Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871
Les événements de 1860 en Itniii s accomplissent déjà en grande partie contre le gré de iXapoIéon ; il songe beaucoup plus dès lors, dans ses entreprises, à occuper la fantaisie du peuple français ([iih altcindre un liiit positif.
A la lin de 1801, il se lance dans une opération qui devait lui être funeste ainsi qu'à l'Empire, la guerre du Mexique. La France agit d'abord de concert avec TÂngleterre et l'Espagne; mais, lorsque ces deux puissances se déclarèrent satisfaites, en 1862, des promesses de la Uépublique mexicaine, iSapoléon resta seul sur la scène en élevant ses prétentions, et prouva qu'il voulait à tout prix combattre le Mexique et, avec lui, la République des États- Unis, alors engagée dans sa grande guerre civile.
La France fit, pour la guerre du Mexique, des efforts
immenses, tout à fait hors de proportion avec les avantages
qu'elle en pouvait retirer. Néanmoins, tant que les États américains du Nord, au lieu de remporter dans la lutte des succès importants, semblèrent plutôt vaincus par le talent militaire des généraux séparatistes, l'empereur Napoléon put conserver, dans la guerre du Mexique, des espérances pour la France et pour lui.
La bataille de Gcttysl)ourg, 2-4 juillet 1863, modifia complètement la situation des États-Unis du Nord. Les Français étaient alors maîtres de la ville de Mexico depuis un mois, mais ils étaient loin de dominer le territoire de la République mexicaine. Lu outre, on n'avait bientôt plus ii douter de l'épuisement des forces des États du Sud et du triomphe définitif de TUnion américaine; et il était certain que l'Amérique ne permettrait pas aux Français impérialistes de s'établir aux frontières de TUnion.
Pendant que le ciel du second Empire se couvrait, en Amérique, de nuages menaçants, il s'en montrait de semblables en Ëun^.
Il est vrai que rexpédition garibaïdienne pour délivrer Rome dn gouvernement du pape fut battue à Aspromônte, août 1862, par les tfoupes du gouvernement italien; mais ede n en prouvait pas moins, quelque obéissant que se montrât le gouvernement italien envers Tempereur Napoléon, que ce dernier n'avait pas à compter avec le gouvemement seul, et qu'il existait en Italie d'autres éléments, que la poiiùque trançaise était impuissante k dominer complètement.
Au commencement de 18G3, Finsurrection de la Pologne russe, qui s'était jusqu'abrs traduite en processions de pénitents, se déclara au grand jour.
Dans l'été de la même année, l'empereur d'Autriche essaya de nouveau, à Frandbrt-sur-le-Main, de faire l'unité
allemande avecleconoonn des petits princes, mais il édioua devant la résistance de la Prusse.
La France, rAngleterre, l'Autriche et l'Italie firent ù la Russie, au sujet de la question polonaise, une guerre de notes diplomatiques qui ne pouvait amener de résultat.
Bref, les questions européennes abondaient en Tannée 1863. À la fin de cette année. Napoléon III proposa, pour les régler, de réunir à Paris un conp^rès européen. La proposition n eut pas de suites parce que l'Angleterre ne vou- ' lait, sotts aucun jnrétexte» se laisser entraîner à la guerre.
Là-dessus éclatait au comraenoement de 1864 la guerre que TAutnche et la Prusse firent de concert au Danemark. Le nain danois, flicilement écrasé par les géants qui l'attaquaient, ne put être sauvé par la diplomatie. *
Napoléon avait lieu de réfléchir. Deux chemins s'offiraient à lui pour arriver à se maintenir sur le trâne : abandonner le principe césariste et donner à la France la liberté intérieure, ou bien l'étourdir par de brillants sacct s au dehors et sauver de cette manière le principe du gouvernement personneL
D'après l'origine de son pouvoir, il devait donner la
préférence à celle dernière voie. Nous voyons pour cela, h partir de ISG V, la polili([iie impériale Iravailler réellement dans deux directions : conclure des alliances et concentrer sur le sol de la Franoe ses forces militaires dispersées*
C'est dans ce dernier but que fut oonchie avec l'Italie la convention du lo septembre 1864. Elle transférait en réalité au royaume d'Italie le devoir de protéger le Saint-l^èrc et ce qui lui restait de territoire, et permettait ainsi de retirer les troupes françaises des Etats pontificaux.
Le voyage que Napoléon fit en Algérie en 1865 avait aussi pour but de fonder dans cette colonie une politique
de paix qui permettrait d'y entretenir beaucoup moins de Iroupes;
Napoléon, songeant d'avance à se décharger da fardeau
<lu Mexique, avait déjà réussi à découvrir dans le romanes- <{iie archiduc Maxiimlien d'Autriche un empereur du nouvel empire mexicain. Après qu'on eut prouvé sans trop de peine à l'archiduc qu'il était appelé par le suffrage universel au trône du Mexique, il se chargea de ce fardeau, et il entra le li2 juin 18Gi dans Mexico, su capitale, d'où il commença une lutte malheureuse contre le président Juarès. Il y fut d'abord sout'^ni par l'armée française qui, dans les calculs de Napoléon, devait pouvoir être bientôt remplacée par des Autrichiens et des Belges, compatriotes de l'empereur du Mexique et de sa femme, la princesse Charlotte de Belgique.
Malgré le zèle et rintelligence avec lesquels Napoléon travaillait à concentrer ses forces en France, cela demandait sans doute un certain temps, et, que cette concentration
<Mit pour but la défensive ou l'oflensive contre les puissances européennes iiosliles àl Empire, il n'en fallait pas moins, pour Napoléon, que la paix fût maintenue en Europe, et il se montra en effet très-pacifique dans les actes de son gouvernement.
L'acte de cette nature le plus important fui la réduction de l'armée permanente, décrétée en novembre 1865. Cette réduction ne devait pas ^ètre opérée dans un court délai, mais elle n'en causa pas moins du mécontentement parmi les officiers. La création delà légion d'Antibcs pour le pape ne «ulilt pas pour faire disparaître ce mëconteidt'njent.
La réduction de l'armée française suivait de près la convention de Gastein. Lorsque l'Autriche et la Prusse eurent triomphé ensemble des Danois, leur vieille haine se réveilla
et leur commune conquête lui donna même un nouvel aliment. La convention de Gastein ne fit que différer la guerre entre les deux grandes puissances allemandes, et cette guerre éclata en 186G.
Napoléon III envisageait depuis 18o9 la possibilité d'un conflit sérieux entre la Prusse et l'Autriche. Il songeait ù prendre alors avec la Prusse la même position qu'avec l'Italie en t8o9. La Prusse, pensait-il, aurait besoin de son secours, et ce secours de la France que la Sardaigne avait payé en lui donnant Nice et la Savoie, la Prusse devait le reconnaître en cédant au second Empire la rive gauche du Rhin, la fameuse frontière naturelle de la France. Des négociations confidentielles et à mots couverts furent plusieurs fois entamées avec la Prusse sur ce sujet. Il n'était pr.s possible que la Prusse suivît le gouvernement français dans cet ordre d'idées ; mais celui-ci n'y persista pas moins, avec la conviction (jue le moment viendrait bientôt où la Prusse ne pourrait se passer de l'aide de la France et serait trop iieureuse de l'avoir, aux prix de certaines concessions, pour se débarrasser de l'Autriche et des petits Étals allemands.
C'est pour cela que la convention de Gastein, qui sembla pendant un instant rétablir la paix entre la Prusse et l'Autriche mécontenta si vivement le gouvernement français, qu'il ne trouva point d'expressions assez fortes pour condamner ce traité.
Quand la guerre de 1800 devint menaçante, les espérances françaises se ravivèrent, et le gouvernement impérial, qui négociait en même temps avec l'Italie, offrit, au mois de mai, un traité d'alliance' h la Pi usse. Napoléon voulait soutenir la Prusse contre l'Autriche avec 300,000 hommes. La guerre étant terminée victorieusement pour les alliés, l'Au-
triche céderait à l'Italie ia Vénétie, la Prusse obtiendrait dans le nord de rÂllemagm un territoire avec environ 8 millions ^l'habitants et céderait en revanche à la France
le pays compris entre la Moselle et le Rhin, ù rexcepliou toutefois des places de Coblentz et de Mayence.
La Prasse refusa ce traita au mois de juin, et il ne resta plus à la France qu'à esp^er que le cours des événements de la guerre lui fournirait Tooeasion d'arriver à son but d'une maniîTo ou d'une autre.
Personne ne pouvait s'attendre, avant la guerre, à un triomphe semblable des Pnissiens.
La guerre de 1806 suivit donc un cours tout à ùài inattendu. Après la ^ande défaite des Autrichiens à Kœnigfrraelz, 1 empereur François-Joseph donna la Vénétie. le 4 juillet, à l'empereur Napoléon. Le désir de François-Joseph était sans doute que Napoléon Ul prit nne part active à la ffuerre ; mais cela {mrut dangereux à Napoléon. Il désirait certainement que Tllalie se séparât de la Prusse; lorsqu'il avait proposé un cono^rès européen avant le commencement de la guerre, il ne voulait que rendre inutile le traité d'alliance entre la Prusse et TUalie, lequel n'était conclu que pour trois mois» et il savait aussi qu'il avait dans le gouvernement italien un nombre SLitîisant de serviteurs dociles. Il est vrai que ces gens-là ne pouvaient pas faire tout ce qu'ils voulaient.
Il semblait donc dangereux que la France prit une part active à la guerre au mois de juillet 1866. La Prusse avait
déployé des forces militaii'es très-consîdérables, et s'était gagné ia conliance des Italiens. Si la France prenait les armes en ce moment, il était probable que cela jetterait d'autant plus sûrement dans les bras de la Prusse les £ta(s du Sud de l'Allemagne et ceux des Ëtats du Nord qui résis-
taient encore. Napoléon connaissait mieux que personne
en France les faiblesses de l'organisation mililaire de son pays, puisque c'était à lui qu'en revenait en grande partie la faute. 11 fallait en outre tenir compte de la réputation que venait d'aequërir le fiisil à aiguille, car Tannée française ne possédait pas encore de fusils à tir rapide.
Pour toutes ces raisons, Napoléon crut devoir laisser luire ce qu'il ne pouvait empêcher. Il tit donc contre fortune bon coeur, mécontent mais espérant toujours que ce qu'obtenait la Prusse en 1S66 créerait à cette puissance de grandes difficultés qui offriraient plus tard à la France une occasion favorable d'intervenir.
Contrairement aux déclarations qu'il avait laites avant la guerre. Napoléon souffrit tranquillement que TAutriche se relirftt complètement de l'Allemagne, et il se montra satis^ fait que la Prusse respectât un peu la ligne du Mfun.
Moins e!rcon?[)t'ct que l'Empereur, son ministre dos alVaires étrangères, Drouyn de Lhuys, fit sonder le terrain à Berlin an sujet des compensations qui reyenaient à la France dans l'intérêt de l'équilibre européen, par suite de l'accroissement de puissance ({u' iMitS obtenu la i*russe, sans que la France y fît aucune opposition.
Dans les circonstances actuelles, le comte de Bismarck devait ûiire à eelte demande un refus pur et simple. Gela décida Drouyn de Lhuys à donner sa démission, et il fut remplacé provisoirement par Lavallettc. en attendant le retour de Constantinople du marquis do Mouslier.
Ce qui semblait le plus urgent à l'empereur Napoléon, c'était de réorganiser l'armée française en lui donnant un plus grand nombre de soldats exercés que ne le comportait Toriranisation actuelle. On s'occupa, dès 18(>6. de préparer une loi militaire qui ne passa cependant qu'en 1868 et qui
répondit fort peu aux premières vues de l'Empereur et de' ses meilleurs conseillers* Nous aurons à parler plus tard de
celle loi.
On avail déjà commencé eu France, en 18.>7, à s'occuper de trouver un fusil se chargeant par la culasse ; mais là» comme dans presque toute TEurope, on avait de grands «toutes sur l'emploi à la guerre d'une arme semblable, ce
qui arrêtait les progros des expériences. La question fut reprise plus sérieusement après la guerre de Danemark, et enfin les succès des Prussiens, en 1866, décidèrent le gouvernement français à adopter sans délai un modèle reconnu pour bon et à fabriquer une grande quantité de fusils à ai- ^'uille du systriiin (îhassepot. Le décret iiiipi'i'i:!! (|ui sanctionne radoption du chassepot est du 30 août 1800.
La fabrication d'un nombre suÛîsant de fusils Chassepot pour toute l'armée française demandait un temps considé^ rable, parce qu'il fallait commencer à construire des machines pour fabriquer ces armes en grand.
Afln que l'armée française n'eût pas un trop grand désavantage vi&-à-vi8 de l'armée prussienne, dans le cas où des complications surviendraient avec la Prusse avant que toute l infaulerie ne fût pourvue de chassepots, on ordonna en même tenjps la Iransibnnalion en armes se chargeant par la culasse des fusils Minié en service, et l'on adopta pour cette transformation le système Snider, au commencement de 1867. Ces fusils transformés reçurent le nom de fusils à tabatière, d'après leui' mode de fermeture.
On ordonna en même temps la fabrication d'un grand nombre de mitrailleuses, ou pompes à balles, véritables canons^révolvers qui devaient agir en corrélation intime avec l'infanterie, et suppléer à ce qui manquait encore à cette arme comme l apidilé de tir.
L'ÉiQpire devait toujours avoir devant les yeux la possibilité d'un conflit prochain avec l'Allemagne. Les succès
de la Frusse avaient causé en Fianue de rnrilation et du malaise. Il était pénible aux Français de reconnaître qu'un autre peuple qu'eux avait le droit de régler lui-même ses affaires intérieures, sans le secours de l'étranger. L'armée française se refusait à croire que les Prussiens se fussent permis de battre les Autrichiens plus vite et plus complètement qu'elle ne l'avait fait elle-même, La plus ^n\inde partie de la presse soufflait le feu dans ce sens^là. On faisait à l'Empire le reproche de n'avoir pas su prévoir les événements qui venaient de s'accomplir en Allemagne.
En observant avec attention, on pouvait déjfi recunnailre en France deux courants : Tun qui portait à introduire le régime parlementaire à la place du césarisme r^nant, l'autre qui entraînait le gouvernement impérial à prouver de nouveau son droit à l'existence par de brillants succès au dehors.
Ce dernier devait sembler le plus agréable à l'Empereur ainsi qu'au parti impérialiste ou césariste. Gomme le parti parlementaire tirait lui-même des échecs de la politique
extérieure ses principaux arguments contre le césarisine, c'était peut-être en faisant naître un eonflit extérieur et le terminant avec succès que TEmpire pourrait tout apaiser et se consolider lui-même.
En même temps qu'on travaillait à la réorganisation de rai iiiccetà son nouvel arnieuienl, on s'occupait de réunir sur le sol français les forces disponibles qui se trouvaient dispersées.
Les troupes françaises étaient déjà rentrées de Rome, du 9 an 12 décembre 1866, plusieurs mois plus M que ne l'exi*
geait la convention de septembre 1804.
Quant au ^xiqoe. Napoléon^ cédant aux énergiques représentations du gouvernement de Washington, avait décidé, au commencement de 1866, avant la guerre de rAulriche
contre la Prusse, ({iie le corps expéditionnaire français serait rappelé en trois délachements, en novembre 1866, mars 1867 et novembre 1667. Après la guerre de 1666, il résolut de faire revenir en France toute l'armée du Mexique a la lois, dans les premiers mois de 1867. Il eût désiré que le malheureux empereur Maximiliea juslififit d'avance cette mesure en abdiquant avant le départ des Finançais, et il fit pour cela les plus vives instances auprès de ce prince.
Mais le Habsbourg était opiniâtre et mécontent, et il fallut l'abandonner au mallieureux sort qu'il subit bienlôt. La tloUe de transports qui devait ramener du Mexique les débris de l'expédition quitta les ports français dans les premiers jours de décembre 1666, et ramena en France, au mois de mars 1867, les tristes restes de Tamiée du Mexique.
Pendant que Napoléon s'armait d'un cote pour la guerre, il voulait, agissant des deux mains comme il avait fait penflant tout son règne, travailler en même temps pour la paix, donner une certaine satisfaction aux parlementaires, et il
rêvait en cous-équence un nouveau « couronnement de
l'édilice ».
