‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 2 sur 18 · IV. Histoire de l' Allemagne de 1866 à · texte numérisé non relu

IV. Histoire de l' Allemagne de 1866 à

Le traité de Prague, conclu le 23 août 18i>6, entre la Prusse et l'Autriche, inaugurait une «ère nouvelle pour l'Ailemagne et, par suite, pour l'Europe.

Les modiiicatioiis essentielles produites eu Allemagiio par ce traité éiaieiil les suivantes :

L'ancienne Confédération germanique est complètement détruite, et son nom disparaît ;

^ L'Autriche devient étrangère aux affaires des pays al* leoiands qui ne dépendent pas directement de la couronne des Habsbourg;

îî'^ La Prusse s'agrandit par. des annexions au J^ord de l'Allemagne, — Hanovre, Hesse-Ëlectorale , Nassau, Schleswig-Uolstein ;

4» La Prusse forme une Confédération allemande du Nord dans laiiiielle entre le royaume de Saxe et qui s'étend jusqu'à la ligne du Mein ;

Les £tats allemands du Sud : Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse-Darmstadt au sud du Mein, restent indépendants. Ils ont la liberté de former une Confédération du Sud ([ul j)Ourra ensuite se mettre en rapport avec la Confédération du Nord.

La Prusse et l'Allemagne du Sud s'étaient fait la guerre en 1866, sans cesser de percevoir des droits l'une pour l'autre contre l'étranger à la frontière commune du ZoUve-

rein. Ce l'ait caracléristique frappa l'étranger, niais il parut si naturel au^ Allemands qu'ils n'en firent mèiuc pas mention dans leurs querelles intestines. Ce phénomène remarquable prouve quels progrès le sentiment de la nationalité allemande avait faits depuis i848.

Les anciens pays confédérés du Luxembourg et du Limbourg restaient en suspens, ainsi qu'une portion mal définie du nord du Schleswig qui était susceptible d*élre restituée

au royaume de Danemark.

Aussitôt après la paix île Prague, lo travail }tolitique de l'Allemagne se concentra sur les points suivants :

Compléter Tagrandissement direct do la Prusse par des annexions a;u nord de rÂllemagne ;

Agrandir indirectement la Prusse par la formation de la Confédération aileuiande du Nord ;

Etablir des rapports satisfaisants avec les £tats du Sud de l'Allemagne ;

Régler la situation du Luxemboui^-Limbourg et du nord

du Schleswig.

Pour ce qui concerne ces deux derniers points, l'intervention de l'étranger était inévitable.

Les annexions directes de la Prusse s'accomplirent sans difficultés le 2i janvier 1867. Ce jour^là, la Prusse, de 5,086 milles carrés 3/4 avec 19,305,000 habitants qu'elle avnit au commencement de ISGO, ( tait portée à 0,395 milles carrés 1/2 avec t>3,0Û0,000 habitants.

La fondation de la Confédération du Nord se fit aussi facilement. La plupart des Ëtats que la Prusse voulait y laire entrer avaient donné leur consentement à la fin d'août 1866; ceux qui résistaient encore se soumirent bientôt.

Les élections au Reichstag constituant de l'Allemagne du Nord purent avoir lieu le lâ février 1867. La constitution

de la Confédération allemande du Nord fut promulguée en Prusse le 24 juin 18G8. La rapidité avec laquelle ce travail fut terminé était due en grande partie à la querelle du Luxembourg dont nous avons parlé plus haut.

Les princes dépossédés n'étaieiiL iialurelleinent pas contents des annexions de la Prusse, et deux d'entre eux principalement , ie roi Georges de Hanovre et le prince électeur de Hesse, eurent une attitude si hostile contre la Prusse que cette puissance refusa de leur payer les indemnités qu'elle leur avait d'abord promises. Les deux princes avaient des partisans dans leurs Ëtats; ceux du prince électeur de Hesse étaient en petit nombre» mais ceux du roi de Hanovre ou du moins du royaume guelfe étaient plus nombreux et plus violents.

