, mais encore les pays de la Confédération allemande du Nord.

Avant la paix de Prague, la Prusse avait 1 corps de la garde et 8 corps d'armée provinciaux.

Ces 9 corps d'armée, sauf des difTérences sans importance, étaient organisés de la même manière. Chaque corps renfermait, en troupes de ligne actives et permanentes :

9 régiments d*înfanterie à 3 bataillons ;

1 bataillon de chasseurs ;

6 régiments de cavalerie ;

Une brigade d'artillerie, composée d'un régiment de campagne et d'un régiment d'artillerie de place ;

1 bataillon de pionniers et

I bataillon du train.

Chaque corps d'armée, sur le pied de guerre, représentait en troupes de campagne un effectif d'environ 30,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 96 pièces de campagne.

II n'y avait aucune difficulté à augmenter l'effectif de chaque corps de troupes, grâce au grand nombre d'hommes exercés au service militaire, et aux institutions organiques en vigueur. On formait donc très-facilement de nouvelles compagnies, de nouveaux bataillons ou escadrons. La base de ces nouvelles formations était, en première ligne dans les troupes de dépôt (ou de remplacement), en seconde ligne dans lalandwehr, destinée à fournir les garnisons des places fortes et, en outre, à former des réserves stratégiques pour l'armée de ligne combattant à l'étranger.

A la suite de ces annexions directes, le gouvernement prussien ordonna la formation de 3 nouveaux corps d'armée, ce qui portait à onze le nombre des corps provinciaux de Tarmée prussienne, sans compter la garde qui se recrute dans toute l'étendue de l'Etat prussien.

Par le fait, on ne créa que 16 nouveaux régiments d'infanterie sur les 27 que devaient renfermer les.trois nouveaux corps d'armée ; les vides devaient être remplis par les contingents des petits Etats de la Confédération du Nord.

£n entrant dans cette Confédération, le royaume de Saxe fournit un douzième corps d'armée provincial.

Nous allons examiner, par armes, l'organisation militaire de la ConfédëratÎQn allemande du IVord, telle qu'elle

était à la fin de 1868, en négligeant pour un temps la landwehr et le grand-duché de Hesse.

Voici qu'elle était la composition de V infanterie :

Corps de la garde prussienne :

4 régiments à pied de la garde, 4 régiments de grenadiers de la garde, 1 régiment de fusiliers de la garde, 1 bataillon de chasseurs de la garde, 1 bataillon de tireurs d'élite de la garde.

Ce qui fait 29 bataillons d'infanterie.

Troupes provinciales (y compris le 12' corps — Saxons) :

88 régiments d'infanterie prussienne, portant les numéros 1-88, dont 12 régiments de grenadiers n** 1-12, et 8 régiments de fusiliers, n"" 33-40.

17 régiments fédéraux d'infanterie, savoir : de Mecklenbourg, n* 89 (grenadiers) et n' 90 (fusiliers) , appartenant au 9'' corps d'armée,

1 d'Oldenbourg, n** 91 (lO* corps d'armée) ;

1 de Brunswick, n® 92 {\W corps) ;

1 d'Anhalt, n* 93 (4« corps) ;

i (septième) de Thuringe, n* 96 (4* corps), fourni par la Saxe-Altenbourg et Reuss ;

1 (cinquième) de Thuringe, n' 94 (H* corps), fourni par la Saxe-Weimar ;

1 (sixième) de Thuringe, n^ 93 (1 1* corps), fourni par la Saxe-Cobourg-Gotha et la Saxe-Meiningen-Hildbourghausen-Saalfeld ;

9 régiments, n"" 100 à 108, du 12* corps (Saxons), dont 2 régiments de grenadiers, n^ 100 et 101, et un régiment de fusiliers, n® 108.

Les numéros 97, 98 et 99 manquent dans la série des régiments provinciaux de l'Allemagne du Nord. Par suite de diverses conventions militaires particulières, la Prusse devait lever des régiments pour quelques petits Etats, ou transporter plutôt des régiments prussiens sur leur terri-

toire. Cette nouvelle organisation n'étant pas terminée dès le début, c'est pour cela que les numéros 97, 98 et 99 restèrent provisoirements vacants.

Les bataillons de chasseurs provinciaux étaient :

11 bataillons, n°* 1-11, pour les onze corps prussiens ; 2 bataillons saxons, n** 12 et 13, pour le 12* corps ;

1 bataillon mecklenbourgeois n"" 14.

En récapitulant l'infanterie, nous avons :

9 régiments de la garde à 3 bataillons 27 bataillons ; 88 régiments prussiens à 3 » 17 régiments fédéraux à 3 »

2 bataillons de chasseurs de la garde 14 bataillons de chasseurs provinciaux

Total 338 bataillons.

La force moyenne du bataillon, en entrant en campagne est de 1,000 combattants, répartis dans 4 fortes compagnies.

A chaque mobilisation, on forme aussitôt par régiment d'infanterie un bataillon de dépôt — ou de remplacement— de 1,000 hommes, et par bataillon de chasseurs une compagnie de dépôt de 200 hommes.

En moins de deux mois chaque bataillon de dépôt peut être doublé sans diCQculté, de sorte que l'on possède alors d'abord un 4*" bataiUon tout prêt à entrer en campagne et, en second lieu, un nouveau bataillon de dépôt.

L'infanterie allemande du Nord peut donc mettre en campagne, sans rien improviser :

En première ligne (infanterie et chasseurs) 358,000 hommes.

En seconde ligne — 117,200 —

Total 475,200 hommes.

La campagne de 1866, les annexions, etc., apportèrent des changements importants dans la cavalerie.

Les régiments de cavalerie de la garde restèrent leâ mêmes après 1866 ; c'étaient :

1 régiment de gardes du corps,

1 régiment de cuirassiers,

2 régiments de dragons, 1 régiment de hussards,

3 régiments de uhlans (lanciers), en tout 8 régiments.

Le nombre de régiments de cuirassiers de la ligne resta également le même après les annexions ; c'étaient les 8 anciens régiments de cuirassiers prussiens.

Il n'en fut pas ainsi des dragons, des hussards et des

uhlans.

Le nombre des régiments de dragons prussiens qui était de 8 fut porté à 16 après 1866 ; il s'y joignit en outre les deux régiments de dragons mecklenbourgeois avec les numéros 17 et 18, le régiment de dragons d'Oldenbourg avec le n* 19, et les 4 anciens « régiments de cavalerie » saxons qui conservèrent leurs titres et leurs numéros de 1 à 4. — La Confédération du Nord comptait donc 23 régiments de dragons, y compris les cavaliers saxons.

Les 12 anciens régiments de hussards prussiens furent portés à 16 après les annexions, et il s'y ajouta le réglaient de hussards de Brunswick, avec le n® 17. La Confédération avait en conséquence 17 régiments de hussards.

Les 12 régiments de uhlans prussiens furent également portés à 16, et deux régiments de uhlans saxons, nouvellement créés, donnèrent 18 régiments de uhlans.

En récapitulant la cavalerie de l'Allemagne du Nord nous trouvons (sans la Hesse-Darmstadt) :

Garde prussienne 8 régiments.

Ligne : cuirassiers 8 »

» dragons 23 »

» hussards 17 »

» uhlans 18 »

Total, • « P t 74 régiments.

Chscan de ces régiments avait, dans la nouvelle formation, 5 escadrons dont 4 escadrons de guerre et un de dépôt. Ce denier était complètement organisé, même sur le pied de paix ; avec le système de réserve et de landwehr en vîguenr, il était possible de grossir considérablement cet escadron de dépôt de manière à en faire le noyau de nouveaux escadrons de guerre de réserve et d*escadrons de garnison de la landwehr pour occuper les places fortes, défendre les côtes et former des réserves stratégiques en arrière de l'armée d'opérations.

Chaque escadron entre en campagne avec 1 SO chevaux montés, de sorte que les 74 régiments de cavalerie mettent en campagne:

En première ligne 44,400 chevaux.

En deuxième ligne (dépôts) 11,100 9

Total 85,500 chevaux.

ArtUkrie. — D'après la règle générale, chaque brigade d*artiJlerie se compose d'un régiment d'artillerie de campagne et d'un régiment d'artillerie de places. Néanmoins, les brigades des 9% 10% 11" et IS"* corps d'armée de la Confedération allemande du Nord n'ont jusqu'à présent qn'une division d'artillerie de places avec le régiment d'arlillerie de campagne.

C3iaque riment d'artillerie de 'campagne se compose, >ur le pied de guerre, de 5 divisions, savoir : 1 division à cheval, 3 divisions à pied et 1 division de colonne (train).

Le matériel des divisions à pied a été récemment transformé, de manière à en faire de l'artillerie montée.

Chaque division à pied compte 4 batteries, savoir : 2 batteries de 6 rayé et 2 batteries de 4 rayé. Toutes les pièces ^e chargent par la culasse.

Chaque division à cheval ne renferme depuis 1866 que 3balteriesde4rayé.

Toutes les batteries sont de 6 bouches à feu.

D après ce qui précède, chacun des 13 régirneuts d'artil-

\em à» mhwhkm mtt en premito» ligna 18 batteries avec £|Q houob^^ h fou* Pui^ une division de colonne qui se composa ^ 9 colonnes, 4 pour les munitions d'infanterie et 5 pour las munitions d'artillerie.

lie r^iment compte (sans les officiers) 3,73 i hommes, 3,358 chevaux et 38S voitures (sans compter les canons).

Les 13 régiments de campagne mettent en première ligne 1,170 bouches à feu.

Ctiaque r^iment d'artillerie de campagne forme, en cas de guerre, une division de dépôt de 2 batteries à pied et 1 batterie à cheval, ayant ensemble 18 pièces.

Gela donne 234 pièces en deuxième ligne pour les 18 régiments de la Confédération du Nord.

Les deux batteries d'Oldenbourg, une de 6 et une de 4, et la batterie de 6 rayé de Brunswick appartiennent au 10' régimeqt d'artillerie de campagne; les 4 batteries mecklenbourgeoises, 2 de 6 et 2 de 4, forment la 3' division à pied du 9* régiment de campagne.

Une division d'artillerie de places a 4 compagnieg ; comme il y a 22 divisions de places, cela donne pour les 13 corps allemands du Nord 88 compagnies qui, en cas de guerre, peuvent être portées au double par l'incorporation d'hommes de la réserve et de la landwehr, ce qui fait 176 comp^ignies avec un efiectif approximatif de 36,000 hommes. .

L'artillerie de places fait le service des places fortes et des côtes, et elle fournit en outre le personnel des parcs de siège ds^ns le cas' d'une guerre offensive.

Génie» -— Le génie se compose du corps des ingénieurs, uniquement formé d'officiers, et de 13 bataillons de pionniers, en temps de paix chacun de 4 compagnies : une de mineurs, deux de sapeurs et une de pontonniers.