M. £mile Ollivier n*était pas complètement étranger à ce nouveau couronnement de Tédifice. Cet honmïe, dont nous reparlerons plus tard et qui joua un rôle si néfaste en 1870,
avait été gnifiié d'abord par M. de Morny, et plus lard surtout par le comie Walewski, à la cause de TEmpire c libérai ».
Le 19 janvier 1867» r£mpereur écrivit à son ministre de la parole, M. Rouher, une lettre destinée à être publiée.
dans laquelle il lui expliquait qu'il lui semblait maintenant possible de donner aux institutions de l'Empire tout le développement dont ellos étaient susceptibles.
L'Europe s attendait k des merveilles. Dans le fait, ces menreiUes se réduisirent k peu près k rien. Il devait être . dorénavant permis aux membres du Sénat et du Corps \é^p&latif d'adresser des inter[)e]Iations au Gouvernement» ce qui ' leur était refusé jusqu'alors. En revanche l'adresse au discours du Trùne et sa discussion ('laieiit supprimées. Des gens malint Milioanés soutenaient que c était là ce que désirait surtout l'Empereur, parce qu'il redoutait une discussion fie sa politique au Mexique et en Allemagne, et que s'il rendait le droit de faire des interpellations, c'est qu'il n'avait pas ose supprimer les débats de 1 adresse sans accorder une compensation. En outre, il ne devait plus y avoir de ministre spécial de la parole, mais chaque ministre devait présenter à la Chambre les affaires de son ressort, bien entendu sans en avoir la responsabilité, qui restait à l'Empereur comme auparavant. On annonçait enlin des lois plus libérales sur la presse, les réimions et les associations.
Par suite de ces modifications, l'ancien ministère donna sa démission pour la forme, et le nouveau fut composé des mêmes personnages. Comme changement important, le maréchal Handon, un peu mou el pas très-orateur, fat remplacé au ministère de la guerre par le maréchal iSiel, homme actif et complètement maître de sa parole. Le maréchal Niel s'occupa aussitôt avec le plus grand zèle de faire des armemcnls ])ûur une guerre prochaine. La guerre était du reste dans 1 air.
11 s'agissait du grand duché de Luxembourg. D'après les traités de 1814, 1815 et 1816, ce pays appartenait au roi des Pays-Bas et, en même temps, à la Confédération ger-
manique ; la Prusse avait droit de tenir garnison dans la place forte de Luxembourg, capitale da duché. Lorsque les
provinces mcridionales du royaume des Pays-Bas s'en séparèrent, en 1830, pour former un royaume indépencknt de Belgique* les puissances européennes consentirent* en 1^39, à un partage du grand-duché de Luxembourg ; la partie occidentale en fut donnée à la Belgique, pendant que la portion 01 ieiiîale conservail la même situation , d'une pari vis-à-vis de la Hollande et de l'autre vis-à-vis de la Confédération. Le droit de garnison de la Prusse dans la place de Luxembourg ne fut pas supprimé par le partage du grand-duché.
Lorsque la Prusse se retira de la Confédération germanique, au mois de juin 18G6, la question fut agitée de savoir si elle devait conserver le droit de tenir garnison dans Luxembouig.La Prusse déclara le maintenir» parce que ce droit était établi et réglé par des traités particuliers, complètement indépendants de l'appartenance du grand-duché à la Confédération.
£Ue conserva donc sa garnison dans Luxembourg, même lorsque la paix de Prague eut bdsé tous les liens entre le grand-duché et les nouvelles créations allemandes. Cependant elle ne fit aucune tentaUvc pour attirer le grand-duché dans la Confédération allemande du iNord.
Le peuple hollandais n*a jamais beaucoup tenu à la possession du grand-duché ; le roi de Hollande, Guillaume Ili, n'y tenait pas davantage, et il prêta volontiers Toreille à une intrigue nouée dans l'entourage de 1 empereur Napoléon, d'après laquelle il céderait le Luxembourg à la France, moyennant une somme considérable dont son trésor privé avait toujours très-grand besoin. Les négociations secrètes entre le t oi de Hollande et le cabinet IVançais étaient si
avancées, à la fin de mars 1867, que l'on pouvait les conlinuer officiellement. Les Français désiraient qu'elles lussent tenues cachées à la Prusse jusqu'à ce que la cession du Luxembourg à la France pût être présentée comme un &it accompli. Mais le roi de Hollande avait» à ce sujet, des scrupules, et, le jour même qu*il télégraphiait à Paris sa résolution de céder le Luxeml) urg à la France, il en inlormait l'envoyé prussien à la liaye.
Il en résulta naturellement des pourparlers avec la Prusse, qui en appela aussitôt aux puissances signataires des traités de 1839, auxquels le nouveau royaume de Hollande devait son existence.
L'opinion publique en Aiieaiagne s'irrita beaucoup de ce que le Luxembourg, — - ancien pays impérial allemand, ^ pût être abandonné à la France, et, le 1'^ avril 1867, M. de Benningsen en fit l'objet d'une interpellation au Heichslag allemand du Nord. Cellanovrien eulla sessenlimeiUs outre mesure ; le comte de Bismarck lui répondit avec satisfaction. 11 acceptait volontiers l'interpellation, mais il refusait de s'échauffer autant que le préopinant» et il se contentait de voir dans cette expression de l'opinion publique dans le Reichstag allemand un chaleureux appel aux armes contre la France. On fit des deux côtés des préparatifs militaires; cependant la guerre fut heureusement évitée. La France ne se sentait pas assez forte pour le moment; le gou* vemement français commença à traiter la question avec prudence, el lintorvcnliuii des puissances européennes trouva bientôt le terrain préparé pour une iulluence pacifique.
Cette intervention amena les conférences de Londres, qui donnèrent, dès le 11 mai, le résultat pacifique désiré.
i) après le traité de Londres, ratifié le 31 mai 1807, le
grand-duché de Luxembourg continuait d'appartonfr à la maison d'Orange-^Msu, et il était dëdaréÉttt neutre sous
la garaulie collective de toutes les puissances contractantes, àrexoeption de la Belgique, qui jouissait déjà elle-même des atantages de U neutraltlë eiropéenne. En conséquence, la ville de Luzembonrg cessait d'être un* place forte, la Prusse
enlevait sa garnison, ot le roi grand-duc s'engageait à ûtire
raser les ouvrai^es de fortification. Le traité de Londres ne touchait pas à la situation du LuxBnibourg dans le k^lverein allemand.
Oo ne saurait nier que le parti de la cour de France était fort disposé à faire de la question du Luxembourg un prétexte de guerre. L'emj>ereur Napoléon personnellement en avait moins envie, mais uniqpiemenl peut-être parce qu'il sentait que les forces de la France ne seraient jpas égales aux forces réunies de l'Allemagne.
Il s'éleva aussi des voix en Allemagne pour eondamner la longanimité de Li Prusse en cette occasion. On parla du sacrifice d'un pays allemand, d'un boulevard de l'Allemagne : phrases creuses pour qui connaissait à fond la situation et la jugeait sainement sous le rapport politique et militaire. On disait aussi : que la guerre entre TAllemagne et la France étail inévitable un jour ou l'autre; que l'Allemagne avait actuellement une grande supériorité militaire; qu'on aurait dû saisir l'occasion &vorable; qu'on ne savait pas si la situation serait la même plus tant*
Le comte de Bismarck regardait en tout cas une gnerre entre TAllemagne et la Franco comiiu' uu grand malhour européen, quelle qu'en fût l'issue, quel qu'en pût être le vainqueur. Tous les hommes y voyant loin partageaient sa manière de voir, fiismardi était d'avis qu'il importait au moins de retarder cette guerre. Qui pouvûtdire I l'avance
ce qui se passerait en France h la mort do l'empereur Napoléon ? Ces événements impréTus ne pourraknt-iis pas être Xék, que la guerre, différée jtraqrt ce moment, serait complètement inutile? Une semblable espérance valait bien la peine que Kon sacrifiât le très-<îouleux Luxembourg, si Ton peut se servir (!e celte exprossion, surtout dans la forme et les conditions où ce sacrifice avait lieu. Moins rAilemagne pousserait à cette mdbeareiise guerre arec la France; plus elle y entrerait forte et unie si c'était la France qui la provoquait. Or, cela était facile à prévoir.
On disait encore : la France prendra pour de la crainte la longanimité de l'Allemagne dans la question du Luxembourg, ce qui rengagera daivantage à fittre la guerre. Gela était fort possible, en raîson de (a connaissance très^uperficielle que Ton a généralement en France des afiaires de rAilemagne. Mais un homme ti'Ëtat ne doit, en aucun cas, se laisser diriger par la vanité de ne pas passer pour peureux.
La conduite calme et, jusqu'à un certain point, condescendante de Bismarck dans Taflaire du Luxembourg restera toujours une des plus belles pages de llïfetoire politique de cet homme d'État; ot aucun des hommes qui, de 1806 h 1870, ont travaillé sans relâche à réconcilier les deux nations qui soutiennent aujourd'bui la civilisation européenne ne se repentira jamais d'avoir agi ainsi, quoi que puissent penser et dire ét&mc les mangeurs de Français et les mangours d'Allemands de profession.
Espérons que dans quelques années les deux grandes nations ne prononceront qu'en rougissant les noms de Gassagnac et d'Ëmile de Girardîn ou de Wemel ef dlfeînrich Léo!
II. Développement (le« tendances ontic»^saristes en l<ïaDC« depuis 1^(>7 jusqu'en 1870.
Lorsque la question du Luxembourg fut réglée, l'opinioa publique en France s écarta de plus en plus du chemin de la gloire où les cercles de la cour voulaient Tentraîner, et
niaaifesta des tendances à fonder la liberté intérieure du pays.
L'histoire de la politique extérieure vint favoriser celte nouvelle direction de l'opinion publique.
Le drame du Mexique se termina, le 19 juillet 1867, [«ar l'exécution de reinpcieur Maxiriulicn à Queretaro. L'empereur des irançais» qui avait attiré au Mexique ce aialheureux prince romanesque, lavait ensuite abandonné honteu«sèment. Toute la France intelligente sentait que cet événement était une atteinte k son honneur; et l'opposition, faible et compniiitu', ùvail uoiidainnc dès le dt^but cette expédition du Mexique, entreprise au proUt d'un usurier ji^if et de ses complices haut placés, put afllrmer maintenant avec toute raison que cette malheureuse guerre n'aurait jamais eu lieu, si la France avait eu un gouvernement parlementaire il la place d'un César, responsable do uom,, irresponsable de fait.
Au mois de novembre 1867, l'insurreclion garibaldienne pour délivrerRome, et la conduite ambiguë du gouvernement italien forcèrent l'empereur Napoléon à renvoyer dans les États de l'Église les troupes qu'il venait à peine d'en retirer en vertu de la convention de sejilembre 1864. Les chassepots firent merveille au combat de Montana contre les bandes garibaldiennes, braves, mais mal organisées et encore plus mal armées. L'empereur Napoléon avait eu la
main forcée, tout homme impartial le reconnaîtra. Mais roppofiition française n'était pas moins eû droit de soutenir qne la politique suivie par la France en Italie depuis 1849
était fausse, et que cette politique eût été impossible si la France n'avait pas élé dans liens du césarisnie.
Après la victoire de Me n tan a. Napoléon proposa un congrès européen qui vint le décharger du fardeau de Rome. Mais les puissances européennes n'étaient pas disposées à consentir à ce congrès, pour le bon plaisir de l'empereur ?îapoieon, et sans avoir dos garanties préalables qu'il en résulterait un bien général. Le congrès n'eut donc pas lieu. C'était un nouvel échec à inscrire au passif du gouvernement impérial.
Puis vint, en septembre 1868, la révolution d'Espagne qui précipita du trône la reine Isabelle; et ensuite le conflit entre la Grèce et la Sublime Poiie, lequel fut du reste promptement apaisé. Dans ces deux circonstances, le gouvernement impérial ne cueillit point de lauriers, et la part que prit ouvertement la cour des Tuileries aux malheurs de la reine Isabelle devait nécessairement aiguiser les armes de l'opposition.
 côté de ce que tout le monde savait il y avait des projets secrets, connus seulement des cercles de la cour, et qui ne
(levaient être publiés que plus tard. Dans ces intrigues secrètes, l'Empire n'était pas plus heui (Mi\.
Après Téchec du plan qui devait surprendre le monde en donnant le Luxembourg à la France, la cour des Tuileries ne cessa pas de songer à obtenir au nord des agrandissements qui détourneraient les Français, peuple avide de liberté ou de gloire, de la revendication de leurs libertés.
Le comte Benedetti, ministre de France à Berlin, avait de fréquents entretiens avec le chancelier de la Confédération
du Nord, liiûiaaick y prenait de préférence une atUlude I^Afisive. Le princif^ sujet de ces entretiens, c était que ia Frtnoe et l'AUemagnedii I^ord devraient condare un traité d'allianee oITensive, d^na le but d'aeeiiffer à k Fnaoe l'aoquisition du Luxeœlx^urg et de k Belgique, et d'éeartar tes olislacles qui pouvaient s'opposer à l'entrée des États allemands du Sud dans la Confédération du JNord.
Dana le ceurant de Taniiée 1867» fienedetti eut mèine la ' naïveté de rédî^r de sa maiii un projeté traité dane ce sens*là et de le laisser eutre les mains du chancelier de la Conlédératioa, pour que ce dernier le coainiuiiiquàt au roi de Prusse. Bismarck, poursuivant son idée dommaale de retarder la guerre, ne dédaigna pas de discuter ce projet detfftUé, qu'il conserva ensuite comme une luèce pnéêî^use pour «'en servir à l'occasiott, en ayant ainn de n'en parler •encore à personne, parce qu'il ne voulait pas provoquer une guerre avec ia France.
Lorsque Bismarck fit k sourde oreille aux piopoiitions de k wir de France, les plans de a'egrandir au ncipd ne furent pas abandonnés pour eek par le gouvernement impérial ; mais on songea à les mettre à exécution par une voie détournée, au risque d'avoir une guerre avec rAllemagne, ou, ce qu'on peéSkûi, avec k Prusse seuk.
Le parti de k cour pensa donc à mettre les petits Ekts frontières tels que la Belgique, k Suisse et k Holknde dans la dépendance de la France au moyen de traités de commerce, à peu près de la même manière que rAilemague du Sud dépendait par k Zollverein de c^k du I^ord. On devait attendre ensuite k moment kvorsbk pour anneier plus complètement ces pays. Mais comme k Suisse et la Belgique îie se montraient pas disposées à se laisser enlacer par la France, il kliait observer daus les négociations k plus
{grande prudence et songer eii outre ù la possibilité d'ua conâit avec k Poisse qui observait très-attentiTement ce ijni se passait.
Au mois de janvier la compagnie française de Vfist
entama des pourparlers nv c la compagnie du chemin de fer Guillaume-Luxembourg pour acheter cette dernière ligne, eu la Imar si la vente ne pouvait avoir Heu.
£n septembre 1668, M. de la Guëronnière, membre influent du parti de la eour et de k guerre, fat nommé ' ministre de } laiictî h J^ruxclies, et, bientôt après, on entendit palier de négocialioiib suspectes entre la compagnie française de 1 Est et les compagnies beiges du Grand-Luxem* bottig et de Liége-Limboung.
La base de ces nëgoeiatioiiB était la «rivante t les ehemiiis belges devaient ^re vendus ou au moins loués à la oompa^ie de l'Est : le gou> eriiement français devait accorder aux clieminâ belges ainsi achetés la même garantie d'intérêt qii'ik donnait à ia confiegiiie de l'Est.
Pour ks eompfignies des ehenins de fer belges, Topé» ration n'était certainement pas mauvaise, et elle paiaissait encore avant ni^eiise à un point de vue économique général, puisqu'elle iaciiUait nccessairoment les traasaotioBS par l'est de la France entre la Hollande et la Susse.
Mais otite affiiire ne plaisnt pas du tout à la nalîoa belge. Les grandes compagnies par actions ont obtenu, surtout dans les petits pays, une iuilucace qui limite celle de l'État, jusieiaeoi dans ce 4|ue son action a de l^n^ûsant. D'après le traité pitoposé» oette* influence devait passer en Belgique à la compagnie française de l'Est, derrière laquelle était le gour vemenient français. Le peuple belge voyait pour cette raison dans ce traité le pa* eaûer pas vers une annexion «îompl^te de la Belgique à laFrance, et il s'y opposa de toutes ses forces.