Ils s'oriïanisèrcnt même militairement et formèrent la « légion guelie » dont nous allons dire quelques mots :

À l'instigation d'oificiers hanovriens, partisans déclarés du roi Georges dont la cour était à Hietzing, près de Vienne, un certain nombre de soldats hanovriens qui ne voulaienl ydi se soumettre au irouvernemenl prussien quittèrent le Hanovre dans l'automne de 1866 et se réfugièrent en Hollande. La plupart de ces sécessionîstes étaient de bonne foi ennemis de la Prusse et croyaient fermement que rordi*e de choses créé en Allemagne par la guerre de 1866 ne durerait pas longtemps. Ils ne se faisaient pas d'abord une idée bien claire de la manière dont l'ancien ordre de choses pourrait être restauré. Cependant, ils se soumirent, en Hollande, à une sorte d'organisation militaire et, lorsque surgit la querelle du Luxembourg, au printemps de 1867, les choses prirent une forme mieux caractérisée. Des enrôlements formels pour la légion guelfe eurent lieu en Hanovre. On promettait aux gens des monceaux d'or qui séduisirent non*-6eulement d'anciens soldats et des partisans fidèles du roi Georges» mais aussi beaucoup de jeunes gens qui n'avaient jamais servi et voulaient se soustraire au service militaire prussien» et en outre, quoiqu'en petit nombre» I 6

de francs vauriens qui espéraient échapper d'une manière commode et « honorable » à la justice de leur pays en s'en-

rôlaiil dans la légion guelfe.

Le quartier général de ce corps se trouvait à Ârnheim et Torganisation était à cette époque assez régulière. La légion devait bientôt ramener le roi Georges en Hanovre, à côté des Français victorieux.

(^•jHMulanl les choses prirent une autre tournure, et les conférences de Londres terminèrent paciliquement la querelle. Les autorités hollandaises qui ne s'étaient pas inquiétées au début de la légion guelfe furent alors obligées de lui consacrer une attention gênante.

Les chefs de la légion la retenaient par le proverbe que ce qui est différé n'est pas perdu, et par la crainte du militarisme prussien. £lle fut transportée en Suisse au milieu de 1867.

Les Hanovriens s'y conduisirent tranquillement. Les locaux ([u'on a\:iit loués pour eux ollVaienl toute l'apparence de casernes. Les honmies n'avaient ni armes ni uniformes, mais ils étaient soumis à une discipline militaire qu'exerçaient avec beaucoup d*autorité de vieux sous-officiers. Les officiers surveillaient de très-haut.

Les Hanovriens quittèrent subitement la Suis^^e au commenceinent de février 18U8. Le bruit courut, accrédité notamment par quelques-uns de leurs officiers, qu'ils étaient renvoyés par les autorités fédérales. Gela n'était pas vrai. Seulement, la légion guelfe était surveillée, ce qui était absolument indisj n'usai île i)uisquc la Suisse, dont la neutralité est garantie par l'Europe, a, pour cette raison, contracté implicitement l'obligation de ne pas permettre qu'il se prépare sur son territoire une entreprise de nature à troubler la paix européenne.

Les Hanovriens passèrent en France avec des passe-porU autrichiens» ce qui fut cause d'un échange de notes diplomatiques.

Bien que l'empereur Napoléon ne songeât point alors à faire la guerre à l'Allemagne, la présence en Franco de la légion guelfe donnait aux Allemands le droit de faire des réflexions, et c'est sur ces entrefaites qu'eut lieu la confis-' cation de la fortune du roi Georges ou plutôt de l'indemnité que la Prusse lui avait accordée pour la perte de son

rovau me.

A 1 époque où la légion guelfe se réfugiait en France, le couple royal de Hanovre célébrait, le 18 féviier 1868, la cinquantaine de son mariage. De nombreux partisans du royaume guelfe se rendirent à Hietzing pour cette féte à la- ( juelle on accorda beaucoup plus d'importance qu'elle n'en méritait réollemont.

La légion guelfe qui, à tout prendre, se composait de braves gens, se rendit très-utile en France en fournissant (les travailleurs à l'agriculture à laquelle les hannetons causaient de grands dommages dans le nord*est de la France.

Un petit nombre de légionnaires prolitèrcnt de l'amnistie que leur promettait la Prusse s'ils voulaient rentrer dans leur pays. Les autres pauvres diables étaient fort isolés, ils ne parlaient pas français, ne lisaient point de journaux alleniaiuLs cL s»; trouvaient à la merci du comité qui siégeait à Paris et dont l'âme était le major de During et M. de Meding. On leur disait que les légionnaires qui étaient rentrés en Hanovre avaient été poursuivis par les autorités prussiennes, malgré les promesses d'amnistie, et traités trôs-durement.