Un hataillon de pionniers mobilisé se divise, à la guerre, en 3 fortes compagnies, à chacune desquelles on attache, d'après sa destination, une colonne d'outils du génie, un équipage de ponts d'avant-garde ou une colonne de pon-

KfiM. I«s b|(t^on9 ([« i^çniH^rs fourois^f ni m m\f9 ^ cadres et le noyau des hommes pour les divisiogi; 4f Wé^ |799to #t 4$ cbi^ini|)$ 4e 1er. Ëq c^ç 4^ mobili^ti^n, chaque bataillon de piomiieirs Ibnne um Gompagni^ 49 dépôt

Tram, '— Cbnque corps d'armée a eon bataillon du train qui, à rinvarse de^ outras porp^ 4e troupes/ reçoit des r&e ooes deux fois par an et ne les conserve que pendant sii mois. Très-faible en temps de paix, le bataillon du train prend, en ca^ de mobilisation^ des dimensions colossales, indépendamment des soldats du train qui sont spécialement affectés aux diverses fractions de troupes. Il se compose alors en effet de

5 ccrionnes de vivres à 32 voitures ;

1 colonne de fours de ^campagne à 6 voitures ;

i dépôt de chevaux de 170 chevaux et 1 voiture ;

3 ambulances de 10 voitures, avec chacune une compagnie d'infirmiers pour relever les blesses ;

1 escadron d'escorte du train de 120 chevaux et une voiture;

1 colonne de voitures, correspondant aux compagnies auxiliaires du train des équipages français ; elle n'est formée fi'en cas de besoin et peut être cependant évaluée en Qtoyenne à S divisions, cbacun.e de 80 voitures.

Comme la cavalerie, par suite de son effectif élevé en temps de paiy, n'a besoin pour être mobilisée que d'un nombre relativement restreint de ses réserves et de sa land-^ vehr, elle fournit au train un contingent assuré et très- ^âant pour compléter ses conducteurs et les hommes i^icessçires pour soigner les chevaux.

Pour ce qui concerne le recrutement, Tadministration, 1a fomï^tion des landwehriens et la mobilisation en général, k tenitoire de la Confédération allemande du Nord (sans li Hesse-Darmstadt) est partagé en 12 districts de corps d année, un pour chacun des 12 corps provinciaux, tandis que le corps de la garde prussienne, le 13* de Tannée de la

Confédération se recrute sur la totalité de la monarchie prussienne.

Chaque district de corps d'armée est en outre fractionné en neuf districts principauDc d'une classe inférieure qui sont, en général, un district de bataillon de landwebr de réserve et 8 districts de régiment de landwehr.

Il y a dans chaque district de corps d'armée un district de bataillon de landwehr de réserve ; mais les districts de régiment de landwehr sont par le fait en nombre variable ; ainsi il s'en trouve

8 dans chacun des 1"', 2% 3% S% 6% 7% 8% 11* et 42 corps d'armée ;

6 dans chacun des 9' et 1 0* corps ;

9 dans le 4® corps d'armée.

Dans chaque district de régiment de landwehr se recrute le régiment d'infanterie de ligne correspondant ; le régiment de fusiliers, le bataillon de chasseurs, les régiments de cavalerie, la brigade d'artillerie, le bataillon de pionniers et le bataillon du train de chaque corps d'armée se recrutent sur tout le district de ce corps.

Deux districts de régiment de landwehr forment généralement un district de brigade. Chaque district de régiment de landwehr se divise en deux districts de bataillon, chacun desquels fournit, eu cas de mobilisation, un bataillon complet de garnison (landwehr), sans préjudice des autres formations.

Un district de bataillon de landwehr renferme de 3 à 6 (exceptionnellement jusqu'à 12) districts de compagnie. Mais cela ne veut pas dire qu'en cas de mobilisation les bataillons de landwehr puissent se composer d'un nombre varinblo de compagnies, car le bataillon mobilisé de landwehr a, comme le bataillon de ligne, 4 compagnies.

Un rôle tout particulier est assigné au district de bataillon de landwehr de reserve. D'après leurs numéros, ils correspondent aux régiments de fusiliers qui sont recrutés dans leurs districts de corps d'armée; mais ils doivent servir principaloment h égaliser les bataillons de garnison, ce qui

paraissait d'autant plus nécessaire que l'organisation de la Jandwehr ne pouvait entrer en activité du jour au lendemain dans les provinces annexées à la Prusse, ainsi que dans les petits Etats de la Confédération du Nord. Il ne pa* rattra donc pas inutile que nous donnions ici les 12 districts de corps d'armée de la Confédération allemande du Nord, en indiquant pour chacun d'eux le territoire du bataillon de bndwehr de réserve. Le lecteur pourra ensuite faire sur oette organisation les réflexions particulières que lui suggérera son esprit.

!" corps d'armée : Prusse orientale et une grande partie de la Prusse occidentale. Bataillon de landwebr de réserve de Kœnigsbei^, n* 33 (cercles deFiscbhausen, de Kœnigsberg ville et campagne).

2* corps d'armée : Poméranie, partie de la Prusse occidentale et de Posen. Bataillon de landwehr de réserve de Stettin, tf 34 (cercles de Randow, d'Usedom-Wollin, ville de Stettin).

3« corps d'armée: Brandebourg. Bataillon de landi^ehr de réserve de Berlin, n' 35 (ville de Berlin).

4* corps d'armée : Province de Saxe, Anbalt, Reuss, Schwarzbourg. Bataillon de landwehr de réserve de Magdebourg, n*" 36 (ville de Magdebourg, cercles de Magdebourg et de Wanzleben).

5* corps d'armée : Basse Silésie et district de gouvernement de Posen. Bataillon de landwehr de réserve de Glogau, n* 37 (cercles de Glogau et de Fraustadt).

6' corps d'armée : Moyenne et haute Silésie. Bataillon de landwehr de réserve de Breslau, n® 38 (ville de Breslau).

T corps d'armée : De la Westphalie, les cercles de gouvem^nent de Munster et de Minden ; de la province rhénane, le cercle de gouvernement de Dusseldorf , puis la Lippe-Detmold et la Lippe-Schaumbourg. Bataillon de landwehr de réserve de Barmen, n' 39 (cercles d'Elberfeld, de Bannen et de Mettmann).

8» corps d'armée : HohenzoUern et, de la province rhc-

nane, les éercles de gouvernement d'Aix-la-Chapelle, de Colognej de Coblentz et de Trêves. Bataillon de landwehr de réserve de Cologne, u^ 40 (ville et cercle de Cologne).

9* corps d'armée : Schleswig-Holsteîii avec leâ enclaves d*01denbourg, Mecklenbourg-Schwerin et Strelitz, la partie nord-est de la province de Hanovre, les villes hanséatîques, Hambourg, Lubeck et Brème. Bataillon de landwehr de réserve d'Altona, n** 86 (cercles de Pinneberg, de Stormam, de Seegeberg et ville d'Altona).

10* corps d'armée : La plus grande partie de Tancien i*oyaume, actuellement province de Hanovre, le grand-duché d'Oldenbourg, le duché de Brunswick. Bataillon de landwehr de réserve de Hanovre, n» 73 (cercles de Wenningsen et de Hameln, ville et cercle de Hanovre),

11* corps d'armée: Le cercle de gouvernement d'Arnsberg dans la Westphalie, l'ancien électorat de Hesse, l'ancien grand-duché de Nassau, l'ancienne ville libre de Francfort, le grand-duché de Saxe-Weimar, les duchés de Saxe- Cobourg-Gotha et de Saxe-Meiningen-Hildbourhausen- Saalfeld, la principauté de Waldeck. Bataillon de landwehr de réserve de Francfor1rSur-le-Mein , n' 80 (cerdes de Francfort, d'Ober-Taunus et de Hanau).

12* corps d'armée : Royaume de Saxe. Bataillon de landwehr de réserve de Dresde, n** 108 (ville de Dresde).

C'est sur la division de l'Allemagne dU Nord en districts de landwehr que repose toute la formation de l'armée de garnison.

Les troupes de garnison qui doivent être formées dont :

l*" Deux régiments de landwehr de la garde à trois batail- Ions;

2«> Deux régiments de grenadiers de landwehr de la garde à 3 bataillons ;

3** Dans chaque district de bataillon de landwehr provinciale, un bataillon de 4 compagnies ;

4" Pour chaque bataillon de chasseurs de là ligne, une compagnie ;

S* Dans chaque dlBtrict de corps d'armée, deux r^itnents de cavalerie à 4 escadrons ;

6" Paf régiment d'artillerie de campagne 3 balteries, conmie batteries de sorties dans les places fortes, ou pour un attire emploi si elles deviennent inutiles dans les places fortes;

T Le nombre et la force des compagnies d'artillerie de places sont doublés ainsi que nous Tavons tu plus haut*;

8* Pour chaque bataillon de pionniers on forme 3 com^ pagnies de placés fortes qui sont réparties, non pas par com*pagnie, mais par détachement, en raison de l'importance des places fortes.

Les troupes de garnison peuvent aussi, en cas de besoin, être formées en régiments, brigades et divisions, pour constitaer, dans une guerre offensive, des réserves stratégiques de Vannée d'opération, fournir des garnisons à l'étranger, et des corps de siège pour attaquer les places fortes ennemies laissées en arrière.

L'effectif complet de guerre des bataillons de landwehr de la garde et de grenadiers de landwehr de la garde est d'environ 800 hommes ; celui des bataillons de landwehr protinciaux de 700 hommes à peu près ; — une compagnie de chasseurs de landwehr a environ 250 hommes ; — un régiment de cavalerie de landwehr 600 hommes ; — une batterie de sortie compte six bouches à feu. On forme en ^tre 8h 16 compagnies d'artillerie de garnison.

L'infanterie de garnison d'un corps d'armée se compose en moyenne de 17 bataillons à 760 hommes 1 1 ,900

d'une compagnie de chasseurs 250

Total 12,160

oti, en nombre ronds, 12,000 hommes, ce qui donne pour 12corps d'armée 144,000 hommes.

La cavalerie de garnison d'un corps d'armée est d'environ 1,200 combattants, ce qui fait pour 12 corps d'armée U,400 hommes.

Les batteries de sorties d'un corps d'armée donnent 18 pièces, ainsi pour les 12 corps 216 bouches à feu.

A Tinfanterie de garnison s'ajoutent encore les 12 bataillons delandwehr de la garde, avec 9,600 hommes.

L'armée de garnison est donc forte d'environ 168,000 honunes d'infanterie et de cavalerie, avec 216 bouches à feu.

D'après la constitution de la Confédération allemande du Nord, tout Allemand est obligé au service militaire et ne peut se faire remplacer. S'il est susceptible de porter les armes, il appartient pendant 7 ans à l'armée permanente, généralement depuis l'âge de 20 ans révolus, jusqu'au commencement de sa 28® année ; puis il reste 5 ans dans la landwehr, jusqu'au commencement de sa 33^ année.

Des sept premières années de service, trois se passent sous les drapeaux, les quatre autres dans la réserve, pendant lesquelles le soldat est généralement en congé.

En cas de guerre, les hommes de la réserve servent à mettre tout d'abord l'armée d'opération sur le pied de guerre ; — ensuite, des hommes de la réserve, de nouvelles recrues, et, si cela est nécessaire, des honounes de la landwehr servent à former les corps de troupes de remplacement (dépôt) ; — enfin les honunes de la landwehr, sauf les exceptions concernant les armes spéciales , servent à former les troupes de garnison.