Le gouvernement belge se trouva, dans cette occasion *
coiïipîétemeiiL d' accord avec la nation, et le ill l'cvrier 18G9 il proposa une loi qui défendait de conclure des traités entre les compagnies par actions sans le consentement, de rjStat.
Cette loi causa en France un grand émoi, provoqué par le parti de la cour, comme si elle était pour l'Empire un affront sérieux, et les Journaux de Paris aâirmèrent que derrière la loi malenc()ntreuse se cachait Bismarck.
Des négociations s'ensuivirent entre la France et la Belgique. Les Belges disaient que si Ton n'avait réellement d'autre but, en proposant ce traité entre les compagnies française et belge, que de faciliter le commerce international, on pouvait atteindre ce but d'une manière plus simple que par la vente ou la ferme des chemins de fer belges à une compagnie française, en concluant, par exemple, un traité d'exploitation sans laisser complelement celle-ci aux mains des Français. La susceptibilité que montra sur ce point le gouvernement français» et qui se traduisit en diverses menaces, devait engager encore plus le gouvernement belge Il être attentif et prudent. M. Frère Orban, ministre des finances et président du conseil, vint lui-même à Paris suivre les négociations. Mais avant qu'elles eussent amené un résultat, arriva le moment des élections de 1869. L'£m* pereur, qui pensait que ces élections lui donneraient assez à faire, intervint personnellement; la question fut différée, et, lorsqu'elle fut reprise plus lard, elle se décida facUenient, a peu près dans le sens belge, au moyen d'un traité d'exploitation.
Les affaires extérieures étaient, comme on voit, peu propres à détourner Tattention de la France de ses affaires
intérieures.
Lorsque la noiivolle loi mililaire tut votée au commencement de 1868, on présenta deux nouvelles lois, sur la presse el sar les sssociatians et les réunions; la première fut votée le II mai, la seconde le 6 juin. Ces deux lois
étaient pleines de mesures de repression draconiennes ; cependant elles étaient moins restrictives que les lois précédentes. Ainsi l'on supprimait dans la loi sur la presse la disposition antérieure qui faisait dépendre la publication d'un journal d*une autorisation du gouvernement. Chacun pouvait maintenant publier un journal à ses risques et périls ; chacun obtenait le droit de se ruiner lui-même par la presse.
Le but pratique que se proposèrent les nouveaux journaux, ce fut de préparer les élections au Corps législatif dont la législature finissait en 1869. La nouvelle presse fut
aussitôt l'objet de nombreuses poursuites judiciaires et administratives qui ne l'intimidèrent cependant pas outre mesure.
0 se formait depuis le commencement de 1868 un parti important qui se prononçait contre le régime personnel et demandait le rétablissement d'un gouvernement parlementaire. Les vues de ce parti n'étaient pas seulement partagées par des ennemis de la dynastie napoléonienne, mais encore par des partisans déclarés de cette dynastie. Des maladies répétées de l'Empereur donnaient chaque jour plus d'importance à la question de savoir ce qui se passerait après la mort do rSapoiéon 111. 11 resterait bien encore l'impératrice Eugénie, très-bonne femme mais d'un esprit assez borné, qui tenait avec obstination aux prérogatives du trône et devait être regardée comme la véritable tète de ce parti de la cour qui espérait raviver l'éclat de la dynasîie par des entreprises extéheurcs; c'était elle eulin qui était la cause
priaci^ak de 1 accroissement ficaodaleux de l éiément clérical et* pir suite, de la résistanoe inseosée oooire rédoeaAbn iateUfieiweUe des masses. — Il restait eaoere, si YEaptmr Tenait à mourir bientôt, un enfant mineur; on n'anôt encore rien à dire de ses dispositions et de ses penchants, mais on savait seui^^meiU qu d était maladit etmal élevé; — il lestait enfin le prince Jérôme Napoléon, qui, malgiié sa ressemblance avec le premier Bonaparte, n'avait d'influesoe ni dans la nation ni dans Tarmée; sans parier de la fiunilte civile de TLiii^ereur, doui lu conduite iui causait de continuels eoouis.
Lequel de ces personnages pouvait continuer le gouvernement pefsonnel apvès la mort de r£mpereur? Ne valait*!! pas flueux songer à temps à modifier la forme du ^uver-
iiemeiU de manière que la personnalité des gouvernants n'eût plus autant d'impoi tance?
Dans de telles circonstances, il était naturel que le parti opposé au gouvernement personnel se fortifiât, bien qu'il fat composé d'éléments fort hétérogènes.
A cùlé de ce parti s'ai^nUiil le parti républicain, <lont les organes principaux, dans la presse, étaient le a Héveil » de Cb. Delescluze et la « Lantenu >; du corn le Ileari Hû^mImI ; ce dernier, qui chercbaît à rendre ridicules et odieux les personnages de l'Empire, louchait ainsi l'endroit sensibld cl cul la saLL^ractioii de s'attirer de nombreuses ponrsuites.
A la suite d'une grande manileslation sur la tombe du député républicain Baudin, tué le 3 décembre 18ol sur une barricade du iaubouig Saini-Àntoioe en combattant contre la coup d'fitat, et d'une souscription pour élever un monu> ment à iiaadin, le ministre de l'înU'rieur, Pinard, qui avait iait preuve en cette occasion d'une graïule maladresse, donna sa démission ; il y eut en outre des procès dans ks-
queb l'Empire ne pouvait empeciiiCr que I on disculâl son origine» ù6 <pii lui ëUii [^Uculièrement désagréable.
Dès le eonmieiifleiiieiit de i669 tout se prépara pwu les élections du Corps législatif. Les républîcaii» swent déjà reçu des renforts impoi [unts ; mais un observateur impartial voyaii a^imoms que le parti républicain ne pouvait pas jouer UB grand rôle. Il en était autrement à prime «bord du parti opposé au i\^iiiie peraosneL
Le gonfomemeiit devait toujours avoir une immense in* fluence sur les élections, grâce au système Je centralisation administrative qui régnait depuis si longtemps en France et aux candidatures officielles; mais comme certains partisans de la dynastie s'étaient pnmonoés oontre le gouTomement persooael, on pouvait préroîr que l'opinion de la Chambre qui allait sortir des élections de 1869 ne serait pas la même que celle des Ciiauibres précédentes, bien qu'elle se composât à peu près des mêmes hommes.
Le 28 avril 1869, Vwâm Gorpa législatif fut dissous et les éleetîons pour la nouvelle Chambre furent fixées aux 23 et 24 mai, et, pour la Corse, aux 30 et 31.
Les comités électoraiLx se mirent immédiatement à l'oeuvre, et les réunions électorales commencèrent. Ces i^éuaioas furent une épreuve pour In nouvdle loi du 6 juin 1868 et donnèrent lieu à de nombreuses discussions et même à des conflits sans importance entre les commisîsaires de police et les citoyens.
£n somme, les réunions électorales eurent lieu avec le pios 'gniid ordre par toute bt France, dans les grandes vUIes et particulièrement à Paris. U en fiift de même des élections. Cinq députés sur neuf lurent élus à Paris au premier tour de scrutin. C'étaient : le jeune avocat Gambetta, qui s'était £ut n^idement un nom par la violence de ses
attaques conlro TEmpirc dans les débats de l'attaircBaudin; Bancel, qui ^nait de rentrer d'un long exil ; le Parisien pur sang Emesl Picard ; le doux et superficiel rêveur humanitaire Jules Simon et Pelletan.
Au second tour de scrutin, 6 et 7 juin, furent élus Tliiers, le célèbre historien de la Révolution et de l'Empire, contre lequel le gouvernement fit jouer toutes ses mines, allant, pour gagner des voix à son concurrent, jusqu'à assimiler à la gendarmerie départementale le régiment de gendarmerie de la garde qui avait toujours été traité coniiiie troupe de ligne pour les élections, — et en outre Garnier Pagès, Jules Ferry et Jules Favre, l'avocat beau parleur.
Tous les candidats élus à Paris étaient anti-impérialistes; mais il n'y en avait réellement qu'un de républicain, Gambetta. Rochefort, qui s'était formé un parti considérable, avait échoué cependant devant Favre, et cela surtout pan;e que le Ra^^, organe nouvellement fondé de la société Victor Hugo, avait présenté Rochefort aux électeurs comme un ennemi absolu de Napoléon III. — Paris votait contre 1(; (gouvernement personnel, mais il ne se montrait pas du tout ennemi personnel de iSapoleon.
Ëmiie Oliivier n'avait pu se faire nommer à Paris, uni* quement parce qu'on lui reprochait d'avoir trahi toutes les convictions qu'il avait jusqu'alors défendues.
Les journées des 6 et 7 juin furent également tranquilles îi Paris. L'émeute commença le 8. A la nuit tombante il se forma des attroupements. Ces émeutes avaient été préparées par M. Rouher et le préfet de police Pietri. Les chefs d'attroupements étaient environ 300 gibiers de potence engagés par Pietri. Pour grossir ces atlrou])emcnts on comptait avec raison sur la curiosité du public parisien. 11 80 forma aussitôt deux foyers de scandale, l'un sur le
boulevard du Temple, l'autre sur le boulevard Montmartre. Les premiers jours il ne marcha contre les émevtiers que des sergents de ville et des soldats de la garde de Paris ;
dans les derniers jours seuleiaent, *it's (IcULchemenfs de cavalerie de la ligne, hussards et chasseurs» et deux régiments de cuirassiers appelés de Versailles.
Le 11 juin, dans l'après-midi, i'Ëmpereuret Tlmpéralrice parcoururent les boulevards en voiture découverte; le soir même, les ciiirassier^ arrivèrent de Versailles, et le 12, r émeute cessa au commandement comme elle avait commencé par ordre.
Le but de l'opération avait été d'inspirer au bon bourgeois la terreur des < mauvaises élections » et de leurs conséquences, et ce but avait été assez complètement atteint. Le 8 et le 9 juin, il partit de Paris 40,000 étrangers qui s'y trouvaient, les uns pour leursaU'aires^le plus grand nombre pour s'amuser, et qui n'avaient pas envie de se faire assommer par les sergents de ville. Les afrai|es furent suspen* dues. A neuf heures du soir on fermait les passages des boulevards, on faisait évacuer les cafés. Les soldats engagés par M. Pielri avaient commis des dévastations de toute espèce. Le commerçant de Paris comprit, — non pas la vérité, ^ mais ce qu'on avait voulu lui faire comprendre, et il était tout prêt à marcher contre des émeutes de cette nature. — Pendant tous ces troubles on n'entendit pas un coup de fusil, pas un cri de ralliement; il n'y eut pas de barricades; on ne cria pas : aux Tuileries! quoique le boulevard Montmartre n'en soit pas éloigné. Nous mentionnons ces iails, parce qu'il y a encore des gens qui prennent les émeutes de juin 1869 pour un mouvement républicain et qui ne veulent pas croire que ce scandale n'ait été qu'une affaire de police. Ce n'était pourtant pas autre chose.
On lit beaucoup d'aneslalions da 8 lui 1:2 juin. La plu-* part des pef «onoes arrêtées furent relâchées dans les vingtquatre henrn, et, pour se à&Mmmn des tatres, on aceordii une annisCie générale à reemion du f 5 août. Seuls, quel- *|ues pauvres diables, dont personne ne s*hKfuié!îiit, furent retenus en prison, et ou leur fit leur pn)cès en automne pour prouver aux pauvres d'esprit que le gouvernement impérial afaH ou le droil, m mois de juin, de mareher contre rémeute.
Parmi les 293 députés élus dans toute la France, il y en avait environ 100, un bon tiors, et beaucoup plus qu'on ne l'avait d'abord espéré, qui appartenaient aux diverses nuances de ^opposition. Ge qui était eneore plus important, e^est que snr eertatns points le Goirremement n'avait pas osé poser de candidatures nt^ciéWes, eî que, sur d'autres points, il avait préféré présenter ses candidats officiels sou? le masque de soi-disant « indépendants, » et ceux-ci ne se génèrent pas pour^ renier hautement le gouTememenl impérial dans leurs professions de loi.
La nouvelle Législative fut ouverte le 28 juin 1869 par un discours du ministre-président Roulicr, qui disait le moins possible* La session qui commençait ce jour-là ne devait être eoonerée qiflL la validation des élections et ft la constitutioa de la Gbanbre.
Ce n'était qu'après k validation des élections que les députés élus dans plusieurs circonscriptions pourraient opter et que les élections complémentaires auraient lieu.
L'opposition de la Cliambre était méeontenle de ce que la semm ne fH coosacrée qu'à valider les pouvoirs, et le tiers parti notamment se remuait beaucoup. Ce parti représentait l'opposition modérée ; il voulait l'Empire avec (ies formes parlementaires, et se eomposait pour la plupart de
àéfsàés qui s'éluM pciaenlés tia élections comme
ilafts < îadépendaDts 9* suis être pour œla des « irrtfconeî-
Ikbies >.
Les tliverses nuances du tiers parti avaient des opinions ioridiilerentes sur le degré dont il fallait limiter kl toatepoiaiaiiee impériale ei retew Tinfhienee parlementaire. Mais toutes étaient d^aecord sur la nécessité d'nne limîtatiea constitutionnell e Ils se n?iinirent dans une interpellation qui devait être adressée dans ce sens au gouvernement et qui trouva bi?ntôt 116 signatures.
Le goQWnement impérial était fort mécontent de cette interpellation, elles fiatteries aussi bien que les menaces étant resti'es san.«? effet sur les interpellants, l'Empereur se résolut h ce qu'il croyait être nu moyen héroïque.
Le juillet i869, il ûi lire à la Chambre par son mi-> sistre d'£lal Rouher vn message dans lequel il annonçait qiieliss réformes il songeait à aeoorder. Il nous est împos^ sible de discuter ici ce message ; il suflira de remarquer que ces réformes étaient tout à fait insignifiantes.
L'£aq)effeiir disait expressément que ses concessions ne potmieat pas tondier aux prérogatives que lui avait donné» le peuple français par le plébiscite de décembre iS^i, et qu'il tiendrait fermement à ces préroiratives.
Le Sénat fut chargé d'examiner les pi'oposilions impériales et de leur donner par un sénatus-oensulte la sanction constitutionidle* Il n*^étail pas qses^n cette fois de les soumettre à on plébiscite.
Comme le moyen héroïque n'a^jit que sur un très-petit nombre d'interpellants qui retirèrent leur signature, et que la. plupart des autres déckrèrenl qu'ils tesaieiit encore ^us à leofs opimoos après le message impérial» mi caprice de TEmpereur prorogea le Corps législatif le 13 juillet, bien
qu'il restât encore 58 élections à examiner; le Sénat fut
convoqué au 2 uoiH pour examiner les changements proposés à la oonstilution, et le ministère donna sa démission.
Le nouveau ministère fut constitué le 17 juillet dans la matinée. Par décret de ce jour, le ministère d'Etat, ministère de la parole , était complètement suppnmé ; mais M. Itoulier, qui l'avait occupé jusqu'alors, était nommé orésident du Sénat et conservait ainsi d'autant plus d'influence que c'était le Sénat qui était chargé d'examiner les changements proposés le 12 juillet.
Cinq des anciens ministres restaient en exercice : le maréchal Niel ù la guerre, l'amiral Rigaull de Gonouilly à la marine» MM. Forcade île la Hoquette k 1 intérieur. Magne aux finances, Gressier aux travaux publics.
Ceux nouvellement nommés étaient : MM. Duvergier à la justice et aux cultes, prince de Latour d'Auvergne aux affaires étrangères, Bourbeau à l'instruclion publique, Alfred Leroux au commerce, marquis de Ghasseioup-Laubat président du Conseil d'État.
Deux de ces nouveaux ministres, Bourbeau et Leroux, appartenaient au Corps législatif. L'incompatibilité entre les fonctions de inuuiitre et le mandat de député était donc écartée de fait.
Le nouveau ministère était essentiellement pacifique. L'opinion publique se prononçait de plus en plus contre la guerre et pour l'obtention de la liberté à l'intérieur.