Lorsque les espérances d'une guerre prochaine entre la

Prusse et la France devinrent uc plus en plus laihles îi la fin de 18G8, on se mil à parler dans le camp hanovrieu de modifier la situation de la légion guelfe qui coûtait au roi Georges de lourds sacrifices. Le parti de la cour à Hietzing conseillait au rot de licencier complètement la légion ; mais les chefs de celte légion qui habitaient Paris avaient d'antres projets en lète : ils voulaient que le roi Georges achi tàl de la France un territoire important en Algérie, et les lé* gionnaires y fonderaient une colonie, tout en conservant une orfranisation militaire, sous leurs chefs actuels, à peu près coiiiiiic les habitants des confins militaires do l'Autriche. On aurait eu ainsi un Hanovre africain qui pouvait offrir une nouvelle patrie aux Hanovriens persécutés, et devait s'agrandir sans cesse.

Gomme la France ne se montra pas disposée à céder pour un prix dérisoire un territoire en Algérie, et qu'une colonie militaire est toujours fort chère à créer, ce projet fut repoussé à Hietzing, et quelques-uns des chefs hanovriens de Paris ayant insisté, malgré ce refus, sur l'exécution de ce projet, ils encoururent la disgrftce du roi Georges.

La légion guelfe fut formellement dissoute le 15 avril 1870. Chaque légionnaire reçut une gratilication de 400 francs et* en outre, l'argent nécessaire pour se rendre où il voudrait. Beaucoup émigrèrent en Amérique, un petit nombre retournèrent en Hanovre ou se fixèrent en France. La légion pouvait avoir 1, 40Û iionuai-s lorsqu'elle fut licenciée. Si ce chiffre est exact, elle s'était considérablement augmentée en France puisqu'elle n'avait pas plus de 700 hommes pendant son séjour en Suisse.

Au début de la guerre de 1870, un monsieur de Malortie offrit de reconstituer la légion guelfe au service de la France, en promettant une grande affluence de volontaires.

Le ministère de la guerre repoussa celte proposition. Cependant le décret qui ordonna bientôt après )a création d'un cinquième bataillon dans le régiment étranger pourrait bien avoir été la conséquence de la proposition de M. de ^lalortie.

D'après le trait/* <lc l'iague, les £tats du sud de l'Allemagne restaient indépendants, avec liberté de s'entendre pour créer une Confédération du Sud qui pourrait

ensuite se lier à l'Allemagne du Nord par un traité international.

Mais les choses se passrrenl différemment.

Lorsque la Prusse fit la paix en 1866 avec les États aile* mands du Sud, Bismarck avait réussi à conclure avec eux

des traités d'alliance offensive et défensive qui assuraient au roi df» Prusse, en cas dr i^uerre, le commandement en chef des armées de l' Allemagne du Sud. 11 avait engagé les Étais du Sud à conclure ces traités dans leur propre intérêt, en mettant sous leurs yeux les offres séduisantes (|uo la France avait faites à la Prusse h plusieurs reprises et que cette dernière aurait pu accepter facilement en sacrifiant en partie les Allemands du Sud, si elle avait préféré agir dans un intérêt prussien plutôt que dans un intérêt allemand.

Un autre lien plus puissant entre le nord et le sud de rAllemntrne, c'étaient les traités douaniers (du ZoUverein) ijuc la Prusse avait eu soin d'étendre, dans ses négociations de paix avec les États du Sud, aûn de préparer l'unité de rAllemagne.

En troisième lieu, la Hesse-Darmstadt se trouvait dans

une situation toiile particulière, avec un pied dans la Confédération allemande du Nord et l'autre pied dehors. Ce petit État ne pourrait pns rester longtemps dans cette situation, et, d'après la loi politique de gravitation, il n'était pas dou-

leux qu'il serait i ii jour forcé de se réunir à la Prusse ou à la Confédération du INord.

La formation d'une Confédération allemande du Sud offrait d'avance des diffîeultés. A Bade, le peuple et le goavernement désiraient la réunion à la Confédération du Nord comme le moyen le plus simple do sortir d'oml ai ras.

Dans le Wurtemberg, le pnvii populaire ou démocratique — avec une forte nuance bourgeoise — travaillait contre la Prusse et pour une Confédération du Sud. Le parti des soidisant « Prussiens » était faiblement représenté en Wurtemberg. En outre du parti popuhui e et des « Prussiens », il y avait encore en Wurtemberg un parti de la cour, tel qu'ils sont partout» sans but bien arrêté, et formé plutôt, dans les petits Etats surtout» par des intérêts personnels et de famille que par des intérêts politiques.