La position particulière qu'avait vis-à-vis de la Confédération du Nord le grand-duché de Hesse-Darmstadt, avec un pied dans l'Allemagne du Nord et l'autre dans l'Allemagne du Sud, provoqua aussitôt le traité du 7 avril 1867, d'après lequel toutes les troupes hessoises formaient une division particulière, avec le n* 25, et étaient incorporées dans le 41* corps de l'armée allemande du Nord.

La division de la Hesse-Darmstadt, 25* division allemande, apporte à l'armée d'opération : 4 régiments d'infanterie à 2 bataillons, 2 bataillons de chasseurs, 2 régiments de cavalerie à 5 escadrons, 2 divisions d'artillerie formant ensemble 6 batteries (2 batteries à pied de 6, et 4 batteries

de 4 dont 3 à pied, 1 à cheval), 1 compagnie de pionniers et 1 division du train. Cela fait en troupes de campagne 10 i>atai]Ioiis et 8 escadrons, ou 11,200 bonunes d'infanterie et de cavalerie avec 36 bouches à feu.

Les troupes de dépôt consistent en 4 bataillons d'infanterie, 2 compagnies de chasseurs, 2 batteries avec 8 canons, 1 division de pionniers et 1 détachement du train, et en outre les cinquièmes escadrons des deux régiments de cavalerie; ce qui donne en deuxième ligne 4,800 hommes d'in- Ëinterie et de cavalerie, avec 8 pièces de canon.

En troupes de garnison, la Hesse-Darmstadt a 6 bataillons de landwehr. Le pays est partagé en 4 districts de ^ régiment dont deux ne fournissent qu'un bataillon chacun. Conformément à ce qui a lieu en Prusse, il se joint à ces bataillons 2 compagnies de chasseurs et 1 régiment de cavalerie, ainsi qu'une batterie de sorties de 6 pièces ; ce qui fait 5,100 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 6 bouches à feu.

Les trois Etats allemands du Sud, Bavière, Wurtemberg et Bade, s'accordèrent en février 1867 pour prendre le système prussien comme base de l'organisation de leur armée. Bade avait adopté ce système depuis longtemps ûnsi que le fusil à aiguille. Cette arme fut bientôt introduite dans le Wurtemberg pour l'armement de l'infanterie; la Bavière au contraire suivit sa propre voie en transformant le fusil Podewill en une arme imparfaite se chargeant parla culasse, puis en adoptant une arme nouvelle en 1869, le fusil Werder. La fabrication du nombre nécessaire de fosils Werder n'était pas encore terminée lorsque éclata la guerre de 1870. Les Bavarois s'éloignent encore des Prussiens dans l'uniforme de leurs troupes et leur règlement d'exercice, mais leur formation générale est imitée du systoe prussien.

L'armée bavaroise compte en troupes de campagne : 16 régiments d'infanterie à 3 bataillons, 10 bataillons de chasseurs.

10 régiments de cavalerie à H escadrons (4 de guefré), savoir :

2 régiments de cuirassiers,

6 )) de chevau-légers et

2 » de uhlans ;

4 régiments d'artillerie à 8 batteries de campagne et 5 batteries de places ; le 2*" et le 3* régiment ont chactin deux batteries à cheval parmi leurs batteries de campagne*

1 régiment du génie, avec 2 divisions de campagne à 3 compagnies, et 4 cotnpagnies de places^

Les 58 bataillons d'infanterie et de chasseurs donnent 58,000 hommes ; les 40 escadrons mobilisés 6,000 hommes ; ce qui fait 64,000 hommes dHnfanterie et de cavalerie, avec 192 bouches à feu.

Les troupes de dépôt consistent, d'après le système prussien, en 16 bataillons d'infanterie, 10 compagnies de chasseurs, ou 18,500 hommes; 10 escadrons ou 1,500 chevaux; 8 batteries çt 2 compagnies du génie ; c'est-à-dire 20,000 d'infanterie et de cavalerie, avec 48 canons.

Les troupes de garnison se composent de 32 bataillons de landwehr, 22,400 hommes, auxquels s'ajoutent les compagnies d'artillerie et du génie de places cî-dessus tiientionnées.

Le corps wurtembergeois a, en troupes de campagne : 8 régiments d'infanterie à 2 bataillons et 3 bataillong de chasseurs, 4 régiments de cavalerie à 4 escadrons, 1 régiment d'artillerie de campagne à 3 divisions, chacune de 3 batteries, 2 compagnies de pionniers ; ce qui fait en tout 21 ,400 hommes d*infanterie et de cavalerie, avec 54 bouches à feu.

En troupes de dépôt : 4 bataillons d'infanterie, 1 bataîl-* Ion de chasseurs, 4 escadrons, 3 batteries de dépôt à 4 pièces, ou 5,200 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 12 pièces de canon ;

En troupes de garnison (au commencement de 1870), 6 bataillons de landwehr, 4,200 hommes, et une division d'artillerie de places avec 4 compagnies.

Le corps badois à, en troupes de campagne : 6 régimentfi d'in&nferie & 3 bataillons, 3 régiments de dragons à 8 (4) eftcudrons, 4 régiment d'artillerie de campagne de 9 bai^ tèties, l division de pionniers et 1 division du train ; — <^qtiî fait 19,800 hommes d'infanterie et de cavalerie, Avec 34 pièces de canon ;

En troupes de dépôt! 3 bataillons, 3 escadrons et une batterie, ou 3,480 hommes d'infanterie et de oavftlerie et 6 pièces de canon ;

En troupes de garnison ! 10 bataillons et tin escadron de landwehr, plus une division d'artillerie de places de 8 compagnies ; ce qui fait environ 7,000 hommes d'infanterie et de Cavalerie avec 6 pièces dé campagne (pour lôs sorties).

n est maintenant intéressant de comparer les forces de VAHemagne à celles de la France.

L'Allemagne a de troupes de campagne SI 8,000 hommes d'infanterie et de cavalerie^ avec 1,806 canons. La France ne peut leur opposer que 288,000 hommes d'infanterie et de cavalerie avec 984 cJanons, pas beaucoup plus de la moitié.

L'Allemagne a 161,000 hommes de troupes de remplacftnètit (infanterie et cavalerie) ; la France n'a que 91,000 hommes de troupes de dépôt.

L'Allemagne a 187,000 hommes de troupes degamison; la France n'a rîêrt à leur opposer, car la garde mobile qui doit remplir ce service n'est pas encore organisée*

Nous croyons donner ainsi en nombres ronds la véritable proportion des forces des deux puissances qui allaient se faire, en 1870, cette malheureuse guerre. Ces chiffres montrent clairement l'immense supériorité des forces de terre de l'Allemagne. Nous aurons encore l'occasion de revenir sur ce sujet.

On dit bien que la France a autant d'habitants que l'Allemagne, c'est-à-dire que l'Allemagne du Nord et celle du Sud réunies, — que le sol de la France est plus riche que celui de l'Allemagne, et qu'il y a plus d'argent liquidé en

France qu'en Allemagne, etc., etc. Cela peut être vrai, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait en France une organisation militaire. — Qu'une ville produise assez de vapeur pour faire marcher 100 locomotives, et qu'elle la lâche dans la rue, cette vapeur noircira les gens et voilera le soleil, mais elle ne fera pas marcher une seule locomotive.

Quand nous parlons d'organisation militaire, nous n'entendons pas que tous les soldats restent toujours sous les drapeaux, — ce n'est point le cas en Allemagne, — mais nous voulons que tout homme qui doit servir comme soldat soit exercé militairement et connaisse sa place dans l'armée. Or ces conditions n'étaient pas satisfaites en France. Le second Empire avait trop fait pour l'armée permanente qui peut toujours être faible, mais beaucoup trop peu pour grossir cette armée en cas de guerre.

Môme sous Louis-Philippe, l'organisation militaire valait mieux sous ce rapport.

Alors en effet la garde nationale sédentaire était organisée par toute la France. Bien qu'elle ne fût pas autre chose qu'une garde civile, elle permettait néanmoins de donner une éducation militaire élémentaire à toute la population m&le, et particulièrement aux classes riches et éclairées qui se rachetaient du service dans l'armée active. En outre la loi avait prévu la formation de détachements mobilisés de la garde nationale ; ces détachements se formaient facilement, et, avec la masse d'hommes que renfermait Ja garde nationale, ces mobilisés pouvaient fournir une bonne armée de réserve, pour être employée d'abord à l'intérieur.

Napoléon UI avait supprimé la garde nationale, et elle n'existait plus qu'incomplète dans un petit nombre de villes. Les bons partisans de l'Empire se faisaient encore remplacer dans le service de la garde nationale. Le propriétaire qui était commandé de garde mettait son domestique dans son uniforme de garde national et l'envoyait monter la garde à sa place. -

Voici quelles sont en Allemagne les bases de l'organisation d'une armée active ; elles répondent complètement à

lorganisation en temps de paix, et Ton n'y fait jamais que des diangements sans importance.

Un corps d'armée mobilisé se compose de deux divisions d'in&nterie, une diidsion de cavalerie et une réserve d'artillme ;

Une division d'infanterie renferme deux brigades d'inianterie, un régiment de cavalerie divisionnaire et une division d'artillerie à pied de 4 batteries ;

Une brigade d'infanterie comprend généralement deux régiments ou 6 bataillons ;

Une division de cavalerie renferme deux brigades, cha^ cunede deux régiments, et une batterie à cbeval. En 1870, on forma des divisions de cavalerie, indépendantes des corps d*armée, et quelques-unes très-fortes, ayant jusqu'à 9 régiments.

La réserve d'artillerie compte deux batteries à cbeval et une division à pied, en tout six batteries.

L'Allemagne est loin d'être aussi richement pourvue de places fortes que la France, mais elle a relativement plus de places importantes. L'Allemagne du Nord n'a pas négligé de faire à ses forteresses les corrections imposées par les nouvelles armes ; elle a élevé principalement des fortifications nouvelles pour la défense des côtes ; il faut citer particulièrement: Alsen-Sonderbourg, Wilhelmshafen (ladebusen), les fortifications des bouches de l'Ems et du Weser, Kiel et Friedrichsort.

La marine de l'Allemagne du Nord est encore trop jeune pour avoir de l'importance ; cependant on a beaucoup fait pour elle depuis quelques années ; la flotte cuirassée doit être portée à 16 bâtiments, et peut-être la guerre de 1870 en donnera-t-elle les moyens. — Au commencement de celte année, la flotte à vapeur comptait 45 navires dont 3 b^tes cuirassées et 2 bateaux cuirassés.

L'effectif des matelots est d'environ 4,600 hommes pour toute la flotte. Il y a en outre un bataillon d'infanterie de marine de 6 compagnies, et 3 compagnies d'artillerie de marine.

Il existe du ra^te pour ia flotte, comme pour l'anué* 4* terre, une réserve et une seewehf •

VI. — Question du trAne d'Espagne. — La France déclare la guerre

k la Prasae.

Revenons au récit des événements.

Nous avons vu qu'au mois de mai 1 870 la fiituation était complètement pacifique.