A Pai i:, on voulait se figurer que la prorogation du Corps législatif ne durerait que quelques jours; mais telle n était pas l'intention de l'Empereur.
Le Sénat se réunit, le 2 août, pour examiner les modifications à la constitution qui lui étaient soumises. Elles lui furent présentées par MM. Rouher et Duvergier comme les
aonséqnenees oatureUes de la pensée pfemière que mûmsût l'Empereur depuis 1848 : donner la liberté à la France,
à doses homéopalhiques il est vrai, mais d'une manière d'autant plus sûre.
Le Sénat» nommé par l'Ëmpereuret dont chaque membre touchait 30,000 francs par an, nomma, le 5 août, une commission pour examiner les propositions impériales. Le sénatus-consulte devait être prêt avant le 15 août, afin que le nouvel évangile libéral pût être donné à la France ce jourlà, qui devait être fêté en 1869 avec un éclat tout particulier, parce que c'était le centenaire de la naissance de Napoléon 1®'.
Mais le ciel s'obscurcissait de tous les côtés. Les sénateurs n'avaient jamais travaillé aussi lentement que dans ce moment solennel. Le maréchal Niel avait consaci^ toute son activité à Torganisation de l'armée parce qu'il désirait la • voir à l'onivre le plus tôt possible contre l'Allemagne,— désir que la situation du luaréchal expliquait facilement; — les difficultés de ,ce travail épuisèrent ses forces, il tomba sérieusement malade et, dès le 8 août, il fallut reconnaître qu'il aurait besoin , pour se rétablir, de plusieurs mois de repos. 11 mourut le 13 août. L'Empereur lui-même était assez malade pour se faire représenter au camp de Glmlons par le prince impérial dont le début précoce n'éveilla pas de trèfi-vives sympathies.
L'Empereur Napoléon est fataliste et assez disposé à prêter l'oreille aux prophéties arithmétiques. Celles-ci indiquaient depuis longtemps 18G9 comme une année fatale à la dynastie napoléonienne; et ces prédictions n'exerçaient pas une action bienfoisante sur la santé de l'Ëmpereur.
Le 15 août se passa assez tristement à Paris. Une amnistie générale fut proclamée el lit disparaître les traces de
rhistoire désagréable des émeutes de juin, L'Empereur dut
encore se faire remplacer à Ajaccio par son fils et l'Impératrice Eugénie, pour les fêtes du centenaire de Napoléon I^'".
La maladie persistante de l'Empereur n'inquiétait pas seulement la Franee mais toute l'Europe. Chacun songeait plus que jamais à ce qui pourrait arriver à la mort de Napoléon ni.
Mais le Sénat impérial était peut-être celui qm s'inquiétait le moins; pourquoi, en effet, ce qui existait depuis si longtemps ne durerait-il pas jusqu'à la mort des sénateurs qui n'étaient plus tous à la fleur de l'âge?
Le Sénat commença, le i*' septembre 18Gi), la discussion générale du &énatus--consulle élaboré par sa commission. A ce sujet, le prince Jérôme Napoléon qui, selon toute appar rence, était appelé à jouer un jour le rôle principal dans le ' conseil de régence, fit un discours dans lequel il condamnait le sénatus-consullc et tout le système de la politique impériale, en demandant le retour pur et simple au gouvernement parlementaire.
Le Sénat termina sa discussion le 6 septembre, et l'Empereur, malade à SainMHoud, promulgua, le 8, un sénatus-consulte qui ré]Hiri(lriit h peu pW's h sps proposition?. Malgré son état de santé, il se fit conduire sur le boulevard, . le 10 septembre, pour montrer aux Parisiens qu'il n'était pas encore urgent de s'occuper de la régence. Le même • jour, le prince Napoléon partit pour un voyage qu'il eût sans doute pu différer sans trop d'inconvénients.
Le mécontentement des modérés augmentait de jour en jour. L'opposition modérée, composée des parlementaires dynastiques, avait cru que la prorogation du Corps législatif ne durerait pas plus de quelques joiir>, jusqu'à ce que le nouveau ministère fût constitué. Mais comme, après le sé-
n&tuâ-ccmsulte du G septembre , il ne fut pas question de convoquer de nouTeau le Corps lëgi^tif, M. de Kénttry proposa que cette assemblée se rëualt d'elle-même, le
octobre, en s'appuyant sur la eonstîtittion existante, puisque
la session ouverte le 28 juin et dans laquelle la vérification des élections n'avait pas mèxae été ierniinée ne poiiTait pas compter.
Celte proposition fut d'abord faYOïablement aeotteîllîe,
mais les défections se produisirent bientôt successivement dans les rangs de l'opposition, surtout après qu'un décret, du 2 oclobre eut convoqué le Sénat et le Corps législatif pour le 29 novembre. Cette nouvelle session devait commencer par être eztra<mlinaire pour fenniner la validation des élections, et se transformer ensuite en session ordinaire.
Malgré cela, le Gouvernement prit de grandes mesures militaires de prudence pour le S6 octobre* Cette journée fut' parfaitement tranquille. La gauche se conduisit fort
mal en cette circonstance ; occupée de ses plaisirs, elle mit en avant toutes sortes de prétextes pour ne pas se trouver à son poste.
Les élections supplémentaires au Corps législatif eamt lieu le âi et le 22 novembre. Sur les quatre députés à nommer à Paris à la place de Gambetta, Bancel, Ticard et Jules Simon qui avaient opté pour les départements , trois lurent élus le 22 novembre. C'étaient Bochefbrt, Tennemi personnel de la dynastie, Crémieux et Emmanuel Ârago. Asix élections qui suivirent» le 6 et le 7 décembre, la quatrième circonscription de Paris nonimaGlais-Bizoin, parlementaire, mais ennemi de r^apoiéon iil, aussi acharné que Koche^ fort, .
Ces élections se firent paiement sans que l'ordre At
troublé. Le discours que Napoléon ili prononça, le 29 novembre, à l'ouverture des Chambres fut assez déeouragé, malgré certaines phrases fières et sonores* L'Empereur n'a^ Tait plus con6anee dans la majorité du Corps législatif; et il savait mieux que personne combien son ministère du 17 juillet était insignifiant. L'Impératrice Eugénie qui était à l'inauguration du canal de Suez n'assistait pas à l'ouverture des Chambres, et l'Empereur se trouvait plus maître que jamais de suivre ses inspirations. Maintenant qu'il n'était pas tûurnienté sans relâche par le parti belliqueux de la cour, il reconnaissait fort bien que son intérêt était de faire des concessions libérales* L'orage se taisait pour un instant, mais il était hors de doute qu'il recommencerait dès que les élections séraient validées.
Dans ces circonstances, l'Empereur prit conseil de luimême, et. César responsable, il trouva bon de donner de son plein gré à la France le régime parlementaire qu'on lui demandait. Mais il n'en voulait pas moins rester le César démocratique élu.
Le 27 décembre, il chargea M. ËmUe Ollivier de former un nouveau ministère, après avoir engagé l'ancien à donider sa démission.
U faut maintenant que nous présentions au lecteur Ëmile Ollivier, l'homme qui a exercé une si funeste influence sur les aflaires de la France ; nous serons juste pour lui ainsi que pour la nation sur laquelle il a appelé tant de malheur.
Smile Ollivier, fils du vieux républicain Démosthènes
Ollivier, est né à Marseille le 2 juillet 1825. Il débuta, en 4847, comme avocat au barreau de l*aris. L'année suivante éclatait la révolution qui renversa Louis-Philippe, et Ledru RoUin, l'ami de son père, nomma le jeune Ollivier corn-
missaiie ^'(Miéral de la République dans le dëpai teinent des dottcbefl-du-Rhéne. Ollivier a dit lui-même ({ueiie activité îl déploya dans cette position, et ses flatteurs, lorsqu'il fat au pouvoir, n'eurent pas de termes assez pompeux pour vanter cette activité. Longtemps avant que l'on pût sonc^er à voir Jamais Emile OUivior ministre de Napoléon 111, des témoins impartiaux de cette époque-là nous disaient qu'Oilivier n'avait fait que du mal à Marseille par sa jeunesse et son immense vanité. Cavaignac rappela bientôt de son poste périlleux le jeune et précoce liéros, cl le nomma préfet dans ie département plus facile de la Haute-Marne.
L'élection de Napoléon à la présidence de la République termina brusquement la carrière administrative d*011ivier qui rentra au barreau. Il s'y acquit un renom mérité. Il avait des instincts libéraux, et il obtenait de Tinfluence lorsqu'il s'y livrait complètement.
Gelâ lui valut d'être nommé député en dans la troi* sième circonscription de la Seine. 11 fit partie du petit groupe des « cinq » qui représentaient seuls alors l'opposiLion, au milieu de la masse de mameluks du second £mpire, et il fut l'orateur le plus brillant de ce groupe, parce qu'il était encore plein de l'enthousiasme libéral de la jeunesse qui abandonnait déjà ses collègues» plus âgés et trop avocats.
Cependant on observa bientôt qu'OUivier n'était pas insensible au désir de plaire également à la majorité. L'approbation générale lui était si douce qu'il devint de plus en plus modéré, d'après l'expression d'alors. Lorsqu'il fut réélu, en I8(K1 sa tendance à se rapprocher de la droite devint chaque jour plus forte ; la modération s'empara complètement de lui et, dans la session de 1866 à 1867, il se ^para tout à fait de la gauche. C'est de cette époque que
datent ses rapports personnels avec l'Empereur Napoléon. Apfès la lettre impériale du 19 janvier 1867, Ollivier «outiat ouTertemeiit TEmpire. 11 se figurait, dans k haute opi«nion qu'il avait de lui-même, qu'il poumît parlemeutariaer
l'Empire. A partir de ce moment, il fui question, à tous les «changements de ministère, soit de l'y faire entrer comme membre, aoit de le charger d'en constitaer un nouTeaiu Mais la choee en reitait là. Quoique Ollivier eût dëdaré hautement sa rupture avee la gauche, il n'en avait pas moins des accès passacrers de libéralisme, ce ([ai le rendait suspect aux mameiuks-arcadiens de la di^oite et du parti de la Cour, ainsi qu'à M* Rouher. Us s'en seraient fait volontiers un instrument, mais ils répugnaient à lui donner une influence sur les destinées de l'Empire.
Eii mars 1869, Ollivier publia un écrit t le 49 janvier >*, dans lequel il cherchait à se justifier devant la démocratie iirançaise et à préparer sa réélectioa dans Paris. Il n'y fut cependant point renommé; traité partout de c traître», il n'obtint que 42,848 voix, tandis que son adversaire Bancel en avait 22,848. En revanche, Ollivier fut élu dans le département du V ar*
Irrité de son échec à Pans, Ollivier se jeta de plus en plus dans les hras de l'entourage de l'Empereur, et après la lettre impériale du 27 décembre 1869, il entreprit de former un nouveau mmistère. — Ce n est pas seulement dans Ic^ affaires criminelles que Ton peut dire : Cherchez la femme ! Ollivier^ encore jeune homme» avait épousé une fille du pianiste Lisst et de la comtesse d'Âgoult (Daniel Stem). Cette femme, qui mourut du reste en 4862, eut, avec sa coterie, une pernicieuse influence sur son man auquel on ne peut refuser de nobles instincts. Ën septembre Id^, Ollivier se remaria avee la fille d'un riche négociant de
— :vj —
Marseille. 11 avait accepté en 1865 l'eaiploide commissaire du iiee*4oi (oa khédive) d'Egypte dans les affaires du canal de Sues, avec 90,000 francs d'appointements par an, et il dut en conséquence i'ermer son cabinet d'avocat à Paris.
Uilivier^ dont la droite et la gauche se défiaient égaleme&tt ne composa pas sans difficultés son nouveau ministère qui devait être avant tout parlementaire. H parvint cepenrdant à le constituer le 2 janvier 1870 de la manière sui-
vaiito :
OUivier» garde des sceaux, mini&tre de la justice et des cultes;
Conte Napoléon Dam, aux afiaires étrangères;
Cbevandier de Valdrôme, à l'intérieur ;
Uuâet, aux tiiiances;
Lebœuf, à la guei r<> ;
Rîgault de Genouilly» à la marine ;
Segris, k l'instruction pubUqoe;
Marquis de Talhouët, aux LravaLi\ piil)lics;
Louvet, à ragricuiture et au commerce ;
Maréchal Vaillant, ministre de la maison de l'Empereur;
Maurice Richard^ aux beauxHirts ; •
lie Pàrieu, présidant le conseil d'Etat.
Le Corps législatif fournissait à ce uuaveau ministère : MM. Ollivier, Daru, Ghevandier de Yaldrôme, Buâét* Segns, de Talhouët, Louvet et Richard.
Le comte Daru, né en 1807, sorti de l'École polytechnique en 1898, servit avec distinction comme officier d'artillerie et b aUachd de loui aeur à la dynastie des Orléans. 11 accepta copondant la &épubUque« mais après le coup d'Ëtat de déoembre 1851 qui ne lui fit pas grâce de Temprisoaneraent, il rentra dans la vie privée et ne se représenta qu'en 1869 aux élections du Corps législatif.
Ghevundier de Valdrôme» personnage sans opinions bien arrêtées, fut envoyé au Corps législatif en 1859 par le
département de la Mcurlhe, comme candidat du Gouveinemeni; il fut toujours réélu depuis et toujours dans la même qualité.
Buffet, né en 1818, avocat» homme d'ordre, adversaire dédaré du socialisme, fut nommé représentant du peuple en 1848, devint ministre du président Louis-Napoléon, dont il se sépara lorsque celui-ci préparait le coup d'État, et resta ensuite longtemps éloigné des affaires. U ne rentra au Corps l^latif qu'en 1884 et y devînt l'un des principaux représentants de l'opposition dynastique qui voulait l'Empire avec des institutions parlementaires. H déploya une activité remarquable à l'occasion de l'interpellation des
Segris, né en 1811, avocat, fut élu au Corps législatif en 1859 et y suivit la même direction que Buffet.
Le marquis de Talhouët-Uoy, né en 1818, est l'un des trois ou quatre plus grands propriétaires fonciers de France. Député en 1849, il protesta en 1851 contre le coup d'Ëtat, fut emprisonné pendant quelques jours, et réélu néanmoins en 1832, sans opposition de la part du (iouvernement. Aux élections de 1869, il se présenta comme candidat de l'opposition libérale et, lorsque la Chambre recouvra le droit de nommer elle*mème son bureau, il fut élu viceprésident.
Louvet, né en 1806, banquier, fut nommé représeiUai.t du peuple en 1848. il suivit constamment la politique de Napoléon, aussi bien avant qu'après l'Empire. Néanmoins il fut un des signataires de l'interpellation des 116.
Maurice Richard, né en 183f , fils d'un riche agent d'affaires, avocat, fut nommé pour la première fois au Corps
Le
législatif en 1863« et suivit oonstamment la politique d*011i?ier qui créa exprès pour lui, en 1870^ l'inutile ministère (les beaiix-arts.
Le but déclaré du ministère Ollivier était de marier l'empire avec des institutions parlementaires, et de donner à la Fimoe la liberté politique.
Il y parut fort peu d'abord ; et l'on ne vil que des réformes utiles mais sans importance au iaiiiistère de la justice. Le ministère eut du reste un accident au début de sa carrière. Le prince Pierre-Napoléon tua chez lui d'un coup de révolver le jeune journaliste Victor Noir (de son vrai nom Iwan Salmon). La presse radicale exploita cet accident contre la dyiKiitie que le ministère Ollivier devait consolider d'une nouvelle manière. Le député Kochefort s'exprima avec une violence extrême dans un journal qu'il venait de fonder, (a ManeUknae, Il y eut en outre des scènes tumultueuses à l'en* terrement de Victor Noir.
Ollivier crut devoir faire prouve « d'énergie », pour mériter le respect de ses ennemis dans l'entourage de l'Empereur, dont le plus important et le plus habile était M. Rouher*
Il fit arrêter le prince Pierre et le traduisit devant la
haute cour de justice qui fut réunie à Tours. Ce procès se termina p;ir un acquitte! i il' ni du prmce.