Si l'on parvenait à conslitucr une Confédération alleniahiie du Sud, la Bavière étant le plus grand des Etats du Sud devait évidemment y jouer le premier rôle, à peu près comme la Prusse dans la Confédération du Nord. Mais ni les Hessois, ni les Badois, ni les Wurtembergeois, à quelque parti qu'ils :ipp;u tinssent du reste, n avaicnt envie d'accorder un tel rôle il la Bavière.

£n Bavière même on distinguait trois partis : leapatrioies ou ultramontains, essentiellement particularistes mais sans être hostiles à une Confédération du Sud avec de certaines conditions ; — le parti allemand qui voulait l'entrée dans la Confédération du Nord ; — et le petit parti des sauvages, anciens grands Allemands, qui ne pouvaient se résoudre à se jeter dans les bras de la Prusse, mais qui refusaient pourtant avec un saint respect de s'allier aux patriotes, lesquels avaient envoyé vingt-quatre prêtres catholiques la Chambre des députés, lors des élections de 1869. Le parti aile-

mand ctaît surtout représenté dans le nord de la Bavière, k l'exception pourtant des anciens pays épiscopaux de Bamheri? et de Wurtzbourf^, et dans les grandes villes industrielles et commerçantes : — le parti patriote existait dans le midi de la Bavière ainsi que dans les anciens pays ecclésiastiques.

Une commune haine du militarisme formait un lien entre le parti popiilairt' du WiiiUMiilicri,^ cl 1(» parti pnliiolv de la Bavière; mais les différences d'opinion de ces deiiv: partis étaient si grandes sur les questions principales qu'il semblait impossible <pi'ils parvinssent Jamais à s'entendre, iTirme sur ce point-là. Toutes les fois que cette question mililnirr» était soulevée, une certaine honte allemande empêchait chacun des partis de se rapprocher des autres.

On voit d'après cela que le jeu de la Prusse était déjà &it dans TAIlemagne du Sud. — Bade désirait entrer immédiatement dans la Gonfoilopalion du Nord ; la Hesse-Darmsladt y serait ensuite entraînée malgré elle, et malgré tous les ennemis de la Prusse qui avaient encore la haute main dans le ministère.

Bismarck voulait la paix; il désirait surtout no pas avoir l'air de provoquer la France. L'entrco dans la Confédération du Nord d'un Ëtat isolé du Sud ne servait k rien ; et la Confédération du Nord, armée des traités militaires de 1806 et des traités do d lianes qu'elle cherchait à perfectionner, pouvait attend i patiemment. Cependant, quelques sorties des nationaux libéraux prussiens qui demandaient qu'on fît quelque chose de plus décisif pour l'unité de rAllemagno no déplaisaient point au chancelier de la Confédération du Nord, bien qu'elles se fissent avec maladresse et comme à son commandement.

Dès que l'établissement de la Confédération allemande

du Nord parut a^suico, 1<* Lfoiivoruemenl prussien enlarmi des négociations avec les gouvernements allemands du Sud pour réorganiser le ZoUvereîn. Une convention provisoire fut conclue le 4 juin 1867 et fut suivit, le 8 juillet 1867, d'un traité définitif.

Chaque État de la Confédération du Nord conservait son gouvernement et ses chambres, sauf quelques restrictions militaires et administratives, et le landki^ de Saxe-Cobourg- Gotha était assimilé au landtag de la puissante Prusse.

Au-dessus de ces gouvernements isolés planait le gouvernement parlementaire de la Confédération allemande du Nord, se composant du roi de Prusse, président; de la chancellerie fédérale, personnifiée réellement dans le comte de Bismarck; du conseil fédéral (moitié Conseil d'l"ltal, moitié ministère), nommé par les gouvernements allemands du Nord, et enfin ;du reichstag de TAUemagne du Nord, élu au suffrage direct.

A ce crouvernemenl allemand du Nord devait se joindre maintenant le gouvernement général du Zollverein allemand.

On forma, pour exercer ce gouvernement, un conseil fé<

déral des douanes {zoîlbundesrath), compose des menihies du conseil fédéral de rAliemagne du iXord, et en outre de six voix pour la Bavière, quatre pour le Wurtemberg et trois pour chacun des deux autres États du Sud, Bade et Hesse-Darmstadt. Le zollbundesrath avait en lout cinquantehuit voix, dont dix-sept seulement appartenaient à la Prusse, puissance présidente.