En Allemagne personne ne désirait la guerre, personne n'y pensait. Les ministres et les généraux prenaient leurs dispositions pour passer la saison d'été.

Les idées de paix dominaient également en France, où Ton semblait mieux juger la situation de l'Allemagne, en arrivant à reconnaître le droit qu'avait cette contrée de chercher à arriver à l'unité et de régler elle-même ses affaires intérieures. Il y avait, il est vrai, un parti belliqueux de la cour qui voulait rajeunir dans le sang la dynastie napoléonienne, et qui profitait des maladies répétées de l'Empereur pour lui faire admettre la nécessité de ce rajeunissement. D'après les idées répandues depuis longtemps, la guerre des frontières du Rhin était la seule qui pût cx>nduire au but. Mais, comme nous venons de le voir, l'armée française n'avait encore rien gagné par la loi du !•' février 1868. La partie essentielle de cette loi, la création de la garde mobile, était encore à faire, et l'on s'était borné jusqu'à présent à nommer en l'air les officiers de cette garde, qui s'étaient empressés de se faire habiller parce qu'ils se trouvaient jolis dans leurs uniformes. Le seul véritable progrès de l'armée française, c'étaient le chassepot et la mitrailleuse.

Si Ton comparait la situation militaire de la France à celle de l'Allemagne, on devait se dire que la France ne pouvait pas songer à déclarer la guerre à l'Allemagne sans avoir des alliances. C'était là ce que devait se dire aussi

iampmur j^apcdéon liiii«a£oM^, qui ne pouvait pas désirer une guerre dans laquelle il serait battu.

Maî&pt^ 1a Franpo pouv^dt-elle trouvera eetta époque des aUÎAiifi» contre l'ÂUeinagne ? Le parti de la guerre rc^rdait natupeUenient du côté de T Autriche et de l'Italie.

Oi|*avaitr-Qp h espérer de rAutriche? M. de Beust, l'un de ees faonmes heureux qui sont royalement récompensés de leurs services, même d'une valeur douteuse, jusqu'à ce que la fortune les abandonne à l'improviste, tenait pour son ouvre capitale de rapprocher l'Autriche de la Hongrie et de fonder Tempire austro-hongrois. Le Commencement d'une guerre offre toujours pour un semblable empire des difficultés considérables ; et en outre la grande œuvre de M. de Beust n'avait jamais été faite que sur le papier. Les aspimions vers de nouveaux accommodements se montraient dans tous las pays de l'empire d'Autriche , et TAutriche de I870ûffirait beaucoup plus l'image du système de groupes de Belcredi que du dualisme de Beust. Les finances de rAutriche ne s^amélioraient que lentement, et la guerre n'est jamais un moyen de relever les finances ; en outre, il n'était PAS douteux que si l'Autriche prenait parti pour la France, b Russie se rangerait de l'autre cAté et chercherait à se ^mmager aux dépens de l'Autriche.

£o Italie le parti de la cour penchait fortement pour la fmm ; et la guerre de 1866 avait plutôt éloigné querap* pmhé de la Prusse eertains membres de ce parti, entre autres LAmarmora. L'Italie moderne a toujours tiré son épÎAgledu jeu depuis 18S9 quand les autres se battaient. Ôie y comptait encore cette fois, et la part du butin qu'elle eoQvoitait netuellemant était le territoire qui restait encore au paper Mai§ la Prusse pouvait le lui concéder aussi bien que la France» Les finances italiennes étaient encore en plus mauvais état que celles de l'Autriche et exigeaient unpin^q^ement une habile administration. Tout cela était de nature èl^re hésiter le parti de la cour lui-même lorsqu'il itait invité à prendre part, avec l'empire français, à une guerre contra l'Allemagne.

La France n'avait donc pas trop à compter pour le moment sur des alliances.

Au mois de juin les indices d'opinions pacifiques se montrèrent encore plus clairement en France. H y régnait une sécheresse extraordinaire, — nous-mème avons habité la France du 9 avril au 28 juin sans voir tomber une goutte d'eau, — la récolte des fourrages manqua et il fallut prendre des mesures particulières pour permettre aux paysans de conserver leur bétail. Par suite du manque de fourrages, le ministre de la guerre ordonna de vendre un grand nombre de chevaux de l'armée:

M. Ollivier avait déjà fait, il est vrai, tout ce qu'il avait naguère condamné dans ses discours et ses écrits, mais on ne pouvait certainement pas douter de son amour de la paix, puisqu'elle était dans son intérêt. Lorsqu'il parvint à renverser un de ses adversaires du parti de la guerre et de la cour, cela devait nécessairement être considéré comme une nouvelle preuve de la prédominance des idées de paix.

Ce fait d'une certaine importance arriva justement vers le milieu de juin 1870. D s'agissait de M. QémentDuvernois. Ce joiu*naliste, assez bien doué, avait fait jusqu'en 1867 l'opposition la plus vive au côsarisme. Cette aimée encore il fit imprimer sur l'expédition du Mexique un livre qui, habilement écrit et calme dans la forme, n'en était pas moins la condamnation évidente du césarisme. L'édition française de cet ouvrage fut détruite et il en parut plus tard une traduction allemande. Immédiatement après on vit M. Clément Duvernois se rapprocher du gouvernement impérial. On pouvait alléguer que M. Duvernois s'était laissé gagner à l'Empire par les tendances parlementaires exprimées dans la lettre du 19 janvier 1867, bien que ses adversaires affirmassent que la suppression de son livre sur l'expédition du Mexique lui avait été payée très-cher. Mais M. Duvernois rendit de jour enjour plus impossible d'excuser son changement de drapeau. Le 1" février 1869, il se chargea de la rédaction d'un nouveau journal « le Peuple Français^ » qui se vendit à peu près le prix du timbre. Ce

H journal entretenu » devait nécessairement avoir un u eri' tnteneur^ » qui n'était autre que l'empereur Napoléon.

Ce journal fut le journal du césarisme ; M. Duvernoîs était devenu l'intime ami de l'Empereur; non content de transmettre au public les pensées de l'Empereur, il s'érigea bien nte en conseiller du Souverain. Plus la santé de Napoléon m était mauvaise, plus M. Clément Duvernois criait haut. D était un de ceux qui conseillaient le plus à l'Empereur de « faire grand » , c'est-à-dire la guerre sur le Rhin pour 0 réparer la brèche de Sadowa » . Grâce à la réputation méritée du « Peuple français » , Clément Duvernois fit croire à la France que l'Empereur lui-même ne cherchait qu a faire grand. En 1869 Duvernois fut élu au Corps législatif comme candidat officiel dans les Hautes-Âlpes. Dès qu'Ollivier accepta la présidence du ministère du 2 janvier 1870, il fut attaqué par Duvernois avec une persistance inouïe, attaqué pour son insuffisance, pour son manque d'énei^ie, pour ses hésitations, attaqué d'un point de vue césariste. L'opinion publique disait que ces attaques de Du- \ émois prouvaient que l'Empereur lui-même ne voulait pas entendre parler de ce ministère. OUivier, ne pouvant- pas supporter cette situation, se plaignit à l'Empereur et lui demanda qui, de lui ou de Duvernois, devait s'en aller. Le 16 juin. Napoléon III sacrifia son ami Clément Duvernois en l'engageant à quitter la rédaction du « Peuple français » . La querelle avait duré longtemps ; la décision finale n'en eut que plus d'importance.

M. Mony, député, avantageusement connu en France comme ingénieur, avait annoncé pour le 20 juin 1870 une interpellation au sujet du chemin de fer du Saint-Gothard. On songeait depuis longtemps en Suisse à percer les Alpes par un chemin de fer qui réunît les plaines du nord de la Suisse avec celles d'Italie. Un grand tunnel étant absolu-» ment nécessaire, cette entreprise devait coûter des sommes , énormes. On discuta longtemps en Suisse sur la direction à suivre, et beaucoup d'intérêts locaux furent rais en avant.

Les uns demandaient le Siraplon, d'autres le Lukmanîer ou le Spiflgen, d'autres enfin le Saint-Gothard.

Mais le tunnel du mont Cenis d'un côté étant presque terminé, et le chemin du Brenner de l'autre côte complètement achevé, il ne restait pour le chemin des Alpes (jue la ligne du Saint-Gothard, à moins de faire à la fois trois ou quatre tunnels.

Cependant cette ligne était encore si coûteuse qu'une compagnie privée ne pouvait pas l'entreprendre sans avoir des garanties des puissances intéressées ; les forces seules de la Suisse ne suffisaient pas non plus pour commencer cette entreprise. Or, comme l'Italie et l'Allemagne étaient également intéressées à son exécution, des négociations furent entamées entre la Suisse et l'Italie d'un côté, puis entre ces deux Etats et la Confédération allemande du Nord; elles aboutirent à la convention de Varzin du 20 juin 1870,

Quelques mots que le comte de Bismarck avait dits antérieurement au reichstag sur cette question-là fournirent donc à M. Mony le sujet de son interpellation. On prévoyait que le 20 juin, jour annoncé pour cette interpellation, les intérêts commerciaux de la France ne seraient pas seuls en question, mais qu'on y parlerait politique et delà neutralité de la Suisse, soi-disant menacée par la Prusse. Des poli- . tiques avisés craignaient de voir certains orateurs s'échauffer et profiter de l'occasion pour soufûer le feu contre la Prusse, ce qui pouvait amener, sinon la guerre, au moins des difficultés diplomatiques inutiles.

Dès que le docteur Kern, envoyé fédéral à Paris, connut le dessein de M. Mony de faire une interpellation, il se rendit chez le duc de Gramont et lui prouva, pièces en main, qu'il n'y avait rien dans les traités concernant le Saint-Gothard qui pût menacer la neutralité de la Suisse, que la Suisse, au contraire, avait eu grand soin, dans toutes les négociations, de protéger sa neutralité, et qu'elle avait fait introduire plusieurs clauses, destinées spécialement à empêcher plus tard qu'une fausse interprétation des traités

ne pût {imiter la neutralité ou la souveredneté de la Confédération helvétique. Au reste, ajoutait le docteur Kern, la Suisse serait heureuse si, aux mêmes conditions et sous les mêmes réserves, la France voulait traiter avec elle pour un chemin de fer du Simplon.

Lorsque M. Mony développa, le 20 juin, son interpellalion, il avait également réfléchi, et la conclusion de son loog discours fut que la France n'avait à s'inquiéter en rien <in chemin de fer du SaintrGothard. On lui demanda ausâtôt avec raison pourquoi il avait fait son interpellation. Il répondit que c'était aJSn d'engager le gouvernement français à coastruire des canaux pour favoriser le commerce de Marseille ! — Dans sa réponse, le duc de Gramont traita la question très-pacifiquement et d'une manière conforme aux idées du conseil fédéral suisse. La gauche demanda eiismle au ministre de la guerre s'il ne craignait pas que le chemiû de fer du Saint-Gothard, dans les conditions où il ^ faisait, ne vînt troubler l'équilibre militaire de l'Europe au détriment de la France. Celui-ci répliqua que cela pourrait arriver, mais d'une manière si minime qu'il ne valait pa^ la peine d'en parler ; que du reste le chemin du Saint- ^^<^4ard ne serait pas fini du jour au lendemain, qu'il fau- <iraitpour cela 15 ou 16 ans et qu'on avait tout le temps ^ peser mûr^nent la chose. La majorité du Corps législatif fut sati^aite ; M. Ferry ne troubla même pas sa tranpllité en faisant quelques sorties, et disant que ceux qui 'aident faire actuellement le chemin du Saint-Gothard ^^eot les mêmes qui avaient laissé faire Sadowa.

li'incident était terminé ; les craintes avaient été

vaines.