U en fut autrement du député Henri Rochefort» Ollivier demanda àla chambrerautorisation de poursuivre Rochefort, et la majorité l'accorda avec joie, car elle détestait le «rouge faiseur de scandale «. Kociicfort fut condamné à six mois de prison et 3,000 fr. d'amende, et Ollivier ne perdit pas de temps pour faire exécuter le jugement. Le 7 février 1870, Rochefort fut enfermé à Sainte^Pélagie.
La comparaison de la conduite envers le prince Pierre
d'im côté et Rochefoii de Tautre excita dans Paris du mé* contentement.
A la iin de mars 1870, le ministère était d'accord sur les modiiicalioiis qu'il lui semblait nécessaire d apporter à la constitution dans un sens parlementaire.
li ne s'agissait plus que de savoir sous ipieUe forme «6 modifications seraient accordées et rédigées.
Les vrais parlementaires demandaient qu'elles fussent soun^ises à la discussion du Sénat et du Corps législatif, pour être ensuite promulguées par le Gouvernement telles qu'elles sortiraient de cette discussion.
Tout autre était Fopinion des césaristes, qui continuaient d'exercer la plus grande influence sur TEmpereur» et à la tète desquels était M. Routier.
L'avis de ces messieurs et de ces dames était qoe ce projet de modifier la constitution devait être traité constitntionnellement; c'csl-à-dire qu'il devait, d'après la constitution en vigueur, être d'abord soumis au Sénat et ensuite à la sanction d'un plébiscite. Ji)u reste quelques droits légis» lateurs que l'Empereur consentit à accorder aux deux Chambres, il devait toujours se réserver celui d'en appeler à un plébiscite.
Cette opinion plaisait à l'Empereur. Elle ne pouvait pas plaire à M. Ëmile OUivier qui s'était prononcé si souvent, dans ses discours et ses écrits, contre l'institution du plébiscite, — et cependant il se soumit à la volonté de ses adversaires qui lui représentaient journellement qu'il devait prouver son attachement à l'Empire par ses actes s il voulait qu'on y crût; et que cela n'avait pas encore eu lieu d'une manière satisûiisante. Lorsque Ollivier se fut soumis, amis et ennemis ne manquèrent pas de dire qu'il ne l'avait ùài que pour rester ministre. Nous ne sommes pas de cet avis.
M. OlUvier eât malade, il souffre de la macromanie (1), et comme il est en outre disposé à croire , comme tous les avocats, qu'on peut, avec un peu d'habileté dialectique, donner à chaque chose le tour que Ton veut, il était permadé
c|u'il serait capable, inèiiic en adnietlant le plébiscite, de transformer le oésarisme en régime parlementaire. Étrange rêveur !
Plusieurs de ses collègues n'accotèrent pas la chose avec un omr aussi léger que M. Ollivîer : lé comte Daru et
M. Uuilcl dcolurèront qu'ils ne voulaient sous aucun prétexte admettre le principe du plébiscite* et ils aanojQoèrent qu'ils donneraient leur démission dans le cas où ce principe serait conservé dans la nouvelle constitution. Talhouét se rangea de leur avis, mais il consentit à rester au ministère jusqu après le plébiscite pour ne pas lui causer d'avance des embarras.
Le 13 avril, le Corps législatif fut prorogé jusqu*aprè8 le plébiscite afin de ne rien gêner. Le 14 avril, le Sénat commença la discussion des changements proposés parlemi~-
' ijistère, et dont la conmiission avait jugé à propos de faire une constitution complète et entièrement nouvelle. .
Ce n'est que le 25 avril que le Journal OfiM annonça la démission, depuis longtemps donnée» de MM. Daru et Bufitet. Le muiialèi-.' resta provisoirement incomplet; Ollivier se chargea momentanément de Tintérieui', Scgris des finances, et Maurice Richard joignit Tinstruction publique à son lourd fardeau des beaux-arts.
Le 23 avril, parut le décret qui fixait le plébiscite au 8 mai. Les réuuiuns politiques s'ouvrirent aussitôt comme avant les élections.
(f ) C*M li m»m d'Un od fiwd homme. (Nott ê» frêâuêtwr).
Toute lu presse iiidependaïUe, voyant qu'elle ne pouvait plus empêcher le plébiscite, conseilla de s'abstenir ou de yoter non !
Que pouvait-on attendre du plébiscite? Il est certain
que les candidats officiels n'avaient eu qu'une très-faible majorité aux élections de 1869. Mais alors les candidats officiels étaient trèfr>nonibreux, tandis qu'aujourd'hui il n*y en avait qu'un seul, l'Empereur lui-même, lequel était aimé du peuple des campagnes, et cela pour des raisons faciles à concevoir.
Gomment des paysans sans instruction, que le Gouvernement n'avait jamais crus capables de nommer eux-mêmes leurs députés sans qu'il les dirigeât, pdurraîent-il voter par oui! ou par non! sur une constitution de 45 articles? Ils voteraient réellement pour ou contre l'Empereur et sa dynastie. Tout observateur impartial devait se dire que l'Empereur aurait la majorité.
U importait donc seulement aux adversaires du césarisme que coUe majorité ne fût pas trop écrasante, pour que le césarisme ne s'en prévalût pas pour faire des folies. Les adversaires modérés et intelligents du césarisme ne travaillèrent absolument qu'il cela. Le résultat des votes devait dépendre en grande partie de l'action officielle qui serait exercée sur le peuple souverain.
Oiiivier s'était naguère énergiquement prononcé contre les candidatures officielles, contre toute ingérence officielle dans les élections, action qui a toiyours une très<-grande puissance à cause de l'incroyable centralisation administrative (le la France.
Gondamné fatalement par sa situation à toujours faire le contraire de ce qu'il avait auparavant reconnu pour juste et bon, Oiiivier travailla activement pour le plébiscite. Le
ministre de l'intérieur recommanda aux préfets, avec plus d'insistance que ne l'avait jamais fait le bureaucrate cësa- ' riste Forcade, de déployer une activité dévorante afin d'ob* tenir une grande majonité de oui !
Malgré cela l'Empereur et son entourage n'étaient pas tranquilles.
Les journaux ollicicux publiaient tous les jours que le vote du plébiscite allait décider de la paix : s'il y avait une grande majorité de oui, la paix serait assurée ; si le contraire avait lieu, l'Empire devrait avoir recours à d'antres
moyeiis pour se raffermir, par exemple à une guerre sur le Rhin. L'eti'el de cette argumentation a été immense, ce qui est la meilleure preuve que toute la France voulait alors la paix.
La presse indépendante renversait la proposition. Elle disait qu'une grande majorité pour la nouvelle coiisliLiUion donnerait au césarisme de nouveaux pouvoirs pour entreprendre d'autres expéditions dans le genre de celle du Mexique* Une majorité modeste le rendrait au contraire réservé et l'engagerait à refondre la constitution comme il l'avait promis.
. Grâce à la Providence et au préfet de |)olice Pietri, on découvrit un complot et un attentat. Le %9 avril, on arrêta un certain Beaury, jeune homme débauché, déserteur de
l'armée fiauruise, qui revenait de Belgique avec le dessein d'assassiner l'Empereur. Comme cela semblait encore insuffisant, on ajouta à l'attentat prétendu un complot qui devait avoir pour objet de renverser la constitution de. la France.
Le 5 mai, c'est-à-dire deux jours avant le plébiscite, et dans la période du temps où les réunions .politiques ne pouvaient plus avoir lieu, on publia un rapport du procureur
général Grandperret, suivi des résuluiions d« garde des sceaux Ollivier et de l'Empereur. On peut dire que c'était l'acte le plus impudent de eette espèce que Ton eût jamais vu ; attentat, coniplot, tous les forfaits possibles s'y trouvaient mélanL^és, les rapports des espions de police étaient entremêlés de faits en petit nombre ; la société internationale des travailleurs jouait un rôle inouï dans ce complot; bref, ce travail blessait d'une manière incroyable la bien-* séance et la raison.'
Néanmoins le coup porta. Le vole sur les 4o paragraphes de la nouvelle constitution passa tout à fait au second plan et la question fut ainsi posée pour la masse des Franeais : voulait-on voter le 8 mai pour Napoléon III ou pour le déserteur Beaury qui aurait voulu l'assassiner. •
Ils votèrent pour Napoléon 111 contre le déserteur Beaury.
Quelques points noirs se montraient cependant sur ce . ciel bleu. Paris et presque toutes les grandes villes n'avaient pas donné la majorité à l'Empereur; Farmée que l'on fit voter eette fois, dans des comices particuliers, avait en un bon sixième de non! c'est-à-dire de voix (|ui s'étaient prononcées contre l'Empereur; et, à rocoasion du plébiscite, il y avait eu dans les casernes des scènes incompatibles avec les idées que l'on a habituellement de la discipline mili* taire.
Quoi qu il en soit l'Empii e avait obtciiu une immense majorité, telle qu'il ne pouvait pas l'espérer d'après les élections de 18d9.
Ce ii'était pas sans raison que les journaux libéraux redoutaient une grande majorité de oui, en disant que cela voudrait dire la guerre. On parlait déjà quoiqu'on secret, avant lo plébiscite, de l'envoi du duc de Persigny à Berlin, il devait y demander l'exécution complète du traité de
Prague avec une hauteur qui forcerait la l^russe à iu guerre.
Cette affaire fut mise de côté après le plébiscite, grâce surtout à r£mpereur» q[u'il &ut, pour être juste, séparer du parti de la Cour ; qui connaissait mieux l'Allemagne qu'elle
n'est connue gdnéraleinont en France ; (^ui eùL lait volontiers une guerre victorieuse pour donner à sa race un nouveau relief, mais gardait jusqu'à la dernière heure des doutes sur la supériorité militaire des Français en 6ee des Allemands.
Après le plél)is<'itc, un décret du 15 niai compléta le ministère, mutile par la démission de Daru, de JiutVct et de Taibouël, et nomma le duc de Gramont aux affaires ëtran-* gères, le député Mège à Tinstructio;! publique, et le député Plichon aux travaux publics. — Remarquons que, le même jour, radauiuàiration des haras fut distraite fi i ministère des beaux-ai'ts et passa au ministère de ragriculture et du commerce. Disons encore que le ministère des beaux-arts, qui prit dès lors le titre de ministère des sdenees et des beaux-arts, reçut en compensation l'Institut impérial de France, l'Académie inipenale de nuMlecine, le service des bibliothèques de Paris et des départements, des sociétés savantes, de leurs journaux et de tout ce qui s'y rattache et dépendait jusque-là du ministère de l'instruction publique.
Des nouveaux ministres le plus remarquable est le due de Gramont, à cause du role si court, mais si terrible pour la France, qu'il était appelé à jouer au ministère.
Le duc Auton-Agénor-Alfred de Gramont, prince de Bidacfae, est né le 14 août 1819. Son éducation fut entièrement légitimiste et l'entraînait vers le comte de Ghambord, Henri V. Il entra à l'École polytechnique en, 1837, en sortit comme sous-lieutenant k l'École d'application d'état-
major, mais il donna sa démission la même année, 1840,
pour se retirer dans ses terres. Des influences cléricales le firent sortir de Isa retraite après le coup d'Ëtat de 1851, et, sans avoir subi la préparation nécessaire, il suivit» dans la carrière diplomatique, Tëtoile de Napoléon. U fut sueGessivement envoyé à Gassel, Stuttgart, Turin, Rome et Vienne. Pendant cette période d'activité, ce diplomate avait eu deux fois l'occasion de prouver son habileté, en 1800 à Home et en 1866 à Vienne. Chaque fois il ne sut lien de ce qui se passait autour de lui» et il devait commettre la même faute en 1870, avec de terribles conséquences. Lorsque le duc de Gramont entra au ministère, ses flatteurs vantaient sa force corporelle : il ployait, disaient-ils, un napoléon dans ses doigts; de la force de son esprit ils ne disaient pas mot.
M. Mège avocat, ami de M. Rouher, est né en 1817, et fut fia député pour la première fois en 1863 comme candidat oâiciel. Il appartenait à la droite césariste, et n'en signa pas moins en juillet 1869, comme vice-président du Corps législatif, rinterpellation des cent seize, — preuve que les césaristes les plus extrêmes en veaaierit à douter du maintien du césarisme absolu.
M. Plichon, né en 1814, était déjà député, sous la monarchie de juillet. 11 est avocat» clérical et protectioniste à la manière de M. Pouyer-Quertier. En 1857 il fut nommé à une grande majorité dans le département du Nord comme candidat de l'opposition. Il signa cependant en 1869 l'interpellation des cent seize.
Tout bien considéré, l'on peut dire que ces trois nominations altéraient le ministère Ollivier dans un sens cléricalcésariste. Si M. Ollivier s'était retiré avant le plébiscite ou même devant ces nominations, il lui serait sans, doute
beaucoup pardonné. lUurait en effet toujours le droit de
dire : J'ai cru que la liberté ctail compatible avec l'Empire, et, dans cette croyance, j*ai laissé dire beaucoup de mal de moi; maintenant qu'il me faut avouer que je me suis trompé, je dépose mon portefeuille de ministre et mon couteau à papier sur l'autel de la patrie.
Émile OUivier l'esta ministre.
Après avoir suivi jusque-là l'histoire politique de la France, nous allons étudier l'histoire de son armée de 1860 à 1870.
m. Uistoire de i'ariuée française de 18(i6 à 1870 (IJ.
Dans les circonstances les plus ordinaires, une armée a toujours besoin d'un travail continuel^ quelle que soit du reste son organisation, parce que le personnel et le matériel s'usent et doivent être complétés et préparés pour un usage sérieux.
A la suite de grands changements politiques à l'intérieur et à l'extérieur, ou de nouvelles découvertes importantes,
(1) Les Altomaiicti ont tant écrit sur l'armée française depuis quelque» annéei que mon chapitre, sur cetle armée, semblera presque une témérité; je m>xpoae néanmoins à ce reproche sans trop de soudi et même avec le sentiment d'un devoir accompli, le serai aussi bref que possible et ne par* lerai que de ce qui me parallra digne d'être signalé. Dans chacune des der* iiiéres années j'ai passé au moins quatre mois en France, et des oflBciers français de tout grade m'ont souvent dit que je connaissais mieux qu'eux l'ensemble de l'armée fnncaiae. Des nombreux amis que j'avais dans cette armée, beaucoup dorment sous le sol glacé des champs de bataille, d'autres ont un sort plus triste encore. L'un des premi(»rs qui prévoyait, sans h désirer, la guerre avec l'Allemagne, me disait en 1868 : Vous seres juge du I 4
ce travail est augmenté et activé. Le pcrsoniiei existant doit
(Hre remanié, le matériel en service est en partie mis de côté et remplacé par un aulrc d'une nouvelle espèce. On parle alors de réorganisation, d'un nouvel armement, d'un nouvel équipement de l'armée. Ces opérations peuvent être entre* prises, sans pour cela que l'Etat qui les entreprend ait devant les yeux une guerre prochaine.
Aucune armée actuelle, quelque argent qu'on ail dépensé pour elle pendant de longues années de paix, ne peut entrer en campagne sans une préparation particulière. Chaque armée a besoin d*un travail spécial pour être prête à faire la guerre, poui- se mobiliser, travail qui prend plus ou moins de temps en raison du plus ou moins de perfection de l'organisation, mais qui, dans tous les cas, exige quelques semaines. Les travaux de mobilisation et de réorganisation sont assez faciles à distinguer entre eux pour les gens du niélier ; mais ils sont aussi faciles à confondriî pour les profanes.
Dans un temps de troubles, cette confusion est d'autant plus facile que les travaux de réorganisation prennent alors fréquemment un caractère qui les rapproche des travaux de
mobilisation.
camp ! — J'cïéiute son loftlament. — Le ciloy^n «uis?e, tout m conservant la liberté rt^publicaine et la neotralilé de son pays, a le droil, non-seulement dest'courirles souffrances matérielles des hommes des deux nations en gaerre, mais encore celui de leur rendre justice. J'use d*aatant plus libremenf de ce dernier droit que j'estime et j'aime les deax nations, que je sais pen^uadé «{ue cette guerre, quelle qu'en soit la fià, est un malbeur, qu'aaeoa des deux peuples ne la désirait et qn^elle a été amenée par forganisation dé- Heetnease de fEorope moderne, dont les aspirations sont tout autres que les fermée accidoiteiles dans lesquelles elles sont confinéaj.
IWveittl>re 1870.