A côté de ce conseil des douanes fut placé un parlement douanier {zollparlament), composé des membres du reichstag allemand et de députés des États allemands du Sud qui devaient être nommés au suffrage universel, direct et se-

Oigitized by

cret. Ce zollpariameiU devait compter en tout trois cents quatre-vingt-deux membres, dont deux cent quatre-vingtdix-sept pour le reichstag allemand du Nord et quatre^ vingt-cinq pour les Êlats du Sud.

On conviendra que la constitution ilu moderne empire allemand, avec tous ces gouvernements, ces reichstags et ces landtags, s'emboitant les uns dans les autres, était chose fort compliquée, au moins aussi compliquée que la constitution de l'ancienne Confédération germanique, mais pourtant cette complication n'est qu'apparente car l'Allemagne faisait uu grand pas vers l'unité intérieure. £n outre, l'ancien liberum veto allait promptement disparaître par l'influence donnée dans toutes les afiaires aux assemblées parlementaires; et la confusion même qui résultait de ces nouvelles institutions devait f lire bientôt voir à tous les esprits qu'il était impossible de la laisser subsister et que la simplicité devait en sortir, de quelque manière que ce fût.

Cette opinion prévalut en effet, et le reichstag bavarois fut la seule assemblée qui fit à la nouvelle organisation du Zollverein une opposition qui disparut pr.vnptcnicnt.

C'est en lévrier 1868 qu'eurent lieu les élections pour le premier parlement douanier. Il s*y produisit une grande défiance des desseins de la Prusse, et le mot d'ordre dans rÂllemagne du Sud, excepté Bade, fut de n'envoyer au zollparlament que des hommes décidés à s'opposer à ce qu'à propos do douanes, on cherchât h lier plus inliniomcnt l'Allemagne du Sud à l'Allemagne du Nord, à ce que l'Allemagne du Sud fut placée sous l'hégémonie prussienne.

Le premier parlement douanier se réunit à Berlin, le â7 avril 1868. Ses résultats furent très-peu de chose et ne répondirent pas du tout à ce qu'en attendait l'Allemagne du Nord. Les ardents nationaux libéraux prussiens essayèrent

toutes les surprises au moyen d'adresses^ de banquets et de toasts, mais ils rencontrèrent une résistance invîndble chez

les Allemands du Sud ; et ces conditions ne subirent pas lie changement essentiel jusqu'en 4870, puisqu'au printemps de cette année l'Aliemaf ne du Sud, et en particulier la Bavière et le Wurtemberg, entamèrent la lutte contre le

militarisme.

Il nous reste à parler des affaires extérieures ilc la Prusse, ù propos du Luxembourg, du Limbourg et du Schleswig du Nord. Nous avons dit du Luxemboui^ tout ce qu'il y avait h dire. Le Limbourg, qui n*avait été affecté à la Confédération gemjani(pie en 1839 qu'on compensation de la partie occidentale de l'ancien grand-duché de Luxembourg, revint purement et simplement au royaume de Hollande par le traité de Londres de 1867.

On a^^it prévu dans le traité de Prac^iie un retour au Danemark de certaines parties du nord du Schleswig. La France et ^Autriche prirent en main, à cette occasion, les intérêts du Danemark, et la première surtout venait affirmer de temj^ en temps qu'elle avait le droit de s'occuper de cette question fi européenne », ce que la Prusse repoussait toujours pohment mais avec fermeté.

Les députés du Schleswig du Nord au landtag prussien et au reichstag allemand protestaient constamment contre l'oppression de l'élément danois.

Cependant la question est plus difficile 'qu*on ne le croit habituellement.

Il n'y a pas dans le Schleswig de frontière naturelle trèsapparente; une frontière de nationalité n'est pas plus facile à reconnaître parce que le danois-norwégien, qui n'est en somme qu'un dialecte germanique, se subdivise à l'intini dans le Schleswig où Ton mélange fréquemment le danois

et l'allemand. Les villes sont complètement allemandes jusqu'à l'extrémité nord du Schleswig.

Les Danois auraient naturellement désiré que tout le Schleswig leur fût rendu. Les Allemands voulaient au contraire le conserver tout entier, notamment toutes les villes allemandes» ou, s'il était nécessaire de faire des concessions, ils demandaient des garanties pour la protection de Télémont allemand dans les parties du Schleswig qui feraient retour au Danemark.

C'était cette question de garanties que les deux partis se jetaient à la tète en toute occasion et sous toutes les formes, et il n'en pouvait rien résulter que la réserve pour les puissauces étrangères, pour la France et l'Autriche en particulier, d^ s'emparer c avec désintéressement » de cette question lorsque le moment leur semblerait fiLvorable.

Page 1