Ucamp de Ch&lons ne reçut, en 1870, qu'une série de ^upes au lieu de deux comme les années précédentes, rendant cette série que commandait le général du génie l'PDssard, il devait y avoir un grand exercice de siège. Un ouvrage provisoire avait été construit dans ce but, près de '* ferme Saint-Hilaire. Trois fronts bastionnés de ce fort *^^^ient être terminés au milieu île juillet 1870 et le siège

commencerait aussitôt. Beaucoup d'officiers des armées étrangères devaient y assister. Rien n'annonçait au camp de Châlons des préparatifs de guerre.

Le 30 juin, le Corps législatif discutait la loi qui devait abaisser à 90,000 hommes le contingent habituel de 100,000 hommes. La loi fut adoptée. OUivier déclara à cette occasion que jamais la paix de l'Europe n'avait été mieux assurée, et que rien ne la menaçait.

Nous avons reproduit avec intention les indices de l'opinion pacifique en France qui nous ont semblé les plus caractéristiques. OUivier disait vrai ; personne ne pouvait se douter le 30 juin qu'avant huit jours le gouvernement français saisirait un prétexte futile pour faire la guerre à la Prusse, — c'est cependant ce qui arriva.

Poursuivons, dans ses détails, l'étude de cette malheureuse affaire.

L'Espagne avait, depuis 1843, pour reine constitutionnelle Isabelle II de Bourbon, née en 1830, fille de Ferdinand VII et de la princesse napolitaine Marie-Christine.

La dame avait très-bon cœur, mais elle avait été élevée dès son enfance dans la bigoterie et le libertinage. Son gouvernement consistait en un perpétuel changement de favoris et de généraux que des « pronunciamentos » militaires élevaient sur le pavois et qui gouvernaient réellement au nom de la reine. La guerre civile était, en Espagne, une institution. En 1868 mourut le ministre-président Narvaez, duc de Valence, qui était un « moderado», c'est-à-dire en langage espagnol un sanglant réactionnaire. Si la reine avait eu alors près d'elle quelques conseillers honorables, elle eût peut-être pu mettre l'Espagne dans la bonne voie ; mais comme ces conseillers manquaient, elle ne le fit point. Elle chargea de former un nouveau cabinet Gonzalès Bravo, homme violent dont elle avait peur parce qu'il l'avait brutalisée lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant de douze ans, pour lui arracher la signature d'un ordre.

Gonzalès Bravo administra tout à fait dans le mémo sens

que .\arvaez. Après maintes folies que lui avait dictées son ambition, il fit arrêter, le 7 juillet 1868, les généraux Serrano, Dulce, Zabala, Cordova, Letona, Echague et Cabaltero de Rodas, qui n'appartenaient pas au parti réactionnaire extrême et qu'il fit ensuite interner ou déporter. En même tonps, l'intrigant duc de Montpensieret safemme l'infante liHiise, sœur cadette de la reine Isabelle, furent exilés <iîspagne. Ils se rendirent à Lisbonne. Le duc de Montpensîer, circonspect, mesquin et avare, n'était point aimé des Espagnols, qui l'avaient surnommé « le duc au parapluie », mais son exil lui valut un certain relief.

D en fut de même de la plupart des généraux susmentionnés, dont chacun avait des partisans dans l'armée, et personne ne se crut plus en sûreté après leur arrestation. On se mit alors à conspirer contre la reine Isabelle, son fa\ori Marfori et le souverain de fait Gonzalès Bravo.

Au moU d'août 1868, un vent révolutionnaire soufQait *ur l'Espagne et se faisait sentir jusqu'à la cour.

Cependant la reine Isabelle avait confiance dans ses alKés au delà des Pyrénées, l'empereur Napoléon III et 1 impératrice Eugénie ; elle voulait conclure avec eux une ^fcce intime, destinée à la protéger elle-même ainsi que le Saint-Père, qui venait de lui envoyer la rose d'or P^ mettre le sceau à une vertu bien connue de tout le DKinde.

Au mois d'août, elle envoya à l'empereur Napoléon le "^l^de Giiçenti, frère du roi François de Naples, et marié ^^P^is le mois de mai à sa fille aînée Isabelle. La cour de France accueillit le jeuiie couple avec la plus grande distinction.

1^ bonne reine Isabelle se rendit ensuite elle-même à * ^mt-Sébastien, pour prendre les bains de mer et se rapprocher en même temps de la frontière française, îifin " avoir plus facilement une entrevue avec l'empereur Na- Héou.

Sur ces entrefaites, les généraux bannis avaient noué des relations avec les chefs des différents partis de l'opposition,

et le pronunciamento de 1868 ne se fit plus au nom de h reine, mais bien contre la dynastie. Les généraux banni; se mirent à la tète du mouvement, et les troupes restées fidèles à la reine Isabelle furent promptement battues Isabelle avait disgracié Gonzalès Bravo pour mettre àk tète du ministère don José C!oncha. Mais ce dernier se prononça aussi contre elle, en lui demandant de renvoyei son favori Marfori.

Après beaucoup d'hésitations, la reine se décida, le 30 septembre, à se réfugier en France et mit aussitôt son projet à exécution. Accompagnée de son étrange cour, elle alla voir à Biarritz l'empereur Napoléon III, Timpératrice Eugénie et le prince impérial, et se rendit ensuite au château de Pau, que Napoléon lui assigna pour résidence.

L'entrevue de Biarritz fut triste ; Napoléon avait-il des pressentiments ? Pouvait-il penser que ce mois de septembre devait lui être aussi fatal deux ans plus tard ?

Le 3 octobre, Isabelle adressa à l'Espagne une protestation contre sa déposition, qui, par le fait, n'avait été qu'une fuite.-

Des juntes provinciales s'étaient formées dans toute l'Espagne. Mais il fallait une administration, et l'on ne savait pas où la centraliser. La junte de Madrid en revendiqua la prérogative et demanda au maréchal Serrano, qui était entré à Madrid, le 3 octobre, après avoir battu les troupes royales à Alcolea, de former un gouvernement provisoire. Serrano accepta cette mission sans difiBcultés.

n y avait en Europe beaucoup de gens qui se figuraient que les Espagnols seraient contents d'être débarrassés à si bon marché d'une dynastie enracinée chez eux, et de pouvoir se déclarer en république. D existait môme en Espagnr un parti républicain dont les adhérents n'étaient pas le? plus mauvaises gens.

Mais le gouvernement provisoire de Serrano se composait uniquement de partisans de la monarchie constitutionnelle ; et, à partir de ce moment, l'histoire de l'Espagne se résuma réellement dans la recherche d'un roi.

Les candidats ne manquaient point, et chacun d'eux avait >es partisans.

En première ligne était d'abord le duc de Montpensier, qui, malgré son avarice, dépensa beaucoup d'argent pour grossir son parti. Les monarchistes espagnols qui voulaient lifflité de la péninsule ibérique, c'est-à-dire la réunion de l'Espagne et du Portugal, songeaient à un roi portugais, soit an roi régnant Louis, soit à son père, Ferdinand, qui î'était retiré des affaires avec le titre de roi et vivait paisible à Oporto. Ces deux princes ne montraient pas un grand désir d'accepter le fardeau du trône d'Espagne. — Les anciens carlistes mettaient en avant un prétendant de cette antique race, et, d'après eux, le roi légitime devait être don Juan, le troisième fils du vieux don Carlos.

Mais cet homme s'était rendu impossible, même au parti légitimiste, par sa conduite en 1860. Il avait fait, à cette époque, une levée de boucliers pendant la guerre du Ma- ^ qui rapprochait pour un instant tous les partis et était considérée, en Espagne, comme une espèce de guerre ^nte. Son général Ortega fut pris et fusillé, et lui-même ^ sauva, à demi vêtu, dans un fiacre, d'où lui était resté le ^oniom de ce Don Juan alla iartana (1). » Il écouta, cette fois, les avis de ses partisans et abdiqua en faveur de son fils, qui, sous le nom de Charles VU, monta le 3 octobre ^866 sur son trône in partibus^ et annonça, le 28 octobre, ^n avènement aux souverains de l'Europe.

I^ constitutionnels espagnols cherchèrent également un roi en Italie ; mais là aussi ils rencontrèrent des scrupules.

Le roi était donc introuvable, et c'était surtout la faute ^u gouvernement français. Ce dernier voulait remettre sur 'e trône d'Espagne — non pas la reine Isabelle — mais ^B fils, le jeune prince des Asturies, né le 28 novembre •857. n espérait ensuite pouvoir gouverner le nouveau roi, et c'est pour cela qu'il intriguait contre toutes les autres

(1) Nom espagnol d*ane voitare de place.

candidatures, tout en agissant sur la reine Isabelle, qui, ennuyée du séjour de Pau, ne tarda pas à transporter sa résidence à Paris.

Malgré l'appui que portait hautement le gouvernement français à la candidature du jeune prince AJphonse,^il fut cependant question à Paris, dans Tété de 1869, d'un autre candidat qui ne paraissait pas trop désagréable dans \e^ cercles touchant aux Tuileries. Ce candidat était un prince de HohenzoUern-Sigmaringen.

Les princes de HohenzoUern-Sigmaringen et de HohenzoUern-Hechingen avaient vendu leurs principautés en 1849 aux Hohenzollern qui gouvernent depuis des siècles le Brandebourg et la Prusse et sont, depuis des siècles, protestants. Les HohenzoUern-Sigmaringen, parents fort éloignés de la branche prussienne, sont toujours restés catholiques.

Le chef de cette famUle était actueUement le prince Charles Anton, général prussien. C'est le fils du prince Charles et d'une princesse française, Marie-Antoinette, nièce de Murât, ancien roi de Naples. Il a épousé en 1834 la princessse Joséphine, fille du grand-duc Charles-Frédéric de Bade, et de la princesse Stéphanie, cousine d'Hortense de Beauharnais.

Le chef de la famiUe de HohenzoUern-Sigmaringen a eu de sa femme cinq enfants, savoir :

Le prince héritier Léopold, né en 1835 ;

Le prince Charles, né en 1830, et actueUement prince élu de Boumanie ;

Le prince Anton, né en 1841, officier au service do Prusse, blessé dangereusement à Kœniggraetz, le 3 juUIct 1866, et mort de ses blessures au mois d'août ;

Le prince Frédéric, né en 1843 ;

La princesse Marie, née en 1845.

C'est du prince Frédéric, né en 1843, qu'il fut d'abord question à Paris, en 1869, comme candidat au trône d'Espagne. On n'avait alors rien à objecter contre la candidature de ce jeune prince, d'une branche catholique, qui était beau-

coup plas proche parent de l'empereur Napoléon que du roi Guillaume de Prusse, comme cela ressort clairement de ce qui a été dit plus haut. On affirmait même que Timpératfice Eugénie favorisait ouvertement la candidature du prince Frédéric, et que celui-ci devait épouser une parente de l'Impératrice.