— ol —
La réorganisation de l'armée française, commencée dans rautomne de 1866, fut poussée avec activité à l'entrée du maréchal Niel au ministère de la guerre, et, pendant TafTair
(Iti Luxembourg, les travaux de réorganisation et de niohili' nation niurchèrent tellement de front qu'il était diHiciie de les distinguer entre eux.
D'après la situation qu'avait créée, ou, pour mieux dire, qu'aurait dû créer la réduction de novembre 1855, l'infanterie d( 1 ariiKio IVaiiraise se composait, coiiiine auparavant, d<; la gurdij el de la ligue.
L'infanterie de la garde comptait :
1 régiment de gendarmerie,
3 régiments de grenadiers,
4 rt'ginierits de voltigeurs, 1 régiment de zouaves,
1 bataillon de chassèurs à pied.
Après la réduction de 1865, le régiment de gendarmerie «le la garde eonservait deux bataillons h six ooiiipagnies, chaque compagnie de 3 otîiciers et 83 hommes. Chaque régiment de voltigeurs ou de grenadiers avait trots bataillons à sept compagnies de 3 officiers et 92 hommes. Le régi-* ment de zouaves conservait ses deux bataillons à sept compagnies lia même pffeetif^ le bataillon de chasseurs, dix eompagnies de ^ oliiciers et 79 hommes.
La gendarmerie de la garde ne faisait pas, à proprement parler, le service de troupes de campagne (1). En outre, Tin* fanterie de la garde n'était jamais au complet, et c'est tout au plus si elle pouvait mettre en ligne 15,000 hommes.
L'infanterie de ligne comprenait en 1800 ;
(1) Le régiment de gdiiJarinerie de la garde fut dtMiiiitivement licencié en 1809.
100 régiijicntà d'inlanterie de ligne, 20 bataillons de chasseurs à pied,
3 régiments de zouaves,
3 régiments de tirailleurs algériens (turcos)»
1 régiment et ranfrer,
3 bataillons d'iniautene légère d'Âfriqje/ 7 compagnies de discipline,
2 compagnies de vétérans,
1 bataillon de sapeurs-pornpiers et un régiment de garde municipale de Paris.
Le gros de cette infanterie se composait des 100 régiments de ligne, et c'est d'eux que le Gouvernement s'occupa le plus à partir de l'automne de 1866.
Avant la iL'diiction de 1865, chaque ri'^iinent d inlaiiteriedeligiie renfermait vingt-quatre compagnies, réparties, sur le pied de paix, dans trois bataillons de huit compas gnies chacun. De ces huit compagnies, la première était compagnie de grenadiers et avait la droite du bataillon; une deuxième, Ioiiikm' des suidais d'élite de petite taille (voltigeurs), avait la gauche du bataillon; les six auties compagnies, de fusiliers ou du centre, se numérotaient de i à6.
En cas de mobilisation, les 5* et ^ compagnies du centre étaient distraites de leurs bataillons respectifs et formaient le bataillon de dépôt du régiment.
Le régiment se composait alors de trois bataillons actifs, renfermant chacun une compagnie de grenadiers, une de voltigeurs et quatre du centre, et d'un bataillon de dépôt de six eompagnies de fusiliers qui servaient à ot;cuper les places fortes, à fournir les hommes de remplacement et à rendre d'autres services analogues.
La réduction de 1865 supprima dans chaque régiment la
5« et la 6" compagnie du 3*^ bataillon de paix, et le Périment n'eut plus alors que vingt-deux compagnies au iieu de vingt-quatre.
Lorsque le maréchal Niel s'occupa de réorganiser Tar^ mée, il voulut d'abord, par un décret du 27 février 1867, tbrmer les régiments de deux bataillons actifs à huit compapagnies chacun, et d'un l)ataillon de dépôt î\ six compagnies. Les bataillons actifs conservaient seuls des compagnies d'élite, grenadiers et voltigeurs. £a cas de guerre, le régiment devait être porté à trois bataillons actifs de sept compagnies, et un bataillon de dépôt de six compagnies, en tout vingt-sept. Les deux premiers bataillons actifs seulement devaient avoir des compagnies d'élite, et l'effectif de chaque compagnie devait être augmenté de manière à porter l'effectif du bataillon à peu près à celui du bataillon prussien, i,000 hommes.
En fait, celte augmentation d'eileclif des bataillons ne pouvait être obtenue rapidement avec le système militaire français. Aussi, pendant l'affaire du Luxembourg, Niel revint-il simplement à l'ancienne organisation, telle qu'elle existait avait lu nduction de novembre 18G5. Un décret du 4 avril 1807 rendit k chaque régiment les deux compagnies qui avaient été supprimées.
Par décret du 22 janvier 1868, les compagnies d'élite fu-* rent complètement supprimées et les soldats d'élite furent répartis également dans les compagnies dfts bataillons actifs comme soldats de première classe. Le maréchal Niel avait eu cette idée-là des le principe, mais il s'était heurté à de fortes résistances ; cette mesure fut encore vivement critiquée lorsqu'elle fut décrétée, bien qu'elle eût des avanta^'es incontestables, puisqu'elle mellail un terme à l'appauvrissement des compagnies du centre.
Le rt^giment se composait dè« lors, sur le pied de paLv, de tiuis bataillons h lunt coTnpatrnios chacun: sur le pied de guerre chaque bataillon (ionnait ses 7' et S' coiiipagnies pour former un bataillon de dépôt, de sorte que chacun des bataillons mobilisés conservait six compagnies. Toute l'in* fimterie de lîfpie reçut Tépaulette ronge, qui était jusqu'alors le signe dislinctif des grenadiers, et sa tunique fut allongée. La force de la compagnie d'infanterie sur le pied de guerre était fixée à 3 officiers et H 2 hommes.
Un bataillon mobilisé avait donc 672 hommes, sans comf^ter les officiers. Les bataillons actiû des 100 régiments de ligne donnaient alors un total de 201, (>0() liommes, et les bataillons de dépôt 07,200 honnnes, en leur donnant le même effectif qu'aux bataillons de guerre.
Un bataillon de chasseurs à pied a, sur le pied de guerre, six compagnies actives et deux de dépôt. Les vingt bataillons de guerre donnent 13,440 hommes et les vingt divisions de dépôt 4,480.
Chacun des trois régiments de zouaves a viogt-sept com* pagnies, dont trois bataillons de guerre à sept compagnies et un bataillon de dépôt à six compagnies. Ces trois régiments mettent en cani])agne 5,985 hommes, et conservviil au dépôt 1,710 hommes.
Chaque régiment de tirailleurs algériens, ou tureos. avait, avant la réduction de 1865, vingt et une compagnies seulement ; mais pendant qu'on réduisait alors reffectif des troupes européennes, on porta chaque régiment de turcos h vingt-huit compagnies pour l'aire entrer, disait-on, la population indigène d'Algérie dans le recrutement de l'armée eu plus grande proportion. Chaque régiment de turcos eut par suite quatre bataillons de guerre à six compagnies et un bataillon de dépôt ù quatre conipagnies, ce qui donnait
pour les trois régiments 7,0(>0 hommes de troupe mobilisés et i, 260 de dépôt.
• Le régiment étranger avait été porté, pendant la guerre dw Mexique, à huil haîaillons dont deux «le di'pôt. 11 subit de grandes pertc> thns cette campagne, après laquelle un décret da 4 avril 1867 le réduisit à quatre bataillons dont un dépôt; chaque bataillon conservait six compagnies. Le régiment étranger eut alors le même ortcctifqu'un régiment de ligne: 2,010 hommes pour la cainpai,nio rliu^l pour le dépôt.
Les balaillons d'infanterie légère d'Afrique, les troupes de discipline, vétérans, pompiers et gardes de Paris n'entrent pas dans notre cadre.
ïl résulte de ce qui précède que Tinfanterie française avail un: Hirdoiiu'nt sur le pied de guerre 247,381 hommes poui- lu cumfjagne et 75,59^ pour les dcputs, ce qui donne un total de 3^2,973 combattants.
Pour donner à l'infanterie son nouvel armement, on fit, à partir de 1866, des commandes de fusils Ghassepot en France et à l'étranj^er. En liS(>8 la fabrication des armes en grand était si bien installée que les manul'aclures françaises de Saint*Etienne, Tulle, Châtelierault et Mutzig pouvaient fournir ensemble, par jour, 1,600 chassepots et plus de 500 fusils k tabatière. Tant que vécut le maréchal Nîel, la fabrication des aruuîs l'iil poussée très-activement: mais lorsque le niaréclial Lebœui pritle ministère de la guerre, au mois d'août 1869, elle so ralentit beaucoup pour des raisons d'économie.
Les opinions furent très-parta^ées au début sur la valeur du fusil Chassepot, qui rtuicontiu inèmede nom!)r(nisc> critiques chez les oliiciers français; mais en 1869 tout le monde reconnut eniin que c'était une arme excellente et décidément supérieure au fusil à aiguille prussien.
Un livâit d'abord eu rialenUoa de donner aux ciiassears à pied le fusil à tabatière, qûi a un plus gros calibre; mats on revint bientôt de cette idée pour leur donner le ebassepot,
do sorte que rarmement de Finfanterie de ligne fut complètement unitbnue.
Gomme on peut tirer 11 coups par minute avec le fusil Gbasaepot, les officiers français craignaient que leurs soldais à rhumeur remuante ne dépensassent trop vite leurs munitions si on ne leur donnait pas un grand nombre de carlouches. Celte crainte n'était pas sans fondement; on donna donc à chaque homme 90 cartouches en 10 paquets, et on in«» venta en outre de petites voitures de munitions àdeux roues, pour suivre de près l'infanterie. Chacune de ces voitures était attachée à un ou deux bataillons : elle contenait environ 11,Î)00 cartouches Ghassepot, n'parties dans 10 caisses placées de champ et faciles à enlever isolément. On chercha enfin, par une bonne instruction du tir à la cible, à empêcher les hommes d'épuiser trop vite leurs munitions ; néanmoins les oiiiciers supérieurs eux-mêmes s'écartèrent souvent, dans la pratique, des principes qu'ils avaient recommandés en théorie.
Les Français divisent depuis longtemps leur cavalerie en trois armes :
Grosse caval<MÙe ou (i<; réserve : cuirassiers et carabiniers.
Gavalerie de ligne : dragons et lanciers.
Gavalerie légère : chasseurs, hussards, chasseurs d'Afrique, guides et spahis.
Après la réduction de novembre 1865, qui atteignit profondément la cavalerie, celle de la garde se composait de :
Gro.sse cavalerie : i régiment de cuirassiers et 1 de carabiniers ;
Gavalerie de ligne : 1 régiment de lanciers, i de dragons;
Cavalerie légère : 1 régiment de chasseurs, 1 de guides.
On pouvait jouter à ces 6 régimeats 1 escadron de centgardas, véritable troupe de palais, et 1 escadron de gendarmes d'élite qui n'étaient pas non plus destinés au service
de campagne.
Chacun des 0 régiments ci-dessus devait lormer 4 escadrons de guerre; ceux de cavalerie légère conservaient deux escadrons de dépôt, mais les 4 autres régiments n'en avaient plus qu'un seul. Cependant leur deu»ème escadron de dépôt leur fut rendu le 6 février 1867.
Le reste de la cavalerie resta sur le pied suivant, après la réduction de 1865 :
Grosse cavalerie : 10 régiments de cuirassiers;
Cavalerie de ligne : 12 régiments de dragons, 8 de lan** ciers;
Cavalerie légère : 12 régiments de chasseurs, 6 de hussards, 3 de chasseurs d'Afrique, 3 de spahis.
Les régiments de cavalerie légère conservaient 6 escadrons, les autres étaient réduits à 5. Chaque régiment devait mobiliser du reste 4 escadrons.
Le seul changement apporté îi cellt' situation jus(|u on 1870 fut la création d'un V régiment de chasseurs d'Afrique, par décret du 6 février 1807.
La France avait par suite 63 régiments* de cavalerie, y compris la garde.
D'après cranci«mncs prescriptions, un escadron de guerre — sauf dans la garde, les spahis et les chasseurs d'Afrique, * devait avoir 7 officiers, 164 hommes et 150 chevaux.
Toute la cavalerie avait alors 38,675 chevaux et sabres > dans les escadrons mobilisés, et 15,687 les dépôts.
Cet eflectif est assez élevé, mais il était impossible de l'atteindre en cas de guerre. Diverses circonstances avaient
appauvri en France la production chevaline, et l'Empire ne
pouvait pas y porter remède immédiatement, malgré d'ex— cel lentes mesures qu'il prit à cet égard.
£n Crimée, comme en 1859 en Italie, les régiments de cavalerie eurent rarement en campagne plus de 400 chevaax. L'expédition du Mexique causa de nouveaux vides. En 186G, les quatre escadrons de guerre d'un régiment pouvaient ditticilement rentormer plus de 350 chevaux. Dès l'automne de 1866, on s'occupa de combler ces vides. Des achats de chevaux, commencés au mois d'août sur une grande échelle, n'ayant pas donné les résultats attendus, un décret du 4 avril 1807 supprima les musiLjues, assez nombreuses, des corps de troupes îi cheval, cavalerie et artilleine, pour donner quelques chevaux de plus aux combattants.
A la même époque, on fît un essai jDOur employer une
partie des chevaux de la i^; nsse cavalerie aux attelages de l'artillerie, et les pertes occasionnées par là à la grosse cavalerie devaient être réparées au moyen de chevaux de gen* darmes.
Les achats de chevaux commencèrent donc au mots d'août
1806, et 23 millions et demi de IVaucs l'urciiL affectés h cet objet dans le budget extraordinaire de 1867. Pendant i'aifaire du Luxembourg, de grands marchés de remonte ' eurent lieu par toute la France. Gomme on était pressé, on acheta un certain nombre de chevaux médiocres et parfois à des prix exorbitants.
On acheta également des clievaux en Hongrie, et des convois de ces animaux traversèrent l'Autriche et la haute Italie, du mois de juin au mois de décembre 1867, malgré les dissentiments sérieux qui devaient exister alors entre la France et i Italie.
— fiO —
Des achats de chevaux eureut lion en outre eu Auglçten'e et en irlande, en Hollande et on Allemagne.
Enfin l'Algérie continua de fournir des chevaux à lacava* lerie. Les chevaux barhes de cavalerie sont tous entiers. Ils sont très-rësistants, presque insensibles an froid et à la chaleur; ils se contentent de toute espèce tle fourrages et sont peu sujets aux maladies. Mais ils ne conviennent qu'à la cavalerie légère, et, comme ils sont entiers, ils ne peuvent être placés avec d'autres chevaux dans'le même régiment, à peine dans !a même brigade. En outre ils cric^it nécessairement beaucoup, ce qui importe peu ponr la cavalerie qui opère dans les déserts de l'Afrique, mais ce qui a de grands inconvénients pour la cavalerie légère qui agit sur le sol coupé de l'Europe, qui doit observer l'ennemi de très-près et parfois le surprendre.
Les chevaux hongrois obtinrent i,'énéralement assez peu de crédit près des oiliciers de cavalerie français; ils s'habituaient diilicilementà la nourriture de France, se montraient difhcties k dresser et susceptibles aux maladies. Il n'y avait en IB69 qu'un régiment de hussards qui tut complètement monté en chevaux hon^rrois.
L(;s chevaux favoris de cavalerie légère étaient les chevaux de Tarbes. Ces chevaux, d'origine arabe, légers et élégants, avaient été gâtés sous Louis-Philippe par des croisements peu judicieux avec le cheval anglais ; mais Napoléon in s'était efforce^ de réparer ce mal.
Les chevaux bretons, moins élégants, mais plus résistants que ceux des Pyrénées, étaient aussi très-estimés pour la cavalerie légère et l'artillerie à cheval.
Les chevaux les plus mélangés étaient ceux de la cavalerie de ligne, qu'on tirait de toute la France et aussi de la Hollande, de l'Angleterre et de l'Allemagne.
La grosse cavalepie recevait aussi beaucoup de chevaux de rétpanger, mais la Normandie en fournissait cependant le plus grand nombre.
Les chevaux de trait pour l'artillerie et le train venaient pour la plupart des Ârdennes» de Normandie, de la Bretagne et de Favernev.