Ce dernier point ne plaisait pas, à ce qu'il paratt, aux gens qui gouvernaient l'Espagne. Ils voulaient bien d'un prince de Hohenzollern-Sigmaringen, mais non pas du mariage en question.

Ce ne fut qu'à l'automne suivant que surgît le projet d'appeler au trône d'Espagne le prince héritier de HohenzoUera-Sigmaringen, Léopold. Puisque la France, après avoir repoussé toutes les candidatures antérieures, avait accepté celle du prince Frédéric, pourquoi n'accepterait-elle point celle de son frère aîné le prince Léopold ? Celui-ci avait en outre, aux yeux des partisans de l'union ibérique, l'avantage d'avoir épousé, en 1861, la princesse An tonia, fille du roi Ferdinand de Portugal. L'intrigant maréchal Prim, auquel il n'était vraiment pas permis de se livrer, fut autorisé à entamer des négociations avec le prince Léopold de HohenzoUern-Sigmaringen.

Si le prince Léopold eût connu le maréchal Prim, il est fort probable qu'il eût refusé d'entrer en pourparlers avec lui. Mais cela importe peu.

D n'est pas douteux que le parti français de la cour connut aussitôt ces négociations; mais, s'il avait agréé la candidature du prince Frédéric , celle de son frère aîné, le prince Léopold, lui fut des plus désagréables.

C'est de cette époque que datent les efforts du parti de la cour pour déterminer la reine Isabelle à abdiquer en faveur de son fils, le prince Alphonse des Asturies.

Ces efibrts furent couronnés de succès à la fin de juin i 870: la reine Isabelle abdiqua en faveur de son fils, et l'annonça aux Espagnols dans un long manifeste où elle se réservait tous ses droits.

A peu près vers le même temps, on apprit en France que

le prince Léopold de Hohenzollern avait déclaré qu'il accepterait le trône d'Espagne s'il était élu roi par la majorité des Cortës.

Dans un conseil des ministres, tenu àjtfadrid, le 5 juiUet, il fut décidé que les Cortès se réuniraient le 22 du môme mois ; l'élection du prince Léopold, pour lequel on comptait sur une forte majorité, devait avoir lieu le l®' août, et le nouveau roi entrerait ensuite en Espagne le 1*^ novembre.

Le jour môme que se tenait à Madrid ce conseil des ministres, M, Cochery faisait au Corps législatif une interpellation aii sujet des affaires d'Espagne. — Cochery, avocat, né en 1820, fut nommé chef du cabinet du ministre de la justice après la révolution de février 1848, mais il abandonna bientôt le service de l'État pour redevenir avocat et se faire ensuite journaliste. En 1869, il se présenta aux élections dans le département du Loiret comme candidat de l'opposition démocratique et fut élu malgré le gouvernement, n signa l'interpellation des 116, et siégeait au centre gauche.

Lorsque M. Cochery déposa son interpellation, le parti de la cour était déjà résolu à profiter de l'incident pour humilier la Prusse ou pour lui faire la guerre.

Dans le conseil des ministres du 5 juillet, on avait arrêté une réponse à l'interpellation Cochery ; elle pouvait encore paraître pacifique à une partie des ministres, mais elle signifiait la guerre pour les autres.

Le duc de Gramont porta cette réponse à la Chambre, le6juillet. Ildit:

« Il est vrai que le maréchal Prim a offert au prince Léopold de Hohenzollern la couronne d'Espagne et que ce dernier l'a acceptée; mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé et nous ne connaissons pas encore les détails vrais d'une négociation qui nous a été cachée.

ce Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à la nation espagnole, et d'éviter tout ce qui aurait pu avoir les apparences d'une immixtion quelconque dans les affaires in-

térieures d'une noble et grande nation en plein exercice de sa souveraineté.

« Nous ne sommes pas sortis, à Tégard des divers prétendants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous n avons jamais témoigné pour aucun d'eux ni préférence ni cloignement. Nous persisterons dans cette conduite.

« Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, puisse déranger à notre détriment l'équilibre actuel des forces en Europe, et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas. Pour l'empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur Vamitîé du peuple espagnol.

« S'il en était autrement, forts de votre appui, messieurs, et de celui de la nation, nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse. »

La droite, le centre droit et même une partie du centre gauche accueillirent cette déclaration par des applaudissements enthousiastes.

La gauche demanda que Ton produisît les documents ; ses orateurs, et surtout Picard, Crémieux et Arago y flairaient la guerre. Ils dirent qu'on voulait y précipiter la France avant qu'elle eût le temps de se reconnaître ; qu'il devenait complètement inutile de continuer la discussion du budget ; que ce budget n'avait de sens que dans l'hypothèse d'une paix certaine, et que la guerre que l'on préparait en ferait une absurdité.

Ollivier chercha l'apaisement : il croyait à la paix ; il pensait que la France n'avait besoin que de se montrer forte et énergique pour obtenir tbut ce qu'elle désirait.

Cependant, cette déclaration publique du duc de Ora^ mont à la tribune, pouvait^lle signifier autre chose qu'une gnerre contre l'Allemagne ?

Le duc de Gramont déclare que la France ne veut pas se mêler des affaires intérieures de l'Espagne. Mais alors que

lui importe que les Espagnols se donnent pour roi le prince Léopold?

Il dit, en effet, que cela lui importe peu. Mais le gouvernement ne souffrira pas qu'une puissance étrangère place un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, et trouble ainsi l'équilibre européen.

La puissance étrangère, c'est la Prusse. C'est donc avec elle que le gouvernement français veut avoir affaire, et non avec l'Espagne. Nous avons déjà expliqué quelle était la situation du prince Léopold vis-à-vis de la « puissance étrangère » . Le gouvernement français devait la connaître aussi bien que nous. S'il avait dit au gouvernement actuel de l'Espagne : nous ne voulons pas voir le prince de Hohenzollern sur le trône d'Espagne, — c'était son affaire, et c'était ensuite l'affaire du gouvernement et du peuple espagnols de céder ou de résister aux désirs du gouvernement français. — Mais que la Prusse imposât un roi à l'Espagne, que la Prusse fût rendue responsable du choix fait par les Espagnols, cela devait nécessairement être une énigme pour l'homme de bon sens. II n'était pas moins énigmatique de comprendre comment la nomination d'un prince prussien au trône d'Espagne, — en admettant que le prince héritier de Hohenzollern-Sigmaringen soit un prince prussien, — pouvait troubler l'équilibre européen.

Tout bien considéré, la seule chose à conclure de la déclaration faite par le duc deGramont, le 6 juillet, c'est que — nous ne dirons pas le gouvernement français, — mais le parti de la cour avait trouvé, ou croyait avoir trouvé, le prétexte d'une guerre des frontières du Rhin.

Le langage de la presse officieuse, après le 6 juillet, ne laissa aucun doute à cet égard. Le vieux boute-feu Girardin déclara aussitôt que si la France se montrait énergique, la Prusse se soumettrait ; si cela ne suffisait pas, les Français n'auraient qu'à entrer dans les provinces rhénanes pour rejeter les Prussiens derrière le Rhin à coups de crosse dans le dos.

Ainsi parlait toute la bande du parti de la cour. Les journawf libéraux bien rédigés tels que « les Débats, le TempSj le Siècle » , ne purent résister longtemps à Timmense vertige de la plus grande partie de la presse parisienne.

Depuis 1814 et 1815, le peuple de Paris et les troupiers français appellent volontiers « le Prussien » cette partie du corps sur laquelle on s'asseoit d'habitude ; cela fournit bientôt aux journaux hebdomadaires le sujet de dessins dont le bon goût était parfois douteux.

Nous sommes entré dans ces détails afin de donner des événements un tableau nussi exact que possible. Ce qui est plus important, c'est de montrer l'idée que le parti de la cour se faisait de la situation de l'Allemagne.

D croyait très-fermement que la circonstance actuelle était favorable à la France pour avoir affaire à la Prusse seule. Il ne s'agissait, en effet, que d'une question dynastique prussienne. L'Allemagne du Sud, où les Prussiens ne sont pas fort aimés, saisirait avec empressement l'occasion de se séparer de la Prusse. Bien plus, les ennemis qu'avait la Prusse dans la Confédération du Nord elle-même lèveraient la tête. Le Hanovre prendrait les armes ; la Saxe, dont le prince royal avait dit, en 1866, qu'il aimerait mieux être caporal autrichien que général prussien, s'appuierait sur l'Autriche et prendrait parti pour la France.

Toutes ces erreurs d'optique provenaient uniquement de ce que les diplomates français connaissaient peut-être les cours allemandes, mais sans connaître le moins du monde le peuple allemand.

Les débats de l'interpellation Cochery furent différés. Le Corps législatif se montrait fort impatient de savoir où en était la question.

Le gouvernement français s'était immédiatement adressé à tous les gouvernements de l'Europe, pour savoir ce qu'ils pensaient de son droit d'intervenir dans la question de la candidature du prince Léopold.

Les gouvernements européens ne pouvaient naturelle-

ment pas être impolis ; ils répondirent qu'ils désiraient que la paix ne fût pas troublée.

Le gouvernement prussien déclara particulièrement qu'il ne savait rien officiellement de la candidature au trône du prince Léopold, et que cette candidature ne le regardait pas.

Là-dessus, le comte Benedetti, ambassadeur français à Berlin, fut invité à se mettre directement en relation avec le roi de Prusse et à lui demander qu'il ordonnât au prince de ne point accepter la couronne d'Espagne.

Le roi Guillaume se trouvait alors aux eaux d'Ems. Benedetti se rendit à Ems, oîi il eut, le 9 juillet, une audience du roi. Ce prince répondit aux demandes de Benedetti q[u'ilue savait rien, comme roi de Prusse, de la candidature au trône du prince Léopold et qu'il n'en avait été informé qu'en sa qualité de chef de la famille de HohenzoUern ; que le prince étant majeur, le roi n'avait ni à lui permettre ni à lui défendre d'accepter la couronne d'Espagne. f>ans une seconde audience, le 1 1 juillet, Benedetti devînt plus pressant. Le roi Guillaume ne put lui répondre que ce qu'il lui avait (Ut le 9. Il ajouta seulement qu'il ne savait même pas oîi se trouvait en ce moment le prince Léopold, qui devait faire un voyage des Alpes.

Dès que le prince Léopold apprit que sa candidature soulevait des complications qu'il n'avait pas prévues et qu'il ne pouvait pas prévoir, il se décida à renoncer à cette candidature pour ne pas être la cause d'une guerre entre les deux nations civilisées de l'Europe centrale, et ne pas donner de prétexte à une telle guerre. Il pria donc son père d'annoncer son désistement partout où cela était nécessaire, et le prince s'empressa de remplir ce devoir.

Le 12 juillet, don Sallustiano Olozaga, ministre d'Espagne, à Paris, informa officiellement le gouvernement français que le prince Léopold renonçait au trône d'Espagne. On devait penser que cette déclaration terminait

l'affaire.

C'est ainsi qu'OUivier envisageait la question le 1 2 d niidi'

n dit à quelques députés, dans la salle des Pas-Perdus, qu'après le retrait de la candidature du prince Léopold il n'existait plus de différend ; que tout était terminé.

Mais ce 12 juillet fut une journée extraordinaire. C'est ce jour-là que commencèrent les envois de troupes et de matériel à Metz et à la frontière du Nord-Est. C*est ce jour-là que Qément Duvernois, l'adversaire d'OUivier, demanda au cabinet quelles garanties avait la France que des corn* plications telles que la candidature au trône d'Espagne ne seraient plus amenées par la Prusse. C'est encore ce même jour que le ministère chargea le comte Benedetti de demander au roi de Prusse qu'il défendît pour toujours au prince de Hohenzollern d'accepter de nouveau la candidature au trône d'Espagne. C'est enfin le 4 2 juillet que l'envoyé prussien, baron de Werther, qui était parti en congé le S juillet et venait de rentrer en toute hâte à Paris, eut avec 01- Uvier et Gramont une entrevue dans laquelle le ministre des affaires étrangères lui insinua que le roi de Prusse de- >Tait écrire à l'empereur Napoléon une lettre d'excuses, dans laquelle il lui déclarerait à peu près qu'en approuvant la candidature du prince Léopold, il n'avait voulu blesser w l'empereur Napoléon ni la France, et qu'il « ne le ferait plus». Le baron de Werther transmit cela au comte de Bismarck, qui lui répondit qu'il avait l'oreille dure et ne comprenait pas bien un semblable langage ; que le gouvernement français devait faire faire des communications de cette nature au gouvernement prussien par son ambassadeur à Berlin.

Le 12 juillet, Emile Ollivier se soumit de nouveau à la >Dlont6 d'autrui et se décida à défendre une chose qu'il avait condamnée dix fois. Il n'était plus maintenant que le valet de chambre déclaré du parti belliqueux de la cour.

Puis vient l'histoire du 13 juillet, — il nous faut suivre 'fis événements jour par jour. Le 13 juillet se passe à Paris etàEms,

A Paris, le duc de Gramont annonce au Corps législatif que le gouvernement français a reçu de l'envoyé d'Es-

pagne communication officielle du désistement du prince Léopold ; que les négociations du gouvernement français avec la Prusse n'ont pas encore amené de résultat, et qu'il ne peut pour cette raison en parler à la Chambre.

Mais les choses marchaient trop lentement au gré des mamelucks de l'Empire. L*un d'eux se leva pour adresser une interpellation sur les causes de la lenteur de la politique extérieure, lenteur qui mettait en danger non-seulement la fortune publique, mais l'honneur national de la France.

Ce monsieur, c'était le baron Jérôme David, fils de l'ancien roi Jérôme de Westphalie et petit-fils du célèbre peintre français Louis David. Né en 1823, il fut destiné à la marine par sa « famille )>, et servit comme mousse de 183S à 1837. Mais la mer lui déplaisant, il préféra l'armée de terre et entra à l'école de Saint-Cyr, d'où il sortit en 1841, comme sous-lieutenant de zouaves. H apprit l'arabe et trouva en Algérie beaucoup de protecteurs qui, naturellement, ne lui firent pas défaut sous l'Empire. Pendant la guerre de Crimée, il était officier d'ordonnance du prince Napoléon, son frère, et revint avec lui en France lorsque l'état physique et moral du prince ne lui permit plus de rester à l'armée. En 1857, le baron Jérôme David donna sa démission comme capitaine et se livra à des études pastorales et politiques. En 1859, il fut nommé député dans le département de la Gironde, comme candidat du gouvernement et se fit remarquer à la Chambre par ses opinions césaristes prononcées et sa grosse voix.

Pendant que les mamelucks de l'Empire perdaient ainsi patience à Paris, le comte Benedetti agissait d'après les instructions du ministère Ollivier-Gramont.

Il accosta le roi de Prusse à Ems, le 13 juillet, dans sa promenade du matin et il lui tint un discours. Le roi répondit qu'il était informé du désistement du prince Léopold et qu'il l'approuvait ; que cependant il ne savait cette nouvelle que par les journaux, qu'il sortit de sa poche et montra au comte Benedetti.

A une heure de l'après-midi, le roi de Prusse reçut pendant son déjeuner une lettre du vieux prince Charles Anton de Hohenzollern qui annonçait en termes formels la renonciation de son fils au trône d'Espagne.,

A 2 heures, le roi de Prusse envoya un aide de camp porter cette nouvelle au comte Benedetti, avec la déclaration qu'il considérait à présent la chose comme terminée.

Mais le pauvre diplomate avait, sur ces entrefaites, reçu de Paris les ordres les plus pressants. Il dit à Taide de camp du roi qu'il avait été chaîné, par le télégraphe, de demander au roi une nouvelle audience, pour lui présenter les désirs définitifs du gouvernement français, lesquels étaient que le roi approuvât d'abord le désistement du prince de Hohenzollern et, en second lieu, qu'il donnât l'assurance que cette candidature ne se reproduirait pas à l'avenir.

Le Toi fit répondre au comte Benedetti par son aide de camp qu'il approuvait la renonciation du prince Léopold de la mCme manière qu'il avait approuvé son acceptation de la couronne d'Espagne, comme une chose qui ne le regardait pas et encore moins la Prusse et la Confédération do Nord; mais qu'il lui était impossible de donner des assurances pour l'avenir dans une question qui ne le concernait point. Le roi ne pouvait du reste que s'en rapportera ce qu'il avait dit le matin au comte Benedetti.

Benedetti, qui avait des ordres très-précis, n'en demanda las moins une entrevue personnelle avec le roi pour régler ie dernier point, les sécurités pour l'avenir.

Le roi lui envoya encore une fois son aide de camp, à 5 heures et demie du soir, pour lui dire qu'il n'y avait plus à parler de ce dernier point d'après les déclarations que le roi avait faites précédemment.

Benedetti demanda où se trouvait Bismarck. Celui-ci avait bien reçu l'ordre de se rendre de Varzin à Ems, mais lorsqu'il apprit en route, à Berlin, la renonciation du prince I^opold, il considéra la question comme réglée et revint tranquillement à Varzin. Rappelé de nouveau le 13 juillet, y lui fut impossible d'arriver avant le IS.

Le 14 juillet, le roi de Prusse, qui pariait pour G(d>lentz, salua à la gare le comte Benedetti, lequel avait un pressant besoin de prendre congé de lui.

Les Allemands étaient restés parfaitement calmes devant les exigences de la France. Personne ne pensait en Allemagne que cette candidature au trône d'Espagne pût devedevenir le prétexte d'une guerre.

Qu'y avait-il, en effet, de plus frivole î

Les journaux allemands s'exprimaient alors avec la plus grande modération, ce qui faisait un contraste frappant avec le langage des journaux de Paris : « Liberté^ Patis^ Journal^ Gaulois^ Figaro^ Patrie^ Constitutionnel^ Peuple français » , etc.

Le 14 juillet, la guerre était résolue à Paris. Les préparatifs en étaient commencés depuis la veille , ainsi que nous l'avons déjà vu, mais il est vrai, sans l'assentiment de tous los ministres, parce que le parti de la cour agissait derrière les coulisses. Benedetti avait envoyé plusieurs rapports sur ce qui s'était passé à Ems le 13 juillet ; le gouvernement de la Confédération du Nord en avait lui-même informé par le télégraphe ses agents diplomatiques à l'étranger, et le parti de la cour de Paris fit de ces télégrammes des « notes diplomatiques » ,' ce qui leur donnait en effet une forme blessante.

Pendant le conseil des ministres, l'Empereur qui ne redoutait pas la guerre, mais bien un insuccès dans cette guerre, fut obligé de quitter la salle. Il y rentra bientôt en répétant ce qu'il avait déjà dit souvent : « Mais, messieurs, il me faut des garanties, des garanties 1 » — (C'était naturellement la garantie que les Français seraient sûrement victorieux, — garantie bien difficile à lui donner.)

Le maréchal Lebœuf répondit hardiment : « Sire, il ne manque plus un seul bouton de guêtre ! »

Cette assurance d'un homme du métier fit cesser toute hésitation. La guerre pouvait commencer, et elle fut décln* rée le 15 juillet.

Le i.^ juillet, M. Emile Ollivîer demanda un crédit de

300 millions de francs, et, se faisant le fidèle intei^siète de^ \iies du grand duc de Gramont, il déclara la guepre à la Prusse. Il annonça en outre que les réserves avaient été rappelées dès le 14 juillet.

Le vote du crédit de 500 millions fut déclaré d'urgence. La gauche ne prit pas part au vote ; mais le seul député gui osa faire entendre, à la dernière heure, une parole de raison^ hit le vieux M. Thiers, auquel la France doit en grande partie les fortifications de Paris. On ne peut assurément pas dire de lui qu'il n'ait pas désiré la guerre entre la France et TAUemagne, surtout si cette guerre avait pour but de conquérir les c( frontières naturelles » du nord-^st, mais cependant il vota contre cette guerre, entreprise dws les circonstances présentes. Il dit hautement que cette guerre était une faute, que Toccasion était mal choisie, que la France n'était pas prête, et qu'en outre elle était seule.

Certes, il fallait du courage pour dire en ces termes la vérité à la Chambre, en face des clameurs insensées des mamelucks impériaux. Ce n'était pourtant que la vérité !

Ollivier rendit justice au courage de M. TÎiiers, mais il prit sur lui devant l'histoire toute la responsabilité de cette gueire, — fardeau qui devait bientôt lui devenir léger. li >oudnt que cette guerre était nécessaire et il s^appuya, pour justifier cette assertion, sur l'injure qui avait été faite au comte Benedetti. Il dit que le refus du roi de Prusse de recevoir Benedetti aurait pu à la rigueur être jugé moins 2sévèr»nent, bien que le gouvernement prussien, en dédarant que la candidature du prince Léopold de HohenzoUem oe le r^ardait pas, eût forcé par là le gouvernement français à s'adresser directement au roi de Prusse ; mais que l'injure avait été aggravée par une note envoyée le 44 juillet aux cours étrangères, et dans laquelle le gouvernement prussien avait annoncé formellement le r^us du roi de Prusse de recevoir l'ambassadeur français.

La gauche demanda à voir la note en question, mais la majorité défendit d'abord tumultueusement et ensuite par >on voie de produire cette note. Ce vote était du reste trè»-

nécessaire dans l'intérêt d'Emile OUivîer, car la note n'existait pas. Il n'existait qu'une simple dépêche télégraphique du gouvernement prussien à ses agents diplomatiques à l'étranger, pour raconter ce qui s'était passé à Ems, le 13juiUet.

La majorité de la Chambre accorda au Gouvernement tout ce qu'il demandait pour la guerre.

On s'attendait du jour au lendemain à voir paraître la déclaration de guerre à la Prusse, mais elle se faisait attendre. L'Angleterre fit une faible tentative pour empêcher la guerre ; elle offrit dans ce sens ses bons offices au gouvernement français ainsi qu'au cabinet prussien. La France lui fit immédiatement un refus poli. LaPrusse, déjà instruite de ce refus, déclara qu'elle accepterait avec reconnaissance la médiation anglaise, mais à la condition que la France l'accepterait également.