Dans les achats pn-cipités de 18G6et 1807, il s'était glissé de mauvais chevaux dont il fallut se débarrasser quand la question du Luxembourg fut résolue pacifiquement, de sorte que reffectîf des chevaux de la cavalerie française ne s'était pas élevé à beaucoup près autant qu'on le croyait à Tétranger. Cet aceroissi'iuent d'cifectif ne fut réoUeiiKMit pas do plus de 36,000 (!hovaiix (y compris ceux de trait), depuis le mois d'août 1866 jusqu'à la fin de 1867.
Cela permettait tout juste, en tenant compte des vides à combler, de mettre 500 chevaux dans les 4 escadrons mobilisés d'un réf^MiiiiMit de cavalerie, (;t les dépôts ne conservaient presque pas de chevaux en service.
BIn 1869 et 1870, les 63 régiments de cavalerie pouvaient donc mettre en campagne environ dl,SOO chevaux, en lai&^ sant dans les dépôts k peu près 12,000 chevaux, dont la moitié au ])lus élaieiii propres au service, tandis qucle reste ne l'était plus ou ne l'était pas encore. En 1870, les régiments de grosse cavalerie, de cavalerie de ligne et de chasseurs d'Afrique furent mobilisés k 4 escadrons, et les autres régiments de cavalerie légère à 5 escadrons; chaque escadron comptait (î otîiciers, 120 hommes et i05chevaux de troupe.
Dans le but d'avoir, en cas de besoin, un nombre sutlisant de chevaux de trait, sans trop charger le budget, on avait adopté depuis quelque temps la mesure de livrer aux cultivateurs les chevaux de trait qu'il n'était pas indispensable de conserver à chaque démobilisation.
Cette mesure fut réglementée à nouveau par une iustruolion du 3 juillet 1867. Les chevaux livrés aux cultivateurs
ne devaient pas avoir moins de 5 ans, et ils ne pouvaient , dans aucun cas devenir leur propriété. Si un animal devenait impropre au service, il était livré aux domaines. La surveillance de ces chevaux était confiée aux dépôts de remonte. L'agriculteur devait rendre les chevaux dans un délai de lo jôurs lorsqu'ils lui ëtaicut redemandés.
Tous les cavaliers étaient armés du sabre; les cuiras*siers avaient en outre le pistolet, les lanciers la lance et
le pistolet, les dragons, chasseurs et hussards le fusil de dragon. Le pistolet avait été enlevé à ces trois dernières
armes par un décret du 14 mai iHiyl, Le fusil de dragon en usa^re en 1870 est une arme du système Chassepol, plus courte que celle de l'infanterie et dont le levier destiné à ouvrir et fermer la chambre est recourbé.
L'artillerie subit des réductions très-importantes en 186S. Elle corn prenait aj^rès celte réduction ; l'artillerie de la garde, savoir : un régiment monté à six batteries, un régiment à cheval à six batteries, un escadron du train d'artillerie à deux compagnies; dans l'artillerie de la ligne : cinq régiments à pied (n^ 1 à 5), à douze compagnies, pour le service des places fortes et des sièges; un régiment de pontonniei s (n° 6) à douze compagnies, dix régiments montés (n<>* 7 à 10) à neuf batteries; quatre régiments à cheval (n^ i7 k âO) à sept batteries, et six escadrons du train d'artillerie à quatre compagnies.
Bientôt après cette réduction, on créa dans chaque régiment à pied deux batteries, comme batteries montées de réserve, ce qui faisait en tout dix batteries.
Pendant la crise du Luxembourg, on créa d'abord dans chacun des régiments d'artillerie montés et à cheval une
nouvelle batterie. En même temps cinq baltcrios au lieu de deux, dans chaque régiment à pied, furent transiormées en batteries montées.
Enfin, le 13 niai 1867, on réorganisa complètement Tartillerie de la manière suivante :
Garde.
i régiment monté, six batteries , 1 régiment à cheval, six batteries,
1 escadron du train de deux compagnies.
Ligne,
io régiments (n^ 1 à 15), à huit batteries montées et quatre batteries à pied,
lO' régiment, pontonniers, à quatorze compagnies, 4 régiments à cheval (n"« 17 à 20), à huit batteries,
2 régimtMits du train d'artillerie, d'abord à douze, plus tard à seize compagnies chacun.
D'après l'organisation de 1867, d y avait cent soixantequatre batteries de campagne dont trente-huit batteries à ' cheval.
Lors(iu'il fut décidé que les mitrailleuses seraient données à l'artillerie, ces cent soixante-quatre batteries, chacune de six pièces, se subdivisèrent ainsi :
38 batteries à cheval de pièces de 4 rayé,
72 batteries montées de 4 rayé,
24 batteries de mitrailleuses,
30 batteries de réserve de 12 rayé.
Un profond mystère enveloppait les mitrailleuses; il n'y avait que des officiers assermentés et un petit nombre d'-dvtilleurs employés aux expériences de tir de Meudon qui sussent quoique chose de cette arme terrible. Nous pourrions, parlant d'expérience, raconter à ce sujet des anec-
dotes risiblcs, s* il nous était possible de rire dans cette crise de r£urope civilisée. Les mitrailleuses terminées étaient conservées au Mont-Yalérien. Si Von faisait observer aux
initiés qu'ik eiait assez étraiii^^o de voir livrer ces pièces au mouieiit du danger à des gens qui ne les avaient janiais vues, ils vous répondaient que les tables de tir étaient déjà pré> parées et qu'on n'avait pas fait autrement en 18^9 avec le 4 rayé.
Les troupes du génie françaises se composent de trois régiments; chaque régiment a deux bataillons, chaque bataillon huit compagnies dont une de mineurs et sept do sapeurs. L'une de ces dernières par régiment fut transformée en 1869 en une compagnie de chemins de fer. Le 1^ régiment (de Metz), changea en outre une de ses compagnies de sapeurs en compagnie de télégraphiers.
Un décret du 29 janvier 1809 organisa le corps des équipages militaires en trois régiments à seize compagnies.
En 1868, l'armée française pouvait mettre en campagne sur le pied normal de guerre 285,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, avec 984 pièces de canon, et elle conservait en deuxième ligne dans les dépôts 91,000 hommes d'inlanterie et de cavalerie.
Sur le pied de paix, l'armée n'a pas plus des deux tiers environ de ces chiffres, et comme l'appel des réserves est loin d'être facile, malgré les améliorations introduites depuis 1868, on pouvait s'attendre qu'en cas de guerre inopinée, on n'aurait pas plus de 200,000 hommes d'infanterie et de cavalerie disponibles pour la campagne.
Ce chiffre semble bien peu de chose en raison de là population de la France, de ses ressources aialérieiics et intellectuelles.
C'est à ce mal que devait remédier la nouvelle loi sur
— fit —
rarniée, préparée depuis iSHÙ et promulguée le 1^^ février 18^; mais en réalité elle ne changea rien et ne créa no- ' tamment ni corps de troupes, ni cadres nouveaux dans l'armée active» de sorte que tout fut encore laissé, comme auparavant, à rimprovisalion , dans le cas d'une guerre sérieuse.
La nouvelle loi militaire du 1*' février 1808 divise les forces de terre de la France en : 1^ armée active, 2» réserve, 3^ garde nationale mobile.
Tout Français est « en principe » obligé personnellement au service militaire, soit dans l'armée active, soit dans la garde mobile.
Le recrutement se fait au moyen d'appels, d'engagements volontaires et de rengagements.
Le reaiplaceincnl est permis dans l'armée active, il ne Test pas dans la ç^^rdc mobile.
L'exonération, c'est-à-dire le rachat pur et simple du service militaire en versant une certaine somme dans les caisses de l'Etat, qui foumis8ait,.~ou ne fournissait pas,->* un remplaçant, était supprimée ; ce qui abolissait la loi du î2(j avril 18)>8 >iir la caisse de Ui dotutiun de l'armée, loi qui avait exercé pendant près de 13 ans son action pernicieuse sur l'armée française. On revenait par le fait à la loi du 21 mars 1832 d'après laquelle l'homme qui est désigii('> pour l'armée active et qui ne veut pas y entrer se procure lui-même un remi)la<;ant.
Le contingent pour l'armée active devait être fixé chaque année par le Corps législatif, à un chiffre moyen de 100,000 homme?.
La taille était diminuée de un centimètre, de 1*86 à 1-55.
Les causes d'exemption étaient maintenues, avec cette fa*
cilitë qa'uii jciine homme déjà entré dans l'armée active
passait iinméfliateiueul dans la réserve lorsqu'il était atteint par uiie de ces causes d'exemption, par exemple la mort de son père.
La durée du service, commençant le l^'' juillet de Tannée du tirage au sort, était portée à d ans au lieu de 7. De ces 9
années, le jeune soldat on passait i> dans l'année active et ensuite 4 dans la réserve.
On consemit la division du contingent en deux portions. La première portion était incorporée réellement pour 5 ans dans Tannée active dont V effectif était estimé à 415,000 hommes, en y compronaiil les soldats par vocation et les hommes en congé temporaire; — la deuxième portion n'était exercée que pendant 5 mois, 3 la première année et 2 la seconde, et devait du reste se tenir constamment prête à être appelée dans Tarmée active.
La réserve, composée des 4 dernières années de la première et de la deuxième portion du contigent, ne devait être appelée qu'en cas de ^erre par décret impérial, et successivement par classe pour mettre Tarmée active aucomplet. Pendant les deux dernières années de leur service, les hommes de la réserve pouvaient marier sans permission.
Si nous admettons un contingent annuel de 100,000 hommes, il fournira d'abord 9,000 hommes îi la marine ; on en compte ensuite d'après Texpérience 14,416 d'engagés volontaires ou d'exemptés pour des raisons sociales, ce qui fait :23,41() hommes à déduire. 11 reste alors pour l'armée active 76,584 hommes. Là-dessus, on en place envuou 63,000 dans la première portion du contingent; de ces 6S,000 hommes, 20,000 à peu près s'achètent des remplaçants qui ne prennent pas la charge de tout le service mUitaire du conscrit, mais seulement des cinq années de pré- 1 5
sence sous les drapeaux» et qui, par conséquent, doivent être comptés dans la catégorie des soldats par vocation. —
Les conscrits de la première portion l'ournissent donc dans leur cinq années de service !2i5,000 homnie?, et ceux de la deuxième portion 68,000 hommes, saut déduction des pertes provenant de mort, d'infirmités, etc.
D'après les calculs les plus larges, quatre années de la réserve donnent ^10,000 horniiies.
On voit d'après cela que la loi du 1**-^ février 1868 faisait extrêmement peu pour l'armée active, et qu'elle ne permettait pas surtout de réparer promptement les maux qu'avait causés la loi de la dotation de l'armée. Dans les cercles du gouvernemcnl hançais, on ne croyait pas pouvoir faire disparaître avant 1877 les effets désastreux de cette loi.
Il est certain qu'on pouvait renforcer l'armée active en mobilisant les bataillons de dépôt, en en formant, comme
le voulait le inan'chal Niol, des régiments de marche, ne fdt-cc que de doux halailliuis, au moyen de levées extraordinaires opérées dès le début de la guerre ; mais en pre* mier lieu, c'étaient-là des mesures improvisées, et en second lieu» il fallait remplacer par quelque chose les bataillons de dépôt des rcgin>enls, dans leur service d'inslruii-e les nouvelles levées, de garder les places fortes, etc., etc.
C'est à cela qu'était en partie destinée la garde mobile^ créée par la loi du 1*' février 1868. Elle devait, en cas de guerre, garder les places fortes et les côtes, et se charger de la sûreté intérieure (!u ])ays.
(^etle garde mobile, ou garde nationale mobile, devait se recruter :
1» De tous les hommes de la classe appelée, exemptés, par leur numéro, de servir dans l'armée active ;
È^* Des jeunes gens da contingent exemptés pour des causes sociales;
3* Des jeunos ^ens faisant partie du contingent \mé <lan8 l'armée nclive cxn s y l'eraienl remplacer.
La durée du service dans la gardo mobile était tixée à cinq ans. Quels que soient les calculs du Gouvernement, on ne peut pas estimer à plus de 7S,(MK) hommes le contingent annuel vers*? dans la garde mobile. Ce qui fait pour cinq aruicofi 370,000 hommes.
L'appel au service de {guerre de la garde mobile devait chaque fois être l'objet d'une loi, cependant le gouvernement était autorisé à réunir, vingt jours avant la présenta*tion de cette loi, la crarde mobile par bataillon ou batterie sur ;ui jioiiil <[uol(.'*)nqiH' du département. Lr-s olîicierà de la garde nationale mobik devaient t ire nomiix'^s par l'Empereur, les sous-officiers par l'autorité militaire des départements.
Pour les exercices, la garde mobile ne devait pas être réunie plus de quinze lois par an, et aueun exercice ne devait, tenir les gardes mobiles hors de chez eux pendant plus 4le vingt-quatre heures.
Ces dispositions générales montrent d'une façon assez claire qu <>îi ne pouvait rien espérer de bon de cette ^^arde mobile, cnnnne organisation ré^rnlière. Le Gouvernement commença l -rn le Nord cl dans l'Est l'organisation sur le papier; dans l'Ouest et le Midi il sa produisit aussitôt oontre'-.eette institution une résistance qui dégénéra, dans les grandes villes, en manifestations anti-impériales.
Tant que vécut le maréchal Niel, on travailla toujours à lorganisation de la ^^arde mobile dont les exercices commencèrent au mois de juin 1869. Lorsque le général Lebœuf lemiilaea ce maréchal au ministère de la guerre, et que
l'économie bourgeoise fut déclarée le grand principe d'élai dans les choses militaires, les exercices furent interrompus, Les nominations d'officiers de la garde mobile continuèrent, mais les clioix étaient faits en opposition complète avec ce principe qu'une troupe non exercée ajustement besoin des meilleurs oâiciers pour valoir quelque chose.
Le gouvernement français estimait Teffectif total de la garde mobile à 550,000 hommes, chiffre exagéré comme cela résulte de ce que nous venons de dire. Elle devait être formée en 318 très-forts bataillons de 6 compagnies, et 128 batteries d'artillerie de places fortes, — y compris 6 compagnies de pontonniers.
A la mort du maréchal Niel, il y avait d'à peu près formés sur le papier 1 bataillons et 71 batteries; on avait «les habillements pour environ 1U0,UUU hommes, et le même' nombre à peu près de gardes mobiles, notamment ceux des deux dernières classes dans les régions du Nord et dh l'Est, étaient un peu exercés.
Coujuie à partir de ce moment l'on ne fît plus rien ])ijur la garde mobile, ces eliilFres représentent la situation dans laquelle la guerre de 1870 trouva cette institution.
D'après tout ce (pii précède, on reconnaîtra avec nous que la loi militaire de 1868 ne procurait en fait h l'armée française, immédiatement suriuui, aucun accroissement de forces, qui put la mettre numériquement à liauteur de l'armée de la Confédération allemande du Nord.
Les Français n'ont pas, en temps de paix, une grande division permanente de leur armée. Ils possédaient cependant eux aussi un certain nombre de corps d'armée, formés soit pour deux ans, soit pour quelques mois dans un but d'exercices, et il existait en outre des règles assez précises pour la formation des corps d'année.
Ces corps d'armée, ou divisions, organisés en temps de paix étaient le corps de la garde, les armées de Lyon et de Paris, les corps réunis aux camps de Ghftlons et de Lanne-
uiezan, la divisiuu de cavalerie de Lunévillc.
La règle pour la formation d'un corps d'armée était :
Trois divisions d'infanterie (par exception deux ou quatre) ;
Une division de cavalerie et
Une réserve d'artillerie.
La division d'infanterie compte 13 bataillons, savoir :
1 bataillon de chasseurs à pied et 4 régiments d'infanterie à 3 bataillons; elle se divise en deux brigades de 6 ou 7 bataillons : d'après les idées acceptées en 1869, un régiment <le cavalerie devait être attaché, comme cavalerie divisionnaire, à chaque division d'iiilan'ierie, et cela eut lieu réellement à la première série du camp de Chàlons en 1869. Enfin la division d'infanterie recevait, d'après une disposition récente, 3 batteries de 6 pièces, dont 2 batteries de 4 et une de mitrailleuses.
La division de cavalerie reçoit généralement 4 régiments, répartis dans deux brigades, et une batterie à cheval. Sicile est destinée à opérer isolément, on lui donne une seconde batterie.
La réserve d'artillerie d'un corps d'armée ne se composait jusqu'en 1809 que de deux batteries de 12 rayé ; d'après de nouvelles décisions, elle renferme une batterie à cheval,
2 batteries de 4 et â de 12, en tout 5 batteries.
Une compagnie de sapeurs du génie doit être attachée à chaque division d'infanterie, tandis que la réserve du corps d'armec reçoit, d'après lu dcsSUnatioii de ce corps, quelques autres compagnies de sapeurs, de mineurs et de pontonniers avec un équipage de pont.
D'après cela, un corps d'armée complot compte iiul»ituellement 39 bahàiUoDS d'infanterie» 7 régiments de cavalerie et 15 batteries, c*estr-à-dire environ 26,000 hommes d'infanterie, 3,500 hommes de cavalerie, en tout près de 30,000 iiommes d infanterie et de cavalerie» avec 90 bouches à feu.
Si l'on admet la formation de 9 corps d'armée, et que l'on veuille attacher à chacun d'eux 7 régiments de cavalerie, les 63 régiments se trouveront ainsi employés, et il
ne restera plus de cavalerie pour former une réserve d'armée, ou de grands détachements pour des entreprises particulières. 11 résulte donc de là que quelques corps d'armée au moins devront se contenter d'environ 4 régiments de cavalerie.
Une armée se coni]K).-^ei a d'un nombre plus ou moins grand de corps d'armée; on lui donnera en outre une réserve générale de cavalerie et une réserve d'artillerie.
Depuis des siècles, la France est très^riche en places fortes, et elle en construisait de nouvelles sans détruire les anciennes.
Jusqu'à Louis-Philippe le système des places fortes fran- <;aises était réellement un système en cordon d'après la théorie de la triple ceinture. Sous le règne de Louis-Philippe, ce système fut transformé- en un système en réseau, avec Paiii pour centre.
En 1860, la France avait 88 places fortes proprement dites et 47 villes fortifiées (avec d'anciennes fortifications, quelques forts ou de vieux châteaux). Il fallait beaucoup d'argent pour entretenir à peu près en bon état celte masse de places fortes, et cela permettait peu de songer à en construire de nouvelles. Ces difiîcultés augmentèrent encore sous le second ^empire par suite du renchérissement de
touti's ciloses et des matcriaux de construction. En outre, depuis la guerre de Crimée jusque après la guerre d'Italie, Napoléon lU était regardé comme larbitri^ incontesté de TËurope. En présence de cette attitude de l'Europe vis-à-vis de leur Empereur et de la situation où se trouvait alors VAllemagne, on ne saurait blâmer les Français de s'être persuadés qu'il ne pouvait pas se tirer un coup de fusil en Europe sans leur permission j que la France pouvait bien attaquer, mais qu'elle ne devait jamais être attaquée.
C'est pour cette raison que Tintroduction des canons rayés dans les armées ne détermina pas d*abord le Gouvernement à s'occuper sérieusement des places loi tes. Ce n'est que lorsque les années 1863 et 1864 eurent ébranlé la loi du gouvernement français dans sa supériorité incontestable, qu'il entreprit de faire des constructions rectificatives aux places fortes importantes. Ces corrections consistaient à mieux couvrir In maeonnerie, particulièrement les magasine à poudre, h construire des abris pour la garnison« les munitions et les approvisionnements.
En présence des frais considérables que devaient coûter ces constructions, on se demanda s*il ne vaudrait pas mieux abandonner complètement un certain noinl)re de jilaces reconnues inutiles, afin d'avoir plus d'argent à dépenser dans celles que Ton conserverait. La question fut résolue affirmativement, et un décret du 26 juin 1867 supprima tout à fait certaines places, et en conserva certaines autres avec quelques restrictions. Les places déclassées appartenaient surtout h la 4* classe et n'avaient plus depuis longtemps d'importance militaire. Parmi celles de la deuxième et de la troisième classe, les places abandonnées étaient Wissembourg, Boulogne, Lauterbourg et Carcassonne.
Les nouvelles constructions commencèrent en 18b8, el de
préférence dans les places fortes de i'Kst. Mot/, Bclfort et Langres furent Tobjet d'une attention particulière» tandis qa*on ne faisait dans l'importante place de Strasbourg que
des corrections, assez considérables il est vrai.
Nous nous réservons de parler en détail de chacune de ces places fortes et de leur intluence militaire à mesure qu'elles se présenteront dans l'histoire de la guerre de
Les événements de 1866 et l'adoption du chassepot furent cause qu'on se demanda, en France comme dans le reste de l'Europe, de quelle manière la tactique allait se trouver modifiée. Ces considérations furent examinées dans des « conférences > que le maréchal Niel fit d'abord rédiger par une commission d'officiers que présidait le général Jarras, directeur du Dépôt de la guerre.
On préparait depuis 1867 un remaniement du règlement d'infanterie ; ce travail, recommencé à trois reprises différentes, ne fut terminé qu'en 1870 peu de temps avant la guerre. On n'y remarque pas de changements très-importants. Rejetant la colonne de compagnie des Prussiens, les i*rançais conservent le bataillon comme la seule unité tactique, et ils ont grandement raison à cause de la faiblesse numérique de leur bataillon. Le service des tirailleurs est réglementé d'une manière plus tlxc. On recommande en outre, dans le nouveau règlement, Tempbi des colonnes de division (chacune de deux compagnies) ou de peloton (d'une compagnie), pour faire marcher en ligne une brigade ou une division.
A-Chacun des généraux qui commandèrent le ciunp de Chûlonsde I8G7 a 1870, de Ladmirault, de Failly, Lebœuf, Bazaine, Bourbaki, Frossard, y manœuvra à sa manière et selon sa fantaisie, sans entrer très-avant dans les détails, de
sorte qu'on ne peut pas dire que ces manœuvres aient développé un système nouveau.
Le changement le plus important pour la cavalerie, ce fut rintroduction de la cavalerie divisionnaire et Tadoption d'un fusil de cavalerie du système chassepot. Les Français empruntèrent aussi à la cavalerie prussienne la colonne d'escadron : chaque escadron, en colonne par pelotons, est séparé de l'escadron voisin par un intervalle d'escadron plus 12 pas.
Pour l'artillerie, nous avons à mentionner 'l'adoption des mitrailleuses, et raugnieiUalion de l'arlillerie donn(^e aux divisions et aux corps d'année. Celte augmentation fut décrétée sous le ministère du maréchal Lebœuf. Le 8 rayé devait en outre remplacer le 12 rayé comme canon de réserve, mais, à notre connaissance, rien n'avait encore été fait sous ce ra|)port en 1870.
Le maréchal Lebœuf, qu'un décret du i21 août 180i) mit à latétede l'armée, est né en 1809. Elève de l'École polytechnique, puis de l'École d'application de Metz, capitaine en 1837, chef d'escadron en 1846, il fut, de 1848 à 1850, commandant en second de l'École polytechnique en qualité de lieutenant-colonel. Il avait alors la réputation d'un bon républicain. Il fut nommé colonel en 1852, £;énéral de brigade en 1854 et général de division en 1857. 11 fit la campagne de Crimée et commanda l'artillerie de l'armée d'Italie en 1859. Eu 18(>(), il fut envoyé en Yénétic pour recevoir cette province que l'empereur François-Joseph donnait à l'empereur Napoléon, et la remettre ensuite au roi d'Italie après un plébiscite. En 1869, il reçut le commandement du &^ corps d'armée à Toulouse et devint ministre la même année. Il a été nommé maréchal de France au printemps de 1870.
L'Empereur n'était pas très-disposé d'abord à prendre
LoboHil {»o'ir ministre de la guerre, en partie à cause de sa rëpulalion de républicain. Napoléon 111, alors vraiment malade, faisait un jeu de mots sur le nom du maréchal : « U a été trop longtemps sous le joug » . Mais, à vrai dire, on n'avait guerre à choisir pour le moment qu'entre Leliœuf et Trochu, et ce dernier n'était pas aime aux Tuileries h cause de sa n'putatioii «i orléaniste, de réloignenient où il s'était toujours tenu de la cour, et de l'excellent livre qu'il avait publié sur l'armée française. Ce qui militait encore en faveur de Lebœuf, c'est qu'il était artilleur et que, depuis 1799 — Schérer, — aucun officier d'artillerie n'avait été minist ie de la guerre, ^ous savons pourlaul qu'on pourrait à la i loueur considérer le maréchal Mortier, duc de Trévis ^ (1834i835), comme un officier d'artillerie, et que le célèbre François Âragp, ministre de la guerre en avril et mai 1848, se destinait d'abord k rarlillerie en sortant de 1 École polytechnique.
Le maréchal Lebœuf se faisait très-bien au régime parlementaire dont l'ère devait commencer lors(|u'il entra au minisli re. Il préférait la vie bourgeoise à rexistence de cour du sscond Empiré; néanmoins il ne détestait pas la vie de ia cour où il allait peut-être trop souvent pour sa santé. Quelqu'étrange que cela puisse paraître, les tendances du maréchal LeboniriHaiciit absolument pacihques; il voulait faire des économies cl relever l'espi it de larmée par des institutions moins coûteuses. Il fit beaucoup pour son arme, rartiUerie, dont il augmenta la force dans les divisions et les corps d'armée.
La flotte française comptait à la fin de 1867, en vaisseaux tout prêts, 353 vapeurs et 116 voiliers; il y avait en con-
struction» plus ou moins avancés» 33 vapeurs et un bâtiment à voiles.
Il V avait a tlot ou sur les chantiers GO navires cuirassés, des construclions les plus diverses : monitors ou navires à coupole; navires béliers avec un ibrruidable éperon en 1er à Tavant pour enfoncer la muraille des bâtiments ennemis; batteries flottantes pour défendre les côtes et les rades ainsi que pour attaquer les ouvrages Ibrtitiés des côtes ennemies: des frégates et des corvettes pour navi^'ueren pleine mer, et en outre deux anciens vaisseaux de ligne incomplètement cuirassés {je Magenta et le Solférino),
Depuis quelque temps» on a admis en prinei])e qu'un petit nombre de canons de gros calibre valent mieux pour Tarmement d'un navire ([u'un plus grand nombre de pièces de petit calibre, et en conséquence les frégates sont construites habituellement pour douze pièces» les corvettes pour buit, tandis que Fes navires à tourelles reçoivent de un à six canons, d'après le nombre de leurs tourelles ou coupoles, et selon que chacune de ces tourelles est armée d'une ou de deux bouches à feu. En outre les pièces ne sont pas disposées en batteries d'une manière uniforme sur les bâtiments cuirassés, et chaque navire a besoin d une élude particulière.
Dès qu'il fut admis qu il ne devait plus y avoir pour vaisseaux de guerre que des bâtiments cuirassés, une lutte s'engagea entre les cuirasses et les canons de marine; quand le calibre du canon augmentait, la cuirasse devenait plus épaisse, puis le calibre devenait plus fort, et ainsi de suite. On ne sait pas où cela Unira et qui se lassera plus Int du canon ou de la cuirasse, car l'industrie moderne invente toujours de nouveaux moyens, et TËurope ne manque jamais d'argent pour la guerre. En 1858, on se contentait d'une
cuirasse de 8 centimètres; en i86B on ne ftiisait plus que des cuirasses d'au moins 18 ccntimrlres et on les demandait uièriie de 24 centimètres aux endroits du navire les plus susceptible? ; en 1869, les hommes du métier hochent déjà la tête quand on leur parle de cette épaisseur. — Mais comme on ne peut pas cuirasser toute la surface d'un navire et qu'on s'arrMe ordinairement à () pieds au-dessous do la ligne de llottai>on, qu'est-ce qui protégera le vaisseau le mieux cuirassé contre les torpilles? contre les mines sousmarines? Qui sait? Peut-être le vaisseau rejettera-t-il bientôt la cuirasse parce qu'il la trouvera trop lourde, ainsi que l a lait, il \ a des siècles, le cavalier bardé de fer.
Les canons rayés qui sont employés depuis peu de temps sur les gros navires français ont un calibre de 16centimè*tres, avec un projectile plein de 90 livres, ou creux et chargé de poudre de 62 livres; de 27 centimètres avec un projectile creux de 300 livres et plein de i32 livres ; et enlin des calibres intermédiaires de 17 et de 25 centimètres.
Depuis que l'Angleterre a cessé d'être l'arbitre reconnu dans ce qui a trait k la guerre navale, et surtout depuis dix ans, l'Europe admet cette vérité très-simple du reste, c'est que la c^uerre maritime n'a de véritable importance qu'autant qu elle se rattache à la guerre continentale d une manière déterminée.
La course en pleine mer, fort limitée du reste par le traité de Paris, 4836, donne peu de résultats. Il feut pouvoir jeter des troupes de débarquement sur les côtes ennemies que Ton veut atta ]uor. Pour cela une Hotte de transport est indispensable. Une marine de commerce très* nombreuse est ici très-utile, mais il n'en faut pas moins des dispositions militaires préalables pour assurer l'action d'une Hotte de transport, par exemple en ce qui concerne
l'embarquement des chevaux. Il en est des transports militaires par mer comme des mêmes transports en chemin de fer.
On travaillait en France, depuis l'automne de 1866, à former une flotte de transport qui pût, avec Taide de la
portion disponible en moyenne de la flotte de commerce, transporter à la fois 40,00() hommes, 12,000 dievaux, avec le matériel d'artillerie, du génie et d'administration correspondant, à des distances que les paquebots ordinai» res parcourent en trois fois 24 heures.
On avait fait sous ce rapport tout ce qu'il fallait. Mais quand on n*a plus de troupes de débarqueiuent, la plus grande tlotle de transport devient inutile.
Le recrutement des matelots pour la flotte de guerre française est complètement indépendant du contingent pour l'armée de terre et se fait au moyen de c l'inscription maritime », qui comprend tous les jeutii s gens de la population des côtes, pécheurs ou mariniers, propres au service do la marine.
Le nombre des matelots inscrits pour la flotte de guerre se monte à environ 170,000 hommes. Il est plus que suffisant, surlout depuis que la vapeur a presque entièrement remplacé la voile.
Nous avons dit précédemment que sur le contingent annuel de 100,000 hommes, 9,000 étaient prélevés pour la marine. Ces hommes ne sont pas destinés aux équipages de la llottc, mais bien à l'infanterie de marine, à Tartillerie et aux troupes d'adniinisti ation de la marine.
L'infanterie et l'artillerie de marine sont destinées à faire le service des colonies et à fournir des troupes de débarquement. En 1868, le maréchal Niel demandait 32,000 hommes d'infanterie de marine et 7,000 d'artillerie, ce qui
faisait près de 40,000 hommes de troupes de marine, en comptant celles d'atiministralion.
Jusqu'en 1808, on ne prenait aiiniiellement que 0,oOO hommes pour la Aiarine et Ton n'obtenait pas ainsi plus de iO,000 hommes disponibles de troupes de marine; en prenant 9,000 hommes sur le continrent annuel et portant le service de 7 à 9 ans, on était certain tl arriver peu à peu ait chirtre indiqué de 40,000 hommes de troupes de marine.
L'infanterie de marine formait quatre régiments d*un nombre variable de compagnies très-fortes; l'artillerie de marine se composait de vincçt-huit batteries.
Ln régiment combiné d'infanterie de marine, fort de deux bataillons h six compagnies, était envoyé tous les ans au camp de Chàions pour y prendre part aux exercices des troupes de terre.
A la téte de l'administration de la marine se trouvait, en 1870, l'amiral Rigault de Genouilly. iNé en 1807, il entra dans la marine en 18:2V, sortant de l'Ecole polytechnique, devint capitaine de corvette en 1841, capitaine de vaisseau le juillet 1848, contre-amiral le 2 décembre 1854, vice* amiral le 9 août 18^ et amiral le 27 janvier 1864. Il fut appelé au iiiiiiislcre de la marine en 18G7, et exerça pendant quelques jours 1 intérim du ministère de la guerre après la mort du maréchal Niel. — L'amiral iligault exerça des commandements importants de 1854 à 1864 en Crimée, en' Chine et dans la Méditerranée. Il passait pour un bon impéiialistc, clérical, et disposé à de sanglantes répressions dans la guerre civile.