C'est ainsi qu'échoua la « dernière tentative » de conciliation de l'Angleterre.

Le 19 juillet, à 1 heure et demie de l'après-midi, le chargé d'affaires intérimaire français à Berlin remit au gouvernement prussien la déclaration de guerre. D se nommait Le Sourd, nom caractéristique pour la situation.

La déclaration de guerre est ainsi conçue :

<( Le soussigné, chargé d'affaires de France, conformément aux ordres de son gouvernement, a l'honneur de porter la communication suivante à la connaissance de Son Excellence le ministre des affaires étrangères de Sa Majesté le roi de Prusse.

« Le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur des Français ne pouvant considérer le projet d'élever un prince prussien au trône d'Espagne que comme une entreprise dirigée contre la sécurité territoriale de la France, s'est vu forcé de demandera Sa Majesté le roi de Prusse l'assurance qu'une semblable combinaison ne se reproduirait plus à l'avenir avec son assentiment.

« Sa Majesté le roi de Prusse ayant refusé cette assurance, et ayant au contraire déclaré à l'envoyé deSaMajestti

lïfflpereur des Français qu'il voulait se réserver, pour cette éventualité comme pour toute autre, de consulter les cirœnstances, — le gouvernement impérial a dû voir dans celte déclaration du roi une arrière-pensée menaçante pour la France et pour l'équilibre européen. Cette déclaration a reçu on caractère encore plus sérieux par la communication feite aux cabinets étrangers du refus de recevoir l'envoyé <le l'Empereur et d'entrer avec lui dans de nouvelles explifations.

« En conséquence, le Gouvernement français a cru de son devoir de songer sans délai à la défense de sa dignité blessée, de sfô intérêts menacés, — et résolu, dans ce but, à prendre inntes les mesures qui lui sont ordonnées par la situation gui loi est faite, il se considère dès à présent comme en état de guerre avec la Prusse. »

L' Allemagne était forcée à la guerre par la légèreté du gouvernement français. Mais il n'est pas juste de rendre te peuple français responsable de cette guerre. La nation française ne la désirait pas plus que la nation allemande.

L'Allemagne était forcée à la guerre. Le roi de Prusse, président de la Confédération allemande du Nord, avait été offensé par les exigences du comte Benedetti. Il est certain que le prétexte de cette guerre n'aurait pas pu exister si toute l'Europe avait été républicaine, car il n'y aurait pas eu alors d'Espagne cherchant un roi.

Hais cette hypothèse écartée, la chose était bien difTérente.

Le roi de Prusse devait être blessé. La plupart des jouraanx de Paris, — le Gaulois^ le Figaro^ Paris-Journal^ le (Constitutionnel, la Liberté et bien d'autres l'affirmaient haatanent.

Tant qu'il y aura des gouvernements monarchiques, une lûsnlte faîte avec intention au monarque placé à la tête d'une nation sera toujours ressentie par la nation elle-

L'n républicain a bien le droit déparier ainsi, puisqu'au- ^^ républicain n'hésiterait un instant à prendre pour lui-

même une insulte gui serait faite officiellement par Tétran* ger au président de sa république.

La chose était si simple qu'il n'était pas en Allemagne un enfant qui ne la comprît, et beaucoup de personnes, des plus modérées, ne comprenaient pas, après le 15 juillet, que le gouvernement de la Confédération du Nord persistât dans sa modération.

On aurait pu encore se demander ce que faisait à l'Allemagne du Sud l'insulte faîteau roi de Prusse. Mais les journaux de Paris se chargeaient de la réponse ; ils comptaient sur un duel entre la France et la Prusse, ils spéculaient sur les divisions de l'Allemagne, ils croyaient que les Allemands se diviseraient encore une fois en face de l'étranger menaçant un de leurs territoires, et cela 60 ans après la mort de Schiller, 40 ans après la mort de Gœthe, malgré toutes leurs conquêtes dans le domaine de l'art, de la science, du commerce et de l'industrie, — conquêtes faites en commun, et pour lesquelles il avait fallu réunir toutes les forces de l'Allemagne.

A cela il fallait répondre fortement, énergiquement. C'était un outrage qui s'adressait à tous les Allemands. Us devaient y répondre non pas : nous voulons devenir un peuple uni de frères, — mais nous sommes ufi seul peuple de frères.

Vous croyez que nous allons nous diviser? Non, mille fois non !

Et ce qui devait arriver arriva. Une seule voix se fit entendre dans toute l'Allemagne ; une voix domina tous les partis. L'Allemagne du Sud et celle du Nord se levèrent dans une même pensée. Les provinces allemandes de l'Autriche, bien que séparées politiquement de l'Allemagne, avaient les mêmes idées que les autres pays allemands, et auraient au besoin créé de grandes difficultés à M.deBeust.

L'ordre de mobilisation de l'armée allemande du Nord fut donné dans la nuit du 14 au 15. Les Etats allemands dti Sud déclarèrent promptement leur adhésion.

En même temps, le reichstag allemand était convoqué à

Berlin pour le 19 juillet, le jour même où le Corps législatif français était prorogé pour ne pas créer d'obstacles. Lorsque le roi de Prusse ouvrit la séance du reichstag, le 19 juillet, à midi, la déclaration de guerre officielle de la France ne lui avait pas encore été communiquée, mais il savait qu'elle était à Berlin. Son discours du trône fut un modèle de modération, et nous en extrayons les parties qui nous semblent le mieux caractériser l'opinion actuelle de l'Aile^ magne, parce que dès qu'une guerre aussi insensée est commencée, la raison se trouble. Quand deul grandes nations qui se valent se sont laissé entraîner dans une guerre semblable, la raison disparaît trop facilement des deux côtés et le règne de la folie commence,

« Si, dans les siècles précédents, disait le roi de Prusse, après avoir en quelques mots rappelé la situation, TAlle-i magne a supporté en silence ces atteintes portées à son honneur, elle ne les a supportées que parce que, dans son déchirement, elle ne savait pas combien elle était forte. Aujoord'hui que le lien d'une union morale et légale, lien que les guerres de l'indépendance ont commencé & établir, oait ensemble, avec une connexité qui sera d'autant plus étroite qu'elle durera plus longtemps, les membres de la bmille aillemande ; aujourd'hui que les armements de l'Allemagne ne laissent plus de porte ouverte à l'ennemi, l'Almagne porte en eUe-mème la volonté et la force de se dé-* tendre oontre les nouvelles violences de la France.

« Ce n'est pas l'outreouidanoe qui me dicte ces paroles. I^ gouvernements confédérés, ainsi que moi-*môme, agis-* sent dans la pleine conscience que la victoire et la défaite sont entre les mains du dieu des batailles.

« Nous avons, d'un regard calme et dair, mesuré la responsabilité qui, devant le jugement de Dieu et des hommes, ineombe à celui qui pousse à des guerres dévastatrices deux gnmdg et pdaibles peuples habitant au cœur même de llorope.

« Le peuple idlemand et le peuple français, ces deux pioplee qui jouissent, chacun au même degré, des bienfaits

de la civilisation chrétienne et d'une prospérité croissante, sont appelés aune lutte plus salutaire que la lutte sanglante des armes. Mais les hommes gui gouvernent la France ont su, par une fausse politique calculée, exploiter pour leurs intérêts et leurs passions personnelles Tamour-propre légitime, mais irritable, du grand peuple qui est notre voisin.»

A quelle époque, au début d'une lutte entre deux nations, de plus nobles paroles onirelles été prononcées par le chef d'une de ces nations?

Mais nous serons forcé de revenir plus tard sur ces paroles pour rappeler que la noblesse et la raison disparaissent dès qu'une guerre insensée a éclaté entre deux nations qui, toutes deux, voulaient la paix.

Dans l'adresse du reichstag allemand au roi de Prusse, il était dit :

« Nous avons confiance en Dieu dont la justice punit le crime sanglant. Des rivages de la mer jusqu'au pied des Alpes, le peuple s'est levé à l'appel de ses princes, réunis dans une même pensée. — Aucun sacrifice ne lui est trop pénible. — ^L'opinion publique du monde civilisé reconnaît la justice de notre cause. — Les nations amies voient dans notre victoire la délivrance de la domination bonapartiste qui pèse sur elles, et l'expiation des injustices qu'elles ont subies. — Le peuple aUemand trouvera enfin sur un sol respecté de toutes les nations, une libre et paisible unité. »

Le 20 juillet, le chancelier fédéral comte de Bismarck présenta au reichstag les documents qu'il avait rassemblés à grand'peine sur les causes de la guerre. Parmi eux se trouvait la réponse qu'il avait dû faire le 18 juillet à lord Loftus, ambassadeur anglais à Berlin, au sujet de l'offre d'intervention de l'Angleterre.

H s'y trouve le passage suivant :

« La France a pris l'initiative de la guerre, et y a persisté après que la première complication eut été matériellement écartée, de l'avis même de l'Angleterre. Si nous prenions maintenant l'initiative des négociations, cette démarche ne serait pas comprise du sentiment national des Allemands,

qui s'est trouvé profondément blessé par les menaces de la France. Notre force réside dans le sentiment national, de justice et d'honneur de la nation, tandis que le gouvernement français a montré qu'il n'avait pas le même besdn de cet appui dans son propre pays. »

L^ armées marchèrent sur le Rhin de l'est à l'ouest. Pendant ce temps, il se faisait une campagne diplomatique que nous ne pouvons point passer sous silence.

Il parut, en effet, dans le Times ^ une communication sur les négociations antérieures entre Bismarck etBenedetti, qui roulaient en grande partie sur la Belgique, et dont nous avons déjà donné les principaux points.

Cette communication causa en Angleterre, dans le parlement et le peuple, une vive émotion. Ainsi donc, pendant qu'on avait cru vivre dans une paix profonde, de pareilles nëgodations avaient lieu; pendant que l'Angleterre croyait 1b neutralité de la Belgique aussi assurée que possible, cette neutralité était très-menacée I On demanda des explicaons.

C'est ce que voulait Bismarck. Le 27 juillet, il télégraphia au comte de Bernstorff, ambassadeur de la Confédétion du Nord à Londres, que les communications du Times étaient parfaitement conformes à la vérité ; et, le 29, il envoya une longue dépèche circulaire dans laquelle il racon- Udttout au long les diverses propositions que lui avait faites la cour de France, en disant que le projet de traité, écrit de la main de Benedetti, et dont nous avons parlé, se trouvait entre ses mains, et que les envoyés d'Angleterre, d'Autriche, de Russie, de Bade, de Bavière, de Belgique, de Hesse, d'Italie, de Saxe, de Turquie et de Wurtemberg, à Berlin, avaient reconnu l'écriture de Benedetti.

Le passage le plus important de la note de Bismarck nous semble être le suivant :

tt Je pense que ce n'est que la conviction qu'il n'arriverait pas par nous à agrandir le territoire français qui a décidé l'Empereur (Napoléon) à chercher cet agrandissement en nous faisant la guerre.

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